Mordred & L’Île Close

Mordred & L’Île Close

Justine Niogret & Lionel Davoust

Vous le savez sans doute si vous avez lu la page de présentation des Faquins, je roule ma bille sur les larges espaces libertaires – pour combien de temps encore ? – des internets multimodaux, après avoir traîné ma bosse dans des contrées plus austères mais Ô combien importantes à mes yeux. J’ai en effet étudié pendant plusieurs années les textes de Chrétien de Troyes, le premier de tous les auteurs de SFFF modernes – bon okay, y’a eu Snorri Sturluson, juste après – et donc la mise sur pied de la légende arthurienne. Et autant vous dire qu’avant le cycle du Lancelot-Graal, et les maintes reprises successives, c’était bien plus simple que toutes les ramifications qu’on peut voir aujourd’hui.

Bien sûr, la légende arthurienne est célèbre encore à l’heure actuelle car, comme tout mythe et vivier de héros – pas encapés, mais c’est tout comme -, elle a été reprise, modifiée et adaptée de multiples fois, dans tous les médias modernes, du cinéma à la littérature, en passant par la musique, la télévision et la bande dessinée européenne ou anglo-saxonne, rien ni personne n’est épargné.

Pourtant, au travers des 3.000 productions annuelles, il en est certaines qui ont le mérite de se distinguer tant par leur originalité d’approche que par leur qualité. Dès lors, il convient d’en parler et de leur faire la part belle, parce que zut, hein, après tout. Et puis bon, nous on aime bien quand y’a des trucs biens. Alors, bah pourquoi pas leur faire la part belle ? Parce que ce ne sont pas des actualités du mois ! Toi, t’as pas lu les conditions d’utilisation, au revoir.

Mordred, un ouvrage d'une dignité statuaire.

Mordred, un ouvrage d’une dignité statuaire.

Mnémo-rdret

Du coup, le premier des deux textes sur lesquels on va s’arrêter aujourd’hui est le Mordred de Justine Niogret, vous savez celle qui a ramassé 5 prix avec ses deux premiers romans. Comme son nom l’indique, il va traiter du fils damné d’Arthur, dans la légende, mais on y reviendra ensuite. D’abord, comme c’est la première fois que je présente un ouvrage des collections Mnémos, on va parler un petit peu de cette maison.

Les Editions Mnémos, fondées en 1996 avaient pour but initial de publier des romans dans des univers de jeux de rôle (chez Multisim) que les deux fondateurs avaient à coeur. Quelle idée, vraiment. L’un des deux papas initiaux de Mnémos n’est autre que Stéphane Marsan, que certains connaissent probablement car il est le fondateur des Editions Bragelonne en 2000, pour avoir découvert les Mathieu Gaborit, Fabrice Colin, et autres Pierre Grimbert. Parce que oui, Mnémos c’est avant tout une volonté de faire la part belle aux auteurs français et, avant les années 2000, c’est une chose à saluer tant tout espoir semblait perdu d’assister un jour au renouveau de la SFFF française. C’est pourquoi, quand ils ont sorti les premiers ouvrages de Justine Niogret, qui s’est depuis imposée tout doucement comme une référence française en la matière, en 2009 et 2011, ils ont tout à fait su être à la hauteur de leur réputation.

Et puis, Mnémos, avec Actu SF et Les Moutons Electriques, fait partie dès le départ des Indés de l’Imaginaire depuis début 2013. Ce collectif d’éditeur « n’est pas dans notre esprit une structure « contre » les autres éditeurs, bien au contraire : il s’agit d’un outil pour la promotion des littératures de l’imaginaire. » Voyez plutôt :

« Nos trois maisons d’édition, officiant depuis de nombreuses années dans la science-fiction et la fantasy et ayant publié au total plus de 500 livres, ont décidé de s’associer au sein d’un collectif afin de mutualiser une partie de leurs moyens, notamment au niveau de la promotion et de la communication. Parmi les premières pistes explorées, nous allons partager des stands sur des salons, organiser des petits déjeuners pour les libraires dans différentes régions, organiser des opérations destinées à aider les librairies, planifier des sorties communes et mutualiser un catalogue. Nous partons du principe qu’ensemble nous serons plus visibles et que notre regroupement au sein d’un collectif est une manière d’essayer de répondre aux problématiques de l’édition et de la librairie aujourd’hui. »
Lyon, le 18 janvier 2013. Frédéric Weil, Nathalie Weil, André-François Ruaud, Raphaël Colson et Jérôme Vincent.

Ça en fait des beaux noms pour essayer de faire vivre les littératures de l’imaginaire. Du coup, au-delà du même diffuseur, on peut noter d’autres similitudes dans les éditions papiers proposées par Mnémos avec celles, notamment, des Moutons. En-effet, la qualité d’impression et de conception graphique, sur ce tome opérée par Isabelle Jovanovic, sont d’une qualité excellente. On note également la présence de rabats, sur les première et quatrième de couverture. Ainsi sur la couverture de l’ouvrage on peut lire un très court extrait qui se poursuit dans le premier rabat :

« Arthur n’avait pas quitté Mordred des yeux, il le dévisageait, et le garçon était reparti…
… dans son vertige.
Il entendait pourtant, mais lorsque le prêtre parla, Mordred ne compris rien, rien d’autre que les mots silencieux de son oncle, ceux qu’il n’avait jamais prononcés.
-Faites vite, grinça Arthur au prêtre. S’il meurt, qu’il meure chevalier.
-Mon oncle, souffla Mordred sans force, en s’agrippant à ses manches.
-Je suis ici, avec toi, dit Arthur.« 

On y reviendra. Mais c’est intéressant. Le rabat du quatrième de couverture vous présente rapidement l’auteure, et je ne retiendrai que les derniers mots : « férue de Moyen Âge […], elle est aussi passionné d’histoire, de reconstitution, de forge, d’armes blanches de jeux de rôle et de jeux vidéo. » Oui, oui, rien que ça, mais calmez-vous jeunes gens. Calmez-vous mieux s’il vous plait, un peu de tenue.

Finissons en précisant que cet ouvrage a été imprimé en Espagne et publié avec les soutien de la région Rhône Alpes, et que l’ajout de deux feuillets (au début et à la fin) noirs rajoute beaucoup de dignité à l’ensemble visuel. Le bouquin dégage une certaine classe qui appelle inconsciemment à l’aborder avec un état d’esprit respectueux et grave. Le livre ne se livrera pas de la sorte à vous, il vous faudra traverser le deuil et la souffrance pour arriver à en saisir la moelle.

[Nous avons également présenté cet ouvrage dans un article intitulé Mordred, ou l’abysse des sens sur le site internet d’Histoire et Images Médiévales.]

La tradition des oeuvres sur la légende arthurienne et l'épique (filmographiques, musicales et enfin whatthefuckesques avec cette... chose (?) qu'est Camelot 3000).

La tradition des oeuvres sur la légende arthurienne et l’épique (filmographiques, musicales et enfin whatthefuckesques avec cette… chose (?) qu’est Camelot 3000).

Mordret, ou l’abysse des sens

Et c’est bien là l’intérêt central de ce court roman. Il ne s’apprivoise pas en deux pages et vous demande un effort pour qu’il vous laisse pénétrer ses secrets. Justine Niogret choisit de placer son récit dans un espace en grande partie clos. Dans cet espace empestant la mort et les miasmes humains en tout genre – les univers de Niogret sont toujours sales, que ce soit dans Gueule de Truie, dans Chien du Heaume, dans Mordre le Bouclier ou dans Coeur de Rouille, ce qui est caractéristique de son style et qui est rappelé sur le quatrième de couverture où ses univers sont qualifiés de « âpres et sans merci » -, nous suivrons la convalescence de Mordred, grièvement blessé au cours d’une bataille et qui cherche à se remettre sur pied pour pouvoir accomplir son rôle, oserais-je dire son idéal ?, de chevalier.

Et c’est là une chose qui devrait – si ce n’est pas déjà le cas – vous choquer, du moins vous surprendre. On s’attache à la personne de Mordred, à une sorte de micro-histoire sur une période temporelle très courte et dans un espace restreint. Exit les poncifs du genre. Bienvenue dans le post-epic. Vous le savez j’aime bien balancer des nouvelles catégorisations – un de mes tocs, faut-il croire, que de toute ranger dans des cases, sauf mes frères humains – et je ne me suis pas privé entre la Fantaisie Municipale de Campredon et la Tech-Fantasy de Davoust, me revoilà avec mon air innocent à vous proposer de la Post-Epic Fantasy. Pourquoi l’appeler comme cela ? Simplement parce que l’epic fantasy c’est ce à quoi on a pu goûter depuis des dizaines d’années, notamment en ce qui concerne les adaptations de la légende arthurienne et, à l’image du Peplum pour le cinéma, les mentalités évoluant, il resurgit sous une forme différente, 45 ans après, avec ce que l’on nomme le Post-Peplum, mais nous y reviendrons dans un article ultérieur.

Revenons à notre Epic et Post-Epic Fantasy. Chrétien de Troyes, j’en parlais en introduction, avait déjà fait des ouvrages centrés sur un personnage – que ce soit Lancelot, Perceval, Yvain, Cligès ou le duo Erec & Enide – mais l’atmosphère que nous donnait le conteur champenois était toute différente, faite d’affrontements merveilleux, de magie qui ne dit pas son nom et de romances folles dans laquelle les héros sont toujours au bord du ravin menant à la folie – dédicace à Yvain. On avait tout ce dont ont besoin les productions contemporaines : suspense, amour, combat, action, enquête, fébrilité et faiblesses humaines qui toujours laissent le pas devant des destins plus grands. Prenons d’autres medias que la littérature pour continuer notre démonstration. Le cinéma, tiens, qui nous a livré tant de chef d’oeuvres : Les Chevaliers de la Table Ronde, de Richard ThorpeExcalibur de John Boorman, Merlin l’Enchanteur de Disney,  Camelot de Joshua Logan ou encore le plus récent Le Roi Arthur d’Antoine Fuqua – oui, comme les dragées -, pour ne citer qu’eux, tournent tous autour de deux thématiques majeures : le goût de l’épique et celui de la romance amoureuse. Le dernier de la liste renvoie même directement à des événements du début du siècle (les attentats du 11 septembre) dans ses thématiques. Aucune de ces productions ne lance de regard introspectif ou ne propose de livrer la légende aux hommes sous son jour le plus intime. Il n’y a guère que Robert Bresson avec son Lancelot du Lac et Eric Rohmer et son Perceval le Gallois qui arrivent à approcher ces question et, encore, ces oeuvres ne sont-elles pas si accessibles. Même les Monthy Pythons avec leur mythique Sacré Graal restent dans la veine épique, par l’absurde, certes, mais quand même.

Dans d’autres domaines comme la bande-dessinée ou la musique les problèmes sont les mêmes. Quand Purcell propose sont opéra King Arthur (à écouter ici), il nous propose une fresque épique, grandiose et puissante. Rick Wakeman ne fait pas mieux en nous sortant The Myths and Legends of King Arthur and the Knights of the Round Table  (écouter la première partie ici) qui est une version rock et sous amphétamines des traditions arthuriennes. Et quand les auteurs de la culture pop américaine s’approprient le thème dans les années 1980, on assiste à des productions telles que Camelot 3000, une sorte de mash-up entre science-fiction de comptoir et légende arthurienne à la sauce bannière étoilée.

Le parti pris de Justine Niogret est de se séparer définitivement de cet héritage mastoc et un peu envahissant. A l’hybris incontrôlée d’Hollywood ou de la littérature médiévale, qui après Chrétien a fait la part belle aux multiples histoires en multipliant les personnages et les items, l’auteure nous emporte avec froideur et âpreté vers plus de profondeur, vers une simplicité non feinte, et prône le confinement contre l’épique et les vastes espaces. La relation humaine, au sens premier, c’est-à-dire la relation entre des individus différents de l’espèce humaine, cette relation est remise au goût du jour pour explorer un univers collectif déjà surexploité et, par-là même, rendu caduque – bah oui, à part Kaamelott, vous avez vu beaucoup de productions sur les thèmes arthuriens récemment ? Justine Niogret nous possède et nous malaxe selon son bon vouloir – ou celui de ses personnages – et nous n’avons rien à y redire : la réalité des faits étant ce qu’elle est dans le récit, nous n’avons qu’à la subir. Et le style de la géniale auteure s’y prête tellement bien…
La disponibilité au format E-pub, c'est quand même vachement bien.

La disponibilité au format E-pub, c’est quand même vachement bien.

Enclos

En parlant de parti pris, ce n’est pas Lionel Davoust qui va nous faire changer d’approche. En effet, si j’avais déjà parlé plusieurs fois de la façon – admirable, signalons-le encore – avec laquelle ce loufoque personnage arrive à saisir la quintessence de l’esprit humain en dépeignant des personnages et des sentiments qui ne peuvent que vous saisir par leur perspicacité, leur efficacité et leur justesse. Si je parais un peu élégiaque c’est probablement parce que j’ai découvert cet auteur il y a tout juste 6 ou 8 mois et que, depuis, à chaque fois que j’ai pu lui parler ou lire certains de ses textes, je n’ai pas manqué d’être frappé par son talent – ou peut-être, son travail, qui sait. Quelque chose qui m’avait vraiment manqué tout ce temps, un regain d’humanité qui sent bon la vie à la dure. Comme Chaker.

Précisément, c’est ce que j’ai admiré dans le Mordred de Niogret. Dans Récital pour les Hautes-Sphères et les autres nouvelles libres de droit que Davoust propose sur son site – précisons au passage que ces textes sont sous licence Creative Commons et que leur diffusion est donc libre, alors lisez-les ! -, on retrouve le même goût que dans ses autres écrits : la volonté de s’approcher de la réalité de l’humain, d’en extraire une fragrance et de nous la délivrer. Mais on peut se demander ce qu’il restera de ces belles promesses davoustiennes quand, après avoir craqué à son rêve le plus fou, Lionel s’attaquera aux légendes arthuriennes.

Et bien, ça nous donne L’Île Close. Et je vous assure que je pourrais passer directement à la conclusion sans vous faire passer par la case « explication du propos » tant, une fois qu’on connait le texte, son simple titre se suffit à lui-même. Déjà, on ne reviendra pas sur le fait que notre breton dégarni a un véritable don pour choisir ses titres, j’en parlais , qui sont bien souvent d’une poésie rare. Et puis le qualificatif de ce titre, close, nous ramène déjà à une partie des thèmes de Mordredho tiens ! cela voudrait-il dire que le Faquin a eu le nez fin pour une fois de parler de ces deux ouvrages de concert ? -, ceux de l’espace fini.

Cependant, comme monsieur Davoust n’est pas un homme de la demi-mesure, il s’attaque directement à Einstein en se dressant derrière le fauteuil d’Hawking (je vous conseille de visualiser cela ici) : il boucle l’espace temps. Mais quand je dis qu’il boucle, c’est au sens premier, en plus du second : il termine l’espace temps – différence fondamentale d’avec Mordred, qui lui n’était qu’un slow motion, une sorte de bullet time dans la grande aventure, un peu à l’image du No Country for Old Men des Frères Coen – et le fait recommencer en boucle. Il boucle la boucle et la fait boucler. Ce faisant, il touche à l’intime de la matière de Bretagne : le cycle. Héritée de traditions celtiques antérieures, cette notion d’éternel recommencement a été introduite dans la matière avec les écrits tardifs, notamment ceux de Thomas Malory au XVème siècle et par les écrivains romantiques.

Cette intelligence dans le choix du contexte de l’histoire est, je pense, en grande partie responsable du succès qu’a eu la nouvelle. Cette dernière, publiée dans le recueil L’Importance de Ton Regard aux éditions Rivière Blanche, a en effet remporté le Prix Imaginales en 2009, été finaliste du Grand Prix de l’Imaginaire, été traduite en anglais et a fait l’objet d’une étude universitaire – Véronique Léonard-Roques et Stéphanie Urdician (dir.), Mythes de la Rébellion des fils et des filles, article « Mordred ou la nécessaire trahison », PUBP, 2013. Je tiens d’abord à signaler, avant d’aller plus loin le blog très intéressant de Frédéric Wittner, rédacteur en chef du remarquable et mainte fois remarqué – et regretté, du moins dans sa version papier – magazine Histoire et Images Médiévales, qui se consacre à l’étude des méchants, ces némésis faiseurs de héros, et dont l’un des papiers traite justement – là encore dans tous les sens du terme – de Mordred.

Il faut savoir rendre à César ce qui lui appartient, alors commençons. Pour que le cycle soit complet, chaque action doit se produire telle qu’elle a été prévue, chacun des protagonistes devant tenir son rôle. Ici, le récit avant sous la forme d’une narration style journaux intimes intérieurs qui se succèdent dans un écrin de velours. Aucune brusquerie, se presser ne servirait à rien dans le cycle, puisque nous en dépendons et il nous définit nous-mêmes comme partie de lui. On retrouve une place à chacun et celle-ci s’accorde avec la tradition arthurienne, L’Île Close aurait pu être signée par Malory, les légendes arthuriennes s’entrelacent et y sont présentées de façon simple et parfois même mêlées à d’autres matières comme la mention du combat de Siegfried ou encore Lir ou Beowulf. On note également quelques références culturelles plus modernes qui se sont pas sans nous tirer un sourire tant les clins d’œil ou les mentions sont si inattendues (référence aux camps de concentration, eurêkato be or not to be, cette dernière reprenant à son compte toute la dramaturgie gothique du texte initial) ou, au contraire, si téléphonées (John Boorman) qu’elles en deviennent un rayon rafraîchissant au derrière d’un texte dur et puissant.

Enfin, les personnages ont cette capacité formidable d’avoir conscience de leur état de pantin de la Geste. Certains comme Arthur ou Mordred, pour ne citer qu’eux, se rendent compte, parfois depuis longtemps au moment où l’on prend le récit, qu’ils ne sont que des pions sur l’échiquier royal de la Geste Arthurienne et qu’aucun d’entre eux ne parvient à s’en extraire. Et quand certains protestent dans la masse globale du manège cela donne un résultat nul et vierge :

« Dans le fond, une petite voix piailla : « Nous ne sommes pas des numéros, nous sommes des hommes libres », mais nul ne lui prêta attention, sauf l’ombre, la silhouette habillée de noirceur, debout adossée au mur. Les regards semblaient la traverser. Elle jeta un coup d’oeil fugace vers le contestataire, mais la masse l’avait de nouveau avalé, censuré.
L’ombre reporta son attention sur les chevaliers et sur Arthur.« 

Aucun n’existe en dehors des pièces maîtresses qui doivent accomplir le schéma de jeu prévu par la légende. Arthur et Mordred, on les a cités, cherchent à s’extraire de cet immuable jeu qui a toujours deux coups d’avance sur eux, quoiqu’ils fassent, cela est prévu. A la fois, la fuite en avant pour s’en sortir peut conduire vers deux échappatoires : soit la résignation et l’abandon de l’espoir, soit l’oubli en s’ostracisant du reste des protagonistes. Sans jamais briser le quatrième mur, les héros ont conscience d’être des personnages de fiction et cherchent à trouver leur propre place dans un univers auquel ils ne veulent/peuvent (rayer la mention inutile) appartenir. En se résignant ou en voulant se démarquer, ils deviennent tous des représentations, des constructions archétypales qui s’érigent malgré elles en symboles de l’inconscient collectif. Michel Pastoureau pourrait en parler longtemps, mais on n’a plus de temps.

Bernard Cromwell et son Roi d'Hiver vous emmènera dans le côté épique de l'ascension arthurienne, un peu comme le jeu de rôle Keltia, à sa façon, alors que les scripts des épisodes de Kaamelott vous permettront de réviser l'absurdité de notre société au travers du masque arthurien.

Bernard Cromwell et son Roi d’Hiver vous emmènera dans le côté épique de l’ascension arthurienne, un peu comme le jeu de rôle Keltia, à sa façon, alors que les scripts des épisodes de Kaamelott vous permettront de réviser l’absurdité de notre société au travers du masque arthurien.

Legenda

On voit donc qu’à l’aube du XXIème siècle, on laisse de côté les fresques épiques pour se recentrer sur les notions de l’humain et du privé, de l’intime, que chacun peut comprendre. Le lecteur, ainsi, retrouve la place qui est la sienne et ne se sent plus exclu des événements dans lesquels il ne peut tout saisir. Dès le début, on entre dans un terrain cosy, on est rassurés et guidés. Cette nouvelle approche est portée à un niveau remarquable d’efficacité et de justesse, de calibrage, par la plume de ces deux auteurs qui nous proposent en sous texte, sous le couvert de la légende arthurienne et de ses multiples masques, un discours sur nos propres faiblesse, notre propre recherche de légitimité dans ce monde qui a délaissé l’échelle de l’homme pour se régir à l’échelle des continents. Les deux Mordred de Niogret de de Davoust, de même que les deux Arthur, ne sont que des avatars de nos propres soubresauts, lorsque nous nous débattons pour nous faire une place dans la société, dans le monde du travail, sur l’internet en écrivant un blog mesquin… ho wait!

La légende, c’est ce qui mérite d’être dit, d’être conté. Nul doute que ces deux ouvrages se font, chacun à leur manière et aussi avec leurs spécificités propres, une place dans la large tapisserie littéraire que tissent les auteurs d’Occident depuis 800 ans déjà.

Vil Faquin.

Des mêmes auteurs : [Niogret] InterviewEdito d’avril, Chien du HeaumeMordre le Bouclier et Gueule de Truie, [Davoust] La Volonté du DragonLa Route de la Conquête, Port d’âmesRécital pour les Hautes-Sphères (nouvelles libres de droit), l’interview et l’édito de février.
De plus : Mordred, ou l’abysse des sens sur Histoire et Images Médiévales.
Lionel Davoust est lauréat du Prix Exégète 2015.

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22 commentaires

  1. Dans mes bras !!! (enfin non, sinon j’en connais un qui va faire la tête ^^ »).

    Mordred, mon coup de coeur arthurien de l’été 2013, L’île close que j’avais lue dans l’antho De Brocéliande en Avalon et qui faisait partie de mes textes préférés de cette antho… je suis plus que ravie de les voir ici, avec comme d’habitude un article passionnant, érudit (et une jolie collection ciné arthurienne, au passage) et la plume habituelle qui fait le sel de ce blog.

    Je ne suis pas tout à fait d’accord sur le fait que Mordred « se mérite », pour ma part, je suis rentrée dedans très facilement mais peut-être est-ce que à mon habitude des plumes dénichées par les Indés… en tout cas, j’avais été ravie de découvrir un Mordred loin des poncifs habituels. Un Mordred *humain*, c’est fou ce que ça fait du bien ! Autant Lancelot, Arthur et Cie ont pu être revisités à toutes les sauces, autant ce pauvre Mordred avait souvent droit au même traitement, heureusement, il est tombé sur Justine Niogret et son talent !

    Je ne savais pas que Davoust avait mis des textes en accès libre (mazette), j’irai jeter un oeil !

    1. Merci énormément pour ce long billet et tout ce qu’il contient ! Dans tous les cas je suis très content de voir que je ne suis pas le seul à flasher sur ce genre de textes.
      Pour en revenir au personnage de Mordred, il me fait un peu ni chaud ni froid dans la mythologie en général, rapporté qu’il est par les auteurs tardifs.

      quant au côté « Mordred se mérite », c’est une impression qu’il m’est resté de ma première lecture, qui date effectivement de l’été 2013 et par lequel j’ai découvert Justine Niogret.

      Et puis calin par ordi, ça rend personne jaloux ^^

      Bise à toi !

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