Y F’rait beau voir – La Route

La Route

Cormac McCarthy

Y’a pas très longtemps, avant les brillantes interventions d’A.F. Ruaud et de Go@t, qui ont un peu fait exploser quelques compteurs du blog, et on n’ira pas s’en plaindre, j’ai parlé d’un bon roman post-apo, à savoir Gueule de Truie de Justine Niogret. Non content d’être un roman poignant et faisant crisser les tripes du lecteur, Gueule est aussi un road-book qui vous emmène, vous embarque pour ne plus jamais vous laisser, à votre grand dam.

La Route, de Cormac McCarthy, – à ne pas confondre avec Sur la Route de Jack Kerouac, dont la très bonne adaptation dans les salles obscures sublime des acteurs paraissant médiocres dans celle d’une teen-story déjà nulle à la base – La Route, donc, Pullizer 2007, est un ouvrage également différent de ce que vous avez pu lire dans le style post-apo, différent de Gueule et du reste.

Et pourtant, Gueule et La Route sont les deux faces d’une même médaille. C’est du noir. Du côté face vous avez le roman post-apocalyptique ou vous cheminez aux côtés des personnages, de l’autre vous prenez dans vos dents une plongée dans l’âme humaine en mode géant.

La couverture de l'ouvrage, avec le .2 en calque, et une reprise partielle de l'affiche du film, élégance et sobriété, la french touch, tout ça.

La couverture de l’ouvrage, avec le .2 en calque, et une reprise partielle de l’affiche du film. Sobre.

C’est là qu’intervient l’éditeur. Pour Gueule, c’est Critic qui nous avait parlé dans le quatrième de couv’ du roman de McCarthy en nous assurant que l’un comme l’autre avaient le même impact. Pour La Route, je pense que si j’ai tant apprécié la lecture, la faute le mérite est à en attribué à l’édition. En effet, chose très rare, je n’avais pas l’ouvrage et c’est un collègue de formation qui me l’avait prêté sous le format particulier des .2, et… Le moins qu’on puisse dire, c’est que ça m’a happé. Mais on va y revenir.

Maintenant, voilà 5 raisons qui font de ce bouquin un essentiel :

  1. J’ai toujours aimé les road movies. Un jour, quand j’ai eu dans les 8 ou 9 ans, mon père m’a dit, en substance : « Putain tu vas la fermer là ? Bon viens par là que j’te colle devant un Disney. Putain elles sont où les cassettes ? Bon tant pis je te mets ça, y’a des cowboys, ça tire un peu. » Bon, je parodie grossièrement – en fait j’ai pas envie de partager avec les immondes voyeurs que vous êtes ce moment de partage père-fils où il m’a transmis son amour pour les road movies en me montrant le seul film qui l’ait jamais fait pleurer et qu’il n’avait vu qu’une fois quand il avait 17 piges, donc 20 ans auparavant, à l’époque, mais je m’aperçois que je viens de le partager, en fait, vous êtes très forts. C’était Jeremiah Johnson – rien que ça devrait vous suffire, vu la puissance du film. Si vous ne l’avez pas vu, d’ailleurs, mais qu’est-ce que vous foutez là ? Je vous pose la question. Au fil des années on s’est fait des Paris Texas, des Easy Rider ou simplement Dead Man ou Pale Rider (quelles bandes-son, mes aïeux). Et un jour, on s’est fait The Road. Et voilà. C’était l’histoire du jour. Non en vrai, les road movies, on s’en imprègne. Et celui là avait tout. Et je n’ai pas honte d’avoir vu le film avant de lire le livre, c’est probablement l’un des piliers de ma culture des littératures de l’imaginaire. Chose amusante, l’incroyable Viggo Mortensen, le génie danois, joue à la fois dans le film de John hillcoat et dans l’adaptation de Sur la Route par Walter Salles. Mais faut pas les confondre, hein.
  2. Vous m’direz que la première raison est ‘achement perso. Ouais. C’pas faux. Mais en même temps c’est la force de l’ouvrage, de parler au perso. Au p’tit monsieur ou à la p’tite madame qu’est tapi/e tout au fond de toi. Ca se ressentait dans Gueule et ça se ressent aussi dans La Route. Ca fait bizarre de dire « dans la route » mais si je dis « sur la route », vous allez tout confondre encore. Dans La Route – c’est moche hein – on a un père qui survit sur la route – promis, j’ai pas fait exprès – avec son petit garçon dans un monde en ruine où les cendres sont le seul avenir jamais – the only future ever, oueshOn a l’Homme et le Petit Garçon, comme on avait Gueule et la Fille à la boîte en fer bleu dans Gueule de Truie. Et on suit l’histoire dans la tête du père, qui devient névrosé à force de craindre le pire pour son enfant. C’est une lecture éprouvante. Mais magnifique.
  3. Et puis, on ne va pas se mentir, pour arriver à l’apocalypse décrite dans cet ouvrage il faut un enchaînement catastrophique d’événements pas forcément prévisibles, et d’autres si. Un livre d’une telle puissance, dégageant une telle essence, un tel message humain, doit venir au bon moment. Il doit se faire de façon délicate et jamais forcée. Jamais enchaînée. Dans mon cas, j’ai eu la chance qu’il arrive à un moment opportun, alors que j’avais tout à fait oublié l’histoire et l’ambiance du film. Je venais de me faire Mordred et Chien de Niogret – oui, il y a des coïncidences qui ne trompent pas – et j’avais donc l’esprit préparé. Ce n’est pas un livre qu’on peut violer – oui j’emploie un vocabulaire imagé à dessein, figurez-vous – c’est un livre qui doit s’offrir. C’est pas un Gemmell, ou un Eddings. C’est différent. Et c’est cette différence qui fera tout le sel de la lecture.
  4. Comme je le disais au-dessus, c’est l’édition qui m’a fait craquer. « Ho il est mimi ce livre Bruno, vas-y passe que je lise. » Et, donc, me voici avec en mains un livre atypique ré-édité chez .2, la collection hyperpoche de Points. Et quand je dis édition hyperpoche, je dis ça. Vous avez donc un format paysage avec la page du dessus qui se déroule sur celle d’en-dessous. Le format est très, TRES, agréable, notamment pour un ouvrage de ce type écrit comme un journal de bord, pas chapitré, quand le personnage à le temps. Un poil chère pour un format poche, plus ou moins de 10€ selon le tome, 2 est une excellent initiative et je vous conseille réellement de lire ce genre de road-books sur un tel format. En plus, même si Sur la Route n’est pas encore édité en .2, il a été écrit sur un rouleau de machine à écrire, d’une traite. Alors c’est fluff comme diraient nos amis figurinistes.
  5. Enfin il faut signaler que, avec La Route, Cormac MCarthy cristallise les bases – pré-existantes certes – de tout un pan de la pop culture concernant les terres post-apocalyptiques, tant dans le traitement de l’ambiance, pesante et vachement eschatologique quand même, qu’au niveau de la définition des personnages. On ne sait rien d’eux, tout ce que l’on découvre, on le déduit d’indices semés par l’auteur à gauche ou à droite. Ce procédé est devenu une sorte de schéma immuable à tous les récits post-apo pendant depuis des années. Et, avec la mode au cinéma de genre, on retrouve ça un peu partout, Hell par exemple, de Tim Fehlbaum, est un parfait exemple de l’influence de McCarthy sur tout ce pan de la culture des apocalypses.
J'vous dit qu'c'est pratique. Petit, compact, pratique. Essayez, vous verrez. Sauf si vous avez des lunettes double-foyer. Si j'en crois ma mémé, c'est l'enfer.

J’vous dit qu’c’est pratique. Petit, compact, pratique. Essayez, vous verrez. Sauf si vous avez des lunettes double-foyer. Si j’en crois ma mémé, c’est l’enfer.

Je ne savais pas trop comment présenter cet ouvrage. La Route devait initialement être le sujet du premier article de ce blog, et puis après deux semaines où j’ai écrit 3 autres articles, mais pas celui-ci, j’ai laissé tomber. Là, avec un Gueule de Truie qui s’est présenté il y a peu, c’était, encore une fois, une question de timing parfait. C’est un livre tellement profond et remuant qu’il ne faut pas l’élever en modèle, ce que je fais maladroitement, en fait. C’est pour ça que là, noyé dans l’indifférence générale après un édito et une interview de haute volée, ce me semblait un moment opportun. Ceux qui voudront lire liront, les autres regarderont en se disant « oui faudrait que je le lise« . Pour ceux-là, c’est juste que ce n’est pas leur moment.

Cet article était un peu plus personnel que bien d’autres, mais le livre s’y prête. Mais c’est bien la principale des 5 bonnes raisons de lire ce bouquin : c’est qu’il fait de belles choses dans votre slip. Et ça, ça n’a vraiment pas de prix.

« Les plus désespérés sont les chants les plus beaux,
Et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots. »
Alfred de Musset : Allégorie du Pélican – La Muse

Et vous savez le plus drôle ? Justine Niogret n’a jamais lu La Route. C’est rigolo les coincidences, hein ?

Vil Faquin.

A lire sur le même thème :  Gueule de TruieLe Post-Apocalyptique et l’édito de Raphaël Colson partie 1 et 2.

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