Y F’rait beau voir / Kaamelott : les Scripts

Kaamelott – Le texte intégral de la série

Alexandre Astier

En plein bouclage d’autres articles plus imposants, comme le précédent par exemple, je manque un peu de temps pour lire des ouvrages en ce moment, alors je me saisis de ma solution de facilité, instaurée il y a quelques mois déjà et qui semble fonctionner à merveille : faire des Y f’rait beau voir ! Enfin, je vais déjà en faire un histoire de me gagner quelques jours pour la suite.

J’en profite même pour faire dans la thématique. On va rester dans des terrains connus. On garde le cap sur la matière de Bretagne et on va l’invoquer et l’explorer cette fois-ci non pas sous le jour de l’épique ou de l’intimiste mais avec un passage pleine bourre dans l’absurde et le référencé, avec les 6 tomes de scripts de sa série Kaamelott qu’Alexandre Astier a publié aux éditions J’ai Lu.

D’aucuns penseront que je fais cet article par pure mesquinerie et pour compenser le fait que je n’ai pas pu assister à l’Exoconférence du Sire Astier. Et bien, ceux-là, je leur répondrai, avec la plus grande conviction, la chose suivante : « c’est même pas vrai d’abord !« 

Trois Livres - Deux tomes. A chaque fois avec des duos emblématiques de la série et des illustrations issues des derniers temps de la saison V.

Trois Livres – Deux tomes. A chaque fois avec des duos emblématiques de la série et des illustrations issues des derniers temps de la saison V.

Bon, maintenant il va falloir trouver 5 raisons pas trop crétines et évidentes pour se lancer dans la lecture de chacun de ces tomes contenant les scripts initiaux de ce qu’avait Astier à l’esprit avant de tourner chaque épisode.

  1. Maître mot de la série télévisée, l’humour est également, on s’en sera douté, présent dans les scripts. On retrouve nos gimmicks favoris, nos règles de jeu préférées et les tournures de phrase si alambiquées et délicieuses qui ont fait le sel de la série. Mais, me direz vous, ce n’est pas là quelque chose de bien nouveau et pas non plus quelque chose de propre aux scripts en tant que tels – non je me retiendrai de saisir cette référence. Par contre, une fois que vous avez tous ces passages mythiques qui nous reviennent en mémoire sous les yeux, ils n’apparaissent plus de la même façon. On se rend alors compte très vite de l’enjeu du dosage de l’humour et de n’importe quelle autre composante du discours. De même la présence de quelques didascalies nous permet également de voir quels étaient, à l’origine, en suivant également le découpage. Le rythme des scripts est en effet le même le même que celui des épisodes : 3 cors, scène d’intro dans un lieu, ouverture, 3 scènes dans un ou plusieurs autres lieux, fermeture, scène de conclusion dans le lieu de l’introduction (ou un autre lieu), noir. A l’écriture, avec ce découpage figurant à chaque épisode, le casse-tête de la réalisation d’un tel script apparaît en pleine lumière.
  2. Ce qu’on peut voir également c’est que, en lisant les phrases écrites par Astier pour chacun de ses personnages, c’est la différence qu’il a mis dans la construction de l’identité de chacun d’entre eux. Il s’est attaché à créer une identité et un discours particulier propre à chacun. Cette identité et le champ lexical qui l’accompagne bien souvent, les expressions, les lieux, les protagonistes…, est construite de manière intelligente sur la base de ce que sont les personnages de la légende arthurienne. Par exemple, dans le cas du personnage de Perceval, il est présenté comme naïf et comme un boulet, mais jamais comme un idiot, exactement comme il était à l’origine dans Le Conte du Graal de Chrétien de Troyes. Grosso modo, Astier a réussi, au travers du masque et du miroir de l’absurde et d’un humour toujours édifiant,  à réaliser un syncrétisme entre la légende arthurienne et notre société, entre les enjeux propres à chacun de ces univers et entre les personnages d’origine et ses acteurs. En effet, on aura un plaisir non fin et passablement coupable à repérer d’un coup de fluo dans son bouquin, tous les changements, épisode par épisode, dans les dialogues ou la mise en scène entre le script et le rendu à l’image, ce qui permet d’ouvrir de nouvelles perspectives dans bien des cas ! (et en plus, vous pourrez vous la péter en société).
  3. Enfin quand je dis de mettre des coups de fluo dans vos bouquins, c’est vous qui voyez. Non parce qu’il faudrait pas que ça déclenche un tollé général de la part des étudiantes en lettre. « Un jour peut-être, une étudiante en Lettres en tiendra un exemplaire devant ses lunettes, assise au fond du bus… Elle annotera… genre  » Oui, très juste !  » dans la marge… les étudiantes en lettres annotent toujours les bouquins avec des  » Oui, très juste !  » dans la marge. J’ai jamais compris. Moi, j’étais étudiant en musique, j’ai jamais annoté  » Oui, très juste !  » sur le score de Requiem de Fauré… ou  » efficace mais cul-cul  » sur la Flûte Enchantée… ou  » le Fridolin n’est finalement pas si bourrin que ça  » sur les Variations Goldberg… » D’où ça sort ça ? De l’avant propos du premier tome du livre 1. Et dans le premier tome du livre 2, c’est-à-dire le tome 3, vous aurez la réponse d’une étudiante en lettre et la contre-réponse d’Astier. Un sketch dans le sketch, du grand art et, rien que pour ça, ces tomes sont indispensables.
  4. Depuis 2012, on l’a vu, Astier et J’ai Lu éditent les scripts intégraux. Un bon moyen de se faire du fric sur le dos d’une licence qui jouit d’un succès énorme, non ? Bah non. Parce que chaque tome est au prix modique de 5€. Ouais, seulement. Pour ce prix, vous avez non seulement un avant propos tordant – et ma foi cyniquement pertinent, comme sait parfaitement l’être A² -mais aussi une interview remettant en lumière les difficultés de réalisation à la fois des scripts et de la série – vous pouvez d’ailleurs lire l’avant propos et l’interview du tome 1 ici. Chaque saison, appelée Livre, sort en deux tomes le même jour. Le premier contient les éléments cités ci-dessus et la moitié de la saison, le second la fin des épisodes. Les Trois premières saisons sont aujourd’hui sorties, et je ne pense pas que nous en verrons d’autres un jour, tant le parti pris ensuite a été différent, la série s’orientant petit à petit vers une autre forme de discours. Reste que 320 pages à 5€, avec un vrai travail de présentation et un effort d’édition intéressant (liste des personnages) on ne se fout clairement pas de votre gueule.
  5. Enfin, on l’a vu un peu plus haut, Astier présente dans sa série Kaamelott, et donc dans ses scripts, la légende arthurienne sous un jour très différent de ce qu’on a l’habitude de voir ; grâce au ton absurde, il nous emporte avec nos problèmes purement XXIèmistes dans une réalité différente dans le temps et l’espace mais très similaire dans ses préoccupations. De manière tour à tour intimiste ou absurde, il présente légende et contemporain en usant des codes des maîtres du genre. En bien des lieux, lire ces scripts m’a rappelé la lecture du livre Monthy Python : petit précis d’iconoclasme de Patrick Marcel publié par Les Moutons Electriques dans leur Bibliothèque des Miroirs. On y explore comment l’absurde et la dérision permettent d’avancer en pointant du doigt certaines problématiques de manière à ce que personne ne puisse les ignorer et que chacun puisse s’interroger à leur sujet de manière constructive.
Episode 1 - Feu l'âne de Gethenoc Episode 2 - Feue la vache de Roparzh Episode 3 - Feue la poule de Gethenoc Et pas d'épisode 4, en raison du changement de ton de la série.

Episode 1 – Feu l’âne de Guethenoc
Episode 2 – Feue la vache de Roparzh
Episode 3 – Feue la poule de Guethenoc
Et pas d’épisode 4, en raison du changement de ton de la série (mon seul regret en 6 saisons).

Pof. Ca vous fait des raisons de vous y remettre et de vous renseigner sur les raisons qui font que vous aimez tant et tant cette série et, si ce n’est pas le cas, cette lecture couplée au visionnage de la série, au moins sur une saison, montrera à quel point le travail n’est pas toujours aussi aisé qu’on veut bien le croire.

Et peut-être verrez-vous, après lecture, que certains épisodes sont beaucoup plus réflectifs du mode de fonctionnement de notre société moderne qu’on veut bien le croire. Comme quand on demande des explications sur quelque chose à un responsable (politique, économique, hiérarchique), qu’il nous ignore, noie le poisson en détournant le propos sur d’autres sujets et finalement s’en tire tranquillou avec une pauvre excuse à deux ronds et que vous vous retrouvez le bec dans l’eau. Mais si ! Voyez plutôt :

« KARADOC : Sire, ouvrez.

PERCEVAL : on en a gros

ARTHUR : non mais c’est bon, je vous utilise. Allez vous coucher.

PERCEVAL : comment ?

KARADOC : vous nous utilisez ?

ARTHUR : oui, pas de problème, j’assume, cassez-vous

PERCEVAL : pour arriver à vos fins ?

ARTHUR : oui, oui, ne vous inquiétez pas, je le prends sur moi. Foutez le camp.

PERCEVAL (Voix Off) : Bonne nuit Sire.« 

Vil Faquin

A lire : Le Cycle Graal et Kaamelott ou la Quête du savoir.

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