Edito 5.15 / Frédéric Wittner

Méchants et héros

(ou des nouveaux héros)

En 2007-2008, la Bibliothèque Nationale de France consacrait une exposition aux héros. D’Achille à Zidane. L’intitulé pouvait en refroidir certains. Signe des temps, les stars de foot étaient perçues comme « les héros de demain » (sic). Mais il n’est pas nouveau d’aduler les sportifs. Peu importe. L’expo était, comme souvent à la BnF, bien ficelée.

Les héros, donc. Les héros, dont les exploits ont traversé les âges. Ulysse. Thésée. Lancelot. James Bond, Superman… (Notez que, dans le temps, la légende de Lancelot et des chevaliers de la Table Ronde est plus éloignée de celle d’Ulysse que de Superman, qui s’envola pour la première fois en 1938) Ces personnages exceptionnels nous fascinent. Saurait-il y avoir un obstacle pour les arrêter ? Un véritable héros triomphe de tout. Surmonte l’impossible. Dieu pour les hommes, mais homme pour les dieux. Les Grecs et les Romains en avaient fait logiquement… des demi-dieux. Mais en définitive, si loin du commun des mortels.

Si forts. Si vaillants. Si beaux. Si courageux. Si parfaits… Pour sûr, les grands de ce monde, et de notre imaginaire méritaient bien une exposition à la BnF. Mais je vais vous dire : ce fut d’une grande injustice, et personne ne s’en est rendu compte !

En effet, les « héros » ne seraient jamais devenus ce qu’ils sont sans antagonistes. Sans épreuves à surmonter. Sans ennemis sur lesquels triompher. En somme, et pour caricaturer, les héros ne seraient rien sans les « méchants ». Ils leur doivent tout.

Voilà un héros auquel on peut s'identifier, dont on peut comprendre la vision de la réalité, de l'ordre des choses... Comment ça, j'ai dit héros ?

Voilà un héros auquel on peut s’identifier, dont on peut comprendre la vision de la réalité, de l’ordre des choses… Comment ça, j’ai dit héros ?

Alors, je sais ce que vous allez me dire. Les héros, tout extraordinaires qu’ils soient, restent des personnages complexes, créations aux facettes multiples de civilisations toutes différentes. Ainsi le héros antique n’a pas grand-chose à voir avec le héros médiéval. Ainsi à l’époque où l’on commençait à rêver en Amérique de « super héros » (ça doit être la classe au-dessus… américaine bien sûr), on se prenait à célébrer en Europe des héros bien réels, les résistants. Je ne sais pas combien de nuances de gris il existe (et à vrai dire, on s’en fout), mais il y a une infinité de nuances héroïques. Du coup, on ne saurait réduire tous les héros à des incarnations du « Bien » et tous les antagonistes à des incarnations du « Mal », selon un schéma manichéen binaire.  L’usage du terme « méchants » (quelque peu inadapté en français, on lui préférerait celui des villains en anglais, voire des bad guys dans une terminologie plus contemporaine) serait dès lors galvaudé.

Malgré tout, je crois que si on peut regrouper tous les valeureux, les forts, les éclatants, les exemplaires, les lumineux en somme, sous le terme de héros, et admettre une fois pour toutes qu’ils représentent pour les hommes un modèle vertueux, fondamentalement bénéfique,  on peut admettre que les détraqués, les traîtres, les envieux, les déchus, les ambitieux, les manipulateurs – et j’en passe – soient à ranger de l’autre côté. Celui… des méchants. [ndlf : comme disait MJ] Les qualités à l’instant évoquées vous inspirent confiance, vous ?

Et bien, je ne sais pas pour vous, mais je crois qu’il faudrait rendre un hommage appuyé à tous ces êtres un tant soit peu malfaisants qui peuplent les livres, les pièces de théâtre, les bandes dessinées, toutes les histoires de fiction, des mythes les plus anciens aux films encore à l’affiche. J’en entends déjà qui disent « Ah bah oui, et puis les méchants, c’est quand même plus intéressant que les gentils… Les gentils, ils sont parfaits et gagnent toujours à la fin ! ». Trop parfaits pour être honnêtes : n’est-ce pas, finalement, la faiblesse des héros ? À bien y regarder, les « méchants », les adversaires, semblent moins suspects : ils sont pleins de défauts. Les vôtres, les miens… Ils nous ressemblent. D’ailleurs, si on réfléchit à deux fois, les « méchants » sont-ils toujours si méchants ? Bon, parfois, oui, je vous l’accorde, il y a de véritables ordures.

Mais pourquoi tel affreux bascule dans le ressentiment et l’esprit de revanche ? Pourquoi veut-il conquérir le monde, pourquoi a-t-il perdu la raison, trahi, menti, déçu ? Qu’est-ce qui différencie le vilain petit canard du canard boiteux ? Être mauvais ne serait-il pas une question de point de vue ? De culture ? Quand on prend le temps de se pencher sur la question, on découvre que le terreau est ô combien aussi fertile et complexe que celui des héros.

Se pencher sur le cas – désespéré – des « méchants » est une tâche passionnante. Hollywood nous a déjà livré, en quelques décennies, quelques monstres fascinants dont un certain nombre devrait passer à la postérité (chacun ira de son « top ten » personnel). Mais de là à dire que le cinéma a inventé les plus grands méchants de l’Histoire, je vous arrête tout de suite ! Ils ne sont pas nés d’hier… D’ailleurs, quand sont-ils apparus ? Car si l’on peut, sans avoir trop peur de se tromper, identifier les premiers héros dans les grandes épopées de l’Antiquité (Épopée de Gilgamesh, l’Iliade et l’Odyssée, le Mahâbhârata, et différentes mythologies indo-européennes…), les choses ne sont pas si claires pour les antagonistes.

On ne peut pas généraliser à l’extrême, mais à une époque où les religions polythéistes prévalaient dans les consciences, les héros n’étaient pas le produit de mentalités manichéennes, comme on l’a déjà évoqué. Pas de Dieu unique régnant au Paradis, opposé à un grand Satan infernal et à ses légions. Du coup, comment faisait-on, à l’époque, pour être un héros ? Bien sûr, il y avait souvent quelques vilaines créatures à pourfendre. Mais pas seulement. Épreuves à surmonter, quêtes à poursuivre, princesses à sauver. Voyez Hercules et ses douze travaux. Voyez Persée et Andromède.

edito

Un méli-mélo de méchants. On vous laisse les spoter et on vous donne la soluce en fin d’article ! (cliquez sur le photo pour mieux voir)

Pour l’Antiquité, chercher les maléfiques dans l’antagonisme pur à un héros équivaut à faire fausse route. Gilgamesh lui-même, le grand roi d’Uruk (héros du 27e siècle avant notre ère ; ça résonne presque comme de la science-fiction… mais à l’envers), finit par triompher grâce à Enkidu, son alter ego sauvage, en somme son double en négatif, envoyé initialement sur terre par les dieux pour ramener Gilgamesh à un peu de modestie (oui, parce que Gilgamesh, tout héros qu’il soit, a un ego surdimensionné et opprime son pays…). Les méchants n’en sont pas moins omniprésents ! Dieux néfastes (voyez certaines divinités des enfers, de la mort ou de la nuit), créatures monstrueuses et mortelles (le cyclope, la Gorgone Méduse, le Minotaure, la magicienne Circé…) ou encore quelques tyrans  – bien humains cette fois – foisonnent et donnent du fil à retordre aux héros. Ils sont à leur façon des antagonistes.

Puis un jour vint un serpent, doué de parole et résidant dans le jardin d’Éden, qui séduisit la première femme, Ève, l’incitant à manger du Fruit défendu de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, ce qui entraînera l’expulsion du jardin d’Éden, la chute des hommes, et qui vaudra au Serpent d’être maudit par Dieu et de marcher sur le ventre. Vous avez évidemment reconnu le passage clé de la Genèse.

Le diable devient la personnification du mal dans le judaïsme et le christianisme (l’étymologie même de « diable » renvoie à une idée de destruction, de division [ndlf : du grec διάβολος diábolos, issu du verbe διαβάλλω « diabállô », signifiant « celui qui divise » ou « qui désunit » ou encore « qui détruit »]; celle de « Satan » qui s’imposera avec le temps, évoque aussi la déviance, de trahison, et on le traduit généralement comme « l’adversaire »). Certains en font un ange rebelle, déchu (dans les textes de l’Ancien Testament, il est Lucifer « le porteur de lumière », chérubin protecteur qui a défié Dieu par orgueil et qui a été précipité dans les profondeurs), les Évangiles voient plutôt en lui le maître des hordes démoniaques destinées à affronter le Christ dans un terrible affrontement final (si vous n’avez pas lu l’Apocalypse de Jean, ruez-vous dessus : un véritable blockbuster avant l’heure), où le bien triomphe du mal (par deux fois, en fait – car dans l’Apocalypse, on oublie souvent qu’il y a aussi « Satan, la revanche » après le millenium du Christ et ses saints martyrs).

« L’ennemi du genre humain » (ainsi le diable est-il souvent désigné par les chroniqueurs médiévaux et modernes) a été connu sous des dizaines de noms différents (Lucifer, Belzébuth, Satan…) et représenté de toutes les façons possibles et imaginables. Tantôt monstrueux, vomissant les pires calamités, assis sur son trône infernal, tantôt séduisant, tentateur (dont sont inspirées les plus célèbres histoires d’hommes ayant vendu leur âme au diable : Théophile, Faust, Dorian Gray [ndlf : rien à voir avec Sasha ou un livre connu]…), il est resté l’incarnation la plus parfaite du mal, la quintessence du « méchant ». Pour autant, le diable reste une entité, une parabole, et en définitive, un moyen bien commode pour les prédicateurs médiévaux pour faire passer le message chrétien. Bien qu’il ait pu inspirer tous les auteurs, il n’a pas grand-chose à voir, en définitive, avec les méchants de fiction.

Mais la civilisation médiévale occidentale, chrétienne, a connu ses méchants de fiction. On pourrait même avancer que c’est elle, en quelque sorte, qui a inventé les premiers méchants « modernes » qui nous ont été transmis. Les antiquités gréco-romaines et scandinaves ont légué les archétypes des géants (Titans, Lestrygons, Trolls…), géants que l’on retrouvait également dans le monde judaïque (les Nephilims, Rephaïms, le plus célèbre d’entre eux restant Goliath) qui reviennent fort logiquement dans les chansons de geste s’opposer aux chevaliers. Toujours proches des êtres primitifs (certains sont encore dotés de cornes et de griffes, ou crachent du feu…), asociaux, redoutablement forts mais aussi très orgueilleux, ils sont souvent assimilés aux Sarrasins (voir la geste de Huon de Bordeaux, la geste Rainouart…). Bref, l’antithèse du héros chrétien, l’ennemi par excellence que l’on peut défaire sur le champ de bataille dans un combat acharné.

Les quêtes héroïques ne sont plus exactement celles d’hier (mais la quête du Graal est-elle si éloignée de celle de la Toison d’Or ? [ndlf : en tout cas, le Graal n’est pas à Dijon, un bon point à ceux qui comprennent]), les antagonistes non plus. Les chevaliers ont encore des épreuves multiples à surmonter, mais à l’heure où les preux s’arrêtent dans une chapelle pour louer le Seigneur, point de démons pour leur barrer la route, aussi étrange que cela puisse paraître. Les « méchants » sont des nains, des « chevaliers noirs » (souvent des chevaliers sans seigneur qui errent à la recherche de quelque larcin à commettre), des fées. Les chevaliers découvrent, à leurs dépens, la face cachée de Mélusine ou de Morgane. Quelque part entre paganisme et christianisme, les fées maléfiques se frayent un chemin, deviennent des archétypes qui seront plus tard réutilisés et amplifiés dans les contes (la Fée Carabosse ou encore la méchante fée de la Belle au Bois dormant de Perrault deviendront le modèle du genre). Les saints évangélisateurs ont quant à eux maille à partir avec des monstres plus traditionnels, les dragons. On ne compte plus le nombre de moines ou d’évêques qui boutent un méchant lézard hors d’une ville (Marcel triomphe à Paris, Romain à Rouen, Clément à Metz, Front à Périgueux, sans parler de saint George. Même les femmes s’y mettent, comme sainte Marthe, à Tarascon).

Lord Casque Noir, qui est peut-être devenu le méchant le plus célèbre du cinéma, a un message à nous faire parvenir : même les plus méchants peuvent tendre la main à la rédemption… Image tirée de l'Empire contre-attaque d'Irvin Kershner, 1980. // Votre professeur de chimie, ce héros ! (ou pas)

Lord Casque Noir, qui est peut-être devenu le méchant le plus célèbre du cinéma, a un message à nous faire parvenir : même les plus méchants peuvent tendre la main à la rédemption…
Image tirée de l’Empire contre-attaque d’Irvin Kershner, 1980. // Votre professeur de chimie, ce héros ! (ou pas)

Pas de bon roman chevaleresque (pour rappel la littérature romanesque : XIIe siècle), pas de vie de saint captivante sans un antagoniste coriace à envoyer au tapis. Et parfois même, ce sont les méchants qui gagnent (ou presque) ! Le roi Arthur lui-même, si l’on en croit les sources les plus tardives, aurait été tué par Mordred [ndlf : voir Mordred et L’abysse des Sens], son fils incestueux (conçu avec… Morgane. Encore un mauvais coup d’une fée maléfique). L’imaginaire médiéval transmis en héritage après la Renaissance, ressurgit et se voit amplifié dans les contes de fées, en plein essor au XVIIe siècle. Perrault, Madame d’Aulnoy, les frères Grimm, Andersen, imposent des figures qui sont parvenues à nous presque intacte. Le terrible Barbe Bleue. L’ogre. Le fourbe nain Rumpelstiltskin. Le Grand Méchant Loup. Et on ne compte plus les méchantes reines-sorcières. Avec eux, le « méchant » moderne se dessine, se cristallise. On en « crée » un systématiquement, bien caractéristique, pour chaque histoire. Même le Père Noël se voit doté de son Père Fouettard.

Des personnages qui ne se contentent plus d’être fondamentalement néfastes, diaboliques, mais qui ont leurs propres motivations… Voyez-vous ça ? Des méchants qui auraient un but. Pire, une psychologie ! Ne seraient-ce pas plutôt des humains qui ont une araignée au plafond ?

Nous ne pouvons pas ici faire un exposé complet sur l’évolution des méchants [ndlf : si vous voulez que Frédéric en fasse un bouquin, envoyez « Oh oui je suis méchant ! » au 57860] dans la littérature, le théâtre, le cinéma ou la télévision, des temps les plus anciens jusqu’à nous. C’est impossible, car il faut réaliser que derrière les stéréotypes (les traîtres, les ambitieux, les diaboliques, les sadiques, les idiots… et pourquoi pas depuis l’invention de l’informatique, l’intelligence artificielle…), chaque profil est unique, bien particulier. Des milliers de « méchants », qui ne sont pas devenus méchants par hasard. Ce sont des personnages riches et complexes, comme les héros du reste. Pour la bienséance, on a juste décidé qu’ils perdraient à la fin, même si tout le monde sait que « Dans la vraie vie, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne ». En somme, on se fait peur une bonne fois, puis on se rassure.

Et puis on se dit que les méchants nous ressemblent tant, finalement. Que dans le monde réel, il n’y a ni gentils, ni méchants, que les choses sont plus compliquées. Regardez, même les auteurs de fiction l’ont bien compris. G.R.R Martin nous fait jubiler en dépeignant un univers pas si éloigné du nôtre, où seuls les prédateurs s’en sortent. Tant bien que mal…

Selon les modes, selon les époques, les choses évoluent. Aujourd’hui, on se plait même à faire triompher les méchants à la fin, à en faire les nouveaux héros. Regardez les séries à succès les plus récentes. Dexter, qui se glisse la nuit dans la peau d’un psychopathe pour estourbir des criminels à tour de bras. Le docteur House, narcissique, antipathique, qui n’a que faire de l’opinion des autres. Walter White, le professeur de chimie qui vire dealer de drogue et qui devient plus méchant que les méchants barons de la drogue. Frank Underwood, un politicien sans scrupule prêt à tout (mais alors, vraiment tout…) pour accéder à la Maison Blanche. Et puis, honnêtement, lequel vous a le plus marqué durant vos jeunes années, Luke Skywalker ou Darth Vader ? Clarice Starling ou Hannibal Lecter ? Batman ou le Joker ? Déclinez cette question dans chaque film, chaque pièce de théâtre (j’ai récemment eu un coup de cœur pour Macbeth et Lady Macbeth, couple fatal de la pièce éponyme de Shakespeare), chaque bande dessinée. Si on faisait un sondage en ce sens, je crois que les résultats ne manqueraient pas de surprendre.

Être mauvais, c'est jubilatoire. À l'âge de presque 400 ans, on commence à le comprendre. Image tirée du film Dracula de Francis Ford Coppola, 1992.

Être mauvais, c’est jubilatoire. À l’âge de presque 400 ans, on commence à le comprendre.
Image tirée du film Dracula de Francis Ford Coppola, 1992.

Pas d’Apocalypse Now sans les manœuvres de l’inquiétant Colonel Kurt, tapi dans l’ombre de la forêt tropicale, personnage que l’on brûle d’envie de découvrir durant tout le film. Quant à Dracula, il doit être devenu aussi connu que le Diable lui-même. Et dans son sillage, une myriade de vampires moins fréquentables les uns que les autres. Monstres suceurs de sang d’hier ou d’aujourd’hui, ce sont de véritables têtes d’affiche. Quelle meilleure figure que celle du vampire pour nous rappeler nos pulsions et nos peurs bien humaines ?

Oui, on devrait consacrer une exposition aux « méchants », qui serait plus mouvementée et colorée que celle consacrée aux héros [ndlf : les éditeurs américains de comicbooks l’ont bien compris en consacrant un mois chaque année aux anti-héros, le Villains Month où ces derniers sont en tête d’affiche !]. Un hommage. Au diable (encore lui !) la bienséance. En attendant, quand vous en croiserez un au fil de vos lectures, ou durant une séance de cinéma, soyez indulgent, ayez une pensée pour ce « méchant » que les héros finissent par envoyer par le fond. Ce sont eux qui font vivre nos histoires préférées. Dur labeur, bien mal récompensé.

Frédéric Wittner
9 mai 2015

Fédéric Wittner est rédacteur en chef d’Histoire et Images Médiévales et tient l’excellent blog Maléfiques qui traite du sujet de cet édito : Les héros n’existeraient pas sans « méchants » !

A lire, de près ou de loin : Le MytheMythe et Super-HérosMordred,
Mythes et Idéologie du Cinéma Américain & Conférence Les Mythes dans le cinéma moderne.

Autres considérations sur l’écriture : Edito d’Estelle Faye sur l’espoir en SF, Edito de SoFee L. Grey sur la place des fées dans le monde moderne.

Les héros, les Grecs les aimaient vaillants, puissants au combat, mais aussi fragiles, à fleur de peau. Pour preuve, Achille, qui après avoir perdu son compagnon et amant Patrocle, entrera dans une rage incontrôlable et défiera Hector, le héros des Troyens, dans un combat singulier. Vainqueur, Achille n’hésitera pas à attacher le cadavre d’Hector à son char, et à le traîner devant les murailles ennemies, pour le soustraire à la « belle mort » et le priver des honneurs rendus aux héros guerriers morts au combat. Sympathiques, les héros grecs ? Pas si sûr… [Cratère à volutes, début 5e siècle av J.-C. Londres, British Museum]
Hercules affrontant l’Hydre de Lerne, créature reptilienne à plusieurs têtes qui habite les marais. Le héros devra défaire des monstres plus terribles les uns que les autres pour satisfaire la déesse Héra. Dans l’Antiquité, les adversaires directs n’ont généralement pas de motivations propres, ils servent les desseins des dieux, véritables antagonistes, qui passent leur temps à se quereller entre eux, souvent pour des affaires de cœur. Les humains ne sont, dans ce jeu, que de pions. [Huile sur toile de Gustave Moreau, 1875]
Le serpent donnant le Fruit défendu de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal aux infortunés Adam et Eve. Une pomme, et tout bascule… [Enluminure tirée d’une traduction de Boccace par Laurent de Premierfait, Angleterre, vers 1450]
Terrible vision du diable et de son royaume infernal peuplé de démons, qui hantait les mentalités des hommes du Moyen Âge, surtout durant les périodes les plus difficiles, comme le furent les XIVe et XVe siècles. [Enluminure tirée de la Cité de Dieu de saint Augustin, traduit par Raoul de Presles. 1460]
Les fées prennent parfois, au Moyen Âge, des allures d’ensorceleuses. Ainsi, Mélusine, qui cache un terrible secret, ou Morgane, qui de guérisseuse (au XIIe siècle) est devenue au fil du temps une ensorceleuse, qui tendra des pièges à Lancelot et Arthur. Rapt, séduction : tel sera le lot des premières fées néfastes qui donneront naissance, quelques siècles plus tard, au mythe des sorcières, puis des marraines maléfiques tant chéries par Disney… [Morgane la Fée, représentée par Frederick Sandys, dans la plus pure tradition préraphaélite, 1864.]
Barbe Bleue, sûrement pas bourreau des cœurs, mais bourreau tout court. Charles Perrault livre au XVIIe siècle un portrait sinistre de ce psychopathe, dans lequel d’aucuns ont voulu reconnaître Gilles de Rais, Henry VIII… Un méchant digne de ce nom écrit souvent sa légende dans le sang. [Gravure de Gustave Doré pour l’édition des Contes de Perrault de 1862.]
Publicités

9 commentaires

  1. Pendant qu’on est dans les héros grecs, et les héros pas si héros que ça, je pense très fort à Ulysse / Odysseus, qui, présenté souvent comme un héros dans les versions abrégées de l’Odyssée pour les enfants, n’en n’est pas moins pourri de défauts et loin d’être admirable tout au long des vers d’Homère. (Comme beaucoup des personnages de la mythologie grecque en fait – à se demander comment ils apparaissent autant dans la litté enfantine sans que certains parents s’en offusquent, eux parfois si bien-pensants par ailleurs)
    Par contre je ne suis toujours pas d’accord avec le postulat : les méchants c’est le bien, les héros trop héroïques, c’est le mal. Enfin, la première partie, surtout. Un méchant qui est juste méchant est aussi inintéressant qu’un gentil qui est juste gentil, mais un gentil qui a des failles, des tentations, des raisons d’être gentil et pourquoi pas même des raisons pas si gentilles que ça d’être gentil ça peut faire un héros très intéressant, hors sacrifice de soi ou gentillesse naturelle qui ne marche que dans certains genres comme les récits de chevaliers courtois ou les comics de super-héros. mais en même temps s’il n’avait pas un gentil en face, reconnaîtrait-on certains méchants comme des méchants, hein ?

    1. Merci pour ton retour ! Et oui, Ulysse est un peu un goujat, c’est vrai !
      Pour le postulat, je pense surtout que ce que Frédéric voulait dire/faire, c’était introduire son propos de façon ironique avec un petit « les héros héroïques, basta! » pas piqué des hannetons. Je pense, pour en avoir discuté, qu’il est tout à fait conscient de l’importance des uns et des autres !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s