Gueule de Truie

Gueule de Truie

Justine ‘Gut-Reaper’ Niogret

Du vomi.

C’est pas moi qui le dit. Et c’est pas péjoratif. Mais ça, vous le découvrirez plus tard, j’imagine. Vous m’direz, avec Gueule de Truie, le plus tard on n’a pas vraiment envie de l’attendre, mais plutôt de se carapater au premier tournant histoire de vérifier que, oui, l’herbe est bien plus verte ailleurs. Et ne vous y méprenez pas, c’est un sacré compliement que je viens faquinement de faire au bouquin.

Non parce que la nouvelle amante de la fantasy, j’ai nommé Justine Niogret, comme j’ai pu lire qu’on l’appelait y’a quelques années quand elle sortait ses deux best sellers chez Mnémos – non mais sérieux les mecs (et je m’adresse là aux commentateurs littéraires ‘sérieux et/ou professionnels’ (les guillemets et la distinction et/ou sont importants. En effet, certains sont critiques pro’ et ne sont pas sérieux pour un franc six sous) [fin de l’aparté-ception]), faut que vous décrochiez du fantôme de Frazetta hein ; en plus, Chien, elle est tout sauf sexy ! – a un jour décidé qu’elle avait envie de changer d’air, de larguer du leste et de lourder l’image qu’elle venait juste de se dessiner dans le paysage de l’imaginaire français.

Et là, elle a commis Gueule de Truie. Et moi je dis merci.

« Gueule de Truie, voilà un nom qu’on gagne. »

Gueule Critic

Les Editions Critic ne nous sont pas inconnues, puisque nous avons déjà parcouru leur collection de fantasy avec Lionel Davoust (La Volonté du DragonLa Route de la Conquête). Inutile, donc, de nous attarder outre mesure sur l’édition en elle-même. Mais qu’est-ce que j’vais bien pouvoir dire dans ma première partie ?

Comme à l’habitude avec Critic, on va discutailler un peu de l’illustrateur qui donne à l’objet une personnalité qui s’approche vraiment bien de celle du texte. En effet, Ronan Toulhoat, qui avec un prénom pareil doit être breton ou accusateur kree, réussit le petit tour de force de transposer une partie de l’âme torturée du texte de Niogret sur la couverture d’icelui. Une partie, car on ne va évidemment pas revenir sur l’éternel débat du cékiki. Je m’explique : cékiki montre mieux le livre ou le film ? Cet argument ayant, en effet, été sur-usité par tous les petits bobos snobinards qui préfères les livres aux films, parce que, je cite, « le livre c’est mieux, y’a plus de choses dedans et il peut pas tout dire sur l’image / dans le film ! D’abord !« . J’exagère à peine.

Sauf dans le cas de la trilogie du Hobbit de Jackson où, je re-cite, « non mais c’est débile y’a pas assez dans le livre pour faire trois films de 3 heures ! C’est un carnage ! » Alors, mon p’tit, on va faire un truc. Ta gueule. FERME. TA. GUEULE. Oui parce qu’au cas où t’aurais pas remarqué, l’argument sus-cité – si tu le trouves, ça lui fera plaisir, à Cité – votre argument tient pas debout. Pourquoi ? Parce qu’une adaptation d’un bouquin sur un autre média est, de facto, une adaptation. Hors les Godard et compagnie, dans Les Cahiers du Cinéma entre autres, ont bien fait en sorte qu’un réalisateur soit le papa de son film. Cela signifie qu’une adaptation cinématographique est avant tout une oeuvre du réalisateur avant que d’être une oeuvre d’un auteur. C’est basé sur. En cela, la Guerre des Mondes de Spielberg n’est pas « pas aussi bien que celle de Wells« , elle est différente, adaptée à un public, un contexte et une culture différentes. Cela fonctionnera également pour la prochaine mini-série The Man in the High Castle, produite par Ridley hoputainmerde Scott et basée sur le roman éponyme de P.K. Dick. J’ai pu voir le pilote, seulement 30 minutes après avoir fini ma relecture du bouquin et… bah ouais, c’est adapté à 2015, c’est plus comme en 1962. Et puis il y a les conditions techniques de narration aussi : 30 personnages, dans le bouquin c’est fouillis, alors on n’imagine pas à l’écran. Pas d’histoire d’amour ? Comment tu veux vendre ça à la ménagère ? Boum, on zappe des persos (Arwen remplace Glorfindel dans La Communauté de l’Anneau) et on rajoute de la romance (interracial bukkake). C’est ça une adaptation. Ca adapte, ça transpose.

Ce ne sont pas « les adaptations » qui sont un mauvais concept. Certains rendent parfaitement hommage au livre d’origine – regardez celle de 50 shades of Grey, aussi vide et vaniteuse que le bouquin -, d’autres adaptent parfaitement à un univers quelque chose de dépassé et d’autres enfin vont plus loin et proposent une autre expérience, avec une narration nouvelle et pas toujours au top – oui La Bataille des Cinq Armées, c’est de toi que je parle – mais qui sont tout sauf comparables. Après il y en a qui sont malhonnêtes et claquent un nom qui balance pour vendre et celles qui sont totalement honnêtes dans leurs démarchent et ne nous proposent que ce qu’elles avaient annoncé. On peut être déçu, critiquer la réalisation technique, mais il faut garder à l’esprit que Bombadil et Kung-Fu Saroumane n’ont pas été sacrifiés en vain.

Désolé pour la digression mais fallait que ça sorte, même 4 mois après.

Tout ça pour dire, quand je parlais de l’illustrateur, qu’il capte toutes ces subtilités et réussit, en s’imprégnant de l’univers et des réalités, sordides certes, de l’univers de Gueule de Truie, à rendre angoissante et malsaine l’illustration de couverture – diantre, mais en fait Faquin n’aurait pas digressé pour rien ? Si c’est l’cas, mais que fait la police ? La place apportée aux visages dans ce roman est terrible et primordiale, nous y reviendront, ce qui promeut encore le choix du thème de la couverture et la réalisation d’icelle au rang de petit chef-d’oeuvre. En elle-même, la couverture ne vous donnera pas envie de vous jeter par une fenêtre en gueulant votre amour de sa Sainteté Patounator. Mais, si un frisson vous traverse l’échine et descend mourir sur vos riens quand vous fixez les grandes lunettes et le maskagaz angoissant de la couverture,  c’est que l’illustration aura rempli son contrat.

Et on ne lui demande vraiment rien de plus !

Les dos de bouquin, chez Critic, sont sympas. Les petits pictogrammes égaient leur édition.

Les dos de bouquin, chez Critic, sont sympas. Les petits pictogrammes égaient leurs éditions.

Y’a quoi dans ta boîte ?

Déjà, y’a un truc dont je n’ai encore pas parlé avec Justine Niogret, c’est son habitude à mettre de la référence partout. Dans les 4 romans que j’ai lu d’elle, c’est-à-dire Chien et Mordre, Mordred et Gueule, elle parsème des bribes de ce qu’elle aime, de ce qu’elle veut faire partager, des morceaux de ce qui l’inspire au moment où elle écrit. Ainsi dans Chien du Heaume, elle ouvrait son récit avec deux citations dont une tirée du Havamal, de L’edda Poétique :

« L’esprit seul sait ce qui gît près du cœur.
On est seul avec soi.
« 

Dans Mordre le bouclier, c’est chaque début de chapitre qui nous présente un peu l’univers de l’auteur d’un « entendez-vous les orgues ? » d’une Adepta Sororitas de Warhammer 40K à une citation du merveilleux Valhalla Rising, des légendes des Tuatha ou des vers de Rutebeuf ou de ses groupes favoris. Mais toujours la puissance du propos s’allie avec l’ambiance du texte qui suit. Deux exemples pour vous faire comprendre avec Yosano Hiroshi, poète japonais.

« Moi, je suis un enfant mâle, un enfant de vigueur d’honneur d’épée de poésie d’amour et d’agonie.« 

Le chapitre suivant colle à l’atmosphère. Non seulement, c’est beau, c’est poétique, mais en plus ça porte et encourage le texte.

« Aux premières lueurs de l’aube, la faux des batailles traversa la poitrine de mon fils (…)
Egil est son nom.
 »
Chant funèbre de Ragnar Lodbrock.

Tout à fait, je viens de vous spoiler un peu de la saison 3 de Vikings, mais pour des histoires vieilles de 1000 ans, vous pouvez décemment pas me le reprocher. Rires sous cape. Et là encore, la citation met en atmosphère le texte qui suit.

Mais, si on regarde bien, il y a des patterns qui se dessinent dans les choix de citation de l’auteure. Du viking, de la remise en question, de la fatalité et du viking. Avec une couche de spiritualité et de poésie old school – disons que quand ça dépasse les 1000 ans, on peut sans trop faire hipster qualifier ça de old school ; un peu comme l’Atari 2600. Ca pourrait très bien être résumé par ça. Ou pas d’ailleurs. Moi j’suis juste là pour dire des trucs.

Pour Mordred, elle change de tactique, peut-être trop envahissante pour le style de texte qui est, à bien des égards, comme Gueule de Truie, c’est-à-dire qui se monolithise dans un cocon – ou un kyste, pour Gueule – sensoriel trop complet et avec une emprise telle qu’on ne peut décemment le rompre avec des inserts de la sorte. Mordred s’ouvre ainsi avec une citation du cinéaste Nikita Mikhalkov car l’ouvrage propose un univers simple à apprivoiser, et qui ne changera que très peu au long du roman.

Gueule de Truie est vachement plus complexe. Il ne peut se permettre une simple globalisation de son propos. Et dès le début, on comprend le thème : avec Embrace the Endless Ocean d’Amon Amarth (death metal viking) – groupe qui tire son nom de la Montagne du Destin de Tolkien, ouais, quand j’vous dis qu’il n’y a pas de coïncidences sans incidences -, on est d’emblée dans le bain, les Insane Clown Pose (du Hip-hop centré sur les histoires d’horreur et les meurtres) et la Mario Kart Love Song (décrite par l’auteur lui-même comme « Possibly my most emo video ever » nuancent pas mal). En vrai c’est ce sont Amon Amarth et la MKLS qui nuancent ICP.

Et rien qu’avec ça on a l’ambiance de l’ouvrage, on peut en comprendre la substance. Alors oui, il faut une super pop-culture éclectique au possible pour en arriver là mais on peu. J’vous l’fais en bref ? J’vous l’fais en bref :

  1. Insane Clown Pose : la citation pose un univers horrifique, complètement déshumanisé, froid, où les personnages se baladent en subissant un monde hostile où les seuls restent de civilisation (et c’est un grand mot) ont basculé dans l’abjection la plus totale. Une citation dense et courte, pertinente.
  2. Mario Kart Love Song : c’est dit par l’auteur, c’est émo. C’est kawaï même. C’est rose, avec des bonbons et ça amène une touche de douceur dans la tapisserie dessinée avant. C’est la citation la plus longue, et c’est probablement là-dessus que le message final s’attardera.
  3. Amon Amarth : dernière citation, courte, qui amène une conclusion romantique et tragique, digne du théâtre de Sophocle. Probablement pas plus du ou des deux derniers chapitres.

Et vous savez quoi ? Ca se vérifie. Je ne suis pas en train de vous spoiler la fin, juste d’essayer de vous montrer qu’on peut en apprendre beaucoup avec les citations de début d’ouvrage. Pour ma part, après avoir lu ça, réécouté les chansons – au final, ce sont des lyrics – en question, j’avais pigé globalement l’atmosphère du bouquin et certains des thèmes centraux : la solitude, l’abandon, l’espoir vain et l’enfer terrestre post Eden Ban, comme dirait un modo de chez forumactif.

Et laissez-moi vous dire que ça n’a rien gâché au plaisir de lecture. Parce que non seulement j’ai oublié tout ça en me lançant dans la narration magique – permets-moi, très cher lectorat, d’insister sur ce terme – de l’auteure, mais en plus, ces éléments, ces clefs de compréhension aident à l’appréhension de l’ouvrage et permettent de ne pas s’y perdre trop. Car dépaysant il est, Crévindieu la Marie.

Dans Gueule de Truie, pas de citation en ouverture de chapitre donc. Cependant, chaque chapitre dispose – pour les huit premiers du moins – d’un chapeau qui sert à la fois de titre et de phrase d’accroche au texte à venir. Le chapitre quatre s’ouvre ainsi sur :

« Les squelettes se serrent derrière les coffres de bois, s’en servent comme de boucliers. Ils sont collés les uns aux autres, à touche-touche, et entre eux rien ne passe. Ils forment bloc. Devant eux, la masse et la curée ; chapitre quatrième.« 

Cela ne veut pas dire que vous allez affronter un nécromant dans ce chapitre. Mais par un subtile jeu de métaphore et de périphrases/kennings, un délicat linceul de sens se pose sur vous. C’est agréable. Et cela dure jusqu’au chapitre 8. Ensuite, et jusqu’à la fin, on n’aura plus qu’un « chapitre douze » ; pas de quoi casser trois pattes à un canard boiteux. Mais tout cela se justifie dans le sens.

Chien, Gueule de Truie, ... Des personnages sans réel nom. Il n'y a guère que Mordred pour déroger à la règle. Il faudrait cependant que je lise Coeur de Rouille !

Chien, Gueule de Truie, … Des personnages sans réel nom. Il n’y a guère que Mordred pour déroger à la règle. Il faudrait cependant que je lise Coeur de Rouille !

C’est pas du réchauffé…

Dépaysant ? Vous avez dit dépaysant ? Ha non c’est moi, pardon. Je m’oubliais.

Dépaysant, donc, Gueule de Truie l’est. A première vue, on se retrouve en face d’un roman post-apo dans tout ce que le genre a de plus classique. Les premières pages nous décrivent la vie d’un individu dans tout ce qu’elle a de plus archétypale dans une « société » – je mets des guillemets car c’est en réalité un bien grand mot – humaine qui tente de survivre tant bien que mal à un événement cataclysmique qui est survenu auparavant, on ne sait jamais trop quand. Enfin quand je dis archétypale et tente de survivre, je me comprends. Parce qu’on suit surtout un Inquisiteur, Gueule de Truie, qui poursuit le but d’exterminer tous les humains pour que son dieu les juge à la fin, le tout sous le commandement des Pères de l’Eglise, des vieux connards souffreteux. On n’a pas l’habitude de suivre un personnage méchant à ce point. Je dis méchant, mais il est plutôt chaotique bon, dans ce qu’il sert avec loyauté un idéal malsain dont on l’a convaincu depuis tout petit qu’il est le bon. Et je peux vous assurer que suivre les aventures de ce personnage haïssable au possible n’est pas quelque chose de commun.

Le pire c’est qu’il est haïssable par ses actes et par ses pensées, mais à aucun moment il n’a pu avoir une autre vision du monde que celle que les Pères de l’Eglise lui ont livrée. Alors, doit-on réellement lui en vouloir ? Le tenir pour responsable ? C’est aussi une des thématiques que l’on peut soulever.

Toujours est-il que ce style post-apocalyptique, même s’il perdure pendant tout l’ouvrage est nuancé et enrichi par des influences et des références directes. L’éditeur compare sur la quatrième de couverture le roman à La Route de Cormac McCarthy, référence absolue du genre, et ce n’est probablement pas pour rien. Gueule de Truie, comme La Route, incorpore des morceaux d’horrifique dans son récit. Dans les égouts ou parfois la nuit, des créatures se tapissent dans les ombres et des jump-scares sont parfois à l’oeuvre au détour d’une phrase anodine.

Et puis il y a le personnage de la fille. La fille, ouais, aussi simple que ça. Avec sa boîte en fer bleu, qu’elle tient toujours serrée contre elle. L’arrivée de ce personnage dans la trame narrative nous prépare à une rencontre insolite entre les deux personnages et à un bouleversement majeur de deux univers. Son irruption dans la vie matérielle et cruelle de l’Inquisiteur amène l’irruption du rêve et, pis !, de l’espoir. Un autre pan des littératures de l’imaginaire joue alors en sur-brillance : celui du fantastique. Plus d’une fois je ne savais plus si j’étais dans une portion à la Guillermo del Toro dans son Labyrinthe de Pan ou si j’étais dans du Justine Niogret. C’est déroutant, et bigrement bienvenu ! Comme à son habitude, l’auteure joue avec nous. Simplement, cette fois, elle ne joue pas seulement avec le fond, comme dans Mordred, mais s’attaque à la forme, en jouant avec les genre, en mélangeant les cordes, elle nous livre une oeuvre unique qui évolue en partie vers la sentence philosophie ; le final étant allégorique et digne des plus belles pages de La Chose Publique de Platon et de sa caverne. Et crois moi, auguste lectorat – putain v’là que je me mets à parler comme Davoust -, je pèse mes mots.

Tous ces bouleversements, cette quête renouvelée de sens après avoir mis en question l’ordre pré-établi que personnages et lecteurs subissent depuis leur arrivée dans l’univers du roman – Tortionnaire ! -, prennent place à partir de ce fameux chapitre 8. Quand Gueule de Truie arrête d’appliquer bêtement ses ordres et pense. Mieux : quand il ressent. Ca lui fait bigrement peur. Et toute la suite de l’ouvrage, ce long râle rauque d’une agonie dont l’issue se défile sans cesse – ouais, parfois je suis un poète – repose justement sur cette quête de sens. Gueule de Truie veut trouver le mot qui lui manque, qui le hante et qu’il pense que la fille renferme.

Le livre est une formidable plongée dans la psyché humaine prise dans toute sa bassesse et sans aucun éclairage commode cherchant à la présenter sous son meilleur jour. Rien n’y est horrible, rien n’y est beau. On oscille de l’un à l’autre, en penchant largement vers les ignominies. Mais, comme je le disais pour Un Eclat de Givre d’Estelle Faye, la dure rareté des moments est également ce qui en fait leur force. Lire Gueule de Truie, c’est avant tout rentrer dans une friche mentale de laquelle on ne sort pas indemne. Ca vous attrape, comme un texte de Stupeflip, et ça fait clairement pas de sentiment. Vous allez en chier, dans votre parcours, explorer le fondement des relations humaines et de l’acceptation de soi. Et puis il y a cette mélancolie sourde qui vous suivra, ligne après ligne, et qui ne vous lâchera probablement pas, même après coup.

Je vous laisse profiter d’un extrait :

« Il prend une longue inspiration et se sent pleurer, à l’intérieur, là où il se montre parfois à lui-même, quand il sait qu’il devient fou. Il n’a pas bougé. Il regarde ses yeux à elle. Il tente de s’offrir, d’être honnête et droit ; il a simplement l’impression de s’ouvrir le ventre, d’y enfoncer les doigts pour en sortir ses intestins, ses tripes, et de les tendres vers la fille. Et de lui mentir, et pire, de se mentir à lui, parce qu’il sait qu’il ne la veut pas, il ne veut que le mot qu’elle porte, que lui. Que personne ne se veut vraiment. Il n’a plus peur de lui-même. Il regarde ses yeux à elle, ces yeux verts, mieux encore que ceux du cerf. Il en voit le vide et le paysage mort.
Il se dégage, ses mains épaisses sur le matelas, faisant craquer le bois du lit. Tout est très lent, et l’épreuve est passée, enfin.
Entre les planches, les blés noirs le regardent de tous leurs yeux qui n’existent pas.
« 

J’aurais au moins pris la peine de vous prévenir.

Ca vous donnera une idée du pitch. Mais comme bien souvent dans mes errances littéraires, le pitch n'est qu'un prétexte. Ce qui compte plus que tout ici, c'est le sous-texte !

Ca vous donnera une idée du pitch. Mais comme bien souvent dans mes errances littéraires, le pitch n’est qu’un prétexte. Ce qui compte plus que tout ici, c’est le sous-texte !

… ça sort du freezer

Du vomi.

C’est effectivement comme ça que Justine Niogret m’a, au détour d’un mail, décrit Gueule de Truie. Exactement, c’était : « Gueule, c’est différent. ce n’est pas un livre, mais du vomi. » Est-ce à dire que c’est illisible ? Non, ce qu’elle a voulu dire, c’est que le roman est sortie de sa cervelle comme la bile peut soudainement sourdre depuis votre estomac sans prévenir. C’est acide, aigre, ça vous bouffe les dents et vous fait faire la grimace. Ca vous fait réagir. Soit vous vous soignez pour ne plus vomir entre vos dents, soit vous vous rincez la bouche, vous oubliez et vous allez ronchonner sous la couette, sur le canapé.

Gueule de Truie est un ouvrage on ne peut plus particulier. Je le conseille ardemment  C’est un bouquin de conscience dans tout ce qu’elle a de plus beau. De conscience de sa plume pour l’auteure, de conscience de son être pour les personnages, de conscience de sa place de lecteur. Il nous fait prendre conscience que nous sommes parfois de sombres voyeurs cherchant à nous immiscer trop loin dans l’intimité des univers des auteurs. Parce qu’ils exercent sur nous une fascination parfois malsaine – dédicace à Estelle et Givre. C’est un bouquin de révolte contre les libertés que l’on prend tous et contre ces freins qu’on s’impose.

Alors oui, « Gueule, c’est du vomi« , ça on ne peut pas le nier. C’est pour ça que, si je le conseille, je vous préviens aussi, aussi bon, aussi pertinent et génial dans sa conscience de l’humain qu’il soit, il est fort possible qu’il vous débecte et que vous n’adhériez pas. Je vous recommande tout de même l’expérience. Parce que si ça passe, vous vivrez un drôle de moment de littérature.

Je vous laisse – enfin ! – sur quelques paroles d’Anarchitectures de Damien Saez, qui me semblaient pertinentes, là, tout de suite :

« Aux agneaux égorgés au loin / Au chant du coq dans le lointain / A l’orée des grands champs de blé / L’humanité les poings liés. / Scotché à la lisière du bois / Petit Poucet cherche pourquoi / Ses parents ont capitulé […]
Pour clamer à tous les faubourgs / Surtout à tous les râteliers / Nos faiblesses et puis nos discours / Sur nos tristes identités.« 

Vil Faquin

De la même auteure : InterviewEdito d’avril, Chien du HeaumeMordre le BouclierMordred.
Sur le même thème : Le Post-ApoLa Route et l’édito de Raphaël Colson partie 1 et 2.
De plus : Mordred, ou l’abysse des sens sur Histoire et Images Médiévales.

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20 commentaires

  1. Voilà un avis qui me donne envie de lire cet ouvrage (alors que j’évitais car ça avait l’air trop sombre à mon goût).
    Je me laisse quand même le temps avant de m’y plonger, histoire de me préparer mentalement.
    Merci pour cet article, comme toujours passionnant !

    1. Merci à toi !
      En en parlant avec l’auteure, cette dernière m’a dit trouver ça dommage que son livre rebute les foules, parce qu’il avait beaucoup à raconter, mais qu’elle comprenait parce que l’ambiance en était si particulière qu’il ne pouvait définitivement pas être grand public.
      En tout cas heureux de voir que le livre te tente. Si tu sais à quoi t’attendre, ça ira 🙂

      Et fais un bisou sur la joue de la fille à la boîte en fer bleu pour moi s’il te plait.

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