Le Volcryn (Nightflyers)

Le Volcryn (Nightflyers)
suivi par Nightflyers (Nightflyers) et Event Horizon : le vaisseau de l’au-delà (Event Horizon)

George R. R. Martin

Robert Collector / Paul W.S. Anderson

On m’a souvent demandé pourquoi je ne parlais pas plus d’auteurs très populaires sur ce site. Parfois, même, on me l’a reproché. On me l’a même conseillé afin d’attirer plus de trafic et déchaîner les passions. Bon, je ne vous cache pas que je n’ai pris en compte ni les uns, ni les autres ; après tout je reste un faquin.

Par contre dans mes billets Y F’rait beau voir, j’ai essayé d’aborder des oeuvres plus populaires en les présentant rapidement, notamment avec J.K. Rowling et J.R.R. Tolkien. Mais il en manque, le public exigeant n’est jamais repu, il en veut toujours plus à se mettre sous la dent. Où sont les Asimov ? Où sont les Pratchett ? Où sont les Bernard Henri Levy ?

J’ai plusieurs raisons à cela. Déjà que, si je n’en parle pas, c’est probablement que je n’ai rien à en dire : soit que tout ait été déjà dit ailleurs (et probablement en mieux que ce que je pourrais faire), soit parce que je ne les ai pas lus, ces fameux auteurs [coucou Terry]. Alors si, quand !, je m’attaque à l’un d’entre eux, puisque ça finira par arriver éventuellement [cet anglicisme n’est pas heureux, mais il me plait], j’essaierai de le faire de façon intelligente, pour sortir des lieux communs et des textes rabattus dans tous les sens. Encore une fois, il y a la section Y F’rait beau voir pour cela.

Et aujourd’hui, ce jour est arrivé pour l’ami George Ronald Raymond Reuel Richard Martin. Vous le connaissez pour sa saga fleuve au lent cours et son adaptation à l’écran ? Je vous invite à le découvrir pour une autre de ses oeuvres, beaucoup plus courte mais encore adaptée à l’écran.

Un petit ouvrage qui pulse une écriture qu'on ne qualifierait pas de sensationnelle mais de bigrement efficace !

Un petit ouvrage qui pulse une écriture qu’on ne qualifierait pas de sensationnelle mais de bigrement efficace !

Le voleur nocturne

Le Volcryn est donc un court roman d’environ 150 pages paru pour la première fois en 1980 aux Etats-Unis sous le titre de Nightflyers et traduit en France en 1982 pour les éditions Presses de la cité (collection Futurama) par Odile Sabathé-Ricklin. La version que je vais présenter ici est une version de 2010 par les éditions Actu SF (collection Perles d’épices mais la collection Les Trois Souhaits est également créditée, collection dans laquelle on avait découvert London Bone de Michael Moorcock) dont la traduction a été révisée par Ayerdhal. Cette même version a été republiée dans la collection Hélios en 2015.

La couverture, signée Lasth, représente un astronaute dressé en contre-jour devant ce qui semble être la carlingue d’un vaisseau. On ne distingue que son visage, qu’on devine pas totalement humain. Les tons verdâtres permettent de donner à l’objet livre une aura dont on s’apercevra à la lecture qu’elle collera parfaitement avec le texte. La version chez Hélios nous offre une couverture par Jung Shan Chang (qui avait signée la couverture des Neiges de l’éternel de Claire Krust, déjà vu sur ce site) où est représentée une astronaute humaine, qui pose le casque de sa combinaison en affichant une expression de surprise (d’effroi ?) qui colle parfaitement à l’ambiance.

Le texte a remporté le prix Analog des lecteurs de 1981 (à sa parution, donc) ainsi que le prestigieux prix Locus la même année, pour le meilleur roman court, et est signé, on l’a dit, par George R.R. Martin. Si on connait le bonhomme majoritairement pour sa saga du Trône de Fer, l’américain a bien d’autres cordes à son arc. Il écrit depuis plus de quarante-cinq ans sur des formes aussi variées que la nouvelle (court e ou longue), le roman (court ou long), la saga, le recueil ou l’anthologie. Il a dirigé de nombreuses anthologies, notamment les célèbres Wild Cards (super-héros, uchronie) ou encore celles avec Gardner R. Dozois. Plus récemment, grâce à ses adaptations télévisuelles pour Le Trône de Fer, il a pu s’essayer au métier de scénariste télé ou encore de producteur.

S’il n’est connu que depuis une bonne dizaine d’années par le grand public tout autour du globe, il s’est fait un nom dans le milieu de la science-fiction et des littératures de l’imaginaire depuis un petit moment notamment à travers la flopée de récompenses qu’il a pu glaner au cours de sa carrière : 4 prix Hugo, 16 prix Locus, 2 prix Nebula, 3 prix World Fantasy et 1 (presque anecdotique) prix Bram Stoker pour un total de 26 prix majeurs pour l’ensemble de son oeuvre. Pas mal non ?

Il n’en reste pas moins que, malgré le caractère absolument saisissant de ses constructions narratives, G.R.R. Martin est souvent critiqué pour son style fonctionnel, dénué de toute fioriture et allant à l’essentiel. S’il a pu faire mentir cet adage dans pas mal de ses textes, avec Le Volcryn il nous démontre une fois de plus qu’une écriture fonctionnel peut être d’une utilité remarquable quand elle sert un propos porteur de sens.

Ce court roman est un modèle du genre. Voire un modèle de genre. Mais avant de discuter de la forme, une fois n’est pas coutume, spoilons allègrement en donnant une bonne partie de l’intrigue. L’histoire se passe quelque part dans le futur (l’humanité a découvert la vitesse lumière, colonisé moult mondes et rencontrés d’autres races) quand un chercheur réunit une équipe de 7 scientifiques (télépathe, xénobiologiste, linguistes, cybertech…), plus lui-même, afin d’aller dans les confins de l’espace sidéral pour accomplir le rêve de ses douze dernières années de recherches : rencontrer enfin la race mythique des Volcryns qui traversent le cosmos dans de gigantesques vaisseaux se déplaçant lentement (à vitesse subluminique). Pour cela ils embarquent à bord du seul vaisseau que les fonds alloués à l’expédition permettent au chercheur de s’octroyer : l’Armageddon (Nightflyer, en anglais). Une particularité cependant : le capitaine, Royd Eris, annonce à l’équipage qu’il ne se présentera jamais physiquement à eux et qu’il restera dans ses quartiers pour des raisons qui lui sont propres, se contentant de sa voix à travers de haut-parleurs ou d’un hologramme pour interagir avec l’équipage.

Martin invite alors le lecteur à une plongée en apnée dans l’univers angoissant de ce vaisseau et de son équipage désoeuvré pendant les trois-quart de l’expédition. Une série d’événements se produisent malgré tout, notamment suite à ce qui semble être une plongée dans la folie du télépathe de l’équipe qui ne cesse de répéter qu’un danger plane sur l’équipage.

Homo ex machina

C’est cette plongée profonde dans une paranoïa dont personne n’arrive à saisir les contours qui va déclencher le nœud de l’intrigue. Sa folie amène les autres à tenter de réguler son comportement par différentes injections jusqu’à ce qu’il finisse par mourir d’une façon aussi violente qu’inattendue : sa tête explose suite à une dernière injection.

De là, toutes les sous-intrigues explosent : la méfiance à l’égard du capitaine qui ne se montre pas atteint son apogée et la paranoïa gagne l’ensemble de l’équipage, pire que dans une chanson de Kyo [meilleur groupe de grunge du monde, soit dit en passant]. Le style d’écriture dépeint succintement (et inégalement) la plupart des personnages. Seuls trois d’entre eux sont particulièrement fouillés : le chercheur à l’origine de l’expédition dont la fascination par les volcryns est techniquement le moteur de toute chose ; son second, une humaine améliorée génétiquement qui est la seule avec assez de discernement pour garder son sang-froid en toute circonstance et enfin le capitaine dont les raisons obscures motivent l’avancée du récit. Neuf personnages dont seulement un tiers est fouillé ? On a tout pour un ennième texte sans relief. Et pourtant.

Pourtant George Martin arrive à creuser suffisamment profond dans la psychologie des personnages et dans celle des lecteurs pour distiller une histoire qui se tient sans jamais s’effondrer sur elle-même d’être trop dense ou s’étirer à n’en plus pouvoir. L’équilibre d’un texte tient souvent à peu de chose et ici j’ai bien l’impression que c’est tout l’inverse : l’équilibre tient au trop-plein. Nighflyers est tout à la fois un huis-clos angoissant, un texte métaphysique, une plongée dans la psyché humaine, un essai philosophique et un roman d’exploration, le tout sous quelques zestes d’horreur que n’aurait pas renié Stefan Wul.

Un huis-clos angoissant ? Je l’ai dit la paranoïa de l’équipage va les pousser à tenter à percer le secret du capitaine. Or tout ce petit monde est enfermé dans un vaisseau au beau milieu de l’espace et le fait que certains des membres d’équipage commencent à mourir ou se blesser les uns après les autres appelle la raison des autres à laisser place à une panique viscérale. A l’inverse du Voyageur le huis-clos devient ici frénétique, les tentatives venant de chacun des membres de l’équipage. Il s’avère rapidement que les meurtres et incidents sont liés tout le piment du texte tient à savoir comment y faire face (on comprend dès les quinze premières pages qui sera impacté en dernier).

Un texte métaphysique ? Le moteur du texte, ce qui déclenche tout le reste, c’est la volonté du chercheur d’aller rencontrer ses volcryns à l’autre bout de l’univers. Il les a étudié, a trouvé des traces et mentions d’eux dans d’autres civilisations galactiques, a compilé des informations pour calculer précisément la trajectoire de leur course et leur position prochaine. On apprend que les mentions de ce peuple mythique remontent bien avant que l’humanité n’aille dans l’espace ou même apprenne à parler. Depuis des temps immémoriaux, donc, les volcryns parcourent l’espace lentement. Comment ? Dans d’immenses vaisseaux antiques. Reste une question que le scientifique ne peut se permettre d’éviter : pourquoi. Cette motivation ronge le scientifique au point de lui faire perdre tout bon sens sur la fin du récit. La volonté de répondre à des questions qui dépassent l’entendement humain est au coeur d’une intrigue qui aurait pu avorter à plusieurs reprises si l’homme n’avait pas dit non et motivé les siens à continuer un peu plus loin l’aventure.

Une plongée dans la psyché humaine ? Tout le coeur du texte repose autour du fait qu’une menace invisible plane sur les épaules de tout l’équipage. Le télépathe en parle d’abord, puis tous s’en rendent compte. Cette menace est peut-être le capitaine, Royd Eris ? Très vite, cette hypothèse est écartée par certains membres (mais pas par la majorité). Entre la peur de pouvoir non maîtrisés (le télépathe), la peur de capacités trop bien maîtrisées qui sont parfois perçues comme déshumanisantes (le second, améliorée génétiquement) ou l’envie d’une connaissance supérieure, transcendante (le capitaine), l’ensemble de l’équipage est confronté à un questionnement profond. Chacun y répondra avec ses propres convictions et selon son caractère, en surprenant parfois un lecteur pourtant prévenu.

Un essai philosophique ? Devant l’évidence de la menace, la plupart des membres de l’équipage se concentrent sur une rationalisation rassurante de leurs mésaventures : la menace ne peut provenir que du capitaine, aucune autre explication n’est plausible. Pourtant, et on le comprend très vite, c’est bien du vaisseau que provient la menace mais, devant l’impossibilité théorique et technologique d’un tel vaisseau conscient, chacun se raccroche à ses connaissance de la réalité pour trouver une explication rationnelle. Seuls les personnages avec une vision transcendante arrivent à le percevoir et l’accepter (et donc à contrer efficacement la menace). Le texte soulève un grand nombre de questions philosophiques sur notre capacité à comprendre notre environnement en se gardant bien d’y apporter une réponse qu’il laisse aux lecteurs le soin de formuler. Un classique du texte court qui fonctionne parfaitement.

Un roman d’exploration ? On part quand même dans l’espace sidéral pour aller découvrir une race mythique dont la technologie comme les motivations nous échappent. L’équipe d’origine est constituée dans cet objectif et il s’agit d’une des finalités à la conclusion du texte. Tout un champ lexical et poétique est mis en place dès le début du texte pour que l’habillage du récit relève de cet imaginaire (encore une fois, cela fonctionne merveilleusement).

Il en va de même pour les zestes d’horreur dont je parlais précédemment, qui révèlent à la fois la volonté de dépeindre un environnement (celui d’un vaisseau spatial) au sein duquel la moindre erreur peut se révéler fatale mais aussi la grande attirance de l’auteur qui a toujours été fasciné par tous les aspects de la violence : qu’elle soit le fait de l’autorité, du système ou même ex nihilo elle est omniprésente dans son oeuvre et tient ici une part considérable tant elle est le catalyseur du désoeuvrement et des angoisses d’un équipage dont la passivité ne demande qu’une étincelle pour se muer en agressivité.

Le tout servi par une écriture pratique et sans fioriture qui nous dit ce que nous devons savoir, rien de plus, rien de moins, sans s’embarrasser d’effets de styles ou insister sur des points importants à l’équilibre du récit (comme l’importance des volcryns dans la mythologie intradiégétique) : le sens du récit, sa conjointure, parle de lui-même.

L’écran fantastique

Le Volcryn possède tous les éléments pour être adapté avec succès au grand écran dans une fresque philosophique aux frontières du space opera et du huis-clos, pour peu qu’on y apporte un minimum de soin. Alors, lorsqu’en lisant le quatrième de couverture je vois que le texte de Martin a été adapté au cinéma, je m’empresse d’en chercher une trace sur le net. Pas de page wikipedia, pas d’info utile, mais j’apprends qu’il y a un club de trampoline éponyme sur Nottingham. Nightflyers, puisque le film reprend le titre de l’oeuvre originale, ne possède qu’une fiche sur le site Sens Critique sans plus d’information. Sur Imdb on en apprend un peu plus : le film a été un échec au box office, les acteurs sont tous anonymes ou presque et on y apprend que le réalisateur, Robert Collector – sans déc’, c’est son vrai nom – a refusé d’être crédité au générique.

Pire encore, impossible de trouver une version dans le commerce alors on cherche sur les internets multimodaux pour ne trouver rien d’autre qu’une vieille version VHS rippée avec le cul. Alors, pour passer outre la seule critique trouvable en ligne – et intitulée « Slightly atmospheric but ultimately poorly done adaptation« , ouais quand même – je me dis que je vais trouver un truc cool comme, genre, la bande annonce (que je vous ai glissé en ouverture de cette partie) et HO MON DIEU, ça a l’air perrave.

Déjà, le réalisateur n’a réalisé qu’une poignée de films ou de screenplays dans les années 1980 pour des films tous oubliables ce qui ne laisse augurer de rien du tout d’intéressant. Ensuite, si l’on passe l’expérience première – à savoir l’agression en mode prise à la gorge de la violence par l’esthétique années 1980 que j’ai rarement vue aussi kitchouille, même dans un clip de David Hasselhoff, et pourtant j’en ai vus – on se retrouve face à un film qui ne sait pas comment nous parler. On sent bien que la mise en scène, les décors – pas toujours heureux, mais bon, passons – et l’ambiance générale (notamment au niveau de la lumière) veulent nous dire quelque chose mais un jeu d’acteur perdus et une voix off absolument non pertinente vous proposent sympathiquement d’aller vous ouvrir les veines dans un bain d’acide.

Encore que… passés ces a priori, il y avait encore moyen de tirer quelque chose de ce film. Seulement, il avait été décidé qu’il chierait allègrement une infamie purulente sur chaque point crucial du récit originel. Il révèle le point central de l’intrigue en à peine 30 minutes (le film fait 1h27), à savoir que le vaisseau est vivant, il réduit des pans entiers de l’intrigue à une sorte de monologue chiant. Qu’il change quelques menus détails pour coller avec une ambiance voulue, soit, mais qu’il se permette de passer à la trappe toute la partie sur les Volcryns, qui sont à peine mentionnés et dont l’apparition (point d’achoppement de toute la métaphysique du texte d’origine) est ici jetée à la gueule du spectateur avec autant de dédain qu’un bobo du neuvième jetterait les néons Révoltec RM128 bleus de la 406 à Dédé dans le caniveau du parking du Liddle d’Héricourt. Continuons avec le télépathe qui ne meure pas comme prévu – okay ça dépend, ce qu’on en fait – mais qui finit par absolument tout révéler à l’héroïne sur un plot twist digne des plus beaux nanards : « halalala j’ai bu du vin dans l’espace je suis trop philosophe et je vais te tuer. » De même, la menace du vaisseau vivant est décridibilisée à la seconde où Nightflyers, le film, décide de faire apparaître à l’écran la mère du capitaine – sensément morte et donc la psyché a donné conscience au vaisseau –  comme une vieille harpie en haillons gothisants. On passera dès lors sur tout le dernier tiers du film où l’on assiste, médusés, il faut bien le dire, à un défilé de robots spatiaux pilotés par les personnages, sur un fond étoilé à côté d’une maquette du vaisseau à la mauvaise échelle. Et c’est lent. On passera également sur la fin complètement queutée et le trait tiré sur absolument tout ce qui faisait l’intérêt de l’oeuvre originelle et sur la volonté de transformer l’oeuvre en une sorte de série B de l’épouvante consensuelle.

Là où il y avait absolument tout pour faire un bon film de science-fiction, soulevant des questions comme seuls les oeuvres relevant du genre arrivent à le faire Nightflyers TUE LE PERE, VIOLEMMENT, puis recommence dans un gang bang sidéral inconvenant. On ressort de la séance de visionnage à la fois en colère et apathique devant une catastrophe aussi incompréhensible. Et si nous n’avons pas parlé de la musique, dites vous bien que c’est pour votre santé.

Alors, subitement je me suis rappelé un autre film vu il y a quelques années. Science-fictionnel à plein régime, Event Horizon : le vaisseau de l’au-delà sorti en 1997 reprend une multitude des éléments du texte de Martin. On parlait de l’anonymat du réalisateur précédent, ici nous avons à faire à Paul W.S. Anderson, époux de Mila Jovovich, connu pour avoir réalisé la série de films des Resident Evil, ou encore Alien VS Predator. Mais surtout, surtout, il a commis Pompéi, Les Trois Mousquetaires (ouais, celui avec le bateau volant, là), le film Mortal Kombat et enfin Course à la mort, très mauvais remake du chef d’oeuvre de Paul BartelCourse à la mort de l’an 2000. Comme quoi, il semble y avoir une sorte de tradition. Bref, Event Horizon raconte l’histoire d’un équipage qui part, sur l’idée d’un scientifique pour une mission de sauvetage d’un vaisseau connu pour avoir disparu.

Ce vaisseau, capable de plier l’espace temps grâce à un moteur à trou noir, vient de réapparaître et l’équipage est porté disparu. On arrive donc sur l’Event Horizon – c’est le nom du vaisseau, comme Nightflyers était celui du vaisseau dans la version anglaise du texte de G.R.R. Martin – et on se rend vite compte que ce dernier est animé d’une volonté propre. Avec son lot de scarejumps et de flash d’épouvantes un poil gore, le film nous entraîne sur une adaption plus crédible et réussie du Volcryn que Nightflyers, le film, n’a jamais pu être. Attention tout de même : je n’ai pu trouver la moindre trace ou référence à Nightflyers de la part des auteurs d’Event Horizon. Tout est là : questions métahpysiques, quelques réponses philosophiques, une fin intéressantes, accidents, réparations, plongée psychologique, angoisse et course à la survie, le tout agrémenté de quelques twists.

Contrairement aux idées qu’on aurait rapidement pu se faire au vu des réalisation d’Anderson, Event Horizon se dote de qualités à tous les niveaux pour donner un profond round kick à Nightflyers : acteurs (Laurence Morpheus Fishburne, Sam Alan Grant Neil et Sean Albert Penyworth Pertwee), ambiance visuelle et sonore (bonjour les Prodigy), décors, réalisation et intelligence (même si le scénario a quelques faiblesses). Echec commercial, il ne jouit malheureusement pas de la notoriété qu’il mériterait. A noter qu’il existerait une version longue où le plan infernal est largement dépeint.

Sur la couverture du premier on peut lite "now a major motion picture" et moi j'aime l'ironie.

Sur la couverture du premier on peut lite « now a major motion picture » et moi j’aime l’ironie.

Diablerie

Alors voilà, George R.R. Martin n’a pas connu le succès à l’écran avec Nightflyers, quand bien même le texte éponyme jouissait d’une qualité indéniable. Mais, dès lors, que faire ? Nier l’existence et le travail sur ces deux oeuvres et se concentrer sur ce qui fait aujourd’hui sa renommée indiscutable ou au contraire essayer de se pencher sur ces aspects moins connus de sa carrière pour essayer de mettre en avant le long process entre la renommée, toute confidentielle, littéraire et le succès à l’écran.

Toujours est-il que si Le Volcryn est a été réédité deux fois ces dix dernières années, ce n’est probablement pas pour rien. Certes le nom de George R.R. Martin assure des ventes pour de jeunes collections spécialisées dans les domaines de l’imaginaire mais le texte en lui-même apporte un regard réellement personnel et pertinent sur l’histoire de la science-fiction, à la fois en tant que texte et par son adaptation. Un genre littéraire longtemps qualifié de littérature de gare ou de sous-littérature, qui souffrait d’un manque chronique de considération et qui trouve dans l’écriture fonctionnelle de Martin des arguments imparables de ceux qui, comme vous et moi, habiles lecteurs, défendent les mauvais genres. Dans son adaptation enfin il offre une vision déformée de ce qu’il est, une version plus grossière et calibrée à ce qu’on pouvait attendre d’un texte de mauvais genre. Avec Event Horizon, malgré toutes ces qualités et les moyens mis en oeuvre, le propos n’arrive pas à sortir de la case dans laquelle des préjugés l’ont, dix ans auparavant, enfermés.

Le parcours de cette oeuvre particulière dans la vie de George Martin est, à mes yeux, édifiant de la place de la science-fiction dans l’imaginaire collectif à la fin du XXème siècle et au début du XXIème. Les changements des dernières années et la gloire récente de l’auteur, dont on découvre les travaux antérieurs avec étonnement et incompréhension, s’ils me réjouissent au plus haut point, ne doivent pas faire oublier d’où les mauvais genres débarquent, ce que nous leur devons et ce qu’ils ont traversé. Il serait temps d’enfin leur rendre la monnaie de leur pièce.

Ah oui, encore une chose. Devrais-je noter que la dernière (et seule) fois où l’américain est venu faire une dédicace en France pour sa mythique saga, ce fut en la merveilleuse ville de Dijon (dont l’histoire des ducs l’a au moins autant inspiré pour son intrigue que celle des Rois Maudits) ? Non, hein, vous en conviendrez, habiles lecteurs, il est inutile de rappeler à tous les évidences. #BurgundyÜberAlles

Vil Faquin

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