Y F’rait Beau Voir / Les Contes de Beedle le Barde

Les Contes de Beedle le Barde (The Tales of Beedle the Bard)

J. K. Rowling

Vous qui me lisez, avides lecteurs et prompts critiques, vous savez tout l’amour que je porte au roman jeunesse, qui pourrait, pour peu qu’on veuille être clairs pour ceux qui nous ont rejoint plus récemment,  se traduire de la sorte : hem… nope! Qu’est-ce à dire que ceci ? Certainement pas une critique, ne va pas croire cela fidèle lecteur, ni toi fruste critique, ce serait impropre – un peu comme comme ta chemise, gai lecteur, après qu’un preste critique t’aura renversé ta pinte de Bière au Beurre sur la tête.

J’ai lu plus que mon saoul de Bottero et de Rowling, pour ne citer qu’eux, et j’en suis bien content. Simplement, je me répète, ce n’est pas une lecture qui répond aux attentes qui sont les miennes quand je prends un livre au hasard dans une bibliothèque. Alors pourquoi, me direz vous, sagaces lecteurs et perspicaces critiques, pourquoi faire un article ici et maintenant sur un des ouvrages de l’univers étendu d’Harry Potter ?

Peut-être tout simplement parce que ça fait des vues. Pleins de vues. Et donc des sous – comment ça je suis bénévole ? Plus sérieusement, Les Contes de Beedle le Barde sont le meilleur exemple de contes modernes à disposition, et vous savez que c’est un thème qui me tient à cœur (voir). Avec une telle matière, il y a de quoi disserter longtemps.

Trois ouvrages fascicules ayant plusieurs points communs. Vous voulez savoir lesquels ? Lisez la suite !

Trois ouvrages fascicules ayant plusieurs points communs. Vous voulez savoir lesquels ? Lisez la suite !

Les Contes de Beedle le Barde, ou The Tales of Beedle the Bard dans sa version anglaise originale, est disponible en France chez Folio Junior (Gallimard Jeunesse) et en import chez Bloomsbury Publishing. Il fait partie, avec Le Quidditch à travers les âges et Les Animaux Fantastiques de l’univers étendu de la saga initiale Harry Potter, qui a connu le succès que l’on sait. Une fois n’est (vraiment) pas coutume, j’ai lu l’ouvrage dans sa version originale, pour plusieurs raisons (tenant à la beauté de l’édition anglaise et à la volonté de lire la matière du conte sans le voile de la traduction) et je peux vous dire désormais que ce petit bouquin d’à peine plus de 100 pages est probablement le plus important de toute la saga et de tout l’univers qui en découle.

Voilà pourquoi :

  1. Bon, on va pas se mentir, la première des raisons pour lesquelles vous et moi avons acheté ce livre, c’est parce que ça prend place dans l’univers d’Harry Potter… et il remplit plutôt bien son rôle, puisqu’il donne des détails et des à-côtés très intéressants sur l’école de magie, éclairant les éléments à peine mentionnés dans les sept romans. Ces histoires, très simples, sont accessibles immédiatement par n’importe quel lecteur, quand bien même ce dernier n’aurait pas lu tout le cycle, voire pas un seul roman, si l’on pousse le vice. Et vous savez qu’ici, à La Faquinade, on aime ça, pousser le vice. Un peu comme J.K. Rowling lorsqu’elle n’avait réalisé que sept copies manuscrites des Contes de Beedle le Barde et vendu l’une d’elles aux enchères… tombée dans la poche d’Amazon pour 2.6 millions d’euros, avant de l’éditer à la demande pressante des fans du monde entier.
  2. Comme on l’avait fait pour Porcelaine d’Estelle Faye, attardons-nous sur les attributs qui font que Les Contes de Beedle le Barde se présentent vraiment comme tels. Qu’est-ce qui définit un conte ? L’invraisemblance tout particulièrement, et l’oralité de sa tradition. Si les contes des frères Grimm, de Perrault ou d’Andersen ont connu la renommée jusqu’à nos jours à travers leur édition papier, c’est bien la transmission orale qui fait la caractéristique première de ces histoires, amenées à vivre. Ici, bien que ces contes contemporains soient publiés en version écrite, un gros travail sur l’oral est effectué en amont, avec notamment un jeu sur les sonorités (la sorcière Babbitty Rabitty de la troisième nouvelle ou encore le conte non relaté Grumble the Brubby Goat mentionné rapidement) et une narration fluide et répétitive. L’importance de ces phrases répétées, des formules (the fool King est appelé the fool King), est essentielle à l’impact mental du conte (tant pour que le conteur se le rappelle, que pour qu’il frappe les esprits, une technique qu’utilisaient déjà les auteurs médiévaux de chansons de geste). Enfin l’invraisemblable, le fantastique, le merveilleux, il est dit, doit poindre dans le conte. Ici, nous avons des magiciens et des sorcières mais ce n’est pas ce qui fait l’invraisemblable du conte (pour nous autres Moldus, c’est déjà quelque chose, mais pour les magiciens, à qui ce livre s’adresse, nous y reviendrons, il doit y avoir plus). Ce qui fait le merveilleux c’est que même dans le contexte de ce monde de sorcellerie, certaines choses sont impossibles, et donc merveilleuses quand elles se réalisent malgré tout, même pour des magiciens (je pense à l’Animagus doué de parole, par exemple). Enfin, le caractère polymorphe du conte (Disney nous a appris cela au travers de ses adaptations, par exemple) est respecté avec cette présentation des adaptations par différents personnages, selon leurs points de vue, des contes de Beedle (l’un est trop indulgent avec les Moldus, réécrivons-le pour ne pas polluer nos enfants avec ces sangs impurs).
  3. Attention, éloignez les enfants, à partir de maintenant on va employer des gros mots. On va en effet parler du contexte intradiégétique des Contes de Beedle. Comme les deux autres ouvrages dont on a parlé plus haut (sur le Quidditch et les Animaux) la volonté de l’auteure a été d’intégrer ces petits volumes à la série de romans en employant un moyen habile : les faire passer pour des manuels, des ouvrages que les personnages peuvent être amener à utiliser, c’est s’assurer une expérience d’immersion plus intense (et on ne parle pas de la dimension ludique du fait de se prendre pour un apprenti sorcier, non non n’insistez pas !). Le premier présente en page de garde une liste des anciens emprunteurs auprès de la bibliothèque de Poudlard (les trois derniers étant Weasley, Granger et Potter) et le second est complètement annoté par son propriétaire, dont le nom est noté sur la couverture : Harry Potter. Ca pose un peu le décors. Pour les Contes de Beedle le Barde, le procédé n’est pas aussi évident, et il n’en est que plus savoureux. Cette édition est présentée comme ayant été traduite par Hermione Granger depuis les runes originales de Beedle le Barde (encore, l’importance de lire la source) accompagnée des réflexions d’Albus Dumbledore sur lesdits contes, le tout agrémenté en notes de renvois à la série de livres à travers des personnages, des événements, des détails ou des mentions quelconques. Et l’auteure, qui est décidément sacrément accro au vice, le pousse encore un peu du bout du doigt en faisant figurer au dos des ouvrages (en tout cas sur les deux premiers) la mention Whizz Hard Books, une fausse maison d’édition existant uniquement dans l’univers des romans. Pas mal, non ?
  4. Après avoir été dans le contexte des romans, changeons d’échelle et passons à un contexte extradiégétique pour réaliser le tour de force de J.K. Rowling avec ce recueil de contes. Elle nous présente donc un roman dont l’édition même se veut intradiégétique, assurant, de par le succès phénoménal de la série de roman, des ventes formidables et une lecture quasi certaine par un noyau de fans sans précédent. Elle en profite, sous couvert d’étendre un peu plus l’univers du plus bigleux des jeunes sorciers, pour s’emparer du dernier point de définition du conte : le but. Ici, et comme souvent, il est à la fois de divertir (ce qui ne présente que peu d’intérêt dans le propos du jour) et d’édifier. J.K. Rowling se sert ainsi de la renommée de sa licence, et en intervenant parfois directement dans les notes des commentaires de Dumby Dumbo, pour livrer des contes adaptés à une société entière et s’assurer que ceux-ci seront lus, la pénétreront et dureront. Les messages délivrés sont d’ailleurs atrocement contemporains dans leurs préoccupations : entre l’égoïsme (ce roi fou qui veut garder la magie pour lui) ou encore la quête de renommée et l’acceptation de l’humilité (à travers le conte des trois frères), la maman d’Harry livre des récits qui ont à coup sûr un impact direct sur les dizaines de milliers de jeunes (et moins jeunes, espérons le) lecteurs. Je vais le dire, tiens, génie.
  5. Enfin, les trois ouvrages ont vu, et voient encore, avec une autre finalité : une grande partie de leurs bénéfices reversés à des oeuvres de charité dont le but est d’aider les enfants des foyers d’Europe entière. Et oui, même les 2.6 millions d’euros de la vente aux enchères précédemment cités, arrêtez donc vos billevesées. Par exemple sur Le Quidditch à travers les âges et Les animaux fantastiques, les éditions françaises reversaient 2.74€ sur 3.81€ à l’association Comic Relief. Pour The Tales of Beedle the Bard, c’est le Children’s High Level Group, fondé par Rowling et une Baronne/députée européenne Emma Nicholson of Winterbourne (is coming), qui en bénéficie. Et ça aussi, c’est important, vachement plus que nos bafouilles faquines.
Vous aviez dit univers étendu ? Ha non ? Bon bah désolé. L'important ici n'est pas de repérer qu'il me manque les deux DVD du tome VII et ledit tome VII (mais l'édition poche Folio Junior de cette époque est introuvable).

Vous aviez dit univers étendu ? Ha non ? Bon bah désolé. L’important ici n’est pas de repérer qu’il me manque les deux DVD du tome VII et ledit tome VII (mais l’édition poche Folio Junior de cette époque est introuvable).

Au travers de sa production hors du commun, J.K. Rowling a réussi à transpercer aussi bien la trame des mentalités collectives du monde entier, mais aussi le tissu social, touchant tous les enfants, des plus pauvres aux plus aisés. Son travail a fait rêver tous ces gamins et a permis à bien d’entre eux de se réconcilier avec la lecture.

Et cela, J.K. Rowling a choisi de l’utiliser pour en faire un outil pour aider des enfants en difficulté, que ce soit directement grâce aux fonds récoltés, ou indirectement avec la portée profonde des contes qu’elle a livré et qui figurent parfois déjà comme des classiques (le premier tome d’Harry Potter est même traduit en latin, en grec ancien, en gallois et en irlandais !) de ce genre de littérature si atypique (on retrouve le conte des trois frères cité un peu partout comme un classique moderne).

Sur ce, je tire une révérence méritée à l’auteure et retourne m’envelopper dans ma cape d’invisibilité pour aller z’yeuter Mimi Geignarde.

Vil Faquin.

A lire sur le conte : Roverandom, Porcelaine, sur la place des fées,
Le Petit Chaperon Rouge dans la tradition orale.

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8 commentaires

  1. « pourquoi faire un article ici et maintenant sur un des ouvrages de l’univers étendu d’Harry Potter ? » Concernant Beedle le Bard, et celui-là uniquement, je dirais qu’on commence à ne plus être, ou plus seulement, dans l’univers étendu de Harry Potter. Bien sûr, tout l’univers de Poudlard touche à la mythologie, utilise un zeste de folklore, un soupçon de légende… Mais quand j’ai lu les Contes, hormis un ou deux qui apportent effectivement leur pierre à l’édifice, j’ai surtout été transportée dans n’importe quel livre de contes. ça fait longtemps que je l’ai lu mais je me souviens qu’au moins deux contes étaient – sans parler de plagiat non plus, car en plus dans le domaine des contes ça ne veut vraiment rien dire puisque le but est qu’ils soient transmis et souvent partiellement changés – des copies conformes made in Poudlard de contes que j’avais déjà lus (dont les Trois Frères qui est extrêmement proche de la Petite Table, les Trois Objets Merveilleux, ou quelque soit le titre de ce conte qui je crois me souvenir a dû être récupéré par les Grimm), et au moins un ou deux autres avaient des accents très familiers également. Donc oui, un livre très intéressant qui amènera peut-être certains lecteurs à lire plus de contes.

    1. « Mais quand j’ai lu les Contes, hormis un ou deux qui apportent effectivement leur pierre à l’édifice, j’ai surtout été transportée dans n’importe quel livre de contes. »

      C’est exactement ce que je dis. Rowling, par le biais de son univers « potteresque » ramène le conte au milieu des lectures de nombre de fans. Un tour de force, pour sûr.

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