London Bone

London Bone (London Bone)

Michael Moorcock

A lire sur cette B.O., vous allez comprendre pourquoi très vite.

Comme je le disais dans le premier article de cette année 2016, La Faquinade va continuer de suivre sa ruée vers l’or, pas celui de Cendrars. Notre but a toujours été et sera toujours de faire découvrir les tenants et les aboutissants de nos littératures de l’imaginaire tant appréciées.

Alors pour cela, il est vrai, nous participerons à mettre sur le devant de la scène des auteurs qui n’en ont plus besoin tant leur renommée est importante – cela ne veut pas dire qu’ils ne le méritent pas pour autant – et, par là même, nous continuons à soutenir la tradition franco-française de mettre en lumière toujours les mêmes sans aller voir derrière – nous avions d’ailleurs posé la question à James Barclay lors de notre interview.

Mais, quitte à faire nos tête d’ampoule jusqu’au bout, nous vous inviterons, autant que faire se peut, à découvrir ces grands noms au travers d’oeuvres alternatives comme c’est le cas aujourd’hui, avec Michael Moorcock.

Cultausorus Faucon des Vents. Voilà comment définir Michael Moorcock.

Cultausorus Faucon des Vents. Voilà comment définir Michael Moorcock.

Le Barbu Cosmique

Michael Moorcock, on en avait déjà parlé lors du billet sur le recueil Alternative Rock (chez Folio SF), qui compilait des nouvelles mettant en scène des figures musicales de la pop culture américaine dans des situations dystopiques. Moorcock nous proposait ce qui, probablement, peut être considéré comme la meilleure nouvelle d’un recueil pour le reste bien insipide malgré de grands noms (Stephen Baxter, Gardner R. Dozois et Michael Swanwick notamment) :

  • Un chanteur mort – Michael Moorcock, 1974 : Jimi Hendrix est mort mais taille la route avec un roady junkie. Et là on reconnait Moorcock, son talent et son cynisme, sa connaissance du réel et des pires travers de nos concitoyens, de notre société, à la fois des espoirs, des craintes et des faiblesses de chacun. Cette nouvelle est un rayon de soleil, du début à la fin, mais malheureusement trop courte, dans l’espoir fou d’arriver vite à la fin du recueil. Au regard du reste, elle m’est apparue comme d’un pertinence transcendantale. L’épiphanie à la Moorcock quoi. […]

Avec 10 prix littéraires majeurs à son actif, l’homme est loin d’en être la moitié d’un. Ses passages à la tête de différentes revues au cours des années lui on permis de lancer rien moins que quelques auteurs mineurs de la science-fiction en langue de Ryan Giggs comme Roger Zelazny, Norman Spinrad, Gene Wolfe ou encore John Brunner. De plus, britannique de son état, il va, à l’instar d’un Orson Welles avec Manowar (voir) ou d’un Christopher Lee avec les mêmes Manowar (voir) ou encore avec Rhapsody of Fire (voir), se livrer à plusieurs collaborations avec un petit groupe local qui ne produira jamais rien de bien remarquable : Hawkwind !

Eh oui, habile lecteur amateur de lourds décibels en acier, tu auras sans doute compris ! Hawkwind – space rock – n’est autre que l’un des premiers groupes du géant du heavy metal que fut Lemmy Killmister, qui nous a quitté le 28 décembre dernier (alors qu’il venait de fêter ses 70 ans dont bien 55 au service du rock n’roll). C’est d’ailleurs avec ce groupe qu’il avait écrit le fameux morceau Motörhead – terme qui désigne en anglais les personnes sous l’influence du speed, drogue préférée de l’ami Lemmy – qui a donné son nom à son propre groupe, Motörhead avec le succès que l’on connait. Bref, je ne pouvais pas passer à côté de ce début d’année sans toucher un mot de la disparition de celui que beaucoup considèrent, probablement à juste titre, comme la dernière grande icône du monde du rock. A ce propos, vous pouvez regarder ceci ou encore le documentaire qui lui a été consacré il y a quelques temps, Live Fast, Die Old – vous pigez maintenant ?

Pourquoi un si long aparté ? Mais parce que sur l’album Warrior on the edge of time c’est bien sa voix qu’on entend déclamer poésies et sorcelleries ! Regardez, c’est lui qu’on voit sur cette vidéo de Master of the Universe, avec sa beurba des familles. Mais oui ma bonne dame. Le même album sur lequel figure le titre Motörhead. Alors imaginez bien, quand la nouvelle est tombée, que je me suis précipité dans la librairie la plus proche – en l’occurrence, celle où je bosse, hein, tant qu’à faire – y acheter un petit Moorcock pas piqué des hannetons afin de pouvoir étaler, au choix, ma science, mon amour du rock, et la misanthropie de notre écrivain du jour.

Connu notamment du grand public pour sa saga centrée sur l’elfe noir Elric – dont Hawkwind s’est inspiré pour The Chronicle of the Black Sword et où on l’y voi… NON ! C’est bon, reposez ce pupitre, j’arrête, promis ! – mais il est également un grand adepte de la science-fiction, notamment l’uchronie et fut l’un des premier à s’essayer au steampunk. Il est par ailleurs connu pour ses volontés politiques et notamment son soutien sans faille à la cause féministe ce qui, soit dit en passant, ne fait qu’augmenter mon admiration.

En plus de tout cela, Moorcock a vu ses textes parfois adaptés au cinéma (deux fois : Les Décimales du futur en 1973 et Le Sixième Continent en 1975) et écrit de nombreux scénarios de comicbooks. Pour les rôlistes, il a également adapté ses univers en jeu de rôle notamment au travers de Stormbringer et Hawkmoon. Ho, j’allais oublier. Il a également signé les paroles – promis, ce n’est pas Hawkwind – pour Blue Öyster Cult : Black Rade (sur le mythique Cultösaurus Erectus) et Veteran of the Psychic War (sur Fire of an unknown origin et bande originale du non moins mythique film Métal Hurlant). BREF.

Les aventures de notre barbu cosmique vous sont présentées aujourd’hui dans une compilation réalisée par les Editions Actu SF et leur collection 3 Souhaits dans une édition à 400 exemplaires datée de 2008. La couverture, réalisée par Gary Spencer Millidge – ouais, le mec qui a fait cette biographie d’Alan Moore, autre barbu et génie devant l’éternel – mêle dessin et photographie dans un style brillant et du plus bel effet. Pour 7€, l’ouvrage vous propose une centaine de pages regroupant quatre nouvelles dans un ton cynique et iconoclaste qu’on connait bien à l’auteur.

Et comme j’ai bien trop parlé de musique dans cette partie, mais on ne pouvait pas faire autrement, il va nous falloir finir après le second titre.

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« Motörhead, you can call me Motörhead, alright Motörhead, remember me now Motörhead, alright »

Fémurs ! Trois paquets d’fémur pour dix francs !

 [Je viens de relire cette première partie, et j’en suis pas peu fier m’voyez]
Or donc, quatre nouvelles, disions-nous juste avant. En effet les éditeurs (Jérôme Vincent et Charlotte Volper, notamment) on sélectionné une double binarité – ouais, quatre quoi – de textes qui fassent à peu près sens en étant réunis sous un titre commun. Comme pour Alternative Rock, il ne s’agit donc d’un recueil, au sens premier du terme, de textes assemblés ensemble pour un projet éditorial.

  • Le Cardinal dans la glace (The Frozen Cardinal), première nouvelle du recueil, date de 1987 et été initialement publiée en 1990 en français dans l’anthologie Univers 1990 chez J’ai Lu et traduit par Jean-Daniel Brèque.
  • L’Os de Londres (London Bone), qui donne son titre au recueil et en est la deuxième nouvelle, date de 1997 et été initialement publiée en français en 2000 dans le numéro 17 de la seconde version de la revue Galaxies et traduit par Nathalie Serval.
  • Un samedi soir tranquille à l’Amicale des Pêcheurs et Chasseurs Surréalistes (A Slow saturday night at the Surrealist Sporting Club), troisième nouvelle du recueil, date de 2000 et a été initialement publiée en français en 2001 dans le numéro 13 de la revue Ténèbres et traduit par Benoit Domis.
  • Le Jardin d’agrément de Felipe Sagittarius (The Pleasure garden of Felipe Sagittarius), dernière nouvelle du recueil et également la plus ancienne, puisqu’elle date de 1966 et a été traduite en 1973 dans le numéro spécial 22 de la revue Fiction par Jacques Chambon – non pas Merlin, un autre – et Chantal Plançon.

Ca, c’était pour les caractéristiques techniques de l’ensemble. Mais rentrons un peu plus dans le vif du sujet pour voir à quel type de récit les petites mains de chez Actu SF cherchent à nous exposer :

Le Cardinal dans la glace est a priori une nouvelle de science-fiction classique. La science-fiction, hein, pas la nouvelle. Parce que si tout commence comme nombre de récits d’anticipation/d’exode – des scientifiques humains envoyés sur une lointaine planète, Moldavia, connue pour n’avoir ni signe de vie ni signe d’une civilisation disparue – et les premières lignes ne sont pas sans rappeler La Montagne sans nom. Jusqu’à ce qu’un des personnages, tombé dans une crevasse d’un glacier, découvre un cardinal du XVIIème siècle, tout gelé dans la paroi. Avec le manteau et tout, qu’on vous dit. Et c’est là que, seuls sur leur planète isolée, attendant l’équipe de renfort, le petit groupe de scientifique va vivre toutes les étapes du huis-clos… en plein air. La nouvelle apparaît alors sous le jour du fantastique, le groupe expérimente sa lutte contre ses angoisses. En à peine 20 pages, Moorcock nous fait passer, grâce à ce récit – traité sous la forme de lettres qu’envoie une des scientifiques à son amant -, par tous les stades d’émotions sans jamais nous laisser un moment de répit. Du grand art.

Avec L’Os de Londres, et comme son nom semblait l’indiquer, on pose les yeux sur une nouvelle purement fantastique. Deux hommes d’affaires, à la fin du XXème siècle, tombent sur une réserve d’os aux propriétés miraculeuses, découverts par des étudiants dans un chantier de fouilles. L’un des deux hommes d’affaire, spécialisé dans le recèle la spéculation parvient à bâtir un empire commercial autour de l’exploitation de ce gisement. Tout se déroule à merveille jusqu’à ce que des études commencent à donner des hypothèses quand à l’origine des ossements. La nouvelle, narrées sous la houppette de notre ami commerçant peu scrupuleux, nous amène à revoir nos idées reçues et nos clichés en gardant un oeil sur le cheminement moral d’un homme que l’on est amené à trop vite juger.

En parlant de titre qui annonce la couleur, Un samedi soir tranquille à l’Amicale des Pêcheurs et Chasseurs Surréalistes nous ressort les classiques clubs de dandies londoniens, ces sporting-clubs (cf titre original) où l’on s’amuse et où l’on discute des choses mondaines. L’ambiance n’est pas sans rappeler celle du Club Diogène ou des autres productions du style. On y suit donc un certain nombres de personnages désoeuvrés et à qui La Mort, rien que ça, annonce la visite prochaine de Dieu. Ouais, Dieu. Et là le mec déboule et répond aux questions de nos bonshommes. Le style Moorcock nous frappe alors en pleine tête : comme dans Un chanteur mort dont on a parlé plus haut, l’auteur nous livre une vision cynique du monde, qu’on ne peut s’empêcher de trouver étrangement vraie. Dieu se présente comme un mec ambitieux, qui a récupéré les parts de marché à ses prédécesseurs et à lancé un business plan béton. Il explique que, les temps étant ce qu’ils sont, voyez-vous, il a tenté de lancer des filiales sous d’autres noms (Allah, Bouddah) mais explique qu’il n’est clairement pas convaincu. Et, malheureusement, je suis au regret de vous spoiler la fin sans quoi une partie du propos tombe à l’eau. Dieu, déçu par le comportement des humains, qui ne valent décidément pas les chats, a décidé de détruire le monde, parce qu’il ne lui apporte plus rien. Choqués, nos personnages, plutôt que de chercher des solutions décident de plutôt ne rien changer à leurs habitudes et aller se payer une bonne partie de chasse surréaliste. Ca donne quand même bien l’impression de la large fuite en avant de notre société, non ?

Enfin, Le Jardin d’agrément de Felipe Sagittarius nous présente une uchronie dans laquelle la Première Guerre mondiale n’a pas éclatée et où l’Allemagne ne s’est pas enflammée. Le personnage, enquêteur paranormal – comme dans Bienvenue à l’I.E.A. ou Sense of Wonder, oui – déambule dans un Berlin subtilement différent jusqu’au bureau du chef de la police : Otto von Bismarck. Oui, oui. Et il va rencontrer de multiples personnages historiques (quasiment tous les figurants le sont) lors de son enquête pour résoudre un meurtre qui aura eu lieu dans le jardin de Bismark. Un jeune capitaine, Hitler, va alors servir de guide à notre personnage qui rencontrera aussi Eva Braun et un sombre slave moustachu… Bref Moorcock, l’air de rien, joue avec les codes de notre temporalité pour nous offrir un petit précis de what if? comme on dit au pays de Michael Owen

Still to come dans la série des auteurs à succès explorés par des chemins transversaux...

Still to come dans la série des auteurs à succès explorés par des chemins transversaux…

Bone en anglais ne veut pas que dire os

Alors, au final, qu’est-ce que ça donne cette espèce de livre prétexte qui me permettait de parler de la disparition de Lemmy ?

Baaaaaaaaaaaaaaaaaaaah, je dois admettre que je me suis laissé prendre au jeu et que j’ai passé un agréable après-midi à le lire et que le style de l’auteur est largement au niveau des ambitions de chacun des textes, jeunes ou moins jeunes.

En l’état c’est une excellent recueil qui offre une découverte de Michael Moorcock dans un style court qu’il affectionne tout particulièrement. Alors n’oubliez pas, achetez-le, lisez-le, et n’oubliez pas : long live rock n’roll!

Vil Faquin.

Du même auteur : Alternative Rock.

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