Course à la mort de l’an 2000

Course à la Mort de l’an 2000 (Death Race 2000)

Paul Bartel

Bonjour à tous. Pour mon deuxième article, j’ai choisi un sujet pour lequel j’ai de l’affection. Nous allons parler de vielle série B, de voitures qui roulent vite et de futurs lointain. En effet, aujourd’hui, c’est l’heure de Course à la mort de l’an 2000 de Paul Bartel et produit par Roger Corman. Le film, sorti en 1975 avec David Carradine et Sylvester Stallone (tout jeunot à l’époque) est un film sportif de science fiction. Je ne vois pas comment mieux le décrire.  Nous allons donc parler du film en lui-même, puis je m’éloignerai un peu du sujet pour voir plus grand (parce que j’aime ça) et nous parlerons de Roger Corman, seigneur de la série B, à qui le cinéma doit plus de choses qu’il ne le croit.

Tout est dit. En plus, La Crampe, elle a grave la classe.

Tout est dit. En plus, La Crampe, elle a grave la classe.

Rétro-futur du passé antérieur

Nous sommes dans un futur proche, à savoir l’an 2000 – enfin c’était un futur proche quand le film est sorti -, le monde a radicalement changé. Le président des Etats-Unis est devenu président mondial, et tous les peuples de la terre et de sa banlieue vivent sous son joug. Afin d’occuper les populations, chaque année est organisé un événement terrible, une course transcontinentale à travers les Etats-Unis. Tous les coups sont permis, et il ne suffit pas d’arriver premier pour gagner. En effet, chaque piéton écrasé, spectateur tué ou dégât commis rapporte un nombre précis de point au pilote responsable. Les pilotes, véritables icônes sont adulés par le public comme des dieux. Certains fans sont prêt à se sacrifier pour faire gagner des points à leur champion – quel beau sport serait le football si ses spectateurs en faisaient autant. Parmi les concourants nous avons Néron et sa copilote Cléopâtre, Mathilda Attila, originaire du Wisconsin et fervente nazie, aidée par le « Renard Allemand » Hermann. Nous trouvons également Calamity Jane conduisant son bolide El Toro. Mais les deux plus grands pilotes restent Mitraillette Joe, caricature de gangster des années 30 parlant jurant comme un chartier, et maniant sa mitraillette Thomson comme personne, et Frankenstein, champion parmi les champions, vétéran aux multiples stigmates, cachant son corps mutilé par les innombrables opérations chirurgicales (greffe de jambe en 1999, de bras et de visage en 1998 et bien d’autres). Derrière son costume et sa cape noire, il reste le plus grand pilote de l’histoire.

Cependant, ce régime dictatorial et autoritaire, ainsi que son symbole le plus fort, à savoir cette course ultra violente, ne plait pas à tout le monde et un mouvement de résistance s’est développé. D’abord pacifiste, il commence à mener des opérations plus violentes lors de cette course de l’an 2000. En effet, la petite fille de la patronne de la résistance s’est infiltrée et est devenue la copilote de Frankenstein lui-même. Pas mal non ?

Nous ne sommes pas sûrs de son plan – elle non plus ? -, mais nous savons juste que Frankenstein est la prochaine cible des attaques des partisans de la liberté. Cependant, durant la course, alors que les rebelles s’attaquent au concurrent, une relation intime naît entre Frankenstein, le pilote invincible, et sa copilote, la belle et rebelle – comme dirait Ferrat – Myra. Frankenstein sera-t-il fidèle à la dictature qu’il sert ou  rejoindra t’il la rébellion en suivant l’élue de son cœur ? Nous suivons cette folle aventure au travers des yeux de Myra, ainsi qu’à travers la presse qui couvre entièrement la course. Cette même presse, véritable caricature des JT américains, à la solde du gouvernement.

Vous aurez sans doute remarqué que ce film est un grand n’importe quoi. Un mixe cartoonesque entre film d’anticipation  et Tex Avery ou Les Fous du Volant. Et bien c’est à peu près cela. En réalité, le film s’inspire grandement du succès qu’a été Rollerball, aussi sorti en 1975 avec James Caan en vedette et qui décrit un monde futuriste dictatorial où toute l’attention du peuple est retenue par un tournoi sportif hyper violent, cette violence intéressant plus les gens que le sport en lui-même. Du Pain et des jeux ma bonne dame.

Course à la mort est une série B qui se veut une gentille caricature des films de science fiction de l’époque. En 1975, Star Wars n’était pas sorti et le pessimisme était omniprésent dans la science fiction au cinéma. On peut penser à Soleil Vert de Richard Fleischer sorti en 1974, à La Planète des Singes sorti en 1968 de Franklin J. Schaffner ou encore THX 1138 sorti en 1971 de George Lucas. La vision du futur était souvent terrible, où toute liberté est annihilée. [note de la Faquinade : cela nous fait penser à l’Edito d’Estelle Faye, sur l’Espoir en SF du côté de la littérature et au précédent article du Lemming Affranchi sur le très sombre Invasion LA de Carpenter]. Course à la mort de l’an 2000 est donc totalement dans la même mouvance. Nous sommes en pleine dictature mondiale, il ne semble plus rester de liberté nulle part, la presse est évidemment contrôlée comme jamais.

Mais le film ne s’étend pas vraiment sur la société qu’il représente, sa durée d’une heure quinze ne lui permet pas malgré son rythme effréné.  En effet s’il est beaucoup plus proche de Rollerball, c’est qu’il nous comment comment cette terrible dictature occupe ses sujets, à savoir avec cette course où la violence est l’enjeu principal. La presse nous parle en effet constamment du nombre de point des concurrents. Ceux-ci réfléchissent à comment l’optimiser (écraser une mère et son bébé plutôt qu’un homme dans la fleur de l’âge, semble par exemple, un choix évident).

Un vieux, c'est 100 points ! Je parie qu'à Nantes et Dijon ils le savaient !

Un vieux, c’est 100 points ! Je parie qu’à Nantes et Dijon ils le savaient !

De la SF sauce TOC

L’aspect futuriste du film – bon okay, ça se passe il y a quinze ans théoriquement mais en 75, leur futur est notre passé, tavu – n’est pas du tout présent, mise a part quelques plans larges et les dialogues des personnages qui nous donnent quelques informations sur la société d’alors. Il est fort probable que cela soit en partie dû au budget du film.  Le centre du film reste la course, équivalent futuriste des jeux de l’arène ou des courses de chars de la Rome Antique. Cette course est le symbole de la toute puissance du gouvernement et de son président. Ce n’est pas un hasard si ce même président décrit cette course comme le plus grand événement sportif depuis Spartacus, si l’un des concourant se nomme Néron et a un look très antique, ou  si les rebelles comparent les victimes de la course aux chrétiens exécutés chez nos ancêtres les Romains. Du coup en fait, c’est même plutôt fait exprès. En effet, Course à la mort de l’an 2000 se rapproche finalement presque dans ses thématiques d’un genre étrange voisin à la science fiction, à savoir le péplum. Le péplum classique Hollywoodien ne s’est jamais voulu comme une description fidèle de l’Antiquité. La plupart du temps, Rome était une métaphore de la société américaine de l’époque – sauf dans Deux heures moins le quart avant Jésus Christ du regretté Jean Yanne mais là c’est pas pareil – dans laquelle était tourné le film, les exécutions des chrétiens représentant plus la chasse aux sorcières contre les communistes. Bienvenue dans Quo Vadis de Mervin Le Roy qui discourt du combat entre un empire romain décadent en une Judée pleine d’avenir pour parler du combat entre les méchants communistes et les gentils américains ; merci à Ben Hur de William Wyler pour avoir rendu tout cela possible – d’ailleurs remarquez comme l’affiche de Deux Heures Moins le quart avant Jésus Christ est une étrange repompe de celle de Ben Hur, comme quoi on engendre les génies qu’on mérite. Course à la mort, bien que se situant dans un univers de science fiction, se focalise sur l’histoire de certains personnages de façon assez précise sans jamais s’étendre sur l’univers mais tout en en faisant une métaphore du réel. C’est une démarche beaucoup plus proche du péplum que de la SF.

Mais au delà de ça, Course à la mort reste une série B, produite sans le sous dans le seul but d’en rapporter un peu au studio. Ceci dit en vu du budget rikiki, l’équipe du film s’en est presque très bien tirée. Dans la première scène qui se déroule dans un immense stade, et qui sera la seule vision futuriste que nous aurons, la mise en scène astucieuse minimise la casse en ne montrant qu’une seule fois le stade en plan large le reste ne sera que des gros plans, des plans moyens sur quelques spectateurs, ou des images tirées d’archives ou d’autres films (pratiques courantes dans la série B de l’époque). Le tout passe bien, on ne se sent pas vraiment dans une série B. Les décors sont souvent des étendues vides, ce qui passe toujours mieux que des décors en carton pâtes (prend ça The Hobbit). Afin de rendre compte de la vitesse, nous avons le droit a des plans accélérés du décors, du bitume qui défilent, des gros plans rapides sur les conducteurs, et finalement  peu de plans sur les voitures se doublant ou autres choses compliquées à réaliser (et donc chères)  et à faire rentrer sur de la pellicule.

Bien sûr, et malgré tout cela, le film fait toc, les bolides semblent avoir été faits par une classe de maternelle, nous avons des matte-paintings tout a fait bâclés, le drapeau derrière le président semble n’être accroché qu’avec de la pâtafix sèche, … Mais critiquer le film pour cela serait oublier d’où il vient. En effet, c’est une production de Roger Corman, pape de la série B (et Z) comme on le surnomme.  Ce monsieur est bien plus intéressant que le réalisateur même du film. Roger Corman a réalisé plus de cinquante films et produit pas moins de quatre cents. Il respecta toujours le même principe, ne jamais dépasser le million de dollars par film et le rentabiliser le plus possible. Cela fut à l’origine d’une des sources d’innovation et de talents la plus prolifique de l’histoire du cinéma.

Même en chinois du japon, ça fait peur !

Même en chinois du japon, ça fait peur !

Corman le très Saint

A la fin des années 50, période dans laquelle Corman commençait à se faire un nom, les grands studios ralentissaient leur production de série B. La série B désigne un genre de films produits sans grands moyens et diffusés en marge des « vrais » films. Ce manque de moyen impliquait une grande liberté, et la série B a toujours été une pépinière d’innovations et de talents.

Corman créa une société de production afin de produire des films en marge des grands studios, et pour une diffusion dans les cinémas bis, les drives in et toutes ces choses qui n’existent plus. Le coût devait être réduit au possible, et pour cela les tournages étaient rapides, très rapides, les décors étaient rentabilisés dans plusieurs films, ainsi que les accessoires, et/ou « empruntés » aux grands studios quand ceux-ci n’en avaient plus l’usage. Certaines scènes de précédentes productions étaient aussi réutilisées, on l’a dit, même sans vraiment être raccord. Les salaires, gouffre financier sur un tournage, étaient réduits au minimum. Les équipes étaient les plus restreintes possibles, composées uniquement de débutants qui acceptaient de travailler pour des clopinettes. Les films, surtout des films d’horreur, ne valaient pas grands choses pour la plupart. Quand un film était lancé, l’équipe se retrouvait avec un cahier des charges simple : un titre (avec des monstres dedans), un budget et un temps limité, l’obligation d’une scène de sexe ou de violence tous les quarts d’heures, après le reste était libre puisque personne n’y ferait attention. Corman destinait ces productions aux jeunes, public largement oublié à l’époque. C’était une époque ou le cinéma n’était pas aussi sacralisé que maintenant, et ou on y allait afin « d’apprendre à connaitre » sa petite amie par exemple (une bien belle époque par certains aspects). Maintenant on va dans le métro pour ça.

Les années 60 furent l’apogée du système Corman. Ce sont aussi les années ou il sera le plus ambitieux, pas en termes de moyens mais bien en termes artistiques et thématiques. Il fera l’un des tous premiers films avec un acteur afro américains en vedette, Les premiers films parlant de la contre-culture aux USA – avec The Wild Angels (1966) et The trip (1967) qui seront mixés plus tard pour donner le culte Easy Rider -… A l’époque, Corman a sorti une série d’adaptations fortement intéressantes des nouvelles d’Edgar Allan Poe, allant du grand n’importe quoi (The Raven, 1963) ou vrai petit bijou (Le Masque de la Mort Rouge, 1964).

Mais Corman reste célèbre pour avoir lancé moult talents. En effet, de grands noms ont commencé chez lui. Course à la mort de l’an 2000 nous montre notamment un Sylvester Stallone tout frétillant, avant qu’il ne trouve sa gloire sur un ring de boxe, ainsi qu’un David Carradine, grand spécialiste des séries B, qui est aujourd’hui connu pour avoir joué Bill dans Kill Bill. Mais parmis les grands noms ayant fait leur premières armes chez Corman, nous avons Francis Ford Coppola (avec son premier film, l’inregardable Dementia 13), Martin Scorsese, Robert de Niro, Jack Nicholson, James Cameron, et bien d’autres. Corman fut aussi connu pour diffuser aux USA les films de la nouvelle vague française (les  premiers films de Truffaut et Godard), ainsi que les œuvres de Fellini et autre Pasolini (rien que ça).  Il fera aussi des apparitions en tant que comédien dans de grands films, souvent réalisés par ses anciens employés. On peut le voir dans le Parrain 2, Philadelphia, ou Apollo 13.

Course à la mort de l’an 2000 arrive en 1975, beaucoup des padawans de Corman sont devenus les champions du cinéma américains et l’ont remodelé au travers d’un mouvement cinématographique intitulé le Nouvel Hollywood. Mouvement que Corman a préfiguré avec ses séries B emplies de liberté. Mais le milieu des années 70 est la fin de la période de gloire de Corman, puisque la sortie de Star Wars et l’avènement du cinéma de divertissement tel qu’on le connait (avec Superman, Indiana Jones, …) mettra un gros coup de frein à la série B de genre. En effet pourquoi aller voir des films comme Course à la mort de l’an 2000 quand on peut aller voir Terminator ou Star Wars ?

Notre film du jour préfigure l’arrivée des blockbusters en série, puisqu’il servira d’inspiration directe pour Mad Max [ndlf : d’ailleurs si vous ne voulez pas vous spoiler, ne regardez pas la bande annonce du prochain], véritable papa du cinéma d’action. Le gout de la vitesse (aux sens propres et figurés) dans le cinéma ne cessera jamais de grandir et reste un des facteurs de réussite encore aujourd’hui. Course à la mort a même eu droit à un remake, Death Race, par le réalisateur de Resident Evil et Pompéi avec Jason Statham qui gagne en spectaculaire mais perd en tout le reste.

Featuring Bowser.

Featuring Bowser : kart lourd, accélération merdique mais bonne vitesse max et tenue de route.

Et donc, faut le voir ou pas ?

Beaucoup de légendes entourent Corman, et les internets grouillent de sites les racontant. Parmis les films qu’il a réalisé ou produit, on peut en trouver qui serviront de bases pour d’autres productions, comme Grand Theft Auto (1977, Lâchez les Bolides en français), ou The Fast and the Furious (1955), l’un étant à l’origine d’un célèbre jeu vidéo et l’autre d‘une série de films plus que connue et productive. On trouve aussi de véritables perles comme La petite boutique des horreurs que je vous conseille au-delà de la raison.

Je voulais vous parler de ce film, que j’aime beaucoup, afin de vous parler de Roger Corman qui, même s’il a eu droit a des documentaires, à des oscars d’honneurs et autres sottises de ce genre, reste par trop méconnu. La série B est à l’origine de tout ce qu’on aime aujourd’hui dans le cinéma. Beaucoup d’innovations naîtront là-dedans, dans des films que personne n’attend et qui n’ont que l’ambition de ne pas ennuyer leur spectateur.

Pour finir, je vais citer ce bon vieux Roger Corman :

« Il est choquant de voir que le budget d’un film dépasse le million… il y a autre chose a faire sur terre que des films avec tout cet argent. »

Je ne dirais pas mieux, surtout quand on voit ce que le budget – 250 millions de dollars – de Lone Ranger a produit comme bouse visuelle…

Le Lemming Affranchi.
Sur le même thème : Mad Max et Le Post-Apocalyptique.

Et puis on se souviendra de la Chronique qu’en ont faite les p’tites gens de chez Nanarland hein.

Advertisements

7 commentaires

  1. Article passionnant ! Voilà qui me donne envie de jeter un oeil curieux à ce film dont je n’avais jamais entendu parler avant de lire cet article…
    Rollerball aussi, il faudrait que je regarde pour voir – pratiquant le roller derby, quelqu’un me l’a conseillé.
    Merci pour cet article, comme toujours riche en info et passionné !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s