Y f’rait beau voir / Roverandom

Roverandom (Roverandom)

John Ronald Reuel Tolkien

Comme dit dans la news de fin d’année, l’année 2015 s’ouvre pour moi sur un Tolkien Challenge qui me permettra enfin de me motiver à relire l’intégrale de Tolkien Père & Fils concernant les Terres du Milieu. Si je précise que je relirai tout ce qui concerne la Terre du Milieu, c’est fort justement parce qu’il y a aussi d’autres ouvrages du maître anglais qui sont plus ou moins, plutôt moins, liés à cet univers. C’est pourquoi je vais commencer par vous présenter l’un d’eux.

Huuu, what ? Oui, parfaitement, mais il y a une raison expliquant cela. En effet, si les Lettres du Père Noël constitue un ouvrage formidable pour peu qu’on ait un petit coeur tout saignant, elles n’apportent pas grand chose de ce qui fait la grâce de ce blog : les univers de l’imaginaire – quoique en ce qui concerne le Père Noël…

Roverandom a de multiples intérêts et je vous propose de les découvrir ici. Et puis, au final, même si ce n’est pas un livre qui se passe dans les Terres du Milieu, on peut dire que ça les préfigure pas mal.

Le premier a été écrit en 1927, l'autre rédigé entre la fin des années 20 et le début des années 30.

Le premier a été écrit en 1927, l’autre rédigé entre la fin des années 20 et le début des années 30.

C’est l’histoire d’un p’tit toutou perdu. Et voilà l’intérêt de son histoire en 5 points :

  1. Roverandom est avant tout un conte pour enfant. Du moins est-là comment il se présente a priori aux yeux du lecteur. Il s’agit de l’histoire de Rover, un petit chien qui est tout foufou et mord un jour un vieux magicien perse fumant la pipe. Ce dernier le transforme Rover en Roverandom, une peluche. Puis, alors que Fistondeux l’emmène sur la plage pour jouer (car il est doux), il se perd et est appelé à vivre 1000 aventures, des fonds marins aux cratères de Lune avant de revenir à son jardin du  Worcestershire. Et ce qu’il faut savoir, c’est que cette histoire a été écrite pour consoler Michael, le deuxième fils de Tolkien – Fistondeux ? – qui avait perdu son jouet préféré – j’te l’donne dans l’mille Emile : un petit chien – sur une plage. Tolkien se sert de cette anecdote comme point de départ à son histoire et aux aventures du chiot le plus fluffy de l’histoire des contes pour enfant. On peut ainsi, tout du long, croiser des parties des vacances de la famille Tolkien, et se divertir avec un conte des plus abordables et adorables.
  2. Mais on connait tous Tolkien, qui cherche à nous apprendre des choses à chaque détour de page. Dans Le Hobbit, il nous explique d’ailleurs comment une armée orc peut en cacher une autre. Alors pensez-vous, un simple conte pour enfant, c’est le moment où jamais pour se la coller douce non ? Bah non, on a à faire au maître anglais. Donc quand on se découvre un goût pour le conte, c’est peu avant de tomber sous les coups du double ou triple niveau de lecture. L’occasion de créer un conte, c’est l’occasion pour Tolkien de jouer avec les mythes et les légendes de tout horizon pour en extraire le substrat qu’il désire et d’agencer tout ça comme il le désire. On se retrouve donc, pour peu qu’on ouvre l’oeil, avec un cours abrégé de mythologies, le tout saupoudré de jeux linguistiques digne du philologue qu’il était.
  3. On a parlé en introduction des Lettres du Père Noël et on y revient un instant ici. Dans cet ouvrage, écrit entre 1920 et 1942, JR² nous réjouit de lettres illustrées. Il frappe encore dans Roverandom avec 5 illustrations qui montrent le parcours de Rover le chien hasardeux. Et avec un peu d’imagination, sans aucun problème, on peut redécouvrir la Comté, la Montagne Solitaire, les Monts de Fer, les anciennes tours de garde du Gondor… Bon y’a aussi ça. On voit facilement, notamment au travers du dessin du Dragon Blanc, comment Tolkien avait déjà dans son esprit la suite.
  4. Et la suite, c’est Le Hobbit. Alors ne vous fiez pas aux dates : si Le Hobbit, publié en 1936 semble plus vieux que Roverandom c’est tout simplement parce que ce dernier n’a été publié qu’en 1998 mais date originellement de 1927 et d’un épisode des vacances des Tolkien. On y trouve, nécessairement, des traces et des préfigurations des Terres du Milieu. Ainsi, on vient de le voir, les représentations qu’a pu se faire Tolkien des montagnes des deux dragons (Smaug et le Dragon Blanc) sont identiques. Ce n’est pas pour rien. Mais, bien plus que cela, ce sont des liens évidents qui nous sautent aux yeux : Artaxerxès, le magicien qui transforme Rover en Roverandom n’est rien d’autre qu’une préfiguration d’un nasty Istar (oui avec un i, c’est le pluriel), On retrouve le Lunehomme, ce vieux sage un peu excentrique habitant sur la Lune, dans Les aventures de Tom Bombadil, dans Le Seigneur des Anneaux ou les Contes Perdus, les araignées rappellent celles du Hobbit et le Dragon Blanc rappelle Smaug, Rover vole à dos d’oiseau majestueux jusqu’à un refuge dans les hauteurs… Enfin quand je dis rappelle, je dis préfigure. Et je dis que c’est bien, surtout.
  5. Enfin, last but not least, rendons hommage à Pocket qui propose un long méta-texte introductif signé Christina Scull et Wayne G. Hammond, tous deux spécialistes des écrits de Tolkien, et époux – genre le couple idéal. Ils ont en effet publié ensemble cinq ouvrages concernant Tolkien ou, pour être plus précis, commenté des ouvrages de l’anglais, notamment Roverandom donc, mais aussi des Guides et des Compagnons de lecture permettant de bien saisir tous les enjeux des textes de Tolkien ainsi que plusieurs ouvrages concernant les qualités d’illustrateur de l’auteur – quand je vous dis que c’est important. En plus, sans en rajouter, Mythopoeic Society, une association de chercheur se focalisant sur les écrits des Inklings, ce groupuscule d’écrivain se regroupant tous les mardis dans un pub d’Oxford dans les années 30 et 40 et composé d’auteurs aussi peu connus que Tolkien, donc, Lewis (Narnia) et Williams (La Guerre du Graal). Ouais voilà. Résultat, on voit se dérouler sous nos yeux le matériel chirurgical avec lequel les deux époux vont opérer le sous-texte tolkiennien et l’exposer de manière suffisamment limpide pour qu’on se dise : « putain mais quel génie ce mec.« 

« Far over the misty mountains cold
To dungeons deep and caverns old
We must away ere break of day
To seek the pale enchanted gold. »

Bref, s’il a été publié très tardivement et traduit en français dans la foulée par Jacques Georgel, Roverandom est un véritable révélateur du grand projet de Tolkien. En le lisant, on a un peu l’impression de lire un programme d’écriture pour les 30 ans à venir.

Je ne peux pas finir sans parler de la magnifique couverture de la VF, signée John Howe. Si, vous savez, le mec. Oui je dis juste le mec. Parce que… enfin que voulez-vous en dire d’autre ? Tolkien est un génie, comme tous ceux qui touchent à son oeuvre avec l’intelligence de l’art ou des sciences humaines, arrivant à sublimer chaque discipline avec un ajout d’âme extraordinaire.

Bien sûr, je ne suis pas objectif. Bisou.

Vil Faquin.

Du même auteur : Le SilmarillionLes Aventures de Tom Bombadil.
A lire sur le conte : Les Contes de Beedle le Barde, Porcelainesur la place des fées,
Le Petit Chaperon Rouge dans la tradition orale.

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9 commentaires

  1. Ce conte mériterait d’être plus mis en avant dans la littérature jeunesse au lieu d’être relégué au range de « énième bouquin du Professeur ». 🙂 Comme ses autres contes, d’ailleurs. Je reste une fan inconditionnelle du Seigneur des Anneaux mais je suis d’accord avec toi, ces doubles lectures dans ses ouvrages « pour les enfants » sont plaisantes et passionnantes à la fois. Par ailleurs j’aime beaucoup son style de dessin, vraiment, et pas juste parce que c’est Tolkien.

    1. Moi j’aime en partie parce que c’est Tolkien. Je trouve pas ça spécialement classe, mais… Ca renvoie à tout un symbolisme mythique, légendaire, etc… Même au crayon, il savait rendre les choses passionnantes. Bref, j’ai adoré ce petit comte.

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