Y f’rait beau voir / Le Silmarillion

Le Silmarillion (The Silmarillion)

John Ronald ‘Master‘ Reuel Tolkien

Comme je suis un gros fainéant et qu’en plus je suis actuellement bénévole sur une convention trop coolos dans la Capitale des Gaules, à savoir Octôgones, je n’aurais pas le temps nécessaire pour rédiger un billet habituel. Cela fait un moment que je voulais me lancer dans une nouvelle forme de billets, qui me serviront à vous dire quand même des trucs les jours où je n’ai pas trop le temps où lorsque je n’ai pas de lectures disponibles sous la main (c’est à dire rarement, in fine), et la conversation que j’ai eu hier soir avec la dorable Mono, que vous pouvez à votre aise vilipender, elle a l’habitude, m’a convaincu de la bsolue nécessité de lancer cette nouvelle section.

Une section d’assaut contre l’ignorance littéraire fondamentale. En tout cas dans le cas de ce premier article. Non pour faire simple, Y f’rait beau voir servira à vous donner de bonnes raisons de lire des ouvrages que je n’ai pas encore lu, ou alors que j’ai lu plein de fois, ou même que j’ai déjà présentés ou vais présenter dans un futur proche.

Je vais donc m’efforcer à m’exercer à écrire des billets courts et pertinents. Autant le dire tout de suite c’est pas gagné.

Comme vous pouvez le voir, j'ai une petite réserve de Tolkien, je reviendrai vous en parler régulièrement donc. Et dans le fond, on aperçoit les éditions Christian Bourgois, et elles sont jolies.

Comme vous pouvez le voir, j’ai une petite réserve de Tolkien, je reviendrai vous en parler régulièrement donc. Et dans le fond, on aperçoit les éditions Christian Bourgois, et elles sont jolies.

J’ai donc choisi de commencer par le Silmarillion de J. R. R. Tolkien, un mec du gang des R2 avec Georges et D2. La conversation d’hier avec Mono portait justement sur le fait que par principe, comme tout le monde lui disait de lire Le Seigneur des Anneaux et le reste de Tolkien, elle mettait un poing d’honneur – comme le doigt, mais en mode badass – à justement ne pas succomber. Question de principe actif quoi.

So let’s do this:

  1. Si Le Seigneur des Anneaux pose les bases d’un monde fantastique devenu la figure de proue de la fantasy du XXème siècle et même au-delà, il n’en reste pas moins que cette trilogie a également posé les bases d’un travail beaucoup plus large pour notre linguiste préféré. Après avoir écrit la trilogie de l’Anneau, Tolkien a entrevu la nécessité de relier ses univers entre eux et de leur donner une cohérence. Ce travail de titan trouve son aboutissement dans Le Silmarillion qui donne une justifiction à l’ensemble de l’oeuvre de Tolkien en la liant par le sens.
  2. Parce qu’on en fait tout un plat, mais au final, sans les annexes, c’est 400 pages. 400 pages qui justifient non seulement l’oeuvre de Tolkien elle-même mais qui posent également une bonne partie des pré-supposés de la fantasy des années à venir : les rôlistes amateurs de Dungeon & Dragons verront l’origine de leurs artefacts magiques remonter au temps des premiers grands artisans elfes, les amateurs de jeux vidéos à la Dark Soul ou encore la série The Elder Scrolls verront avec joie les premières péripéties reconnues de héros classés –> archers, guerriers, pisteurs, mages ou bonimenteurs. L’intérêt n’est donc pas intra corpus mais bien plus vaste.
  3. Pour les amateurs de mythologie, la construction des mythes dans le Silmarillion est tout bonnement croustillante. Le découpage L’écriture en quatre livres distincts (L’AinulindalëLa ValaquentaLa Quenta Silmarillion et L’Akallabêth, suivi de l’histoire des anneaux de pouvoirpermet de donner quatre temporalités au récit. Ces 4 temporalités permettent 4 lectures différentes. Nous avons d’abord un temps mythologique (genèse), puis un temps mythique (installations des dieux et leurs accomplissements) avant de passer sur le temps légendaire (anciens peuples vivant avec les Dieux) pour finir par le temps historique (celui dont on retient les mémoires et les enseignements). Une construction logique, une écriture précise, chirurgicale, donc.
  4. L’histoire de Beren et Luthien ou la geste des Enfants de Hurin sont deux, parmi d’autres, réécritures de mythes plus ou moins éculés dans notre société. Pourtant ils sont réécrits ici avec une justesse touchante. Le Lai de Leithian, qui raconte les destins croisés de Luthien, l’elfe, et de Beren, l’homme, relate comment l’amour finira, au plus fort de la tempête par lier deux personnes et les conduira à leur perte, d’une façon ou d’une autre, dans une sorte de Roméo & Juliette qui n’aurait rien à envier au sadisme flamboyant d’un Shakespeare. Les Enfants de Hurin raconte comment les enfants d’un homme (comprendre : sa lignée) bafoué et battu par le mal lui-même, aka Morgoth wesh tavu, va se dresser contre l’oppresseur avec plus ou moins de succès ; une quête identitaire forte donc, à l’image de nombreux romans. Ces histoires reprennent des éléments qui nous sont familiers pour qu’on puisse se retrouver dans un univers différent et puissant. De plus les formes employées, lai ou sage, conte ou légende orale, témoignent du formidable travail de l’auteur et rajoutent au bonheur de lecture (étudiants en lettres, faites vos jeux !).
  5. Ces histoires, disons anecdotiques dans la chronologie globale, s’inscrivent comme des points d’ancrage culturels importants qui nous sont ressortis régulièrement. Ne voit-on pas Aragorn lui-même – Viggo ❤ ! – s’éprendre de l’elfe Arwen, comme Beren l’a fait avec Luthien ? Les destins tragiques des familles régnantes de Gondor et de Rohan ne trouvent-ils pas leur aboutissement dans la lutte entreprise par leurs héritiers directs (Faramir, Eomer, Eowyn – Miranda ❤ !) ? L’ensemble ainsi formé nous donne une réalité palpable, factuelle, culturelle, mentale dans laquelle il est très facile de s’insérer et qui offre une crédibilité au monde créé (raccordé) ; crédibilité d’ailleurs renforcée par les annexes très pratiques.

Et puis, merde quoi, faut l’avoir lu non ? (non Mono, pataper pataper !)

Ce serait con de rater ça quand même : Ulmö, Seigneur des Mers, qui apparaît à Tùrin, un des moments clefs des Enfants de Hùrin et du Silmarillion (John Howe).

Ce serait con de rater ça quand même : Ulmo, Seigneur des Mers, qui apparaît à Tùor, comme relaté dans le Silmarillion (illustration de John Howe).

Pour résumer, on a quoi hein ?

  • Le plaisir de se creuser le crâne.
  • Le plaisir de retrouver des origines à pas mal de nos hobbies modernes.
  • La mythologie c’est cool.
  • Et puis on y a nos repères.
  • On s’y croit.

Bref, dans tous les cas il y a plein d’autres raisons qui pourraient faire que c’est une lecture essentielle et essentiellement plaisante. Contrairement aux préjugés et aux rumeurs, la lecture n’en est pas si désagréable que ça, bien au contraire. L’énuméré mythologique laisse bien souvent place à des récits qui permettent de donner du souffle à la lecture. Ces récits ponctuels intègrent des personnages immortels : Morgoth ou certains monstres servent de fil rouge entre les différents âges de sorte qu’on n’est jamais obligé de repartir de rien. La principale difficulté réside bien évidemment dans les noms. Toute la mythologie d’un monde à raconter ça fait des acteurs, des lieux, des objets symboliques (comme ces Simarils dont l’ouvrage tire son nom etc…). Pour notre plus grande chance, tout ça est résumé dans un petit index des noms en fin de volume sur à peine 51 pages. Pensez vous.

Et croyez-en l’expérience d’un vieux routard de Tolkien, les noms importants rentreront tout seuls, des Tùrin Turambar aux Gondolin et autres Nargothrond, sans oublier les Manwë, Ulmö et consorts. Et puis les autres, ma foi, c’est pas ça qui importe. Je l’ai lu pas moins de sept fois, je n’ai pas retenu beaucoup de noms. L’important est de saisir la marche du temps.

Plusieurs éditions sont disponibles, je vous conseille pour ma part l’excellente version publiée par Christian Bourgois qui a pour elle les mérites de la solidité, de la lisibilité et de la solidité, mais ne reniez pas non plus les éditions poche de Pocket qui ont les mérites que l’on sait. Et c’est toujours bien de l’avoir sur soi, ce livre. Illuvatar vous regarde, vous les petits contretemps dans sa géniale mélodie ; ne sautez pas de la portée mais suivez la jusqu’au Valinor de nos fantasy modernes.

Et puis, ces illustrations de John Howe en couverture quoi… Non sans déconner, jetez-vous y, c’est un livre qu’Y F’rait Beau Voir !

Vil Faquin.

Du même auteur : RoverandomLes Aventures de Tom Bombadil.

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29 commentaires

    1. Sans blague je te conseille de lire Tolkien, mais peut-être pas en commençant par celui-ci. Seules choses à savoir : Bilbo le Hobbit passe tout seul, c’est un conte ; Le Seigneur des Anneaux reste un livre exigeant bourré de descriptions et d’éléments annexes qui ont rebuté plus d’un lecteur cherchant simplement des péripéties badass, mais ravissant les amateurs de sagas complexes et bien ancrées ; quant au Silmarillion, dernier « volet » du trio gagnant de Sieur Tolkien, je ne conseille à personne de commencer par celui-ci, même si tous ceux qui s’y sont essayés n’ont pas fini chauves. 😉 Concernant les nombreux autres ouvrages moins connus de l’auteur, la moitié environ sont liés à ce grand fil rouge, les autres non. A toi de voir, mais ce serait dommage de passer à côté de ce monument littéraire pour de mauvaises raisons.. 😉

      1. De toute façon, je vais revenir à la charge sur ce blog avec d’autres recommandations, puisque tous les mois de décembre, je me consacre exclusivement au génial linguiste.

  1. Cet article a fini de me convaincre, moi qui hésitait… Voilà l’ouvrage ajouté à ma liste « prochaine razzia à la bibliothèque » (s’ils l’ont !), parce que celle « prochaine razzia à la librairie » va bientôt être hors de mes moyens hum !

      1. Mais DE RIEN. Et puis, ma prochaine visite en libraire est finalement pour demain. Celle en bibliothèque plus tard… Je vais peut-être craquer en fait, un livre en plus après tout… Et comme apparemment « me connaissant il me le faut »… Raaah.

    1. En tout cas, ton billet me le fait remonter dans la dite-PAL. Tout le monde me le présentait comme un truc difficile à lire, etc, là, tout de suite, avec ce billet, ça donne plus envie ! 🙂

      1. J’allais dire : « je suis heureux de donner envie aux gens de façon aussi naturelle », mais du coup ça sonne lubrique.
        En tout cas, heureux que mes vilebesées (ou billevesées ?) fonctionnent sur toi 😀 !

  2. « Contrairement aux préjugés et aux rumeurs, la lecture n’en est pas si désagréable que ça, bien au contraire. » – Bon honnêtement, et avec de nombreux retours à l’appui, le Silmarillion c’est « ça passe ou ça casse » ! Je ne vais pas répéter ce que tu as tout de même dit sur la manière dont se présente le livre, etc. Oui, le nouveau lecteur rassemble les morceaux, construit sa frise chronologique, et ça c’est cool. Si bien sûr il n’a pas tenté de se pendre trois fois en rencontrant autant de personnage et de nom barbares (entendez : « elfique »), car à côté le Seigneur des Anneaux c’est de la rigolade. Oui c’est vrai tous ne sont pas aussi importants mais je pense que je ne suis pas la seule frustrée de relire sans cesse les mêmes passages en ne se souvenant jamais des liens de parenté entre les différents Noldor et consorts. Un livre à tester, pour les aficionados de Tolkien ? Bien sûr. Un livre à conseiller à tous ? Ce n’est pas du tout mon avis. Et la prochaine fois (7e lecture pour moi je crois) je te jure que je vais chercher les références rôlistes et autres, parce que là je ne vois pas du tout en quoi le Silmarillion en contient particulièrement !… 😀 Surtout quand tu comptes qu’il a été publié après 1973, après donc (ou tout juste en même temps que) la création des tout premiers jeux de rôles. J’aurais plutôt pensé que la plupart des références retrouvées dans le JDR viennent du Seigneur des Anneaux et des autres romans de fantasy publiés à l’époque.
    La mythologie, par contre, ok ; en fait lire ce bouquin m’a conduite à l’Edda et au Kalevala (lectures également assez spéciales que je ne conseillerais pas à n’importe qui mais que je suis quand même contente d’avoir lus).
    Mais bon, ça reste quand même un sacré bouquin. Ou un bouquin sacré.

    1. Un sacré bouquin sacré.

      En fait, pour les références rôlistes, le Silmarillion n’est qu’un agglomérat de tous les éléments de l’univers de Tolkien qui ont été cristallisés auparavant dans le SDA ou dans Bilbo ou d’autres.

      En soi, il parait après, mais recouvre des éléments déjà présents pour les présenter de façon concrète. Mais il est la B.A.S.E.

      Pour la difficulté de lecture, ça ne sert à rien de savoir exactement qui est parent de qui. C’est pas ça qui compte. Comme ça ne sert à rien de savoir pour un historien des rangées de dates. Ce qui compte c’est de comprendre les grands mouvements. Ex : ce qui est utile en France ce n’est pas de connaître les dates de la Guerre d’Algérie, mais plutôt d’avoir compris ce qu’il s’y est passé afin de comprendre aujourd’hui les tensions communautaires très importantes. Idem avec le Silmarillion.

      Et puis bordel, ces contes sont magnifiques !

  3. Concernant les noms propres, il est exact que ce n’est pas forcément évident à la première lecture. Ni même à la septième, comme en témoigne ce billet, où la légende de l’illustration mériterait d’être quelque peu revue : le Seigneur des Mers s’appelle en effet Ulmo (pas **Ulmö) et il s’adresse à Tuor, non pas à son cousin Túrin. Si ce moment apparaît effectivement dans _le Silmarillion_, il est en revanche absent (et pour cause) des _Enfants de Húrin_.

    Ces détails mis à part, c’est une excellente idée de parler de ce livre, qui mériterait amplement d’être plus connu. Toutefois, pour ceux qui ont apprécié _le Seigneur des Anneaux_, il est sans doute plus simple de poursuivre avec _les Enfants de Húrin_, qui est écrit dans un style similaire, avant de passer au _Silmarillion_, dont les conventions littéraires sont très éloignées du roman classique.

    1. Tout à fait, pour le lien de style avec ‘Les Enfants de Húrin’. Le but étant ici simplement de proposer des raisons qui fassent qu’on puisse s’y lancer sans trop d’anxiété (plus ou moins réussi pour le coup ^^).

      Merci pour les corrections, j’ai tendance à mélanger les noms de certains personnages, même après autant de lectures… Voilà qui est rectifié.
      Merci également pour votre participation au débat. A bientôt je l’espère !

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