Edito 6.15 / SoFee L. Grey

Fées et Temps Modernes

(ou ce que l’on a fait des fées dans la culture moderne)

Les fées. Quand on entend ces deux mots, il y a statistiquement peu de chances de penser à autre chose qu’à ces jolies créatures ailées agitant leurs baguettes magiques à tout bout de champ pour faire pleuvoir une rincée de paillettes, ou un [ndlf : sense ofwonderful arc-en-ciel qui se reflète jusque dans les yeux des mômes. Croyez que beaucoup de temps et beaucoup d’interprétations sont passés par là, depuis les Dames des mythes et les folklores anciens jusqu’aux lolitas et petites demoiselles de notre société disneyenne.

Or, si les fées des temps modernes sont tout à la fois jouets et héroïnes en 3D, elles ont bel et bien une parenté indéniable avec les sauvages et excentriques créatures que craignaient ou adoraient nos arrière-arrière-arrière grands-parents, une histoire similaire à la nôtre, en quelque sorte, depuis leurs premières apparitions.

Alors que sont – à défaut de qui sont – les fées ?

La terre d'Ecosse, mère des fées. Une image pour plonger dans un sujet magique.

La terre d’Ecosse, mère des fées. Une image pour plonger dans un sujet magique.

De quelque culture, de quelque coin du globe que vous soyez, la formule est simple : prenez un peu de végétal, un peu d’animal, prenez de la folie et de la passion, prenez du désir charnel et de l’appétit féroce, prenez beaucoup de magie – la pure, la naturelle, celle qui se cristallise dans le feu et dans les ondes vertes des marais, pas celle artificielle qu’on vous vend aujourd’hui, formatée, lyophilisée, sans saveur sans odeur et sans étincelle – prenez l’essence même des relations humaines avec la nature jamais maîtrisée ni apprivoisée, pétrissez les chairs appétissantes et pétrissez les désirs inavouables… Et regardez naître celles avec qui nos ancêtres cohabitaient, craignant parfois même de les nommer.

Car les fées, fata, faeries, sont des créatures apparentées à la Nature, aux éléments, aux émotions humaines, aux passages obligés de la vie – naissance, adolescence, sexualité, deuil, etc. Elles sont, au mieux, joueuses et espiègles, au pire, cruelles et affamées ; loin de se conformer aux nôtres, leurs us, leurs lois, leur morale balayent l’ensemble du spectre de nos propres vices.

Grotesque ou franchement inquiétants, leur comportement et leurs habitudes nous sont étrangers – pour ne pas dire répréhensibles : de nombreuses œuvres contemporaines mettent en avant le caractère entier et impitoyable des fées. Deux exemples en littérature et en cinéma (choix personnels échangeables à volonté avec les vôtres) : dans Le Cycle de Lyonesse de Jack Vance, la petite Madouc est abandonnée par sa fée de mère à sa naissance et échangée contre un enfant humain, le prince Dhrun, parce que, honnêtement, un enfant fée, c’est bruyant, c’est indiscipliné, c’est sauvage, tandis qu’un petit d’homme, c’est mignon, ça gazouille, ça sourit et ça mord pas (trop). Dans l’hypnotique Labyrinthe de Pan de Guillermo del Toro, Ofelia, qui telle sa mythique homonyme se laisse emporter par l’eau de ses angoissants fantasmes, est une jeune fille confrontée simultanément à la cruauté des hommes et à l’étrangeté dangereuse des créatures féériques peuplant la forêt, la nuit, les plantes et les objets. Quand l’enfant voit et entend battre le cœur du merveilleux, c’est au rythme des assassinats de son beau-père, et quand le spectateur découvre le visage effrayant et fascinant du fantastique c’est juste après avoir subi une scène de torture et de mise à mort : nous touchons sans doute du doigt cet instant furtif où les murmures des fées nous rappellent à quel point nous avons en partie forgé de nos peurs et de nos horreurs le monde dont elles sont les reines…

Pan, Ophélia. Vue contemporaine de la féérie.

Pan, Ofélia. Vue contemporaine de la féérie.

Car voilà comment surgissent ces créatures des limbes de notre Histoire, voilà comment s’inventent les fées des contes et des légendes. Voix du merveilleux, mais également de tant d’histoires cruelles et anxiogènes, incarnations de tant de mises en garde contre les prédateurs les plus humains qui soient, les fées ne symbolisent-elles pas aussi des dangers dont les noms et les visages sont à peine déformés, masques consensuels posés sur la perfide nature humaine de nos propres parents, de nos semblables ?

Les fées ne seraient-elles pas les avatars des perversions les plus humaines qui soient ?

Historiquement, en France, la matière de Bretagne donne naissance la première à ces belles Dames venues d’un autre monde, dont on franchit parfois les frontières sans même s’en rendre compte. Marie de France et Chrétien de Troyes puisent alors dans le bestiaire légendaire pour bâtir la trame à l’ambiance féérique de leurs œuvres courtoises, et le succès – encore bien réel – de leurs écrits ancre durablement les fées dans le folklore et la culture « française ».

Cet engouement littéraire pour les gracieuses Dames s’effiloche et disparaît quasiment à la Renaissance, pour revenir sur le devant de la scène avec Shakespeare et son Songe d’une nuit d’été. Obéron et Titania incarnent alors la majesté et la puissance des fées, appartenant au monde des songes et des fantasmes, possédant des pouvoirs oniriques et fantastiques, mais dont les rôles sont pourtant considérablement modifiés, voir affadis : de sauvages et dangereuses, les fées se font au mieux espiègles et excentriques, et au pire miment les caractères humains. Le lien originel avec la Nature continue de se perdre dans les contes de fées des dix-septième et dix-huitième siècles : la fée se fige dans une figure fantastique archétypale, fée carabosse, fée marraine, troquant son caractère impitoyable contre une quasi servilité, plus proche d’une figure idéalisée de la femme et de la mère que de la créature onirique.

C’est au dix-neuvième siècle, que, entre autre, le « celtic revival », le romantisme, le goût pour la collecte des mythes et folklores traditionnels, etc., reprennent le travail de Shakespeare et de ses contemporains pour remettre à l’ordre du jour la fascination qu’exercent les fées et le bestiaire de la fantasy sur les artistes et, à travers eux, sur la culture populaire.

En Grande-Bretagne, la reine Victoria est surnommée la « reine des fées », et Walter Scott, Lewis Carroll, Richard Doyle, William Blake, Richard Dadd et beaucoup d’autres se plongent dans l’univers féérique pour en tirer une matière jusqu’alors délaissée, et créer des œuvres où le fantasme, l’onirique et l’étrange se disputent la primauté. La fée redevient excentrique, espiègle, le petit peuple retrouve ses qualités primesautières et incontrôlables ; un certain rejet du monde moderne, conformiste et bourré d’interdits moraux, et des sciences, du progrès, du nouveau rythme de vie qu’ils imposent, participe à raviver l’intérêt et la fascination pour la fantaisie. On s’évade, on échappe à la vie réelle, et cela n’a rien d’un passe-temps enfantin : Sir Arthur Conan Doyle se prend ainsi de passion pour l’histoire des fées de Cottingley, et en produit des articles de presse et un livre « The coming of the fairies » (ce travail de redécouverte de sagas et du folklore passe aussi par les pays scandinaves avec Hans Christian Andersen et sa petite sirène, par exemple).

La photographie qui a enflammé le père de Sherlock Holmes. Est-ce un trucage ou est-ce réel ?

La photographie qui a enflammé le père de Sherlock Holmes. Est-ce un trucage ou est-ce réel ?

Arrive le vingtième siècle et sa soif de merveilleux, dans un monde souvent en guerre et où les illusions confrontées à l’Histoire ne font pas long feu. De nombreux artistes ou érudits édifient alors leurs œuvres à partir de l’héritage fantaisie et fantastique des siècles précédents, faisant du vingt-et-unième le « siècle des fées », selon Michel le Bris : de Walt Disney à Tolkien, une production éminemment riche et un intérêt populaire fort pour le rêve et l’imaginaire pousse aux nues ce que l’on nomme le « Sense of Wonder », le sens du merveilleux. Comme la culture, l’ « entertainment » est désormais mondial, et aux USA l’heroic fantasy récupère le bestiaire et le folklore des cultures étrangères pour bâtir des univers où les fées, les dragons, les lutins, le petit peuple se font le fer-de-lance d’une contre-culture mise sur le devant de la scène – et, depuis, toujours pas délogée de là.

Ainsi les fées sont fascinantes et tentatrices, Dames ou créatures toutes puissantes, personnification des éléments naturels et des événements lié à l’existence, Tempestaires ou génies du foyer, force en mouvement ou figée à jamais dans une chair d’écorce, prédatrice, protectrices, femmes, insectes, animales, évanescentes ou mortelles.

Enfin, elles étaient.

En ce vingt-et-unième siècle, les fées sauvages et imprévisibles de nos contes ne se seraient-elles pas délitées dans le confort de nos sociétés modernes ?

Que reste-t-il aujourd’hui de cette matière fantaisiste et fantasmatique ? Qu’a-t-on fait à notre tour des fées et du bestiaire folklorique ?

Que sait-on encore des fées ? De leurs appétits, de leurs ambitions, de leurs mœurs ?

Je ne parle pas ici de croire en les fées – on peut ne pas croire et se tenir un peu au courant quand même – je parle de savoir ce que sont les fées, ce qu’elles représentent désormais dans une perspective animiste qui n’importe plus à plupart d’entre nous, mais qui pourtant fut celle de nos ancêtres.

Et, à l’image des vampires, loups garous, sorcières et autres wendigos, les fées du vingt-et-unième siècle ont autant de caractéristiques et d’attributs qu’il y a de personnes pour se les représenter.

Certaines sont indémodables, voir figée dans un archétype et un passé historique ; pour les plus familières, la Dame du Lac, Morgane ou Viviane de la geste arthurienne, et Mélusine, femme serpent fondatrice de la lignée des comtes de Lusignan. De même pour la sirène des rives du Danemark et la banshie anonyme des landes irlandaises – dont on ne saurait assurer qu’elle est plus fée que spectre –, ou pour les djinns et les larves mortifères aux mille visages et identités qui se mêlent aux Dieux des peuples du Moyen-Orient…

A ces fées rémanentes, à ces légendes dont le temps n’a pas effacé les noms et les actes, se joignent, selon les régions et les pays, streghes squelettiques aux ailes chiroptères, gianes dans leurs grottes, ielles dans les champs à l’affut de leur proie nouvellement née, vilas noyées qui patientent après l’homme aux côtés de leurs sœurs groac’h, nixes et necker des marais, Mari-morgans en leurs palais engloutis, selkies batifolant sur les plages du nord, et tant d’autres encore, dans les cieux et sous la terre, dans les végétaux et dans les ruines, dans l’entourage de l’homme ou dans les éléments naturels.

Ces noms ne vous disent rien ? A votre décharge, avouons que notre environnement social et culturel porte assez peu à aller fouiner dans les textes et les légendes pour y apprendre le nom et la nature des êtres féériques. D’abord parce que, désavouant massivement le surnaturel, la plupart ne croit plus depuis belle lurette au petit peuple, personnification d’une Nature le plus souvent méconnue elle aussi. Ces choses-là ne sont parfois même plus bonnes pour les gamins biberonnés aux produits technologiques et aux objets de consommation de masse dernier cri – c’est dire si la culture populaire se contrefout le plus souvent des fées tant qu’elles n’abordent pas l’estampille Disney ou toute marque de fabrique approchant.

Au mieux, les êtres féériques dont l’histoire ou la légende passe par notre région d’origine ou se dessine dans les produits artistiques, ludiques et culturels que nous consommons – jeux vidéo, jeux de rôles, films, bande-dessinées, romans, etc. – nous sont suffisamment familières pour que leur nom ou leur nature nous évoquent autre chose que petites ailes de libellule et mini-jupe en feuille de chêne. Au pire, nous avons oublié nombre de ces créatures pour la bonne raison qu’entre foutre la trouille aux gamins avec des histoires de dévoreuses de mioches et de ravissantes amantes affamées, et leur laisser des paillettes dans les yeux en leur donnant à ingurgiter de l’aseptisé formaté, l’habitude et la force des choses ont fait le ménage dans nos contes et légendes – ou plutôt dans la manière de les raconter.

Te Queen of the Bad Faeries, de Brian Froud.

The Queen of the Bad Faeries, de Brian Froud.

Mais si les plus serviables et douées d’empathie pullulent sur nos écrans et se font tatouer par centaines parce que c’est kawaï d’avoir une fée toute mignonne au creux des reins, les Dames de nos folklores et de nos mythes ne se laissent pour autant pas ensevelir sans rien faire dans les marécages de notre mémoire défaillante ou dans le presse-purée géant de ces temps difficiles de révolutions technologiques, prompts à les reléguer à leur rang de racontars de bonnes femmes.

Cette culture-là est si importante que l’on en écrit encore des encyclopédies : des elficologues et artistes comme Pierre Dubois et Edouard Brasey pour la France ou Brian Froud pour la Grande-Bretagne travaillent d’arrache-pied à maintenir au flot de notre connaissance les si innombrables sources et légendes qui retracent l’existence et la nature des fées. Et combien d’artistes, illustrateurs, auteurs, cinéastes et poètes encore, qui puisent dans la matière infinie des légendes et de nos peurs les plus anciennes pour y solliciter leur muse ?

Il faudrait réécrire une encyclopédie sur le sujet – et d’autres l’ont fait bien mieux que moi.

Mais si vous aimez la matière de Bretagne ou si vous aimez le Seigneur des Anneaux [ndlf : ou même l’excelle Jonathan Strange & Mr. Norrell dont la série cartonne actuellement], si vous aimez vous perdre dans la nature ou dans l’acte de création artistique, je peux encore vous conseiller de vous intéresser d’un peu plus près aux fées et à leur caractère entier et sauvage.

Il vous faudra peut-être marcher à reculons autour d’un cercle dans une clairière, il vous faudra peut-être renoncer à neuf années de votre vie pour quelques minutes de magie, il vous faudra peut-être résister à l’extraordinaire et mortelle attraction que ces Dames savent toujours exercer sur l’Homme… Mais, que Diable ! le jeu n’en vaut-il pas la chandelle ?

SoFee L. Grey
22 juin 2015

De la mêle auteure : CréatureSense of Wonder.
Autres considérations sur l’écriture : Edito d’Estelle Faye sur l’espoir en SFEdito de F. Wittner sur Méchants et Héros.
A lire sur le conte (avec des fées ?) : Les contes de Beedle le BardeRoverandom, Porcelaine,
Le Petit Chaperon Rouge dans la tradition orale.

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18 commentaires

  1. Très bel article. C’est vrai que l’image véhiculé par les fées est tantôt toute belle et lisse ou alors très sombre et cruelle. Personnellement je trouve la seconde vision plutôt intéressante. Dans ce style j’avais beaucoup aimé la vision qu’en donnait Sophie Jomain dans sa saga des Anges. Le volume IV mettant en scène la cruauté des fées. Ça m’a donné envie de relire Mélusine, j’adore ce roman 😀 et j’ai hâte de me plonger dans le roman de Sofee 🙂 Très bel article , comme toujours bien documenté ^^

    1. Haha ! Merci Miss Pendergast ! C’est cool de ta part de prendre le temps de donner ton avis. Et ça fera plaisir à l’auteure !
      Il y a maintes choses à dire/lire sur les fées, et malheureusement trop peu de façons de le faire.

  2. J’ai envie de relire Lord and Ladies de Sir Pratchett.
    Je ne connais pas les gianes et les ielles ne me sont connues que de nom, mais j’ai tant dévoré de contes, légendes et histoires de folklore que j’ai de quoi peupler pas mal d’environnements !
    Très bel article sur un sujet très vaste mais bien concentré ici.
    Je suis en train de me dire que la Fantasy a récupéré ces créatures, qui appartenaient avant plutôt au domaine fantastique. De ce fait, et aussi parce que le livre est énorme et régulièrement lu de manières très différentes par les lecteurs variés, je ne conseillerai pas forcément de contes de fées à un fan du SdA (il n’aura pas forcément repéré les figures féériques dedans, ni ne les aura appréciées 😉 (j’ai le droit de dire « surtout s’il ou elle a vu les films ? » :p)). Par contre, s’il a lu et aimé Faërie, ou bien Smith de Grand Wotton Major, du même auteur…
    Je conseille aussi Machen (« le Peuple Blanc » ?).

    1. Merci pour tes conseils Mathilde ! J’adore les fées et le Seigneur des Anneaux. Et surtout, je l’avoue, parce que Bombadil le curieux et Baie d’Or la sage en parlent si bien ! Et les Meowlips !
      Bon, j’arrête, je fonds, comme un pain de beurre au soleil !

  3. Merci pour vos commentaires 🙂 J’adore parler des fées et lire à leur sujet, il y a toujours à apprendre ! Bon, le sujet est pire que vaste, et c’est vrai que j’ai un peu forcé sur l’aspect sombre des fées, alors que certaines d’entre elles sont juste douces et inoffensives, mais quand on n’est pas très au fait de leur nature et de leur caractère, autant expliquer de suite que les créatures féériques ne sont pas nos meilleures amies, ça évitera les malentendus 🙂 Pour les créatures citées dans l’article, je fais un lexique rapide à la fin de Sense of Wonder, et vous trouverez toutes les infos dans les encyclopédies type celle de Pierre Dubois 🙂 Merci encore !

  4. Très chouette édito, ça fait plaisir de voir que non, les fées sauvages du folklore ne sont pas près d’être reléguées dans l’oubli !
    ça m’a rappelé les articles de feu Fées Divers, et voir cités Pierre Dubois et Brian Froud (mes chouchous en matière de féerie), quel bonheur !
    Merci, merci, merci pour ce bel édito qui fait bien chaud au coeur d’une passionnée de contes et de féerie ! (d’ailleurs, il va être temps que je me plonge dans certains ouvrages qui traînent sur mes étagères, car plusieurs noms cités ne me disaient rien, j’ai encore beaucoup à explorer dans ce domaine et c’est tant mieux !)

    1. Ooooh merci beaucoup ^^ je baigne dans la féérie depuis toute gamine, et quand Vil Faquin m’a proposé d’écrire un article je ne me suis pas posé la question longtemps : il fallait que ça traite des fées 😀 ! Je suis heureuse que le petit bout de tout ce que l’on pourrait dire sur les fées vous ai plu 🙂

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