Le Treizième Guerrier

Le Treizième Guerrier (The Thirteenth Warrior)

John Mc. Tiernan

 Par où commencer ? L’histoire ainsi que la critique de ce film sont particulièrement complexes. Le 13eme Guerrier, réalisé par John McTiernan, et produit par Michael Crichton, auteur du livre d’origine – Le Royaume de Rothgar, est sorti en 1999. Il est adapté du livre  Les mangeurs de morts  (sous-titré Le Royaume de Rothgar) publié en 1975 et écrit par Michael Crichton, on vient de le dire, suivez un peu.

Antonio Banderas figure en haut de l’affiche de ce blockbuster qui, malgré un budget de 80 millions de dollars, coûta le double et ne rapporta que des clopinettes. Beaucoup de choses ont été dites, écrites sur ce film aujourd’hui culte et sujet aux fantasmes les plus fous, mais peu d’avis concordent. On parle souvent de chef d’œuvre perdu, de navet surestimé, de symbole dans la lutte des artistes créatifs contre les producteurs n’aimant que l’argent. Le 13éme guerrier et avant tout la quintessence du cinéma de McTiernan, dans ses qualités, ses obsessions et ses défauts.  Je vais tenter d’ajuter mon petit caillou sur la montagne de commentaires et de débats que ce film a engendré.

Les Treizièmes Guerriers, père, fils et petit fils. Et toujours la même tête de con.

Les Treizièmes Guerriers, père, fils et petit fils. Et toujours la même tête de con.

La Bande à Crichton

Mais pourquoi ne pas commencer par l’histoire du film ? Au Xème siècle, un émissaire arabe (Ibn Fadlân) est exilé de Bagdad pour avoir flirté avec la femme qu’il ne fallait pas. Quittant ce cœur de la civilisation qu’est le Moyen-Orient d’époque, il devient ambassadeur chez les Bulgares (qui vivaient à l’époque beaucoup plus au nord que l’actuelle Bulgarie). Au cours du voyage, lui et sa bande rencontrent des Normands, plus connus dans nos contrées sous le nom de Vikings, bim amalgame.

Se retrouvant au mauvais moment au mauvais endroit (tel Bruce Willis dans tous les Die Hard), il se fait embaucher de force par les vikings – on va les appeler comme ça hein – pour partir avec une troupe de guerriers combattre un mal et sauver un royaume scandinave. En effet, les royaumes du Nord sont confrontés aux attaques de démons venant de la brume et mangeant les honnêtes gens, brûlant leurs domiciles et tout un tas d’horribles choses. Une prophétie (mixée à des superstitions vikings) impose qu’une bande de douze guerriers, dont le jeune roi Buliwyf, interprété par Vladimir Kulich (aperçu dans la série Vikings et dans The Equalizer, le film cette fois-ci), ainsi qu’un étranger, parte au plus vite afin de régler ce problème. Notre héros est donc rattaché à cette quête sans qu’on lui demande son avis. Cependant en homme civilisé, monothéiste et raisonnable qu’il est, il va accepter son rôle et va étudier au cours du voyage les Normands, leurs coutumes, leur mode de vie, leur croyances…

A leur arrivée, les treize guerriers vont trouver un royaume en proie à la dévastation.  Les créatures surnaturelles, appelés les Wendols, entre autres, viennent avec la brume, semant la mort et semblent vouloir détruire le royaume (les fans de Game of Thrones pourront reconnaître certains éléments communs avec leur série et livres favoris). Il n’y a plus que des vieillards, des femmes et des enfants. Afin de mettre fin à ce péril, nos héros vont devoir découvrir la véritable nature de ces monstres, créatures à mi chemin entre ours et homme – et re-mi-ours derrière, les traquer et les affronter.  Les batailles s’enchainent, du palais du vieux roi aux caves des monstres. L’aventure s’achève par un duel sanglant entre le chef des créatures et Buliwyf.

Si le film se veut être un film d’aventure épique (entre autres choses), le roman est bien plus proche du reportage de guerre. L’auteur du livre d’origine est le célébrissime Michal Crichton. C’est un spécialiste des thrillers, souvent scientifiques, au succès mondial. Il est très tôt rentré dans le monde du cinéma mais les années 90 ont été sa période de gloire. Suite au succès de Jurassic Park, adapté d’un de ses best sellers, il produit la série Urgence qui a fait le carton qu’on connait aujourd’hui, ainsi qu’un paquet d’adaptation de ses livres, comme Sphère ou Harcèlement. Il est connu pour avoir été un producteur assez tyrannique. Avec Les Mangeurs de morts, il s’inspire d’un journal écrit par un émissaire Arabe du Xeme siècle qui  a été l’un des premiers à lasser un témoignage a propos des vikings. Il imagine une histoire « réaliste », s’inspirant de moult théories scientifiques et se documentant énormément. Il cherche une histoire qui aurait pu être à l’origine du mythe de Beowulf. Crichton tente toujours de donner une impression de réalisme dans ses livres, et  Les Mangeurs de morts  en est un parfait exemple. Le personnage d’Ibn Fadlân est l’incarnation du spectateur. Il est le civilisé, monothéiste qui croit plus en la science qu’en la magie et qui est habitué à une vie confortable dans une grande ville où l’on ne risque pas sa vie tous les jours.

Il est très fort ce Crichton. Il en a fait des trucs bien. Et on remarque que le cornu, ici, bah il ressemble plus à un clodo de la dernière foire à la saucisse qu'à un monstre viking.

Il est très fort ce Crichton. Il en a fait des trucs biens. Et on remarque que le cornu, ici, bah il ressemble plus à un clodo de la dernière foire à la saucisse qu’à un monstre viking.

La bande à McTiernan

Le film est réalisé par un des grands noms du cinéma d’action, à savoir John McTiernan. Il a connu la gloire grâce au succès de Predatorfilm culte s’il en eut et s’il en fut avec notre Arnold Schwarzenegger national, après avoir fait un premier film remarqué avec Nomads. Il a révolutionné deux fois le cinéma d’action avec son travail sur la saga Die Hard en signânt Piège de Cristal puis le troisième opus Une Journée en enfer, et en profita pour exploser le box office. Mais il n’a pas toujours connu la réussite, avec le semi échec de son thriller sous marin A la poursuite d’octobre rouge, adapté du roman Octobre Rouge de Tom Clancy (oui le mec de Splinter Cell voilà), et le flop astronomique du très maladroit mais très sympathique Last Action Hero. Le Treizième Guerrier fut l’échec de trop dans sa carrière. Il enchainât avec  deux remakes, l’un fort réussi avec Thomas Crown et la monstruosité qu’a été son Rollerball. Après un dernier film passé inaperçu (Basic qui pourrait être un épisode de NCIS s’il n’était pas un film inintéressant). Il a fait un séjour en prison pour avoir mis sur écoute ses producteurs durant le tournage de Rollerball, et jouit maintenant d’un certain culte. Il est devenu le symbole de l’artiste fauché dévoré par les producteurs ne rêvant que d’argent. Comme quoi on n’a pas toujours ce qu’on mérite. Ou si, en fait. J’sais plus.

L’association de Crichton et de McTiernan pour un projet d’envergure comme Le 13éme Guerrier aurait dû donner un film impressionnant et un succès mondial, mais les deux créateurs s’affrontèrent. La production du film fut chaotique. Le titre  Les Mangeurs de Morts  fut changé car jugé trop violent, le film qui devait être un film d’aventure pour adolescents fut donc d’abord jugé trop violent puis trop peu violent quand il fut décidé que ce serait un film d’aventure pour adulte. Bref. Crichton retourna des scènes sans McTiernan, la fin fut changée plusieurs fois, des plans foireux rajoutés pour le « clarifier ». La musique fut elle aussi changée au dernier moment. Finalement, après avoir doublé le budget et retardé la sortie prévue de plusieurs mois, le film n’eut droit a aucune publicité et reste l’un des échecs commerciaux les plus retentissants de ces dernièress décennies. Il a connu un certain succès dans un seul pays, à savoir la France, pays des beaufs et des dimanches matins tuning sur le parking d’Auchan. Une certaine légende entoure maintenant le film, mais nous n’allons pas juger de ce qu’aurait dû être le film, mais de ce qu’il est. La production houleuse est peut être à l’origine des défauts du film, mais ils n’en restent pas moins des défauts. ET PUIS ALORS DES BEAUX. De plus McTiernan a toujours déclaré que le film était a peu près ce qu’il avait prévu. Si quelqu’un s’y retrouve, qu’il me fasse signe, moi je lâche l’affaire.

J’ai découvert Le 13éme Guerrier très jeune, suite à l’achat de la VHS dans une brocante – vous la sentez la nostalgie là ? La jaquette promettait un film d’aventure épique avec des combats de vikings contre des monstres ou assimilés, avec Antonio – zorro – Banderas, quoi de mieux pour faire rêver le gamin que j’étais. De plus on pouvait lire  « par l’auteur de Jurassic Park  et le réalisateur de piège de cristal« , et même si à cet âge l’épisode de Die Hard ne me disait rien, si c’était du fait de l’auteur de JP, ça ne pouvait qu’être génial.  La douche froide s’ensuivit, le film est plus proche du film d’horreur, les combats sont filmés dans le noir et sont courts, l’intrigue est confuse ou étrangement construite, les monstres promis sont des sortes d’hommes des cavernes avec des peaux d’ours. De nombreuses questions restent sans réponse, Antonio Banderas n’est même pas le vrai héros du film… *sigh*

Ma grande frustration me fit ranger cette VHS au placard mais les images du film sont restées dans mon cerveau. Si bien qu’après avoir découvert John McTiernan et son travail, je revis ce film dans sa nouvelle édition blu ray (exclusive à la France soit dite en passant, vous savez le pays du PMU et du Club Med). De plus, au fil des années, j’avais, si vous vous souvenez bien, découvert qu’un véritable culte existait autour du film, et de John McTiernan… C’est pourquoi quand j’ai revu le film, j’ai été très surpris. Certes je revoyais les défauts qui m’avaient frustrés quand j’étais gnome [note de la Faquinade : ou droïde], mais j’ai aussi découvert aussi un film unique, étrangement hypnotique malgré le manque de ligne directrice, et les incohérences en tout genre (artistiques, scénaristiques, …). Je reviens ainsi a mon début, par où commencer cette analyse ? Et après tout ce blabla, avouez que c’est frustrant.

 McTiernan ne vise pas le réalisme avec Le 13eme Guerrier mais l’authenticité, puisqu’il n’a pas pour but de montrer le monde des Vikings comme le faisait le livre de Crichton. McTiernan est un grand fan du cinéma classique comme le faisait John Ford ou David Lean (Lawrence d’Arabie…) et, comme eux, il ne voulait pas raconter l’Histoire, mais des histoires qui font comprendre qui étaient les gens à une certaine époque. Les westerns de John Ford ne sont pas des cours d’histoires (loin de là) mais tentent de raconter les histoires des gens qui vivaient durant la conquête de l’Ouest [ndlf : recherchons éperdument la conscience historique du Vil Faquin], leurs problèmes, leurs peurs, leurs aspirations… McTiernan va prendre la même orientation pour Le 13éme Guerrier. Cette recherche est présente dans toute la filmographie de McTiernan

Ce qui saute aux yeux en voyant L13G – oui, à force ça devient chiant – est son impression de réel,  Il fait « vrai ».  Le film a presque été entièrement tourné dans des décors réels au Canada, et nous offre des paysages où les constructions humaines sont minuscules au milieu d’immenses forêts de pins. Ces décors se rapprochent de ce qu’était l’Europe au Xème siècle, à savoir des forêts et des marais, [ndlf : enfin de celle fantasmée par les créateurs].  Cette approche minimaliste, dans laquelle la nature occupe le plus d’espace rend tout de suite le film plus âpre, plus fort visuellement. On peut la rapprocher a ce qu’ont essayé de faire les films Braveheart ou Le roi Arthur (la version de 2004) ou encore le très bon et très français Michael Kohlaas.  Le tournage en décors réels, dans des conditions réels (sous la pluie, la neige…) nous fait ressentir la petitesse des humains dans cette immense nature. On se rapproche d’un monde où les légendes autour des forêts, de la brume,  ont une raison d’être. Et d’être craintes.

John McTiernan et son équipe travaillent également pour obtenir une authenticité ; il choisit  des acteurs scandinaves faisant tous une bonne tête de plus qu’Antonio Banderas, il fait construire ses décor par des Amérindiens vivants dans le coin et sachant travailler les pins locaux mieux que personne. D’authentiques vrais bateaux Vikings sont construits et fonctionnent très bien [ndlf : enfin ils flottent quoi]. Ils vont même jusqu’à chercher un chien assez incroyable, semblant sortir de quelque tapisserie ou tableau historique (une lévrier Irlandais mal coiffée et sale selon plusieurs sources). Ce goût pour les décors réels et authentiques se retrouve dans toute la carrière de McTiernan. Car après avoir tourné dans les forêts les plus hostiles avec Predator et Medicine Man, il a tourné dans la jungle New Yorkaise Une journée en enfer. Il a tout fait le bougre.

Elle est belle ma VHS hein ? ET BAH ELLE EST PAS A TOI ! NAH !

Elle est belle ma VHS hein ? ET BAH ELLE EST PAS A TOI ! NAH !

La bande qui saute

Mais les décors, costumes et comédiens ne sont pas les  seuls moyens utilisés par McTiernan pour rapprocher le spectateur de ses personnages et de son histoire. Afin de rester focalisé sur les héros, McTiernan ne va jamais s’éloigner de ceux-ci, ne laissera jamais place à l’émerveillement. En effet, il filme ses incroyables décors comme s’ils étaient normaux, nous n’avons presque aucun plan nous montrant de loin le village des vikings. Cette approche minimaliste est complétée par une façon de filmer et mettre en scène son histoire très différente des fresques épiques « classiques ». La caméra mobile est favorisée, que ce soit sur l’épaule d’un malheureux cadreur ou un steadycam. La séquence lors de laquelle on suit Antonio Banderas, courant dans les fortifications vikings avant un assaut et où l’on voit tous les figurants grimpant sur les remparts est inoubliable pour moi. McTiernan n’a jamais vraiment filmé ses décors (que ce soit la forêt de Predator, l’immeuble de Piège de Cristal, ou le musée d’art de Thomas Crown), cependant, il filme ses personnages évoluant dans les décors. McTiernan se focalise sur ses personnages, en gros plans ou plans moyens et le décor est souvent en flou derrière. Ainsi le spectateur n’est jamais détaché des héros qu’il doit suivre et comprendre.

La lumière joue aussi un rôle important dans ce film. McTiernan et son chef opérateur ont choisi un éclairage minimaliste. Il n’y a presque pas d’éclairage artificiel, les lumières naturelles sont favorisées. Si les scènes de jour ont un cachet formidable grâce à ce choix, c’est dans les scènes nocturnes qu’on en prend plein la vue. L’action et les personnages ne sont filmés qu’avec les torches comme sources de lumière. Nous ne voyons souvent rien que des reflets, des morceaux du visage des comédiens, la plupart de l’image est dans un noir profond.  Nous avons ainsi des images vraiment magnifiques, contrastées mais encore une fois c’est pour rester au plus proche des personnages que ce choix a été fait, et qu’il est assumé. Si eux ne peuvent pas voir dans l’obscurité, vous non plus. Ceci dit, McTiernan en profite pour esthétiser son film, ce qui pourrait nous éloigner du réalisme à toute épreuve ; nous restons dans quelque chose d’authentique. On peut rapprocher cette volonté de minimaliser l’éclairage pour plus d’authenticité avec le choix de filmer en infrarouge une séquence complète de Rollerball.

Tous les choix de lumières et de cadrage déploient leurs ailes dans ce qui reste une des meilleures scènes de bataille jamais tournée, et l’on voit une foule de cavaliers munis de torches attaquant le palais viking dans une nuit d’un noir d’encre.  La comparer avec l’interminable bataille finale des Deux Tours de Peter Jackson est amusant. L’un utilise un éclairage sublimé par son minimalisme et une caméra mobile pour une scène finalement courte, l’autre utilise des grands plans larges dans une nuit parfaitement éclairée où l’obscurité est juste bleutée et ne pose problème à personnes pour une séquences frisant parfois le cartoonesque – je pense a un petit monsieur barbu sautant dans une armée de tueurs professionnels et s’en sortant indemne ou à un blondinet faisant du surf sur un bouclier, mais on va dire que je médis.

Un élément de L13G qui renvoie directement au travail de McTiernan est le jeu des langues. Le héros, qui représente le spectateur, parle Anglais mais dois communiquer en latin avec les Vikings, qui parlent leur langue, à suppose qu’il n’y en ait qu’une. McTiernan, dans une séquence tout a fait surprenante, fait comprendre qu’Ibn apprend la langue viking en les faisant parler progressivement en anglais. Nous comprenons donc le viking progressivement. Cette fascination pour les langues, et la communication entre gens d’origines différentes, est omniprésente chez McTiernan. Nous trouvons un jeu assez similaire a celui du L13G dans A la poursuite d’Octobre Rouge. La compréhension de l’anglais par la jeune prisonnière de Predator est un élément important de l’intrigue. Les exemples ne s’arrêtent pas là. Mais moi si.

L13G est loin d’être un film parfait – sans dec’ ? Ses défauts sont sans doute imputables à sa production chaotique mais pas que.  Le film souffre d’une incohérence globale d’un point de vue artistique. Il semble vouloir être une grande fresque épique mais avec une approche réaliste. Cependant il grouille d’éléments qui contredisent cela. Prenons par exemple les ennemis des protagonistes, les Wendols. Ils sont présentés comme des êtres insaisissables que personne n’a jamais vus et qui ne laissent aucun survivant. Hors ils sont apparemment des centaines, si ce n’est plus, et vivent a quelques heures des villages vikings. Ils disposent d’une cavalerie immense et vivent dans des grottes à la manière d’hommes préhistoriques. Cela ne tient aucunement la route : jamais personne n’aurait pu témoigner ? Ou alors, ils sont vraiment fortiches.

On pourrait croire que le spectaculaire a été préféré au réalisme, ce qui est contraire à tout le reste du film qui justement favorise le minimalisme. Le rythme extrêmement rapide du film nous rapproche du film d’aventure, tandis que  les batailles, qui sont certes très esthétiques, sont extrêmement courtes et n’ont rien des scènes d’action classique de ce genre de film.  Les incohérences scénaristiques sont aussi nombreuses.  Les solutions viennent les une après les autres aux héros, comme si personne n’avait pensé à leur dire avant (je pense à la vielle femme déclarant qu’il faut faire ceci ou cela pour anéantir les Wendols, pourquoi personne ne lui a demandé avant ? Baltringues). Si au début du film, il n’y a plus que vieillards et femmes, dans certains autres plans, des hommes dans la fleure de l’âge apparaissent sans qu’on sache ni comment ni pourquoi. Ces éléments n’auraient rien de choquant – ou, du moins, presque rien – si le film était un film d’aventure, mais il ne l’est pas, et reste globalement une histoire glaçante d’authenticité, terre à terre.

L13G a été incompris parce qu’il est plusieurs choses à la fois sans être quelque chose finalement. Il se perd dans sa conception. C’est un film qui se contredit lui-même, écartelé entre deux approches. La musique en souffre également dans sa gestion. Les compositions superbes de Jerry Goldsmith accompagnent magistralement certaines séquences mais sont distillées et donc l’impact est plus anecdotique, moins viscéral.

Le traitement des personnages reste aussi difficilement compréhensible. Si Ibn n’est pas vraiment le héros de cette histoire, mais plus un témoin, et qu’il regarde le véritable héros de loin (le roi Buliwyf), c’est lui  le plus travaillé et c’est aussi le seul qui a droit à un arc narratif, et encore un léger. Mais les autres personnages n’ont droit a aucun passé, ni développement. On connait le meilleur ami d’Ibn, c’est un bon vivant parlant le latin… voila. Buliwyf est un fils de chef je  crois. On croise le vieux roi qui est… vieux. Et roi. On aperçoit une reine (princesse ?) qui est là et puis de temps en temps est importante, mais pas toujours. Ibn à une aventure avec une paysanne (esclave, princesse je n’en sais rien) et puis elle disparaît. Ha oui il y a le fils du vieux roi qui est un fourbe lâche [ndlf : son absence de barbe le laissait deviner] et qui complote contre Buliwyf… je crois, mais lui aussi disparaît d’un coup, offrant un embryon de sous-intrigue inachevé et assez malvenu.

Alors en vrac on a Legolas, Fripon, Buliwyf, des Rohirrims, Ibn et Friponne, puis un bateau avec l'oiel d'Antonio Banderas. Un montage à l'image du film. Proche des héros.

Alors en vrac on a Legolas, Fripon, Buliwyf, des Rohirrims, Ibn et Friponne, puis un bateau avec l’oiel d’Antonio Banderas. Un montage à l’image du film. Proche des héros. Mais tout fouillis.

 La bande de cons (13 cons)

Ces défauts sont assez récurant chez McTiernan. Ses films laissent souvent une impression de « pas finis ».  Si les deux opera – oui c’est le pluriel de opus selon le Wikitionnaire – de Die Hard qu’il a réalisés, ainsi que Predator et Thomas Crown, frisent la perfection, le reste de sa filmographie souffre d’un manque de direction fixe. A la poursuite d’Octobre Rouge se perd dans quelque sous-intrigue inutile, Last Action Hero veut trop en montrer, dure bien une demi-heure de trop pour un film pour enfant et gâche son formidable potentiel dans des fioritures agaçantes. Rollerball veut en dire plus que l’original et finalement ne dit rien.

McTiernan est très souvent comparé à James Cameron. Les deux ont eu une carrière effectivement très parallèle jusqu’à la fin des années 90. Il est intéressant de comparer le L13G à Titanic [ndlf : un naufrage ! haha hihi hohoh huhu. Pardon], sortis à quelques années d’intervalles.  Les deux ont voulu transcender leur cinéma et l’emmener plus haut qu’il n’ait jamais été. Quand Cameron choisit une histoire simple, vielle comme le monde (peut être même plus), McTiernan choisit quelque chose de beaucoup plus moderne, annonçant le cinéma des années 2000 dans son traitement (le mythe revu de façon réaliste et sombre). Les deux auront un tournage interminable, une production compliquée et un budget qui explose. Mais Cameron choisit de raconter son histoire classique de façon moderne, en utilisant des effets numériques partout, tandis que McTiernan raconte son histoire au traitement moderne de façon classique, sans effet numérique, ni rien. Titanic est un film classique (au sens noble du terme) mais parfait, magistral (même sa version 3D est magnifique) Le Treizième Guerrier est beaucoup plus imparfait mais peut être plus surprenant et saisissant. Quand l’un parle du naufrage de la technologie (un gros bateau hyper moderne coule), donc de l‘homme face à la nature surdimensionnée, l’autre distille un discours inverse et parle de l’humain qui combat pour survivre dans cette nature impitoyable infestée de démons des anciens temps.  McTiernan et Cameron sont devenus des légendes grâce à ces deux films si opposés et donc, paradoxalement, proches et ont inauguré (plus ou moins) deux grandes tendances qui se mélangeront pour annoncer le cinéma du XXIème siècle.

J’ai dit.

Le Lemming Affranchi.

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11 commentaires

  1. Article très intéressant et documenté, merci.

    Je trouve pas le film si bancal que ça, je l’apprécie même énormément. Justement l’impression de voyager avec ibn au milieu d’un groupe d’inconnus dans une bande dont il ne fait pas partie ajoute de l’originalité au film, on n’essaye pas de creuser tous les personnages, on est le paria qui regarde et essaye de s’intégrer en même temps que le héros.

    Les incohérences dont tu parles sont bel et bien présentes mais ne m’ont jamais gêné, ça apporte un cachet un peu unique au film.

    1. Et tu n’es pas le seul a penser cela, c’est bien pour ça que le film a été si bien reçu en France, étrangement.
      Pour ma part (là c’est Vil qui parle et non le Lemming), je me suis emmerdé au premier visionnage et au bout de deux ou trois j’ai commencé à lui trouver des charmes.
      Après, comme à chaque fois, les films choisis par le Lemming sont des prétextes pour parler d’un contexte cinémato-culturel plus large 🙂

  2. « Les créatures surnaturelles, appelés les Wendols, entre autres, viennent avec la brume, semant la mort et semblent vouloir détruire le royaume (les fans de Game of Thrones pourront reconnaître certains éléments communs avec leur série et livres favoris) » Moui. Enfin, c’est aussi un thème récurrent à beaucoup de folklores, tout simplement. D’ailleurs, en remontant à là ou on arrive encore à dater des choses, dans Beowulf… (De là à dire que « Grendel » et « Wendol » ou « Beowulf » et « Buliwyf » ont une connotation phonique c’est peut-être un peu tiré par les cheveux. Ou pas, d’après les quelques recherches que je viens de faire parce que je me croyais savoir quelque chose sur Crichton avant de voir que ma source devait être mauvaise) Oui, je sais, tous les fans de Fantasy récente ne s’intéressent pas au folklore. Ben ils devraient !
    Je garde un bon souvenir de ce film dans l’ensemble, en particulier pour l’authenticité qui s’en dégage. Malgré les incohérences ou personnages qui semblent faire de la figuration on ne s’y ennuie pas non plus, le rythme est plutôt juste entre les moments d’action et les scènes plus tranquilles mais néanmoins intéressantes.

    1. Comme je dis systématiquement, nous aussi on a beaucoup d’affection pour ce film 🙂

      La référence à GoT était justement pour mettre en lumière les mythes récurrents dans les folklores.

      Fin bref, en tout cas on en garde un super souvenir et on est content d’en dire des trucs quand même.

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