Fallait qu’elle l’ouvre – Pourquoi ont-ils tué Harley Quinn ?

Dans cette nouvelle Rubrique des Triangulations, le Vil Faquin laissera la parole à des invités qui traiteront de sujets aussi variés que pertinents autour des cultures de l’imaginaire. Cette rubrique ne sera ni régulière ni indispensable, mais elle permettra de temps à autre d’aller plus loin. Ils et Elles auront champ libre dans leur écriture car, s’ils sont ici, c’est bien que, tout compte fait, Fallait qu’ils/elles l’ouvrent.

Pour cette première occurrence de la rubrique, c’est Marêva, alias Marley Quinn, du blog Acide et Paillettes, qui permet au Vil Faquin de partager son article sur le traitement du personnage d’Harley Quinn au dans le dernier film de l’écurie DCSuicide Squad.


Suicide Squad, ou quand le cinéma a tout faux 

Suicide squad est un très mauvais film. Voilà. C’est dit. L’évidence est posée. Au revoir, et à la semaine prochaine. Non plus sérieusement, il est rare de voir un tel consensus parmi les fans et la critique, bref la grande majorité de la terre entière (tu la sens mon hyperbole ?), qui s’accorde à qualifier un film d’étron en 3D, et de le descendre comme il se doit. Suicide Squad s’est traduit dans les salles obscures, au mieux, par un ennui ferme, et de façon plus douloureuse, par deux longues heures de trahisons diverses et variées. Je ne vais pas vous parler du montage à la frankenstein du film (prendre des p’tits bouts de scènes et puis les assembler ensemble, tant pis si c’est moche), ni de ses dialogues plats comme des tongues Adidas. On va laisser de côté la déception générale, celle des scènes d’actions les plus ennuyeuses de l’histoire, des méchants les moins méchants au monde, et du goût amer laissé par un joker trop peu présent à l’écran pour nous permettre de nous forger un avis.

On va prendre ça comme un postulat, pour se concentrer sur ce que j’ai personnellement ressenti comme la trahison ultime de Suicide Squad : son traitement d’Harley Quinn.
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Oh non, film. Oh. NON.

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  1. Un peu d’histoire

Harley Quinn, de son vrai nom Harleen Quinzel est un personnage mythique de DC comics. Crée par Paul Dini et Bruce Trimm en 1992 pour Batman, la série animée, elle n’était en rien destinée à devenir un personnage récurrent, mais juste un side-kick amoureux du Joker, présente le temps d’un épisode. Sauf que ce petit bout de femme, de confession juive, gymnaste, intelligente, drôle, et bi-sexuelle, elle a tout de suite tapé dans l’œil du public. Elle multipliera ses apparitions dans le dessin animé, avant d’entrer dans les comics avec Mad Love, en 1994 (très belle année si vous me demandez), et d’intégrer officiellement le panthéon DC en 1999. Elle devient alors un personnage récurrent dans plusieurs séries, notamment la sienne, qui porte son nom et où agit en solo, mais aussi au sein de son propre gang 100 % féminin (Les sirènes de Gotham, avec Catwoman et Poison Ivy), et parmi l’équipe du Suicide Squadtoujours plus présente depuis le reboot de l’univers DC.

Si tu es comme Batman, ou à défaut d’être le plus grand détective de Gotham, possède un certains sens de l’observation, tu auras peut-être remarqué, cher lecteur, qu’Harley Quinn est un personnage qui m’est cher. Ca ne peut pas être seulement à cause d’une imagination stérile et triste que je l’ai prise comme modèle pour mon alter-ego de blogueuse, ni que j’ai demandé à une amie de me dessiner sous ses traits pour ma bannière. Si m’imaginer en costume rouge et noir m’aide à écrire, ce n’est pas juste parce que j’adore Jeanne Mas.
Et je suis loin d’être la seule. Harley a très vite conquis les fans de Batman, et a acquis en à peine 25 ans, une popularité que l’on peut qualifier d’anecdotique. Pour un personnage secondaire, et de surcroît dans le camp des villains, c’est assez fort d’avoir autant marqué l’imaginaire pop en un temps aussi record. Je vous défie d’aller à la moindre convention, sans croiser un seul cosplay d’Harley Quinn (sauf si on parle d’un salon de jardinage, là ce serait chelou Quoi que). Elle est de partout, plus connue que Dead Shot, qui existe depuis trois fois plus longtemps qu’elle. Elle était l’un des personnages les plus attendus de Suicide Squad, car malgré sa popularité dans les comics, les jeux vidéos (dont la trilogie Arkham, « asylum », « city » et « origins ») et les dessins animés, elle n’avait encore jamais eu droit à son adaptation en 
Live action sur le grand écran.

D’où l’ampleur du désastre. Et de cette question à laquelle il me semble fondamental de répondre avant de vous expliquer  de quelle manière, à mon sens, Suicide Squad s’est fourré trois doigts et un pied dans l’oeil en traitant le personnage : Pourquoi aime-t’on tant Harley Quinn ?

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Faites-vous un thé, ça risque d’être long

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2. Un personnage inédit et nuancé

Dès son apparition dans la série animée, Harley Quinn est un contre-poids du Joker, cassant la gravité de son « poussin », par sa présence loufoque, et l’impertinence de ses répliques. Elle a beau n’être « que », à ses débuts, la petite amie du clown prince du crime, c’est elle, la véritable comique, lui volant déjà la vedette sur son propre terrain. Mais en plus d’être drôle et burlesque, Harley possède une autre qualité dont le Joker est cruellement dépourvu : elle est capable d’affection, et de compassion.

Super-vilaine, elle conserve pourtant une grande part d’humanité. Harley est capable d’aimer – en témoigne, sinon son dévouement aveugle à celui qu’elle surnomme mister J, son amitié profonde avec Ivy – et agit parfois avec un certain sens moral. Si elle s’épanouit dans la violence, ce n’est jamais de la violence gratuite. Ses victimes « méritent », du moins à ses yeux, le châtiment qu’ils reçoivent, et elle en vient parfois à aider ses ennemis, quand cela sert ses intérêts. Contrairement au Joker, pour qui le chaos est le motif de ses actes, Harley a toujours une raison d’agir comme elle le fait : elle a peut-être abandonné son ancienne vie et sa santé mentale en choisissant la oie de la criminalité, mais n’a pas oublié la personne qu’elle était.
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C’était un peu une fatalité qu’Harley Quinn plaise autant, dans un média qui a tendance à imprimer dans nos rétines des hommes blancs, hétéros, et musclés, se mettant sur la tronche
… Il y a quelque chose de rafraîchissant chez un personnage féminin aussi fort, maniant les armes comme une pro, et bondissant avec grâce avant de mettre son pied dans le paquet de son adversaire. Harley Quinn est une gymnaste.  Harley est juive. Harley est intelligente. Harley est sexy, mais d’une façon encore jamais vu dans les comics. Son sex-appeal est adolescent, cristallin, comme sa voix et ses yeux bleus. Prototype de la pin-up femme enfant, elle ouvre la voix à un nouveau type de féminité dans le monde de la bande dessinée. Harley est complexe. Harley est bisexuelle, aussi ; son amitié de longue date avec Poison Ivy a peu à peu évolué, après des années de flirt, vers une relation amoureuse non monogame (confirmée  dans les derniers numéros de Bombshells et de sa série éponyme).  Harley Quinn nous tend tellement de possibilité, qu’il est difficile de ne pas avoir d’empathie pour elle (et on ne parle pas seulement d’un lectorat féminin ou LGBT). Sous ses airs de violence pour le fun et de folie affichée, il y a une jeune femme névrosée, désespéré d’être enfin aimée et acceptée pour qui elle est. C’est un personnage dans un costume bi-chrome, aux facettes multiples, offrant une large palette d’identifications possibles.

Ex-psychologue, tombée entre les griffes manipulatrices du Joker, Harley Quinn ne peut être séparée de ses origines, que l’on retrouve dans Mad Love. A l’époque où elle était encore le docteur Harleen Quinzel, et était en charge du Joker a l’asile d’Arkham, ce dernier l’a séduite, afin qu’elle l’aide à s’évader. De folle amoureuse à complètement maboule, il n’y a qu’un pas, qu’Harleen franchit sans hésiter, enfilant un costume d’Harlequin (pour ceux du fond qui n’avaient pas pigé le jeu de mot avec son nom, c’est le moment de se réveiller), et rejoignant son amant pour une vie de cavale et de méfaits. Nous voilà donc avec une super vilaine, qui le devient par amour.  Et le choix est primordial dans l’impact qu’à le personnage ; elle a mal choisi son amant certes, mais elle l’a bel et bien choisi.  

Harley aime quelqu’un qui ne le mérite pas. Elle aime un homme qui la maltraite. Le Joker la bat, l’insulte, l’humilie. Et pourtant, même quand elle réalise l’anormalité de sa situation, et finit par faire une croix sur le Joker, il suffit qu’il lui envoie une rose, pour qu’elle lui pardonne. Ce n’est pas la faute de Mister J d’abord, c’est de la sienne. Elle l’a bien cherché après tout … 

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La relation d’Harley Quinn et du joker est une relation abusive. Un témoignage avec des couleurs et des onomatopées de ce que sont les violences conjugales. Et malgré leurs costumes de fête foraine, malgré les BOOM écrit en grosse lettres jaunes, malgré les exagérations propres au comics, il y a quelque chose de vrai, qui noue le ventre chaque fois qu’Harley pleure sous les insultes ou les coups du Joker. L’amour qu’elle porte au Joker permet à la fois d’humaniser ce dernier, et de le rendre encore plus abominable. Si Harley l’aime aussi aveuglément, une petite voix sournoise nous dit qu’elle doit bien lui trouver quelque chose, non ? Et chacune des violences physiques ou morales qu’il lui asseine prouve le contraire. DC Comics a ainsi peint avec plus de finesse que beaucoup de campagnes de sensibilisation la nature retorde, double, et incroyablement difficile à appréhender des relations abusives.

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Car Harley Quinn n’est pas
le cliché que l’on voit beaucoup trop quand on aborde le sujet des violences au sein du couple, d’une femme faible, prostrée et couverte de bleus. Harley a une forte personnalité, un sex-appeal affiché et revendiqué. Elle s’assume. Elle sait se défendre et se battre. Et pourtant…  elle est prisonnière d’une relation abusive.
Harley a d’ailleurs pleinement conscience de l’absurdité de ce dans quoi elle est prisonnière, quand dans Mad Love, après une énième raclée du Joker, elle admet à voix haute être « désespérément amoureuse d’un clown pyschotique et meurtrier ». Mais dans la case suivante, plutôt que de pousser l’analyse plus loin, elle reporte toute sa colère sur Batma,, et jure de se débarasser de lui,  la raison de son malheur, celui qui les empêche elle et le Joker de s’aimer en paix. C’est plus facile de porter le blâme sois-même ou d’accuser un tiers, plutôt que de réaliser qu’on aime un monstre… 
Ce que son personnage montre, c’est que même une personne forte peut tomber dans le piège du Syndrome de Stockholm que tendent certaines relations amoureuses.  C’est novateur, et très féministe, au final, de permettre à un personnage féminin de commettre des erreurs. On admet souvent qu’un homme puisse se tromper, en tombant amoureux de la mauvaise personne. Permettre à une femme de faire cette même bêtise, c’est souvent autre chose. Une femme qui s’éprend d’un(e) gros(se) con(ne), est souvent représentée comme faible moralement, incapable de comprendre ce qui lui arrive. Elle en est réduite à son état. Et c’est exactement le contraire que propose le personnage d’Harley Quinn ; accorder à une héroïne le droit de faire de mauvais choix, tout en restant par ailleurs intelligente, belle et puissante.
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3. Suicide Squad ; objectification et trahison en tout genre

On en arrive donc au moment critique (vous l’avez ?), celui de parler de Suicide Squad, le film, l’infâme, qui m’a donné envie de donner des coups de pieds dans des pigeons de rue, puis à terme, d’écrire cet article. C’est rare, qu’en sortant d’une salle, je ressente autant de tristesse et d’énervement. D’habitude je maugrée bien fort quand une oeuvre n’est pas à la hauteur de mes attentes, mais je trouve toujours quelque chose à sauver, une BO par ci, une performance par là, une photographie du tonnerre… Mais là, c’est autre chose. Même en ayant lu de très mauvaises critiques du film, et en m’étant préparéé à voir un bon gros navet, je n’arrivais pas à étouffer mon reste enthousiasme. J’allais enfin voir Harley Quinn au cinéma, ça empêcherait forcément un naufrage total, hein ? Sauf que non. Suicide Squade  est totalement à côté de la plaque.  A vouloir nous raconter toutes les évolutions d’Harley en un mini short, ils ont absolument tout fait de travers. 
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Suicide Squad selon Mr J

« Oh, ça parle de mini-short, elle va nous dire qu’ils ont trop déshabillé Harley Quinn, blablablagnagnagna fémi-nazie-sécateur ! »


Je vais en effet parler de la tenue d’Harley, mais pas pour râler sur un petit bout de fesses, non. Si ce costume semble être au centre du débat relatif Suicide Squad, je pense qu’on se trompe quant aux questions qu’il soulève. Je ne pense pas qu’on doive se demander si Harley est trop dénudée. Oui, elle est extrêmement sexualisée, mais ça en soit, ça ne me gêne absolument pas. Déjà, Harley l’a toujours été, se servant de la séduction comme d’une arme, que ce soit pour réussir son master de psychologie, ou piéger ses ennemis. Elle fait de son corps un de ses moyens, ayant donc les pleins pouvoirs dessus. Et puis dans les comics, surtout depuis la renaissance DC, la tenue d’Harley Quinn a évolué. Elle a depuis longtemps délaissé son costume d’Harlequin des débuts, pour se diriger vers des ensembles short/corset/chaussettes hautes, très inspiré du roller derby. Vous me direz alors, si c’est juste de la fidélité aux comics, ça n’en reste pas moins une objectification, revenant à dénuder de plus en plus un personnage populaire, pour aider les fans à se palucher non ? Bon point, mon cher Waston, mais on oublierait un fait essentiel : cette évolution de costume suit une évolution de personnage. Son look change au fur et à mesure qu’elle se libère de l’emprise du Joker, brisant ses chaines, s’émancipant de leur relation toxique. Avant, elle s’habillait en clown pour plaire au Joker ; mais maintenant, elle est indépendante, a confiance en elle, et ne s’habille que pour elle.

Promo de face, tournage de dos.

Promo de face, tournage de dos.

Le problème du film, et de sa façon d’habiller notre Harley Quinn, ce n’est donc pas son mini short. Ce ne sont même pas ces talons hauts impraticables, qui m’ont quand même fait grincer des dents (aux dernières nouvelles, dans sa série, elle est à plat) mais dont je me serai remise. Le vrai gros soucis, c’est ce « Propriété du Joker » sur sa veste. Ce « Pudding » autours de son cou. Son « petit monstre à papa » sur sa poitrine. TOUS, absolument TOUS ses termes font référence au Joker. Poussin, en VF, c’est le surnom qu’elle lui donnait, et que, fun fact messieurs les costumiers, ce dernier détestait dans les comics et dessin animé, la frappant presque à chaque fois qu’elle l’utilisait. « Daddy », c’est une des façons que le clown du crime a de référer à lui-même, afin d’amadouer et d’asseoir sa domination sur Harley. Voilà donc celui dont cette tenue est censée effacer l’influence, de partout sur le corps d’Harley Quinn. Ce costume, c’est la revendication du droit d’un homme sur le corps et l’esprit d’une femme qu’il a battue, et dont il a fait son jouet. Une tenue symbole d’émancipation dans l’oeuvre originale devient ici une objectification on ne peut plus claire. 

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Sérieux on dirait le boulot d’un cameraman de Koh Lanta

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On ne va pas non plus se cacher que ce regard posé par la caméra, descendant et remontant le corps de Margot Robbie avec une lascivité  dérangeante, ne fait que renforcer cette objectification. On a l’impression que le scénario a été écrit par des hommes, pour des hommes, filmé par une équipe d’homme. Mais Harley Quinn, comme je l’ai dit plus haut, est intéressante parce qu’elle peut parler à énormément de gens, et pas que au zizidézom (si si, à en croire les derniers 50 nuances de Grey, les pénis ont une personnalité propre). Mais au moins on peut se réjouir en se disant que les fesses d’Harley ont plus de temps à l’écran que Batman, nan ? #victoireduféminisme

La question n’est donc pas se demander s’il faut slut-shamer Harley Quinn. La question est la déperdition de sens de sa tenue, qui coupée de son contexte, devient une objectification pure et simple. Et pour introduire la suite, une petite vidéo, réalisée sans doute dans la meilleure des volontés, mais à 3 000 km de son sujet :
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Petit droit de réponse, tout d’abord. Désolée si nous, les fémi-nazies, ne pouvons avoir le « soldat au garde-à-vous » , une condition nécessaire pour apprécier le film apparemment, et passons donc à côté. Parce que monsieur, c’est exactement ce que vous nous dites-là. Comme si ce titre pute-à-clique ne suffisait pas, il faut parler de la longueur de  son short. Du fait que l’intérêt du personnage est de donner envie aux hommes de coucher avec elle. Si l’on n’avait pas compris qu’on avait ici un hétérosexuel parlant à des hommes hétérosexuels… C’est triste, car justement, la femme dont vous parlez est bi-sexuelle, et que vous ne mentionnez que la tenue de « Margotte » Robbie, ici. Se demander si l’on dévoile trop de peau, c’est associer le volume de tissu couvrant un corps féminin aux bonnes graces sexuelles de cette dernière, et promouvoir au passage une nauséabonde culture du viol.

Et ce qu’on oublie de nous dire là, c’est qu’un pan entier de l’histoire d’Harley Quinn a été supprimé. Ce genre de réactions, commet la même erreur que le film, justement : oublier les violences conjugales. Elles sont absentes de Suicide Squad. Et on ne peut séparer Harley de cela.

Elle a vécu une relation toxique, et s’en est affranchie. Qu’elle soit victime ou survivante, Harley Quinn est liée à cette thématique, qui pour le meilleur et pour le pire, l’a construite telle qu’elle est.  Et dans Suicide Squad ? Rien, nichts, nada.  Le Joker et elle donnent l’image de deux adolescents amoureux au possible, presque cucul sur les bords. Ils s’envoient des petits textos, se font des petits bisous, et il vient la chercher dans son petit hélico tandis qu’elle l’attend sur le toit, telle une damoiselle en détresse. Ils sont tellement mignons, tous les deux, que voilà que les réseaux sociaux s’emballent, qu’on les hisse au rang de modèle de couple sur twitter, comme si c’était les deux Roméo et Juliette de Gotham. Voilà que des mamans déguisent leurs enfants en amoureux transits, sous les traits des deux évadés d’Arkham, pour Halloween. Et c’est gênant; Très gênant. 

Ces dérives incompréhensibles, pour quelqu’un qui connaît connait la mythologie des deux personnages, ont été rendues possibles par Suicide Squad. En gommant toute la violence qui cimente les rapports entre Harley et son mister J, le film a poignardé bien comme il faut, en plein dans le dos, un pan entier de la pop culture liée à Batman. Que les gens jouent avec quelque chose de malsain en en connaissant les codes, en sachant ce que ça dénonce, c’est autre chose que d’idolâtrer sans le savoir un couple où l’amant torture sa moitié sans vergogne. Passer sous silence une dénonciation aussi inhérente à l’oeuvre originale, ça dépasse, et de loin, les libertés qu’une adaptation peut se permettre.

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Tu aurais dû Margot

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Le truc, ce qui me chagrine encore plus, c’est qu’il y avait de vraies bonnes idées dans Suicide Squad. Il y avait cette dimension du choix, d’Harley qui est active dans sa propre transformation, que l’on pouvait deviner de façon plutôt fine. Ce moment où elle saute d’elle-même dans la cuve d’acide, élément clé de son passage du côté obscur, c’était une super idée. Qui aurait fonctionné, si on avait eu le packaging relation toxique avec. Car comme on l’a vu plus haut, la notion de choix est importante chez Harley, car elle choisit mal, et permet de présenter une femme forte et néanmoins prisonnière d’une relation nocive. Nous la montrer qui choisit juste de devenir la petite amie d’un mec barjot avec des dents en or… c’est beaucoup moins pertinent. Autre scène qui n’aurait pu fonctionner que dans un film où la violence du Joker envers son arlequinne n’aurait pas disparu ; quand il fait « la blague » de la donner, comme une simple prostituée, à un gangster de sa connaissance. Si on avait posé les bases d’une relation perverse et inégale entre eux deux, la scène aurait renforcé le propos. Dans le contexte du film, ce n’est qu’une objectification de plus.

Une autre bonne idée du film, c’était Margot Robbie. Elle a livré une performance à la hauteur d’Harley Quinn, pour le coup. Elle est drôle, belle, délicieusement borderline… Et ça aurait été tellement mieux, si on lui avait laissé l’espace de s’exprimer, elle qui semble être la seule à avoir compris le personnage… Mais non. On ne lui laisse que peu de terrain, celui d’une Harley Quinn éthérée, dépourvue de son passé. Privée de d’une partie entière de son histoire, condamnée à arpenter les rues de Gotham en petite culotte à renforts de quelques blagues mal écrites, la Harley Quinn qu’on lui a demandé de jouer ne peut dévoiler toutes les fêlures, toutes les nuances dont le personnage est constitué. Et qu’on ne me parle pas de la version longue… S’il s’avérait que des scènes rendant sa profondeur et son histoire à Harley ont été coupées au montage; ça ne rachètera pas le film. Il y en avait, du temps d’écran à tailler, entre l’omniprésence de Will Smith, la lovestory inutile entre l’enchanteresse et Rich Flag, et la déferlante d’effets spéciaux paresseux, pourtant… 

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Pfiou, ça c’est fait

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Merci d’avoir lu cet article; qui a été long, fastidieux, mais passionnant à écrire. C’était un sujet qui me tenait à cœur depuis longtemps, j’avais ce besoin de rendre un peu justice à Harley, enfin à ma Harley, celle que pour moi, Suicide Squad a bien plus amochée que le Joker… N’hésitez pas à me laisser votre avis dans les commentaires ! J’ai beau être une digne fémi-nazie vivant pour empêcher les hommes de tourner en rond sur les internet, savoir ce que vous pensez m’intéresse. 

Si ça vous tente, quelques articles (en anglais) qui m’ont aidé à préparer ce post :
L’avis d’une ancienne victime sur la façon dont les relations abusives sont dépeintes dans les médias, repris par cet article

Une analyse des évolutions du personnage d’Harley, sur le site de Vanity fair
– Deux articles qui s’interrogent sur les raisons du succès d’Harley, sur IGN et studybreaks

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Des bisous, et à bientôt pour une nouvelle tartine de féminisme ♥

Marêva.

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12 commentaires

  1. Au « non, non, non », je réponds « oui ! ». Mille fois oui. Ca fait toujours aussi mal de voir de bons personnages être abîmés dès qu’on passe à un médium qui ne se veut que mainstream. Tu fais bien de te focaliser sur la relation avec le Joker car c’est là que le bât blesse le plus, même l’habillement à côté peut se justifier.

      1. Ah que tu es Vil, Faquin ; comme c’était ton compte, je n’ai même pas fait gaffe à la signature en bas d’article !
        Dans tous les cas, tu transmettras alors, si jamais elle ne passe pas elle-même par ici. 🙂

  2. Hé bien j’ai pas vu le film parce que je me doutais bien que ça allait être une bouse, mais là, je crois que cette approche critique est MAGISTRALE et même en n’ayant pas vu le film, je plussoie votre approche ! BRAVO !!!
    (un admirateur secret des féministes horticoles 😉 …)

      1. J’avoue que si il s’agit de passer deux heures mornes, je préfère encore re-regarder « iron sky » et autres nanars du genre (je ne ferais pas de liste mais il y a des bijoux précieux tels « zombie king » entre autre… je fais du prosélytisme, mais c’est fou comme ce chef d’oeuvre a du mal à trouver un public je trouve…) mais au moins on sait (enfin il me semble.. sinon c’est encore pire ! …) que le réalisateur est dans le Nième degré de l’humour débile et l’assume pleinement 🙂

  3. Je suis du même avis que toi, enfin quelqu’un qui réfléchit et qui s’intérresse au sujet avant de dire des bêtises comme la plupart des gens ! Et j’ai détesté la vidéo de ce chère Monsieur que tu as posté, pour moi il a juste voulu dire son avis en argumentant avec un seul point du coup c’est pas crédible. Je n’ai pas aimé sa tenue dans Suicide Squad car j’ai trouvé qu’elle s’éloignait du sujet, on ne la reconnait pas, je veux bien qu’on change de couleur mais là il aurait pu au moins garder le rouge :S, ça l’a rend plus « bonbon » et je trouve qu’on retrouve plus son côté « dangeureuse folle ». Il ont voulu innover pour le costume et du coup on ne la reconnait plus, même le coté derby n’est plus présent :'[ Et alors les accessoires en mode chien chien du Joker ça faisait trop !
    Enfin bref, ceci est mon avis alors pas haine les rageux merci ! 😀

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