S. Joubert

Carnets de Faquin – Le Fils du Loup

Le Fils du Loup (The Son of the Wolf)
Je courais seul le long de coteaux interdits. Rien ne m'atteignait que le vent et parfois quelques moucherons malheureux. La piste est fraîche et je la suivais volontiers, sans peiner. Les pas se succédaient les uns aux autres, par-dessus le vaste monde de ceux d'en-bas ; ceux qui vivent dans le confort toxique de maisonnées chaudes. Et je dis toxique parce que ce confort me manque. Là où je vais, si ma pelle ne casse pas, tout au plus pourrai-je espérer creuser un trou dans lequel me blottir à la nuit.
Les infinités muettes du Grand Nord m'attiraient mais ce n'était pas dans ces hauteurs que je m'attendais à trouver ce que nous étions si nombreux à être venus chercher. Il faudrait que je rampe dans l'ocre passé de grottes oubliées et que je sinue dans le lit de torrents déchaînés.
Ce à quoi je pense,... eh bien voilà que ce n'est rien de construit. Je vois, je pense. Je ne réfléchis plus depuis longtemps. Je me suis pris les pieds dans une folie glacée dont je ne peux m'extraire. 

Sur les hauteurs du refuge de la Pierre à Bérard, à l'Est, Alpes françaises.

Sur les hauteurs du refuge de la Pierre à Bérard, à l’Est, Alpes françaises.

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