Guerre

Le Feu, Journal d’une escouade

Le Feu, Journal d’une escouade

Henri Barbusse

Barbusse. Quand j’étais gosse, j’ai grandi dans un bled ouvrier du Sud de la Saône-et-Loire – hé, gaffe, ça arrive à des gens très bien, je vous ferais dire – rue John Fitzgerald Kennedy. La rue voisine, parallèle, portait le nom d’Henri Barbusse. Comme tout le monde autour de moi l’appelait par son ancien nom d’il y a quarante ans, à savoir la Route de Perrecy (pour Perrecy-les-Forges, un lieu chargé d’histoire, soit dit en passant), je n’avais jamais vraiment fait gaffe à ce nom. Pis ! Barbusse, ça sonnait rigolo, comme un bus fait de barbe, un peu comme dans ce clip. Alors vous pensez bien…

Et puis en 2004, j’étais enfin un grand. J’étais en troisième, au feu collège du Vieux Fresne. Et les programmes intimaient alors à nos professeurs de lettres et d’histoire d’insister sur les quatre-vingt-dixième anniversaire du début de la Première Guerre mondiale. Et là, Mesdames Barbier (histoire) et Dupâquier (français) – les mêmes qui m’ont introduit (hum) à Dino Buzzati, George Orwell ou encore Arthur C. Clarke – nous avaient fait une petite review, par les noms de rues, de places et de bâtiment de notre localité, de ces témoins privilégiés de cet événement historique majeur de notre passé. Je ne les en remercierais jamais assez.

C’est ainsi que j’ai découvert Henri Barbusse. A 15 ans, tout fringant et trop intéressé à lire les fondamentaux de la fantasy anglo-saxonne pour pouvoir m’y pencher alors. J’ai dû attendre dix années de plus pour ressentir enfin, au creux du ventre, ce manquement à mes aspirations d’adolescent. Et, armé de chèques cadeaux, je me suis offert Le Feu, Journal d’une escouade. Et je l’ai lu.

Pis diantre !

Avec le calot de mon arrière grand-père, combattant de Quatorze, lui-aussi, au 62ème d'artillerie, Barbusse est bien accompagné.

Gageons qu’avec le calot de mon arrière grand-père, François Ravaud, combattant de Quatorze, lui-aussi, au 62ème d’artillerie, Barbusse est bien accompagné.

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Y F’rait Beau Voir – Témoignages de guerre

Elégies du Nord (северные элегии)
Carnets de Guerre
Près de la voie ferrée (Prsy torze kolejowym)

Anna Akhmatova
Henri Barbusse
Zofia Nalkowska

Aujourd’hui, c’est un article particulier qui vous attend, chers lecteurs. Depuis quelques temps déjà, je comptais m’attarder un peu sur le sujet des témoignages de guerre. Mais il était bien difficile de faire un choix. Le but n’était pas de vous présenter le témoignage sous forme de roman, ceci nous l’avions déjà fait notamment avec L’Adieu aux armes d’Ernest Hemingway. De même, en ces temps de commémoration de la Première Guerre mondiale, le témoignage de guerre est souvent abordé avec plus ou moins d’à-propos.

L’objectif était donc de sortir des sentiers battus et de vous proposer, habiles lecteurs, trois formes de témoignages de guerre aussi différentes les unes que les autres. Et, tant qu’à faire, sur des périodes différentes. Sans compter que, pour une fois, vue l’ampleur des conflits, nous pouvions élargir nos horizons à de nouveaux horizons.

Alors parmi tous les auteurs qui s’offraient à nous – je pense notamment à Guillaume Apollinaire pour Première Guerre mondiale ou encore Robert Desnos, Paul Eluard ou Louis Aragon pour la Deuxième Guerre mondiale et la Résistance – il a fallu faire des choix. En cela, l’édito de Julien Delorme sur l’abolition des genres est intéressant pour le lecteur avisé.

Et ce sont donc trois formes et trois auteurs qui ont été retenus : le carnet de guerre, la poésie (notamment l’élégie) et la nouvelle ; un français, une russe, une polonaise.

Des témoignages de guerre, de différentes époques, mais qui portent tous en eux une vérité absolue : face aux horreurs du temps reste l'humanité universelle.

Des témoignages de guerre, de différentes époques, mais qui portent tous en eux une vérité absolue : face aux horreurs du temps reste l’humanité universelle.

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Edito 02.15 / Lionel Davoust

Amendement au présent billet : l’Edito de Lionel Davoust de février 2015 vient d’être censuré par facebook de publication sur le réseau social sous prétexte qu’il présente un caractère « à risque ». Cet article est une tribune libre, philosophique, d’un auteur présentant sa démarche d’écriture fictionnelle, en aucun cas une apologie de la violence ou autre. « Il n’a strictement rien de dangereux. C’est comme censurer des articles sur Le Seigneur des Anneaux parce que vous redoutez le terrorisme orc » rajoute l’auteur dans un billet dans lequel il réagit et que je vous invite à lire. Cette censure, car c’est le nom qu’il convient de prononcer, est inacceptable, arbitraire et autoritaire.
Toute l’équipe de la Faquinade se dit profondément choquée devant ces méthodes et soutient l’auteur dans la démarche qui fut et est, aujourd’hui encore, la sienne.


Pourquoi je vous parle de guerre ?

(ou le chant d’un humain qui se questionne)

La fantasy représente l’affrontement du bien contre le mal, de la tradition contre le changement, et se solde inévitablement par un retour perpétuel à l’ordre ancien : c’est donc un genre manichéen, biaisé, voire réactionnaire. La preuve en est bien que Tolkien a placé le Mordor à l’Est et que les elfes sont des aryens. Or, la guerre est une affaire sale. Notre réalité est violente – semée d’horreurs d’autant plus choquantes qu’en décalage complet avec la civilisation dont on se réclame en Occident, et d’autant plus visibles qu’elles sont médiatisées par les réseaux sociaux.

Donc, à notre époque, on devrait écrire bien autre chose que de la fantasy et plutôt viser à l’élévation de l’âme ; surtout pas à la glorification de nos bas instincts.

Discours familier ? Agaçant ? En tout cas, pour moi qui écris beaucoup sur la guerre, qui dépeins l’ascension d’un empire armé à la fois d’une supériorité technologique et d’un discours progressiste à l’extrême, il l’est. Personne ne m’a encore accusé de fascisme militaire, mais ça pointe déjà, en tout cas chez ceux qui se contentent de lire les titres de mon travail sans l’ouvrir.

Super-soldat, bannière de guerre, on peut pas dire qu’on est pas prévenu. C’est justement cette précaution d’emploi qui nous rend si ouverts à comprendre le texte.

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