Carnets de vie

De quoi changer les habitudes et vous emporter sous d’autres contrées.

Carnets de Faquin – L’Or

L’Or
"La pierre à Bérard.
C'est là que tu lisais l'histoire du Général Suter qui a conquis la Californie aux Etats-Unis et qui, milliardaire, a été ruiné par la découverte de mines d'or sur ses terres, non ? M'est avis que tu as longtemps paressé dans cette vallée où j'ai travaillé au défrichement des sols."
Voilà ce qu'on m'a dit tantôt, quand j'arpentais une piste raide. L'homme était rêche et son parler bourru. Je l'avais croisé en montant là où lui descendait. Il avait la mine triste de ceux qui ont trop sillonné les étendues solitaires du Nord. Ses yeux étaient perdus sous une broussaille indomptable formée conjointement par ses sourcils hirsutes et son abondante barbe. Ses rares cheveux épars collaient à son front alors qu'il enlevait son chapeau pour se passer un chiffon humide sur le crâne.
Je remarquai que ses mains étaient toutes pareilles à son visage, burinées et marquées par les innombrables heures de travail qu'elles avaient passé à serrer le manche de quelque outil ou à gratter les sols. Ses ongles et les jointures de ses mains étaient noirs.
Je l'ai regardé dans le blanc des yeux et je lui ai dit : "Je viens pour l'or."
Torrent descendant du Plan Glacier jusque sur la plateau du refugre de Miage, Alpes Françaises.

Torrent descendant du Plan Glacier jusque sur la plateau du refugre de Miage, Alpes françaises.

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Carnets de Faquin – Le Fils du Loup

Le Fils du Loup (The Son of the Wolf)
Je courais seul le long de coteaux interdits. Rien ne m'atteignait que le vent et parfois quelques moucherons malheureux. La piste est fraîche et je la suivais volontiers, sans peiner. Les pas se succédaient les uns aux autres, par-dessus le vaste monde de ceux d'en-bas ; ceux qui vivent dans le confort toxique de maisonnées chaudes. Et je dis toxique parce que ce confort me manque. Là où je vais, si ma pelle ne casse pas, tout au plus pourrai-je espérer creuser un trou dans lequel me blottir à la nuit.
Les infinités muettes du Grand Nord m'attiraient mais ce n'était pas dans ces hauteurs que je m'attendais à trouver ce que nous étions si nombreux à être venus chercher. Il faudrait que je rampe dans l'ocre passé de grottes oubliées et que je sinue dans le lit de torrents déchaînés.
Ce à quoi je pense,... eh bien voilà que ce n'est rien de construit. Je vois, je pense. Je ne réfléchis plus depuis longtemps. Je me suis pris les pieds dans une folie glacée dont je ne peux m'extraire. 

Sur les hauteurs du refuge de la Pierre à Bérard, à l'Est, Alpes françaises.

Sur les hauteurs du refuge de la Pierre à Bérard, à l’Est, Alpes françaises.

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