Pré-lol-gie ou véritable trilogie ? (Episode 3)

Ou pourquoi la prélogie Star Wars déchire.

Méninge Affranchi

Si ce n’est pas déjà fait, pensez bien à lire les épisode 1 et 2 de cette série d’articles.

« Jar Jar Binks, lumière de ma vie, feu de mes reins. Mon péché, mon âme. Jar Jar Binks : le bout de la langue fait trois petits pas le long du palais pour taper, à trois reprises contre les dents. Jar Jar-Binks »

Vladimir Nabokov (à peu près…plus ou moins… approximativement)

 Sur internet, on ne trouve pas que de la pornographie facile d’accès et des chatons qui affrontent des concombres, nononon. Entre tout ça, l’espace web peut se transformer en d’incroyables lieux d’échange (tels les forums d’antan, mais pas ceux d’Age of Empire) permettant à toutes et à tous de s’exprimer sur d’essentiels sujets. L’un d’eux et pas des moindres étant : Ewoks ou Gungans, qui est le plus moisi ? Et à ce débat d’une profondeur abyssale, je ne participerai pas.

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Il m’en coûte de poser ça là. Mais j’espère ce visuel suffisamment putaclik.

Haro sur le baudet

Ceci dit cette question illustre bien le rapport qu’on peut avoir avec la prélogie. Les Ewoks, on les a souvent découverts quand on était petits, et on aimait bien voir une contrefaçon de Winnie L’ourson [ndlf : dans la VF de l’Episode 7 c’est la voix de Winnie qui fait celle de C-3PO, étonnant non ?] tuer les méchants même pas beaux. Et les Gungans, ont les a découvert avec Jar Jar. Chacun attendait l’Episode 1 comme un messie impossible et on a eu droit à autre chose. Alors oui Jar Jar est un personnage comique raté, comme il en pullulait dans les années 1990. Mais n’oublions pas tout ce qu’il implique. La ville des Gungans était assez inédite dans l’univers Star Wars et au cinéma de manière générale (mais faite en numérique, donc c’est forcément sans imagination et sans travail de design, pardon internet), les gungans en eux-mêmes étaient cools, et pour la première fois dans la saga on voyait une planète qui ne se limitait pas qu’à une ville ou un environnement. Mais on n’a retenu que ce pauvre Jar Jar. Le ratage de ce personnage va conduire Lucas, dans L’Attaque des Clones et dans La Revanche des Siths à distiller la fonction comique dans plusieurs personnages, Obi-Wan ou encore C-3PO (je lance un youhou sarcastique en ce moment même). Lucas a beaucoup écouté les fans pour sa prélogies quoiqu’on en dise. Cela nous a conduit à la quasi disparition de ce brave Jar Jar, mais aussi a beaucoup de fan service assez gênant. Parfois c’est assez innocent, voir logique comme l’apparition de Jabba le Forestier (pour reprendre les mots de la très inventive VF) ou des E.T. de Spielberg dans la Menace fantôme. Mais la plupart du temps ça fait mal. Les deux exemples auxquels on pensera sont bien sûr la présence même de Boba Fett dans L’Attaque des Clones. Qu’un guerrier Mandalorien apparaisse, ok ça aurait fait des liens sympas, créé plein de possibilités pour nos imaginations fertiles. Mais nous ressortir du frigo Boba Fett… gné. Et le second exemple est… roulement de tambours… pourquoi Anakin a-t-il fabriqué C3-PO ? Ça n’a aucun sens, ça n’amène à rien, je ne comprends pas, ce gamin fabrique et pilote déjà des formules 1, pourquoi il fabrique des robots…. On ne va pas tirer sur l’ambulance, l’internet s’en charge déjà bien assez. Et on va arrêter de parler du Dieu internet, dont la neutralité se perd ma bonne dame.

Sans transition bien sûr, Le coté manichéen imputé à Star Wars ne vient pas tant de son contexte que d’une certaine morale défendue. C’est toutes ces histoires de côté obscur, de Jedis et de Siths. Le vrai grand méchant de la saga, c’est l’Empereur Palpatine / Dark Sidious (on va de révélation en révélation dans cet article). C’est lui qui manipule Anakin pour qu’il devienne méchant à son tour. On pourrait dire que Yoda est son némésis, le représentant du Bien. La trilogie originale montrait ce Bien triompher, ou du moins avoir raison (l’Empereur est défenestré, le titre du Retour du Jedi pourrait bien signifier que Luke a achevé son entrainement de Jedi, ou alors que Dark Vador est redevenu gentil et donc Jedi. La prélogie évoque l’inexorable chute du Bien (des Jedis donc). L’épisode I se termine par une boom entre Gungans et Naboo, mais aussi par l’inquiétante possibilité du retour des Siths. Le second est ponctué par les échecs d’Anakin (il tue des natifs de Tatooine, il se marie au soleil couchant…) et surtout finit par le début de la guerre des Clones (dont les plus anglophones d’entre nous savent qu’elle marque l’avènement de l’Empire) [ndlf : dans la première VF, elle était traduite par Guerre Noire, pour mieux coller au labial de Clone Wars, en anglais]. La bataille finale, à la fois super géniale par moments, et parfois vraiment molle je le reconnais, n’est pas là pour nous faire dire « Ho non mais Jedi n°123 est décédé hoooooo », mais pour montrer le fourvoiement de ces templiers du futur d’un passé lointain. Ils déclarent une guerre, et deviennent soldats pour, on l’apprendra plus tard, pour le grand méchant.

La prélogie Star Wars est largement moins vendeuse que la trilogie originale. Comme on l’a dit plus haut, elle est nécessairement plus sombre, plus complexe. La trilogie nous proposait des héros jeunes affrontant un empire totalitaire représenté par une figure paternelle fourvoyée (j’aime ce mot aujourd’hui). Le but n’étant pas de défendre quelque chose, ou de créer quelque chose (avec tout ce que ça implique de compromis et de choix douloureux), mais bien de détruire cet empire, et cela autorise une vision bien plus simple et plus absolue que dans la prélogie. C’est peu ou prou la formule de tous les blockbusters pour ado à la Hunger Games.

La prélogie propose de suivre des figures d’autorité cherchant à défendre un système qu’ils savent défaillant. En plus le héros, un jeune, se laisse emporter et se trompe, est manipulé, et n’est à l’origine que de catastrophes, que les figures paternels telles qu’Obi, ou Yoda essaient de réparer, car ce sont eux les sages. Le coté très « absolu » (pour reprendre les mots d’Obi) des héros de la trilogie originale, et ici d’Anakin est montré comme source de malheur. Comment voulez-vous vendre ça aux ados ? Peut-être que George Lucas est devenu vieux et sa pensée aussi complexe que celle de notre jupitérien président, peut-être avait-il juste plus d’ambitions pour son univers qu’un conte moral pour toute la famille avec des jolies couleurs.

army clones

Fascisme à peine moins visible que dans l’Episode 7.

Miroir miroir

Lorsque Un nouvel espoir est sorti en salle, le phénomène était tel que la critique ne savait pas quoi en dire. On a donc déclaré que c’était un film régressif, d’autres ont criés au génie, mais il est dur de trouver des documents d’époque essayant d’aller plus loin que l’aspect récréatif du film. Cependant un jour, dans le cinéma où je travaille (oui oui j’ai un vrai métier dans le vrai monde de la réalité véritable), je suis tombé sur un tas de magasines de cinéma Ecran. Le numéro du 15 décembre 1977 faisait sa couverture (en couleur !, fait rare pour cette revue) sur Star Wars. Après une longue interview de Lucas, on trouve la critique du film par l’éminente journaliste/autrice/réalisatrice Claire Clouzot, intitulée « La rêverie d’un robot solitaire » (c’est-y pas mignon). Et dans sa critique, C. Clouzot réfléchit sur pourquoi ce film marche autant auprès d’autant de monde, et sur ce qu’il évoque. Elle explique que Lucas incorpore les angoisses de son époque (les années 1960/70) dans un récit extrêmement simple qui « ne fait pas appel aux fanatiques de science-fiction mais à la conscience populaire ». Et donc je vais la citer sur ce qu’illustre, pour elle, Star Wars premier du nom.

« Entre les Chevaliers du Roi Arthur et Star Wars, je choisis Star Wars. Entre le St Graal et l’Etoile de la Mort je choisis l’Etoile de Star Wars. A chacun son rêve et son cauchemar, mais ceux-ci me semblent appropriés à notre siècle qui se croit si malin. Aux hommes d’Etats qui croient encore aux secrets du même nom, aux policiers armés de plexiglas luttant contre les bergers antinucléaire. Les pâtres écologiques qui ont en face d’eux des chevaliers articulés de plastique, c’est Luke Skywalker qui-marche-sur-le-ciel, c’est la princesse Leïa, c’est Star Wars […] La terreur de l’autorité, des casques, des bottes et de l’armée c’est Star Wars. »

Un Nouvel Espoir (qui n’a été renommé ainsi que tardivement) mettrait donc en image les angoisses de son auteur et de son époque, à savoir la peur du retour d’un état conservateur et policier. Lucas a souvent déclaré s’être effectivement inspiré de l’Amérique de l’ère Nixon pour créer l’Empire. Une Amérique qui a, selon lui, étouffé la contre-culture et tout fait pour un retour aux valeurs traditionnelles. Alors certes, pour cela il utilisait notamment une esthétique rappelant les uniformes Allemands de la guerre 1939-1945 pour habiller les Impériaux ; un aspect « nazi » évoquant tout de suite le totalitarisme dans nos cerveaux d’occidentaux. Mais si Lucas évoque le Nazisme pour illustrer une version science-fictionnelle des Etats Unis, est ce qu’il ne nous ferait pas du Starship Trooper (le film de Verhoeven, hein, pas la sombre réactionnite qu’est le bouquin de Heinlein) avant l’heure ? Star Wars serait-il un film de Nazixploitation indirect ?

Il n’est pas étonnant de voir en Star Wars cet aspect contestataire dirons-nous. Si on se replonge quelques secondes dans la filmo de Lucas, on constate vite que THX 1138 était une dystopie critiquant fatalement la société de son époque, et American Graffiti se terminait sur un carton de texte brutal et inattendu nous apprenant, entre autre, qu’un des héros est mort au Viet Nam.

Mais qu’en est-il de la prélogie (il faut bien y revenir de temps en temps) ? Lucas a souvent expliqué, et on veut bien le croire, qu’elle a été imaginée dans les années 1970. Ceci dit, cela ne l’empêche pas d’exploiter, consciemment ou non, les grandes angoisses du début des années 2000.

L’épisode I nous présente une République complètement gangrenée par des puissances commerciales plus fortes que les Etats. C’est ce qu’est la Fédération du commerce, une nation/planète complètement vouée à une entreprise (un peu comme un pays au sud de la Corée du Nord). Les autres séparatistes que les épisodes suivants nous présenteront (le clan bancaire, les industries géonosiennes ou encore mon petit préféré le Techno Syndicat), sont également des entreprises privées qui veulent faire plier les gouvernements à leurs intérêts non moins privés. C’est un thème brûlant d’actualité (glyphosate, Mosanto et compagnie, ou bien les questions des normes de pollution et du lobby automobile…), et il l’était déjà en 1999 ou dans les années 1970

L’Episode II inclut des éléments très représentatifs de son époque. Nous étions justes après le 11 septembre. Un peu comme dans Xmen 2 de Bryan Singer, Lucas débute son intrigue sur un attentat qui pousse les héros à enquêter et à découvrir des fabriques d’armes ; les armées de robots des méchants mais aussi l’armée de clones conçue en secret pour le compte du grand méchant aussi. Et cette enquête va mettre au jour (du moins pour le spectateur) un vaste complot pour créer une guerre de toute pièce. Ce climat post 11 septembre est présent dans un bon milliard de films US, et récemment on l’a également revu dans l’excellent Star Trek Into Darkness de JJ Abrams.

L’Episode III, lui, montre comment un pays (ici la République galactique, ce n’est pas vraiment un pays m’enfin), en recherchant la sécurité devient un état policier et militariste (tout cela ne sonnerait il pas comme familier à vos oreilles ?).

Pour exprimer ces idées, la prélogie joue sur deux champs. Le premiers est peut être le plus violent, mais ce sont les dialogues. On a souvent jugé cette prélogie comme bavarde et c’est vrai. Et paradoxalement on a jugé qu’elle n’allait pas assez loin dans la politique, mais n’oublions pas que nous ne sommes pas dans House of Cards, mais dans Star Wars. Cette volonté de présenter un contexte complexe démontre toute l’ambition qu’avait Lucas pour son œuvre.

Le second champ, beaucoup plus rigolo à étudier, c’est l’esthétique, la mise en scène. Lucas va reprendre l’imagerie « proto fasciste » de la trilogie originale. Il va l’appliquer à la République galactique et sa grande armée de clone, de manière de plus en plus évidente au fil des épisodes. L’autre aspect qu’on peut admirer, c’est la représentation des Séparatistes, qu’on pourrait résumer comme les grands méchants capitalistes de cette histoire. Ils sont tous moches, plus insectoïdes les uns que les autres. Je suis sûr que Lucas n’a rien contre les extra-terrestres en formes d’insectes, et que la plupart d’entre eux sont de sympathiques personnes, Mais le fait est que cet aspect fait sens. On aime à rendre les méchants moches et affreux dans nos histoires, et on a souvent représenté dans la science-fiction les E.T comme de gros insectes ( par exemple). L’âge d’or de l’insecte spatial date des années 1950 au cinéma, et les films de SF US d’antan étaient presque toujours des métaphores du « péril rouge ». L’insecte de l’espace représentait l’être aliéné face à un communisme si facilement assimilable à l’esprit de ruche des abeilles ou pire des fourmis, à tort d’ailleurs. L’insecte de l’espace n’a ni personnalité ni individualité et sers des projets fondamentalement nocifs à l’humain. Lucas, pour créer ces méchants capitalistes cosmiques, reprend ce cliché daté, et le détourne pour sous-entendre que le capitalisme est aliénant pour le bas peuple [ndlf : un fait marrant pour quelqu’un qui a construit sa fortune personnelle sur le mechandising]. La présence des droïdes de combats n’est pas non plus un hasard, puisque eux aussi fonctionnent comme un immense tout sans individualité.

Poggle_Geo

Géonosien, méchant et fier de l’être. Et loin d’être raté.

Demi-molle

Pour les courageux lecteurs qui sont arrivés au bout de ce troisième article, (vous pouvez réclamer auprès du Faquin des goodies à accrocher à vos sacs à dos), je vais finir tout ça par une petite note personnelle. Star Wars, ce n’est pas un scoop, est l’une des « franchises », ou l’un des univers les plus florissant et important du 7eme art. Depuis sa création, c’est une marque omniprésente. Cette saga est si riche, qu’elle a touché et passionné énormément de monde pour énormément de raisons. Et c’est bien normal que chacun y cherche quelque chose de particulier, et moi ce que j’y cherche s’est trouvé être dans la prélogie ; un univers complexe, riche, avec des problèmes géo-politiques. Et certainement pas juste des vaisseaux qui se tirent dessus, des designs dignes de rien du tout, et le tout dans une mise en scène et un scénario approximatifs comme nous l’a présenté l’Episode 7 [ndlf : le Faquin n’est pas d’accord]. Et pour ne pas finir sur une note négative, et bien j’espère que le 8 sera le meilleur film du monde. Et je vous laisse sur une jolie photo d’un personnage et d’une BO qui, je crois, font l’unanimité.

Lemming Affranchi.

Sur le ciné : Trucages et Effets Spéciaux – Histoire d’une pratique partie 1 et partie 2.
Sur Star Wars : Interview et Entretien de Laurent Aknin,
Star Wars – Une saga un mytheStar Wars : Un monde en expansion.

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