Pourquoi je raffole d’adaptations BDs de grands classiques

Pourquoi je raffole d’adaptations BDs de grands classiques.

Méninge Faquin

On dit souvent les pires misères des adaptations cinéma de grands classiques de la littérature. Et le cas de la trilogie du Hobbit de Peter Jackson a été éminemment édifiant à ce propos. Sur La Faquinade, avec le Lemming Affranchi, nous essayons justement de mettre en regard cela afin de comprendre ce qui fait « une bonne adaptation », même si je doute qu’une recette absolue existe.

Nous avons ainsi pu passer par Le Treizième GuerrierSphereJurassic ParkCheval de GuerreEmpire du SoleilSeul sur MarsDraculaBlade RunnerMinority ReportTotal RecallAu-delà d’un simple listing, il y a une véritable volonté de mettre en avant des grands classiques que l’on connait surtout sous leur forme filmique et c’est un point sur lequel nous essayons d’appuyer régulièrement.

Pourtant, vous l’aurez compris au titre de cet article, ce n’est pas exactement de cela que nous allons parler aujourd’hui. Bien évidemment, toute forme d’adaptation passe nécessairement par des processus similaires (réécriture, spécificités de format…) mais ce n’est qu’une petite partie de ce qui nous intéresse, que nous évacuerons bien vite.

Nous allons parler de ces romans graphiques et bande-dessinées qui, de plus en plus, nous proposent de (re)découvrir des oeuvres littéraires sous un autre format.

Vous le savez, j’aime prendre la mer. Riff Reb’s m’y emmène à l’occasion…

Premier Plan

J’ai menti. Haha. On va encore parler un peu du cinéma, notamment de la forme des adaptations au cinéma. En effet, on l’a vu en introduction, c’est un débat ouvert depuis des lustres sans que personne n’arrive à se mettre d’accord. Ce qui est le principe du débat, d’ailleurs. C’est pourquoi, avant de parler d’adaptations en bandes-dessinées, et de pourquoi j’aime cette forme la, il convient de terminer avec la forme cinématographique.

Mais oui : pourquoi ne vous ai-je pas titré un article dans le style : « Pourquoi je raffole d’adaptations ciné de romans » ? Déjà parce que ça serait mentir. Je n’en raffole pas tant que ça. La forme filmique est en effet, comme toute autre forme, soumise à des impératifs divers : format, production, réécriture, durée, mise en image, interprétations, paysage sonore… qui tranchent bien souvent avec l’oeuvre textuelle. Un film, c’est, dans l’acceptation commune, entre 1h30 et 2h30 d’images successives synchronisée avec une bande-son et/ou les dialogues des comédiens.

Et ce sont bien les restrictions de format – quand ce ne sont pas les orientations de production – qui noircissent mon jugement quant à ces dites adaptations ciné. Il est effectivement indubitable que certaines adaptations s’en sortent remarquablement bien, comme le magique Master & Commanders adapté des romans de Patrick O’Brian. Mais je continue, de façon très personnelle, à sortir frustré d’adaptations cinéma dont je connais l’oeuvre originale et… de plus en plus, en vieillissant – ou simplement en exerçant mon regard critique -, également pour des adaptations dont je n’ai pas lu l’oeuvre de base…

Alors je m’interroge : pourquoi ? Comment ? Est-ce que les élections présidentielles se tiendront vraiment le 23 avril prochain ou est-ce que c’est juste un hoax ? La grand mère à qui ?

Si, à certaines de ces questions, personne n’apportera jamais de réponse, pour les deux premières, au moins, je peux dire pourquoi : cela tient au format. On me susurre dans l’oreillette que je l’ai déjà dit, mais je m’en fous. Je suis frustré car un film n’a bien souvent pas le temps de développer la profondeur d’un bouquin en 1h30 à l’écran. D’où mon profond rejet de la saga Harry Potter au cinéma, que je trouve souvent faible, voire morose ou ridicule (coucou Le Prisonnier d’Azkaban). Et quand on leur octroi le temps et les fonds suffisant, souvent, ça devient n’importe quoi, cf la fameuse trilogie de Jackson citée plus haut.

Encore une fois, je ne tire pas à vue sur les adaptations ciné, on en a chroniqué de merveilleuses ici, je ne fais qu’expliquer mon rejet souvent tartiné de déception de la plupart d’entre elles. Et celles qui réussissent sont bien souvent celles qui réinterprètent ou prennent leur libertés par rapport à l’oeuvre originale – sans toutefois en trahir l’esprit : qui dirait aujourd’hui de 2001 Odyssée de l’Espace de Kubrick que c’est une pâle adaptation du roman d’Arthur C. Clarke ? Non c’est une oeuvre à part entière.

La forme de la bande-dessinée, ou du roman graphique, colle bien souvent beaucoup mieux à ce que j’attends d’une adaptation. Si les contraintes liées au média croisent celles du cinéma (mise en image, réécriture, notamment), on croise souvent moins de contraintes de production pesant sur la longueur, le style, la réécriture. Ce dont je me rends compte en écrivant ces lignes c’est que, au-delà d’une préférence personnelle, c’est que ce qui me manque au cinéma, c’est la pro-activité.

Quand je lis un livre, une bande-dessinée, un journal ou le dernier bon de commande d’un de mes fournisseurs au taff, je cherche les mots des yeux, je les pourchasse dans les lignes, les captures et les ingère pour en faire de petites scénettes dans la tête, toutes colorées à la fois par le propos et mon esprit du moment. Quand Aragorn, dans le film Le Retour du Roi, fait son discours dans lequel il explique « qu’un jour viendra ou le courage des hommes faillira, où ils abandonneront leurs amis » mais que « ce jour n’est pas arrivé ! Aujourd’hui nous combattons !« , j’ai beau être en larmes à chaque fois et taper des pieds par terre pour masquer ma pudeur de gazelle – sans rire, je viens de me le refaire pour le bien de la vidéo et j’ai encore versé ma valseuse à « Today we stand, men of the West!« , bordel – je reste un gros passif. Il me balance son pathos à la face et, aussi beau qu’il soit – et je ne parle pas de Viggo Mortensen, hein, mais du pathos – je n’ai rien à imaginer. Alors j’aime bien sur le moment mais quand j’ouvre le texte de Tolkien – ou plutôt la traduction de Francis Ledoux – j’ai autre chose à l’esprit. Je ne hiérarchise pas, je dis juste que j’ai autre chose, un truc à moi, que je ne pourrai pas exprimer ni décrire.

C’est bien le propre de la lecture et cela me manque au cinéma quand il s’agit d’une adaption. Alors oui mais la bédé eh bah c’est pareil y’a des images on t’impose. Certes. Allez pour la peine j’octroie 3 points à Serpentard. Car c’est tout ce qu’on impose du paysage imaginaire du livre. On fixe un cadre visuel, cadre qui tient au format, comme pour le cinéma. Cependant je peux toujours lire, me plonger dans les phylactères et je rebondis sur les glissements de vignettes.

Est-ce donc une forme d’hypocrisie qui  me pousserait de la sorte à une telle préférence ? Non, je ne crois pas. Un ressenti très personnel, ça oui.

Le sujet est vaste, de Stefan Wul à Edgar Allan Poe en passant par Herman Melville… de l’inattendu, donc.

Phylactère toi-même

Il reste une question à écluser avant de passer à la suite : et les adaptations BD de film ? Et les adaptations ciné de BDs ? Pour la première je répondrai bien que, hors les tomes spéciaux de chez Marvel pour la sortie d’un film de la licence, j’ai pas d’idée d’un autre cas et, donc, je ne vois pas l’utilité de se pencher sur la question. Pour la seconde eh bien disons que le premier qui me cite « Boule et Bill » ou « Lucky Luke » prend un direct entre les deux yeux. Mais il est vrai qu’il y a eu 300Snowpiercer et quelques autres. Reste le cas du Marvel Cinematic Universe qui n’est pas selon moi une série d’adaptations mais une série de portages de personnages à l’écran, qui réécrivent de nouvelles histoires (un univers complet même, depuis l’origine) et sont donc, par cet aspect, indépendantes de leurs ancêtres papier.

Bon, maintenant… Pourquoi je vous parle de ça aujourd’hui ? Déjà parce qu’il faut bien parler de quelque chose. Plus sérieusement, cela fait plusieurs mois que j’ai pris plaisir à retrouver le chemin des phylactères. Mon retour sur Dijon a rimé avec l’agrandissement de la librairie d’un ami, la collaboration avec celle d’un autre et un partenariat entre ma boutique et les leurs. D’autant que, depuis peu, ma moitié est libraire dans l’une de celles-ci, rayon BD. Alors forcément, je lis ‘achement plus de trucs dessinés que lorsque j’ai commencé ce blog.

Deux choses sont alors apparues comme évidente : lire deux bouquins par semaine étant devenu impossible pour moi, un bouquin par semaine devenait également un rythme que je ne pouvais tenir. Par contre j’arrivais à lire plus vite, ayant un oeil plutôt habitué à l’image, des romans graphiques de plusieurs centaines de page et à les analyser de la même façon. Me voilà parti sur un terrain que je n’avais pas prévu. Je ne suis pas calé en dessinateurs, très peu en auteurs, les labels et éditeurs me sont plus familiers, certes, mais ça fait quand même un grand pas.

Et puis je me suis aperçu d’une autre chose : dans ma bibliothèque, la plupart des tomes de bédés et romans graphiques que j’avais récupérés ces derniers temps avaient tous un gros point commun, bien que je ne l’aie pas toujours remarqué immédiatement. Ils sont en effet pour la plupart des adaptations directs de romans, souvent issus des imaginaires qui sont ceux de ce site : aventure, horreur, fantastique, fantasy, science-fiction…

Je n’ai vraiment pas fait exprès de tomber sur Bilbo le Hobbit de Dixon et Wenzel, sur A Game of Thrones d’Abraham et Patterson, sur les Histoires extraordinaires d’Edgar Poe de Thouard et Seiter, sur Le loup des Mers de Riff Reb’s, sur Le Dernier des Mohicans de Cromwell, ou Moby Dick de Jouvray et Alary, sur Le Cri du Peuple de Tardi et Vautrin, sur L’Assassin Royal de Gaudin, Sieurac et Picaud ou encore sur Niourk de Vatine. Mais ce ne sont pas les seules adaptations directes mais également les prolongations d’écriture qui m’intéressent, comme dans le cas de Darren Aronofsky qui prolongea The Fountain et Noé dans deux magnifiques romans graphiques.

Bref, vous l’aurez compris, un nouveau format va voir le jour sous peu, qui vous proposera d’aller épier de nouveaux horizons visuels et littéraires sur la Faquinade. Ce format, qui s’appellera Brèves de Phylactères, je veux qu’il soit court pour s’adapter à deux contingences : le temps, qui me manque bien trop souvent, et la rapidité de lecture, qui laisse bien souvent moins le temps de digérer l’ouvrage. Ce que vous n’y trouverez pas, cependant, c’est une analyse précise des dessins, des couleurs, des techniques employées ou du style proposé. Ce n’est pas ma formation et je serais bien mauvais à m’affubler des oripeaux des professionnels.

Comme je l’ai déjà dit un peu au-dessus, les Brèves de Phiylactères s’intéresseront souvent à des mises en lumière de textes ou d’auteurs célèbres des littératures de l’imaginaire au sens large, mais s’attarderont probablement aussi de temps à autre sur des morceaux choisis dont l’analyse aura un propos certain soit dans la ligne éditoriale du moment, soit dans l’actualité dans laquelle ils s’inscriront. Par exemple, un focus de plusieurs mois sur l’idée de révolte saurait mal s’imaginer dans un détour par les 4 tomes du Transperceneige.

Enfin, j’ai longtemps hésité à lancer ce format car si à l’origine du site  j’avais espoir qu’un camarade spécialiste des comicbooks me rejoigne pour agrandir le champ d’étude de la Faquinade, cela ne s’est jamais fait et je ne me sentais pas les épaules pour le lancer dans une telle entreprise. Aujourd’hui, j’ai trouvé un angle d’approche qui me parait intéressant, pertinent et qui me permet d’éviter l’écueil de la pâle copie du travail d’autrui, comme par exemple celui des excellents chroniqueurs du Bibliocosme qui ont fait du chemin entre les médias une de leur spécificité. J’espère qu’ils ne m’en voudront pas de me rajouter à la longue liste de ceux qui prétendent avoir quelque chose à dire.

Non parce qu’à un moment, je me suis dit qu’il fallait vous parler en mots simples. Voilà qui devrait évoquer quelque chose à tous.

Conclusion

Quoiqu’il en soit, mon but par cet article était double : introduire une nouvelle forme d’écriture que vous allez très rapidement être amenés à croiser sur la Faquinade et présenter la réflexion qui a été la mienne sur le sujet et qui, je pense, a l’intérêt de susciter, si ce n’est des réactions en commentaire, au moins des réactions réflexives chez ceux qui la liront.

Je vous laisse donc avec ce goût d’avant-première dans la bouche en espérant que ce nouvel aspect de la vie du site vous intéresse. N’hésitez pas à réagir à cet article et à débattre de ces difficiles notions d’adaptations.

Vil Faquin

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