News 22 / 27.9.16 & Les Océans du Ciel

Hugh,

Ici Vil. Vous l’aurez remarqué, je n’ai pas posté beaucoup ici bas. Pis ! C’est même la troisième news consécutive qui apparaît ici sans la moindre publication littéraire et, croyez-moi, j’en suis peu fier.

Mais, bien entendu, comme toute chose sur cette bonne vieille Terra, tout s’explique. La cause principale de mon activité est duale : je traverse une période d’intense fatigue et je n’ai pas beaucoup le temps de lire. Vous me direz fort justement que ces deux causes sont probablement intimement liées et vous n’aurez pas tort du tout.

La première vient du fait que, certains s’en souviennent, j’ai redéménagé dans ma Bourgogne natale pour aller y exercer un emploi qui me plait tout particulièrement. Mais, ce que certains ne savent pas – sauf ceux qui me suivent sur les réseaux sociaux – c’est ce dont boulot relève : vendeur de jeux de plateau, de rôle, de figurines, de cartes, et de grandeur-nature, j’ouvre bientôt une boutique de jeu spécialisé sur Dijon.

Elle est belle notre identité visuelle, encore une fois travaillée par l'excellent Gaths Design, déjà responsable de celle de La Faquinade.

Elle est belle notre identité visuelle, encore une fois travaillée par l’excellent Gaths Design, déjà responsable de celle de La Faquinade.

Cette boutique, qui s’appellera Terra Ludica (page facebook), vous l’imaginez aisément, me prend beaucoup de temps, notamment tout ces moments où, oisif, j’aimais à lire au calme et à écrire mes billevesées. Désormais, quand j’ai un moment de calme, j’essaie de le consacrer avant tout à du repos ; pour certains, lire est effectivement un repos, mais pour moi il s’agit d’un travail de prise de note constant, de veille, qui me pousse à être concentré même pendant mes instants de détente. Voilà pourquoi j’ai eu une sorte d’overdose juste après la fin du Prix Exégète 2016.

L’ensemble de mon énergie depuis cet été est donc tourné vers cet objectif important de ma vie et, ceci, j’espère que vous le comprendrez tous, habiles lecteurs. Malgré cela, je tenais aussi à présenter à vous tous – les quelques 1500 personnes qui avez visité La Faquinade depuis la rentrée officielle de début septembre malgré l’absence de nouvelles publications et les autres, qui me suivez sur les réseaux sociaux – des excuses sincères, ainsi qu’aux quelques éditeurs qui ont continué à me faire parvenir certains de leurs ouvrages que je n’ai, bien évidemment, pas eu le temps de traiter.

Ceci dit, je n’abandonne pas. Non ! Je vais plutôt revenir sous un nouveau rythme d’un article par semaine. Cela me semble plus adapté à mes nouvelles capacités de lecture maximum et au temps que je peux consacrer à l’écriture des billets. Un article par semaine pour la production régulière mais cependant j’essaierai de travailler plus avant les Editos et Interviews afin d’essayer de vous livrer un contenu de meilleur qualité et toujours aussi diversifié.

Pour tout le reste, je vais aussi, sur mon temps libre, essayer de développer mon activité d’intervenant (modérateur, conférencier…) sur les salons ou dans les cinémas avec une série de nouveaux sujets à aborder. Le but est clairement de continuer à prendre de l’expérience pour vous proposer un de ces jours (à long terme, hein) une nouvelle forme de contenu inédit et, je l’espère, inovant sur les littératures de l’imaginaire, le cinéma de genre et la culture populaire en général.

D’ailleurs, en parlant de ça, je serai bien évidemment ce samedi et ce dimanche à la Convention Octogônes au Double Mixte de Villeurbanne (banlieue de Lyon), à la fois au nom de ma future boutique Terra Ludica et de la Faquinade. Le dimanche, je donnerai notamment une petite intervention en ouverture de la dernière table-ronde de la journée consacrée à L’Imaginaire de l’Effondrement (que je modérerai ensuite) intitulée La poétique de l’insularité ou la partition du réel dans l’effondrement à travers l’exemple de Chrétien de Troyes.

Si ça, ça ne vous envoûte pas…

Cacher des Brebis galeuses dans les Tunnels sous Les Océans du ciel, c'est pas jojo.

Cacher des Brebis galeuses dans les Tunnels sous Les Océans du ciel, c’est pas jojo. #JeanMichelBlague

Les Océans du Ciel

Kurt Steiner

Qu’il ne soit pas dit que je revienne sur La Faquinade sans la volonté de remettre un peu de fiction de genre au menu de la soupe du jour. Mais, vous l’avez lu juste avant, j’ai besoin de me remettre en selle – sans s, sinon c’est dégueulasse  – doucement avec de petits tomes.

Et puis, vous savez également que j’adore la vieille littérature sf, comme on dit. Enfin je crois qu’il n’y a que moi qui utilise ces mots. Bon, tant pis. Quoiqu’il en soit, c’est en 1967 que nous nous envolons avec Les Océans du ciel de Kurt Steiner, publié chez J’ai Lu. Pourquoi ai-je choisi cet ouvrage parmi tant d’autres de ma collection ? Et bien les plus fidèles d’entre vous savent à quel point je suis dépendant des illustrations. J’accorde une part très importante du choix de mes lectures selon le feeling que je ressens en voyant la première de couverture d’un ouvrage. Et là, BIM, Monsieur Christopher Foss aux manettes, un illustrateur américain au style très rétro que j’affectionne tout particulièrement – et aussi parce qu’il a designé les Star Destroyers de Star Wars sans le savoir, mais c’est une autre histoire. Initialement publié chez Fleuve Noir dans leur célèbre collection Anticipation, numéro 315 sur 2000, nous avons à faire à la première édition poche de 1977 (une autre aura lieu en 1992).

Kurt Steiner est un nom qui ne me disait trop rien… Et puis, à force de recherches, j’ai réussi à déchiffrer une antique rune maya cachée dans une grotte de Mayenne et… Oui, bon, ok, c’était noté sur le quatrième de couverture. Kurt Steiner est un des pseudonymes, le plus utilisé, d’André Ruellan. Outre le fait que le bonhomme soit connu principalement dans notre milieu comme l’auteur d’une bonne flopée de titres pas tous mémorables mais dont certains ont fait leur petit bruit (Tunnel notamment), il faut savoir qu’il a été médecin, illustrateur et aussi scénariste pour quelques longs métrages, notamment avec Pierre Richard et Jean-Pierre Mocky. Sa page wikipedia nous apprend même une anecdote tout à fait essentielle que je m’en vais vous retransmettre fidèlement afin de gagner quelques signes sur cet article :

[Dans] Le Distrait [de] Pierre Richardil interprète une scène – à la 52e minute – dont le texte est : « Il faut un spécialiste. Je suis maître nageur. »

Voilà, il fallait que vous sachiez.

Maintenant que le cadre est posé, qu’est-ce que c’est quoi, Les Océans du ciel ? C’est un petit bouquin (154 pages) qui raconte la drôle d’aventure d’une bande de corsaires de l’espace – le premier qui siffle le générique d’Albator aura le droit de sortir de la pièce dans laquelle il se trouve après avoir soigneusement laissé le code de sa carte bleue en commentaires, merci – qui se retrouve piégé par l’administration de la Fédération Galactique et contraints d’aller enquêter aux confins d’une route commerciale sur laquelle surviennent d’étrange disparitions de vaisseaux commerciaux ainsi que, dernièrement, un croiseur de combat.

Nos comparses, dont les noms sont… ma foi surprenant (le capitaine s’appelle Tiphaine, ses lieutenants Ogier, Egbert, Ferrand…) se voient assigner la compagnie d’un agent spécial (Roland) et récupèrent au cours de la route l’un des seconds rôles les plus inintéressants de toute la science-fiction française en la personne de Mélinia. S’ensuit une enquête de planète en spatioports et de lunes en satellites pour trouver les causes de ces disparitions.

Si l’écriture n’a absolument rien de remarquable, quelques idées sont malgré tout agréables à la lecture. La découverte et l’étude d’une race extra-terrestre intelligente et humanoïde est pour le lecteur rafraîchissante tant elle permet d’oublier certains passages poussifs, notamment la plupart des scènes de dialogues. Les personnages sont souvent fades et prévisibles, archétypaux à la limite du supportable et j’ai rarement connu une lecture aussi complètement dénuée d’empathie pour les protagonistes. Les recherches en biologie sur cette fameuse race permet à l’auteur de laisser libre court à la fois à sa formation en médecine et aussi à ses idées loufoques sur de possibles civilisations. Mais toujours, on retombe sur nos pieds : non, décidément, des guêpes et des fourmis tueuses géantes, ce n’est pas une riche idée et je ne crois pas m’avancer en disant qu’à l’époque non plus. Et puis il y a la prolifération des noms propres. Steiner, ou plutôt Ruellan, a réellement créé tout un univers – ou du moins un secteur de la galaxie – comprenant peuples, planètes, lunes, satellites, races, … mais – oui parce qu’il y a toujours un mais sur ce bouquin – c’est le bordel. Il y a trop d’informations, de noms en trop peu de page. Les races, personnages, planètes nommés ne sont pas facilement identifiables au premier coup d’oeil, on se perd à revenir en arrière pour voir qui est qui… Sachant qu’une partie de l’intrigue est basée sur des pistes brouillées entre deux races, si on ne peut pas distinctement les différencier d’emblée, c’est gênant. Alors je veux bien qu’on nous lâche in media res comme ça, sans autre explication que le fait qu’on ait ouvert le bouquin, mais parfois ça colle et parfois, ça ne colle pas. Désolé.

Néanmoins, quelques bons passages et bonnes idées tirent un peu vers le haut ce court roman oubliable sans jamais toutefois réussir à porter un message autre que le fil du récit. J’ai cherché dans la résistance du roi face à une aristocratie des parallèles possibles avec l’actualité d’alors mais n’ai rien trouvé, ni en France, ni dans le contexte de la Guerre Froide. Pas que je veuille absolument trouver des liens à tout mais… j’ai essayé de sauver ce qui pouvait l’être avec ce que le récit voulait bien me donner. Rien d’évident.

D’autant que les rares passages où l’on pourrait se lier d’affection avec les personnages, on en vient à les détester encore plus au fil de leurs réflexions tantôt racistes – même si c’est en quelque sorte justifié par le fait que la Fédération Galactique humaine est ici en conflit avec deux races extra-terrestres – ou encore sexistes. Les personnages féminins sont considérés comme des faire-valoir – et encore, ça on a l’habitude malheureusement – mais surtout sont utilisés à des fins pseudo-comiques à grand renfort de blagues lourdes, de réflexions gênantes et de descriptions embarrassantes où on s’attendrait presque à voir la face de l’auteur sortir du bouquin pour vous faire un clin d’oeil avec un sourire un peu pervers.

Chris Foss, illustrateur de talent pour des auteurs tels que A.C. Clarke, A.E. Van Vogt, I. Asimov, C. Priest...

Chris Foss, illustrateur de talent pour des auteurs tels que A.C. Clarke, A.E. Van Vogt, I. Asimov, C. Priest

Un retour en beauté

Non mais je vois ce que vous voulez dire. J’aurais pu choisir mieux mon texte pour ce retour. Oui, sur la qualité intrinsèque du récit et de l’écriture, vous avez on ne peut plus raisons, tatillons lecteurs.

Mais je n’ai pas choisi ce livre pour cela. Un peu pour la couverture il est vrai, mais parmi une pré-sélection. Cette pré-sélection était tirée d’ouvrages que je savais moyens, voire parfois limites limites. D’où sortent ces ouvrages ? De ma collection de Fleuve Noir Anticipation ou des rééditions de ceux-ci. J’avais été attristé de voir le réactionnisme de certains membres éminents du milieu de la science-fiction française se plaindre qu’il n’y avait plus rien de potable de nos jours dans le milieu. Par la sélection du Prix Exégète 2016, je prouve le contraire. Ces mêmes individus qui souvent mentionnent la prolifique collection FNA comme exemple absolu du génie science-fictionnel à la française.

Avec cet ouvrage de Kurt Steiner/André Ruellan j’ai voulu rétablir une vérité : Fleuve Noir et sa collection Anticipation n’est pas peuplé que de doux rêveurs aux belles idées. Il y avait de tout, à boire et à manger, comme on dit. Surtout à vomir, parfois. Quand j’entends que le scandale du Prix Hugo 2015 ne serait jamais arrivé dans le passé, je rétorque de bien regarder le passé parfois à la limite du collaborationniste – le mot est très volontairement fort – de certains responsables et/ou auteurs aux origines de certaines collections… Bon nombres des 2000 ouvrages de la collection FNA (par exemple) sont, au mieux, insipides et relèvent souvent d’une bassesse idéologique qu’il fait mal de lire. Alors oui, il y a des perles, mais il n’y avait pas que du bon.

Comme aujourd’hui. Sauf qu’aujourd’hui, les lecteurs étant devenus exigeant grâce à la multiplication des avis en ligne, des blogs, des podcasts – il faut bien qu’on serve à quelque chose, hé ! -, et la science-fiction s’étant répandue au plus grand nombre, les textes publiés par des maisons aussi prestigieuses que Fleuve Noir sont souvent de bien meilleure qualité et cela, il s’agirait de ne pas l’oublier.

Alors voilà, on arrête de cracher dans la soupe, je me remets aux articles, les vieux cons la bouclent, tout le monde est content. C’est bon, la soupe.

Vil Faquin.

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5 commentaires

  1. Franchement, c’est un bouquin que j’ai pas détesté, pour ma part. bourré d’idées marrantes. C’est de la petite SF, et clairement pas un grand Steiner (lisez plutôt Le Disque Rayé). du tout venant old school, quoi, mais que je trouve pas déplaisant.

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