Interview de Patrice Louinet / 8.7.16

Interview de Patrice Louinet.

Présentation

Bonjour, t’es qui ? Je suis Patrice Louinet, « expert mondial » de Robert E. Howard, comme a un jour dit l’autre. En clair et en bref, pour ceux qui ne me connaissent pas, je suis un spécialiste de la vie et l’œuvre de Robert E. Howard, Père Fondateur de la Fantasy moderne (à importance égale avec JRR Tolkien), et comme on a dit beaucoup de choses stupides sur la vie, l’œuvre et le talent de mon auteur, et ce des décennies durant, je me bats depuis longtemps pour aider à le rétablir, et mon champ de bataille est vaste : les deux côtés de l’Atlantique, l’œuvre littéraire, les ouvrages de vulgarisation, le champ universitaire et les produits dérivés (jeu de plateau, jeu de rôle, bédé, et le prochain film avec Arnold S. (non, là, je rigole : il n’y aura jamais de prochain film avec Arnold S. !)

Ca va ? J’veux dire la vie, la famille ? Oui, j’ai plein d’activités diverses, avouées, cachées, mais suffisamment diverses et riches ; j’ai la vie dont j’ai toujours rêvé, je côtoie des gens que j’ai longtemps idolatrés. Bref, tel un schtroumph au bonheur écœurant, je suis joie.

Et sinon, tu as un vrai métier ? J’en ai trois, oui, et je suis aussi étudiant. J’aime changer de casquette. Faut dire que j’aurais du mal à changer de coiffure, alors…

Un guide qui est plus qu'un guide. C'est un programme de réhabilitation qui porte ses fruits !

Un guide qui est plus qu’un guide. C’est un programme de réhabilitation qui porte ses fruits !

Ce métier social

Présentation du parcours. Pffff, long et compliqué : je suis passé de lecteur de bédé à lecteur de nouvelles, de lecteur à étudiant, d’étudiant à auteur d’articles, d’auteur d’articles à spécialiste, puis « editor », puis traducteur, puis, puis, puis, etc. J’ai eu la chance de faire le parcours que je voulais plus ou moins avoir, être sérieux sans me prendre au sérieux, tenir le fan en moi en laisse et éloigné du spécialiste, et ne jamais avoir triché sur mon enthousiasme. Sinon, je ne peux pas avancer.

Pourquoi Howard ? Je veux dire, pourquoi lui plutôt qu’un Dick, un Lovecraft ou autre ?Parce qu’on n’a pas le choix de ses obsessions, voyons. Et Howard n’avait jamais été servi par ceux qui étaient censés le promouvoir. Quand j’ai commencé à écrire, je luttais pour une cause considérée comme perdue, avec une montagne titanesque devant moi et mes quelques comparses. Je me rends compte que ça fait presque de moi un Hobbit, or je hais les Hobbits avec une force peu commune. Mais c’est bien ce qui s’est passé.

J’ai pu voir, en te suivant sur les réseaux sociaux, que tu vadrouillais dans plusieurs pays pour parler de l’œuvre de l’auteur, dont tu es devenu un spécialiste mondial, cela facilite-t-il ton travail de traduction ? En fait j’ai commencé à bosser pour les Anglais et les Américains. La France est arrivée plus tard. Les premiers Howard chez Bragelonne étaient simplement les traductions des ouvrages que j’avais dirigés pour les Anglo-Saxons. Je me suis même retrouvé à devoir me traduire moi-même en Français… (cf Dick plus haut, pour la sensation d’irréel !).

Bon, c'est pas les textes chez J'ai Lu qui vont contredire Patrice, malgré les couvertures signées Fraztta !

Bon, c’est pas les textes chez J’ai Lu qui vont contredire Patrice, malgré les couvertures signées Frazetta !

Oeuvre

J’ai cru comprendre que avais une activité universitaire/de recherche concernant Howard ou son œuvre tu veux bien nous en parler ? Je suis effectivement en deuxième année de thèse en Littérature Anglophone à la Sorbonne. Mon sujet porte sur les « traumas et les conflits symboliques dans l’œuvre de REH ». Je pense que ça fera parler… On verra !

Qu’est-ce que tu as souhaité apporter au travers de tes traductions et qui manquait dans les diverses traductions ? La fidélité aux textes originaux et surtout une présentation conforme à ce que voulait Howard. Enterrer cette stupidité de vouloir faire une « biographie » de Conan, self-made man hyborien.

Conan est un personnage qui a connu de nombreuses adaptations : au cinéma, à la télévision, en comicbook, des fan fictions, des jeux-vidéo, même des groupes de musique, jeux de plateau… La tendance s’étant un peu calmée, comment expliques-tu le succès du Guide Howard chez Actu SF et des rééditions par Bragelonne ? La tendance s’était calmée. Pour ne parler que de ce qui est officiel, le jeu de plateau est un carton monstrueux à l’échelle planétaire, le jeu de rôle arrive dans 8 jours au moment où je réponds à cette question, et va être annoncé un truc énorme d’ici la f… ah, non, ça je ne peux pas vous le dire, mais c’est signé… Pour ce qui est du succès, Howard est en train de prendre la place qui est légitimement la sienne : celle d’un Père Fondateur. Il est de plus en plus reconnu en tant que tel. En France, les Bragelonne ont participé à ce mouvement par le soin apporté aux ouvrages (je parle de la maquette et de la présentation, là). L’idée était de présenter cet auteur « comme » un classique, et non plus en truc de gare. Les gens de Bragelonne ont été absolument géniaux à ce niveau-là, et évidemment c’est une très grosse locomotive qui a mis tout son poids dans ma folle entreprise. Bref, en quelques années, le lectorat hardcore de la fantasy a commencé à re-considérer Howard et son apport, et c’est un combat que j’estime aujourd’hui quasiment gagné. La deuxième étape de ce travail consiste à élargir cette perception nouvelle de l’homme et de l’œuvre à un public élargi : les fans de Conan, des bédés, des films, etc, et c’est à cela que sert le Guide Howard chez ActuSF. Il est né principalement de mes échanges avec les forumeurs de Tric-Trac (le forum des jeux de plateau, dont le fil consacré au jeu Conan est sans doute le fil le plus épique de tout Internet, sans exagération.), mais il est plus ambitieux qu’il s’en donne l’air. Mes prochaines étapes seront d’ouvrir le champ universitaire, ce que je compte faire en soutenant une thèse en littérature anglophone dans laquelle je ne fais pas apparaître le mot « fantasy », mais pour laquelle j’envisage mon sujet d’étude sous l’angle de la littérature, sans étiquette, sans genre. Enfin, à l’autre bout du spectre, je pense qu’il devient urgent d’avoir une édition de poche des meilleurs textes de Howard. Howard est en train de rentrer dans le rang des auteurs « classiques » de la littérature d’imagination, ce qui implique une foultitude d’éditions et la présence d’adaptations diverses et parfois (a)variées.

Dans ton Guide Howard tu as deux passages sur « Conan, le vrai et les imitations » et sur « Les Adaptations », mais penses-tu un jour dédier une monographie plus poussée au célèbre barbare ? A Solomon Kane peut-être ? Non, du moins pas dans le sens où l’entendent les lecteurs. Conan ne m’intéresse pas en tant que personnage biographique. Qu’un texte de Howard ressorte du cycle de Conan ou pas est le cadet de mes soucis. Je préfère me consacrer à des textes géniaux sans personnage récurrent qu’à une nouvelle pourrie de Conan. D’ailleurs, un des mes objectifs sur le poche est de casser les cycles complets avec fonds de tiroir, nouvelles de chiotte et inachevés. Uniquement des très bons textes. Dans le Guide Howard, je ne décortique pas toutes les nouvelles de Conan, juste les essentielles. Il vaut mieux lire « Les Ombres de Canaan » que « La Vallée des Femmes Perdues », je vous l’assure…

Laissons un moment de côté Howard et ses enfants turbulents, d’autres projets à venir ? L’idée de devenir auteur et mettre en application toute l’exégèse que tu as pu faire ne t’a jamais traversé l’esprit (un peu comme Alex Nikolavitch et Eschatôn) ? Ecrire de la fiction ? Non, à l’exception d’un truc hommage décalé pour quelques initiés, ça ne m’attire pas plus que ça. J’adore faire de l’exégèse, je trouve ça ultra-jouissif. Mon magnum opus sera sans doute ma thèse et, peut-être, la biographie qu’elle amènera nécessairement dans son sillage…

La Faquinade ne parlera qu'en présence de son avocat (qui est actuellement dans le bac à bière de son frigo).

La Faquinade ne parlera qu’en présence de son avocat (qui est actuellement dans le bac à bière de son frigo).

Meta

  • Ton livre préféré ? Le livre lu ces dernières années qui m’a le plus retourné, stylistiquement parlant : Blood Meridian (Cormac McCarthy).
  • Ton morceau préféré ? Master of Puppets (Metallica).
  • Ton film préféré ? La Horde Sauvage (Sam Peckinpah).
  • Ton auteur préféré ? Guy de Maupassant. [ndlf : huhu]
  • Ce que tu n’arriveras jamais à lire, même en te forçant ? La poésie moderne.
  • Un truc inutile dont tu n’arrives pas à te passer ? Rien. Si je le garde, c’est que je le trouve utile. Sinon, je jette.
  • Information secrète. Quand je fais des trads jeunesse (j’en fais pas mal, sous pseudo), je glisse systématiquement une référence à REH ou HPL, et je m’arrange toujours pour dire une fois que tel personnage n’avance « pas plus vite qu’une tortue blessée »…
  • Cimmérie ou monde moderne ? Monde moderne.
  • Complète : « Est-ce que…? » Est-ce que cette interview est bientôt finie ?
  • Qu’as-tu à dire pour ta défense ? Non, rien de rien…

Vil Faquin.

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