Interview de Laurent Aknin, partie #1 / 24.3.16

Interview de Laurent Aknin, partie 1.

A lire sur l’auteur : Mythe et Idéologie du cinéma américain
Star Wars : une saga, un mythe.

Présentation

Bonjour, t’es qui ? Laurent Aknin. D’habitude quand je me présente je dis que je suis critique et historien de cinéma, ce qui a le mérite de ne pas vouloir dire grand-chose. Je ne suis pas un grand amateur de titres, de diplômes… J’ai une formation d’universitaire et aussi une formation sur le tas de journaliste. Je grenouille depuis 20-25 ans entre l’écriture, la critique de cinéma, des stages, des conférences, des choses comme ça, tout en faisant de la recherche sur l’histoire du cinéma sur des thèmes que je développe de manière empirique. Tout d’abord ça a été le cinéma bis, c’est-à-dire le cinéma populaire de second rayon ; puis j’ai élargi à l’ensemble du cinéma populaire et ayant malgré tout des souvenirs du lycée et de mes humanités, j’ai commencé à m’intéresser à la résurgence des mythes et des mythologies classiques ou contemporaines que ce soit dans le blockbuster ou le cinéma bis ou le cinéma de zone Z. Enfin voilà, je travaille comme cela depuis pas mal de temps. J’ai également fait de la programmation, de la sélection de festival… C’est divers, varié, mais il n’y a pas vraiment d’étiquette à ce que je fais.

Ca va ? J’veux dire la vie, la famille ? Pas beaucoup de famille, je suis un peu solitaire à ce niveau-là mais mon gang, comme on dit au Québec, mes amis vont bien et, ça, c’est très important pour moi. Sinon ça va bien parce que je fais depuis pas mal de temps ce que j’aime le plus faire, c’est-à-dire voir des films et voyager pour voir des films ! Effectivement, je bourlingue pas mal depuis quelques temps donc ça va.

Et sinon, tu as un vrai métier ? C’est bien là mon problème : c’est que je n’ai pas de vrai métier. Je n’ai jamais eu de vrai métier. Je crois que la seule fois de ma vie où j’ai exercé un métier à plein temps, c’est-à-dire avec des horaires de bureau, ça a duré trois semaines et c’était quand même pour faire de l’analyse de catalogue dans une société d’import-export de droit audio-visuel. Je n’ai pas de métier, c’est ça qui est assez étrange et c’est pour cela que je rends fous les agents enquêteurs du recensement ou mon conseiller bancaire, je ne parle même pas des employés de Pôle-Emploi – dont je n’ai jamais franchi les portes de toute manière, parce que j’ai pitié pour eux.

Une belle doublette d'ouvrage pour appréhender le travail du monsieur. Si vous avez le temps... il reste les gros pavés !

Une belle doublette d’ouvrage pour appréhender le travail du monsieur. Si vous avez le temps… il reste les gros pavés !

Ce métier social

Présente-nous ton parcours, s’il te plait bien. Mon parcours est un petit peu tortueux mais je pense que c’est normal. J’ai passé mon bac, ultra littéraire à l’époque, j’étais assez jeune, ne sachant pas trop quoi faire. Et, ne sachant pas trop quoi faire, j’ai commencé par faire des études de droit et je me suis sauvé au bout d’un an et demi – la demi-année, c’est là où je me suis sauvé. Ensuite pendant six mois, j’ai un peu galéré dans Paris, je me suis même retrouvé sur le parvis Beaubourg à faire des numéros d’hypnose en public, j’étais le premier cobaye. Enfin des choses comme ça, ça forme un petit peu… Et puis il me fallait ma carte étudiant pour avoir la sécurité sociale et c’est là que j’ai appris qu’il y avait un département cinéma dans une fac à Paris, c’était à la Sorbonne Nouvelle, Paris 3, j’ai obtenu une réinscription et là je n’y croyais pas : on me donnait des notes et des diplômes pour voir des films et pour parler de cinéma et écrire sur le cinéma ce qui était pour moi une aberration. Mais pourquoi se priver ? Donc je suis resté et puis malgré tout j’ai mordu au truc et j’ai poussé jusqu’à la maîtrise – qui portait sur le peplum et le western italien, j’étais déjà très mordu à l’époque puisque je viens d’un quartier populaire et c’étaient les souvenirs des films que je voyais dans mes propres salles de quartier et j’étais absolument réfractaire à certaines théories du cinéma comme la sémiologie, dont c’était la grande mode à l’époque – et puis finalement jusqu’à la thèse de doctorat – et du coup je suis devenu intellectuel. Et comme beaucoup, en même temps que ça j’ai commencé à écrire dans les fanzines de cinéma bis, de cinéma populaire. Ensuite je ne sais plus trop comment tout s’est développé ; je me rappelle que je baignais dans le début des radios libres – il ne faut pas oublier qu’à une époque les radios étaient interdites, dont le début des radios libres, c’étaient des radios pirates ! – donc j’ai fait mes premières critiques de cinéma dans des émissions de radio libre. J’ai fréquenté plusieurs radios libres qui ont ensuite été autorisées. Tout cela m’appelait à la critique de cinéma. J’ai donc commencé à placer des articles non plus dans les fanzines mais dans diverses revues de cinéma : Cinéma, une autre qui changeait de nom tous les ans (Cinéma 1980, Cinéma 1981, 1982…), il y a eu la revue Vertigo, la première édition, il y a eu aussi une revue bizarre, qui s’appelait Adrénaline, complètement oubliée de cinéma fantastique – tout le monde s’est retrouvé au poste parce que le patron a été un escroc patenté, d’après ce qu’on a pu comprendre – et j’ai appris mon métier un petit peu comme ça. Je ne sais plus trop vraiment comment tout s’est enchaîné.
A un moment donné, je me suis retrouvé sélectionneur pour la semaine de la critique au Festival de Cannes, donc là c’était du sérieux.
Pour ce qui est des livres, ça s’est fait comme toujours d’une manière un petit peu inattendue. J’avais réussi à obtenir un poste d’enseignant en fac, que j’ai perdu depuis, et puis j’avais collaboré, en plus de plusieurs dictionnaires de cinéma par relations, à un beau dictionnaire dans une maison d’édition qui s’appelle
Nouveau Monde : Le Dictionnaire du cinéma populaire français. C’était un ancien de la fac, avec qui j’avais fait mes études et qui est maintenant décédé, qui m’avait proposé d’y participer. Et il s’est trouvé aussi que, très peu de temps avant le bouclage, un des collaborateurs qui devait participer s’est trouvé dans l’incapacité de produire les notices attendues et l’éditeur a demandé qui pouvait reprendre les articles. Or je ne sais pas si j’écris bien mais j’écris vite, ce qui m’a valu de faire beaucoup plus d’articles. Grâce à cela, le même éditeur m’a proposé de faire deux petits fascicules pour une collection qui n’a pas vraiment fonctionnée – mais qui n’était pas mal – qui s’appelait Les Petits Illustrés ; j’y ai fait quelque chose sur Tolkien et quelque chose sur Louis de Funès. Au même moment j’ai fait un bouquin sur les adaptations littéraires au cinéma – pareil, j’ai repris quelque chose que quelqu’un avait laissé tomber, pour Pocket aux Presses de la Cité. Au bout du compte j’ai réussi à placer chez Nouveau Monde un de mes projets sur le cinéma bis: Cinquante ans de cinéma de quartier. Il a été suivi par Les Classiques du cinéma bis, car le premier avait très bien marché. Ca a fait deux très gros volumes et ça a été ma porte d’entrée dans le milieu car cela n’avait jamais été fait. On avait réussi, comme ça, à déposer le terme cinéma bis dans le monde professionnel. Puis j’ai continué avec Nouveau Monde, j’en suis à mon septième livre. J’ai changé d’éditeur, depuis, pas par mésentente mais parce qu’à un moment donné certains projets ne collaient plus. Je travaille essentiellement avec Vendémiaire, j’ai travaillé avec Armand Collin pour un bouquin sur le peplum. Si je fais le compte, maintenant, j’ai dû écrire sept livres et j’ai dû collaborer à autant pour des œuvres à entrées-multiples.

Et la radio (France Inter) ? Oui de temps en temps. Alors ça c’est quelque chose qui arrive progressivement. C’est-à-dire qu’on est invité une fois à une émission, puis on est ré-invité et ainsi de suite et l’animateur finit par dire : « bon bah ce serait bien que tu viennes faire ton intéressant.» Donc voilà. De temps en temps je passe sur Pop Fiction avec Ali Rebeihi sur France Inter, parfois je fais même mon intéressant pour faire la promotion de mes propres livres, et ça donne parfois d’autres émissions. C’est comme ça que ça se passe. J’aime beaucoup revenir en radio, c’est mon support préféré en matière de critique.

Quelle est la différence, justement, entre ces divers supports : radio, conférences, cadre universitaire ? L’université, j’aimais beaucoup l’enseignement mais il y a quand même un cadre à suivre. Il faut donner des notes, il faut donner des examens… Faire des conférences et faire de la radio, pour moi c’est presque la même chose. J’aime beaucoup l’expression orale et je crois beaucoup à la transmission par l’oral. Bon, je fais des livres qui restent, certes. Mais je crois beaucoup et j’aime énormément le travail à l’oralité : présenter des films, à la radio ou en conférences. Le livre reste : il est dans sa bibliothèque mais on ne le lit qu’une fois, on ne pense pas forcément à le relire et j’ai parfois l’impression qu’une conférence ou un cours peut faire passer quelque chose. En tout cas, moi, je fonctionne comme ça. Quand je vais assister à une conférence c’est parfois une remarque d’un conférencier qui fait tilt et qui me fait embrayer sur plein de choses et déclenche la réflexion.

Faire entrer le cinéma bis à l’université, qui est un milieu assez fermé, comment ça se passe ? soupirs – On va dire comme ça. L’université, et surtout l’université française, a une génération de retard. Systématiquement. Mais, grosso modo, ça se passe toujours de la même manière, quelque soit le genre culture populaire. Il y a toujours des fanatiques qui vont faire des choses dans leur coin. Et puis, à un moment donné, ça va tellement prendre de l’importance qu’il va y avoir un ou deux livres, un ou deux profs un peu fous qui vont faire, non pas une chaire, mais un ou deux cours. Et progressivement, ça va entrer dans le milieu. Mais ça s’est fait comme ça pour la bande-dessinée en général, pour le cinéma en général, pour diverses formes d’expression mais par exemple il n’y a seulement que dix ou quinze ans qu’il y a eu la première thèse sur Alexandre Dumas en littérature. C’est simplement pour montrer le retard qu’on peut prendre, ici en littérature. Pour montrer l’ampleur du retard qu’on peut avoir dans certains domaines, Jules Verne avait mis un temps fou pour entrer à l’université en chaire de littérature. C’était quelque chose de totalement ignoré, méprisé. Et les premiers qui font leur thèse, et je suis bien placé pour le savoir, vont faire leur thèse mais ne feront pas carrière ensuite à l’université. Il faut attendre la génération suivante qui va dire : « Oui, c’était bien, mais c’est un travail de pionnier. Maintenant nous, nous sommes sérieux et nous allons faire quelque chose de sérieux, quelque chose d’intéressant. » C’est la loi du genre, il ne faut pas s’en étonner.

Vendémiaire*, c'est aussi une maison d'édition qui a de la gueule dans ses collections. Ici, un aperçu d'une partie de la collection cinéma !

Vendémiaire*, c’est aussi une maison d’édition qui a de la gueule dans ses collections. Ici, un aperçu d’une partie de la collection cinéma !

Meta

  • Ton film préféré ? L’Aurore de Murnau.
  • Ton auteur préféré ? Robert-Louis Stevenson.
  • Ton livre préféré ? Bah L’Île au trésor.
  • Un réalisateur ? Ca dépend des périodes, ça… Mais obligé, John Ford.
  • Un acteur ? Quelqu’un qui incarne quelque chose d’important à mes yeux alors, Lon Chaney.
  • Ce que tu n’arriveras jamais à lire, regarder même en te forçant ? Louis-Ferdinand Céline.
  • Un truc inutile dont tu n’arrives pas à te passer ? Mes nounours.
  • Information secrète. Bah, c’était secret !
  • Complète : « Est-ce que…? » Je me pose rarement des questions comme ça, c’est marrant. Je vais être très pragmatique mais « Est-ce que j’aurais des contrats au mois de juin ? »
  • Qu’as-tu à dire pour ta défense ? J’habitais au-dessus d’un cinéma.

[suite]

Du même auteur :  Mythe et Idéologie du cinéma américain
Star Wars : une saga, un mythe, interview partie 2.
Lire sur le mythe.

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