Les Robots

Les Robots

La Maison d’Ailleurs

Depuis pas mal de temps déjà, ceux qui parmi vous, habiles lecteurs, suivent régulièrement mes billevesées savent mon amour pour les projets éditoriaux qui proposent une réflexion de fond, si possible d’une manière nouvelle et audacieuse. Le plus souvent possible, j’essaie de vous présenter ici des essais répondant à ces critères et permettant de découvrir des aspects encore inexplorés ou sous-exploités des cultures de l’imaginaire, dont nous nous faisons une joie de parler en ces lieux.

Avec les Collections de la Maison d’Ailleurs, chez Actu Sf, on me fera remarquer que parler d’aspects inexplorés ou sous-exploités des cultures de l’imaginaire n’est pas tout à fait la terminologie la plus adaptée à leurs publications. Entre Le Post-ApocalyptiqueLes Super-HérosStar Wars, un monde en expansionDe H.P. Lovecraft  à J.R.R. Tolkien, il faut bien avouer que les thématiques sont chaque fois… bien populaires et omniprésentes sur la toile et ailleurs. Ce qui est normal puisque chacun des fascicules de cette collection est tiré d’une exposition dans les locaux du musée.

Non, ce qui est intéressant et surprenant, c’est la volonté de toute l’équipe du musée d’aborder ces thèmes archi-célèbres d’une manière fraîche, nouvelle et souvent inattendue. Comme le fait de découvrir Star Wars au travers de ses produits dérivés ou la Terre du Milieu au travers de gigantesques dioramas Lego. On peut vous garantir que Les Robots ne propose pas une approche commune du thème.

Les robots dans les cultures de l'imaginaire, comme reflet de l'homme moderne dans sa société. Non mais rouge, c'est une bonne couleur, du coup.

Les robots dans les cultures de l’imaginaire, comme reflet de l’homme moderne dans sa société. Non mais rouge, c’est une bonne couleur, du coup.

Roboto ergo sum

Avant de parler plus avant du contenu, parlons, comme à notre habitude, de l’ouvrage en tant qu’objet. Dans les précédents articles écrits sur les quatre précédentes parutions de la collection, je m’étais déjà arrêté sur ce fait crucial : les petits fascicules des Collections de la Maison d’Ailleurs, co-édités par La Maison d’Ailleurs et les éditions Actu SF, sont beaux. Le style des ouvrages, très reconnaissable avec un design identique seulement modifié à chaque tome par un code couleur différent, et le papier glacé de qualité en font des ouvrages agréables à consulter. Si l’on rajoute à cela la qualité des illustrations à l’intérieur, en couleur et toutes tirées des fonds du musée, et une volonté de produire un ouvrage pratique à un prix raisonnable (7,30€, dans ce cas), on ne trouve guère de collections pour rivaliser d’un point de vue qualitatif.

Lorsqu’on ouvre Les Robots, on est accueilli par un sommaire alléchant :

  • Marc AtallahNotre portrait le plus précis, directeur de la Maison d’Ailleurs, nous présente le fascicule et brosse rapidement une vision du robot dans les mentalités collectives.
  • Marc Atallah : Portrait-robot : ou comment réinventer l’humanitéidem, nous explique le parti pris pour cette exposition Portrait-Robot, de laquelle est tiré ce fascicule.
  • Francis ValéryDes automates aux robots : vers une alter-humanité, chercheur associé à la Maison d’Ailleurs, nous propose un passage en revue dans la littérature, la bande-dessinée et les jouets de la figure du robot.
  • Frédéric JaccaudLe robot au cinéma : être plutôt qu’humain, conservateur en charge des collections de la maison d’ailleurs et écrivain, se penche quant à lui sur la figure du robot sur le grand écran et les discours qui l’accompagnent.

Avant d’aller plus loin et de se plonger dans le propos des différents essais, rappelons ici le court texte qui sert de présentations à cette collection.

« Les collections de la Maison d’ailleurs est une série d’ouvrages qui réfléchissent aux thématiques de la science-fiction, tout en s’appuyant, à chaque fois, sur le fonds patrimonial du seul musée européen dédié à la Culture SF. Cette série a également pour vocation de monter comment la science-fiction cherche à cerner ce que signifie être humain à l’heure des sciences et des technologies. »

Être humain. Non seulement le sens de cette proposition est double – être comme verbe ou substantif – mais il est repris et légèrement modifié dans le dernier papier, celui de Frédéric Jaccaud : être plutôt qu’humain. Mais revenons au début. Marc Atallah nous présente donc d’abord l’objectif de l’exposition Portrait-Robot, dont il nous avait déjà parlé ici en interview, comme étant le suivant : le robot, en tant que création de l’homme, est une métaphore de ce dernier, une représentation qui permet de le comprendre. Exit alors le caractère mythique de l’aspect prométhéen des robots, de même que le syndrôme de Frankenstein (il est intéressant de noter que l’ouvrage de Mary Shelley, de 1818, créant le personnage et la thématique a pour titre complet : Frankestein ou le Prométhée moderne) : même si ces deux points seront évoqués, ils ne représenteront jamais la focale avec laquelle le regard de la réflexion est porté sur le sujet, à savoir les robots.

C’est par ce prisme que le premier essai essai de nous faire entrer dans les allées de l’exposition : de création ex nihilo, on suit l’évolution du robot dans la culture humaine des XIX, XX et XXIèmes siècles jusqu’à une dernière salle où les robots artistes dessinent le visiteur. De création, le robot devient créateur. De défini, il devient définissant.

Vient ensuite Francis Valéry, qui nous expose, depuis l’invention du terme robot par Karel Čapek en 1920 dans R.U.R., tout le cheminement qu’il a fallu emprunter au terme pour parvenir, entre les années 1930 et 1950, à s’imposer comme le terme de référence dans le milieu de la littérature notamment. Il évoque les origines d’autres termes comme androïde qui dériverait de l’anglais androïd, lui-même une traduction du mot français andréide. Toujours en gardant l’approche du robot comme autre homme, la culture, à l’heure actuelle, du robot dans la société de consommation amène l’auteur à une conclusion intéressante : et si le robot servait aujourd’hui reconstruire le passé fantasmé du « c’était mieux avant » ? Une théorie proche du Rétrofutur de Raphaël Colson qu’il a notamment abordé dans son édito Un avenir qui nous échappe.

Enfin, Frédéric Jaccaud, auteur de roman noir, nous offre une réflexion sur l’identité de la créature artificielle (robot ou androïde, donc), dans les fictions cinématographiques depuis le Métropolis de Fritz Lang jusqu’à A.I., de Spielberg en passant par Star Wars de Lucas ou et Blade Runner de Ridley Scott. Il y montre la quête d’identité sur nos écrans de ces créatures artificielles qui, bien souvent, arrivent à être, exister sans être humains ; des humains qui, eux, ressemblent bien plus souvent à des robots qu’à des êtres doués d’humanité. Ainsi, nos doubles nous doublent – humour café-crême – dans la course à l’identité dans le monde moderne que nous n’arrivons pas à apprivoiser.

Le robot, vrai protagoniste d'histoires fantasmées mais au message très ancré dans le réel.

Le robot, vrai protagoniste d’histoires fantasmées mais au message très ancré dans le réel.

Invitation à réflexion

Sans révolutionner en profondeur l’approche du robot dans les cultures de l’imaginaire – et comment pourrait-il y prétendre en moins de 100 pages dont une bonne moitié est remplie d’illustrations pleine page ? – ce petit fascicule vous offre une possibilité de comprendre les bases de l’identité du robot et les représentations que nous en faisons dans les cultures de l’imaginaire et ce sans s’aventurer chez Asimov.

Au contraire, en essayant de comprendre les origines – et en quoi ces origines étaient nécessaires à un certain moment de l’évolution de nos sociétés contemporaines – et en leur cherchant des répercussions dans les productions actuelles, Les Robots propose une réflexion à la fois profonde et facile d’accès à l’usage de science-fiction comme miroir d’étude de nos identités modernes.

Après tout, ce que le robot fut un temps, à savoir un autre homme qui mettait en exergue les dérives économiques et sociales d’un temps, le zombie ne l’est-il pas aujourd’hui, à sa façon ?

Sur ce, je vous laisse avec les mots de Roy Batty, androïde/réplicant star de Blade Runner :

« J’ai vu tant de choses que vous, humains, ne pourriez pas croire. De grands navires en feu surgissant de l’épaule d’Orion. J’ai vu des rayons fabuleux, des rayons C, briller dans l’ombre de la porte de Tannhäuser. Tous ces moments se perdront dans l’oubli comme les larmes dans la pluie. Il est temps de mourir. »

Vil Faquin

Dans la même collection :  Le Post-ApocalyptiqueLes Super-Héros,
Star Wars, un monde en expansionDe H.P. Lovecraft  à J.R.R. Tolkien.
De Francis Valéry : Un rêve mandarine.
Sur la Maison d’Ailleurs : Interview de Marc Atallah.

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