Interview de Mathieu Rivero / 7.2.16

Interview de Mathieu Rivero.

A lire : Edito sur la fanfiction,
La Voix brisée de Madharva.

Présentation

Bonjour, t’es qui ? Je suis Mathieu Rivero. Quand j’étais gosse, je voulais être inventeur. Depuis, on m’a dit que ça s’appelait ingénieur, ça m’a paru moins sexy. Si j’avais fait carrière dans les sciences, j’aurais opté pour la médecine. Bien que né à Paris, je voue pour cette ville un certain désamour. Et j’ai toujours raconté des histoires, à moi et aux autres, en jouant à Hero Quest avec les copains ou quand on se baladait dans les bois. Plus tard, devant des tables de jeu de rôle, et encore plus tard, dans les livres. J’aime la pluie à grosses gouttes l’été, l’orage qui la précède aussi. Et puis les jeux de société, mais ça n’a rien à voir. Bref, je suis un être humain lambda, pas plus intelligent que la moyenne (je crois).

Ca va ? J’veux dire la vie, la famille ? La vie va carrément bien. Je ne me plains pas. On sait tous que la vie est moche, mais il s’y passe quand même assez de chouettes choses pour avoir le sourire tous les jours. Et en tant que métis vivant dans un pays occidental riche, je suis un peu en mode facile.

Et sinon, tu as un vrai métier ? Euh… Ouais. De formation, je suis traducteur anglais/français. Je traduis de temps en temps, mais le plus clair de mes journées est investi dans deux autres occupations : l’enseignement et le jeu de société (que je critique sur www.ludovox.fr). Panacher ces trois jobs en plus de l’écriture relève du jonglage, mais avec un peu de discipline, on s’y fait.

Live if life. When we all give the power We all give the best Every minute of an hour Don't think about the rest And you all get the power You all get the best When everyone gets everything And every song everybody sings

« Live if life. When we all give the power / We all give the best / Every minute of an hour / Don’t think about the rest / And you all get the power / You all get the best / When everyone gets everything / And every song everybody sings. »

Ce métier social

Tu nous présenterais ton parcours ? J’ai écrit de la fantasy urbaine avant tout le monde (à dix ou onze ans), mais c’était de la merde. Et je n’ai pas fini le roman. Sinon, j’ai commencé à gribouiller des nouvelles dès le début de ma fac. Ça me permettait d’évacuer des images que j’avais en tête, de comprendre la réalité de ce que j’apprenais en cours de littérature. Je crois que j’écris « sérieusement » depuis 2010. Mais est-on jamais sérieux ?
Sinon, j’ai un master de littérature américaine et un de traduction avec une spécialité dans l’audiovisuel.

De Rivière Blanche aux Moutons Electriques, comment ça se passe, les premiers pas dans le monde de l’édition ? Ben écoute, Faquin, j’ai l’impression d’avoir le cul bordé de nouilles. J’ai rencontré Philippe Ward [ndlf: qu’on avait déjà vu en édito et interview, ici] de Rivière Blanche au speed-dating des Imaginales (2013 ? 2014 ? Je sais plus trop) et il a vite accepté de prendre mon bouquin de cyberpunk, puis a donné son aval pour la publication en numérique du même roman chez Walrus. Et pour Or et Nuit que j’ai publié chez les Moutons Electriques… On va dire que j’ai la chance d’avoir placé mon manuscrit en quoi, un gros mois de recherches ?
L’après-signature de contrats a été très cool aussi, mais pas de la même façon : j’ai simplement rencontré des gens super, dans toutes les maisons. Et les lecteurs sont hyper cools, ça fait plaisir de les rencontrer.

Qu’est-ce que tu ressors dans le fait d’écrire ? Un genre ? Un public visé ? Un processus personnel ? Rien du tout et t’es maso ? J’écris pour plusieurs raisons, je crois. D’abord, mon esprit vagabonde beaucoup trop. J’ai des idées flottantes, des images et des mouvements fugaces ; ça me traverse l’esprit, me laisse une impression que je dois creuser, juste pour moi. Et puis après l’idée prend forme. Ecrire, pour moi, c’est ça : donner une forme. Et transmettre. Après vient l’idée du divertissement, et j’espère divertir les lecteurs ! Une idée bizarre plus un peu de travail égalent une histoire. Si seulement toutes les équations ressemblaient à ça…
Et je crois aussi qu’il existe un aspect cathartique à l’écriture. Non pas que j’y livre tout mon parcours de vie et mes angoisses, mes craintes, hein. Mais la démarche en elle-même est un marathon, une épopée en soi : on se perd dans le projet, on s’investit corps et âme, et il se passe des trucs. C’est un peu comme une méditation qui durerait des centaines d’heures.

Oeuvre

Je sais que tu écris souvent dans le cadre du NanoWriMo. En quoi l’émulation t’aide-t-elle à écrire ? Est-ce vraiment indispensable pour toi ? J’apprécie la compagnie. Bizarrement, alors que l’écriture est une plongée en solitaire dans des sédiments de mémoire à la recherche de pépites, le faire au même endroit que d’autres conduit, donne une sorte de concentration et de direction. Ce n’est absolument pas nécessaire pour moi, cela dit, et j’écris très bien dans mon canapé ou chez moi. D’ailleurs, si je devais me fier aux comptes numériques et aux usages du NaNoWriMo, je serais une bouse sans nom.

Sans t’avoir encore lu – et oui je suis le genre de guedin à interviewer des types sans les lire – je sais néanmoins que tu as abordé deux thématiques bien différentes : un pulp cyberpunk (La Voix brisée de Madharva) et un roman sur les mythologies des mille et une nuits (Or et Nuit, donc). Dis-moi : pour toi, le thème de fond sert-il à exposer l’histoire ou l’histoire sert-elle à mettre en valeur une thématique ? Les deux sont entrelacés, capitaine ! Thème et histoire, fond et forme, ce sont les revers de la même pièce. Ils ne font qu’un. Sur le pulp cyberpunk par exemple, l’association au roman noir s’est faite très vite, car les thématiques des genres allaient bien ensemble. Je réfléchis pas mal en amont pour que tout soit thématique car dans les romans, j’aime la densité. C’est peut-être mon côté nouvelliste qui parle. Et, modestement, j’essaie d’écrire ce que je voudrais lire…

Récemment avec Raphaël Colson, que tu connais bien, nous avons exploré les fictions post-cyber et post-apocalyptiques, les techno-futurs… Quel est ton ressenti à ce propos. Penses-tu comme nous que la littérature de genre peut – doit ? – avoir un regard critique sur notre monde ? Oui ! La fiction peut s’engager sans aucun problème. Et elle peut ne pas le faire aussi. L’escapisme n’est pas un mal ; bien au contraire, il peut présenter une altérité qui nous renvoie à des problématiques réelles, ou simplement révéler les différences entre une idylle fantasmée et la dure réalité. Ensuite, pour ce qui est de la littérature de genre, la science-fiction impose d’elle-même des vues qu’elle met à l’épreuve : 1984 montre les technologies de l’information au service de l’oppression totalitaire. Mais peut-on imaginer un monde riant où l’information est reine ? L’auteur campe des positions dès le début et, bien souvent, les fait jouer dans l’intrigue. C’est aussi pour ça qu’en anglais on parle de speculative fiction : on spécule sur l’avenir, et on développe le monde à partir de la spéculation et des personnages.
Tu noteras que j’intellectualise volontiers le truc, mais je crois que c’est important de savoir ce qu’on fait.

Il y a peu, autour d’un excellent jeu de plateau :tousse:, tu mentionnais tes projets futurs. Tu peux nous en dire plus ou on l’a dans l’os ? Boh, ce jeu était moche, mais pas si mal ! (On ne vous dira pas ce que c’est.) Je peux parler de la trilogie que j’écris pour les Moutons Electriques. Il s’agira de fantasy urbaine. L’intrigue se déroule de nos jours à Lyon, et se concentre sur une colocation un peu particulière : ses trois occupants peuvent investir les rêves des autres, et voyager de songe en songe. Bien évidemment, les héros sont jeunes et stupides et ça va très vite tourner au vinaigre. Le premier volume devrait sortir en fin d’été et donnera la part belle à Céleste, qui quitte son TOM natal pour faire ses études en métropole.
Après ça, si mes plans ne changent pas, j’ai peut-être un retour au cyberpunk pour le fun et un roman mêlant fantasy et post apo.

Un auteur en détresse.

Droit de réponse : tu n’as qu’à pas écrire de cyberpunk, et je ne t’arracherai pas de morceaux de ton âme. Et puis, c’est pas pour dire, mais t’as pas mis de majuscule à mon nom. ZERO REGRETS.

Meta

  • Ton livre préféré ? C’est un peu une gageure que tu me demandes là. J’aime pour différentes raisons, et du coup, j’ai plein de préférés. Mais pas un… Ou alors peut-être… Lolita, de Vladimir Nabokov. La voix du narrateur est extraordinairement belle (et atroce).
  • Ton morceau préféré ? Je te déteste ! On va dire Fur Alina, d’Arvo Pärt, parce que je pourrais écouter ça toute une journée sans jamais m’en lasser. Mais vu que mes goûts musicaux font le grand écart, c’est compliqué de n’en choisir qu’un !
  • Ton film préféré ? Arrête-ça tout de suite ! Tu te rends compte de ce que tu me fais ? J’aime beaucoup de films mais aucun ne parvient à se hisser au podium. J’ai seulement une estrade d’honneur avec des films un peu bizarres : Le septième sceau, de Bergman, Stalker, de Tarkovski, The Fountain, d’Aronofsky, M le maudit, de Lang, Gerry, de Van Sant, par exemple.
  • Ton auteur préféré ? Nooooon ! Je… Je ne sais pas. Ne me rends pas indécis comme ça. Pareil que pour le ciné ou la musique ou les romans, je n’arrive pas à « préférer » une chose plutôt qu’une autre, car je les apprécie pour différentes raisons. Sache en tout cas que j’apprécie largement les auteurs du courant post-moderne. Ça fait snob, mais c’est un vrai truc, et c’est bien.
  • Ce que tu n’arriveras jamais à lire, même en te forçant ? Rien. J’ai lu de tout, et je crois que je lirai un peu tout. Mais si ça ne me plait pas, je lis plus vite ou j’abandonne en cours de lecture. Zéro honte.
  • Un truc inutile dont tu n’arrives pas à te passer ? Les fruits. C’est trop bon.
  • Information secrète. Un jour en Angleterre, je devais aller à la House of Britannia, et j’ai demandé à un passant où se trouvait la House of Britanny (Bretagne). Lui, il a compris que je voulais aller chez Britney Spears. Fou rire avec un inconnu : c’est fait.
  • Le mot du Faquin. Cornegidouille.
  • Complète : « Est-ce que…? » Est-ce que vous rêvez de façon lucide ?
  • Qu’as-tu à dire pour ta défense ? 42 ?

Vil Faquin.

Du même auteur : édito sur la fanfiction,
La Voix brisée de Madharva.

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