Y F’rait Beau Voir – Le Capitaine Alatriste

Les Aventures du Capitaine Alatriste 1 – Le Capitaine Alatriste

Arturo Pérez-Reverte

Arthuro Pérez-Reverte est un génie. Et quand je dis ça je pèse mes mots. Et quand je dis ça, je le pense. Paf. Comme ça, je vous lâche ça comme un pavé dans la marre. Plouf.

C’est vrai ça, hein, pourquoi faire des chichis, des chachas, quand on peut, cash, s’envoyer en l’air dès le début de l’article en se disant les choses, sereinement. Hein ? Dis-le moi toi ! Non pas toi ! L’autre derrière là, qui se cache sous sa capuche… Bref !

Cela fait un bail que je n’avais pas fait d’Y F’rait Beau Voir sur mes premières amoures : sur les sept derniers articles de cette catégorie, un seul d’entre eux était un roman historique pur, L’Or de Blaise Cendrars. Eh oui, ça date de juillet.

Alors, on y retourne avec le premier tome des Aventures du Capitaine Alatriste.

Tellement de justesse, de classe et d'histoire dans une série de roman... Points a enfin trouvé à l'illustrer à sa juste valeur !

Tellement de justesse, de classe et d’histoire dans une série de roman… Points a enfin trouvé à l’illustrer à sa juste valeur !

Pour ma part, je possède l’intégrale des Aventures du Capitaine Alatriste publiées en français dans la collection Grands Romans chez Points (Seuil). Il existe plusieurs éditions poches de la série dans la même collection, avec des illustrations différentes : des images du film à l’actuelle dont la couleur varie d’un tome à l’autre. La traduction, excellente, est signée Jean-Pierre Quijano.

Mais pourquoi diable, te demandes-tu probablement encore, habile lecteur que tu es, dois-je le lire, ce fichu premier tome ? Eh bien, mon jeune ami, voici 5 raisons pour enfiler un élégant chapeau en cuir à large bord, faire clouter tes bottes et, bien évidemment, faire rafraîchir ta splendide moustache de tercio :

  1. Vous connaissez tous l’Espagne, ce royaume barbare de la péninsule ibérique qui pratique encore le sacrifice rituel, bestial, de taureaux impuissants lors de messes populacières appelées corridas. Bien. Eh bien imaginez-la au XVIIème siècle, pleine de soldats braves, d’une assurance folle de régner sur les mers et de l’or des colonies du Nouveau Monde. Poussez votre imagination jusqu’à contempler ce Siècle d’Or, période de grande vanité littéraire et artistique dans le pays d’Alonso, une grandeur qui a poussé l’un de nos plus grands historiens, Fernand Braudel, à consacrer sa magnifique thèse, un bijou d’académisme à la française, à La Méditerranée au temps de Philippe II, l’un des souverains les plus puissants d’Europe sur la période Moderne. Bref, toutes ces informations, non pour vous faire peur, car le récit est accessible au possible, mais pour donner le ton : le roman se veut être une oeuvre de fiction se passant dans un contexte historique clair, strictement exact et parfaitement au service de la narration.
  2. Ce qui nous amène au deuxième point : la narration (oui je sais je me répète). Cette dernière est tout imprimée du style de l’auteur. Comme je ne sais pas comment l’expliquer alors que je tape cet article, à plus de 23 heures, un lundi soir juste avant les Fêtes, après la journée la plus prolifique de l’histoire de la librairie, je vais m’en remettre à une bonne vieille technique indienne : la métaphore. Alors, donc. Vous avez déjà contemplé des tableaux de Vélasquez, le mec aux moustaches les plus classes de l’histoire ? Si non, faites-vous une idée avec Les Ménines et La Reddition de Breda, en passant. Chaque portion de figure est conçu comme une vanité, une nature morte, un moment à l’arrêt dans la course du temps, pourtant l’ensemble n’est pas dénué d’une certaine vélocité, d’un mouvement vif et beau. Eh bien, assoiffés lecteurs, Pérez-Reverte, c’est ça, à lire… (notons au passage que Reverte a écrit un bouquin intitulé : Le Tableau du maître flamand, comme quoi la comparaison était perspicace !)
  3. … ou à voir ! Oui ! Parce que ! Voilà ! Le Capitaine Alatriste et ses Aventures, ce sont des adaptations à l’écran tout simplement grandioses. Enfin au moins pour l’une. Commençons donc par l’autre. El Capitan est une série télé de 2014 et diffusée à l’été 2015 sur Arte. Si le format de la série télévisée s’adapte a priori bien au format du roman feuilleton (7 tomes, quand même, pour l’instant, 2 encore à venir), force est de constater qu’elle ne prend pas (malgré la mode actuelle : MusketeersVersailles…). Ensuite, il y a LE bijou d’Agustín Díaz Yanes intitulé Capitaine Alatriste. Ce film, qui est passé assez inaperçu à sa sortie est aujourd’hui un film incontournable. Le vocabulaire du cinéaste s’y exprime presque aussi bien que celui de l’auteur des ouvrages. Si l’on regarde ces captures d’écrans (une, deux) on retrouve dans la conception visuelle des plans la grâce et le peps de l’écriture du maître espagnol et ce plan d’anthologie, vanité cinématographique, ouvre le regard vers l’oeuvre de Vélasquez dont on parlait plus haut.
  4. Viggo Mortensen.
  5. Paf, ouais, j’vous fais le même coup que pour La Route. Enfin la dernière raison c’est la classe. Et pas seulement les moustaches, hein. LA CLASSE mondiale des tercios espagnols. On en parlait en début d’article, mais il faut dire une chose de l’écriture d’Arturo Pérez-Reverte. S’il y a une chose que j’ai appris en faisant des travaux de recherche et de pratiques sur les Arts Martiaux Historiques Européens, c’est que la plupart des auteurs n’ont aucun sens commun du combat, de la bataille, du duel, des armes et de leur maniement. Pérez-Reverte, lui, arrive à donner, probablement par le souci de l’exactitude, une force à la plupart de ses écrits que même une solide connaissance ne saurait totalement éconduire : les mots sont justes, les contre-sens absents et la pertinence omniprésente. Les duels à la rapière dans une rue sombre et malfamée sont aussi brefs que prenants et les batailles de ces merveilleux tercios « carrés » – notons en passant qu’ils arborent la croix de la maison de Bourgogne, symbole de la Maison de Bourgogne puis l’un de ceux du Royaume d’Espagne, aujourd’hui malheureusement récupéré par l’extrême droite identitaire bourguignonne – sont d’une incroyable justesse militaire et tactique, les lignes sont justes. Ce qui est malheureusement un gros défaut chez mal d’auteurs que j’admire par ailleurs – j’en parlais récemment  – est ici une des raisons de lire et d’apprécier !
Une série qu'elle est bonne, mais qui ne doit pas cacher le reste du travail de l'auteur, notamment ce merveilleux Cimetière des bateaux sans noms.

Une série qu’elle est bonne, mais qui ne doit pas cacher le reste du travail de l’auteur, notamment ce merveilleux Cimetière des bateaux sans noms.

Alors voilà. Arturo Pérez-Reverte, on connait de loin, la plupart du temps, ou alors on en a vu un bouquin en tête de gondole à carrouf’ il y a 10 ans à la sortie du film… Moi le premier j’ai découvert tout ça par le film. Et quel film.

Alors voilà². Maintenant vous savez que vous pouvez, les yeux fermés, lire Les Aventures du Capitaine Alatriste. Enfin pas les yeux fermés, vous m’avez très bien compris. Ce serait pas pratique, faut dire. Et, que les choses soient claires, je ne vous ai pas arnaqués sur la raison numéro 4 de lire Les Capitaine Alatriste. Imaginez Viggo et ses moustaches frétiller dans les entrechats de ruelles insalubres dans la Madrid du Siècle d’Or et, pis diantre, que je sois fouetté si vous ne frémissez pas un peu !

Je vous laissez aux mots d’Eduardo Marquina, dans En Flandres, un soleil s’est couché – notons qu’Alatriste meurt [ndlf : ce n’est pas un spoil, le film a 10 ans et l’info est en première ligne sur wikipedia] à la très historique bataille de Rocroi (guerre de Trente Ans), en Picardie, membre de l’armée des Flandres du royaume d’Espagne, contre les troupes françaises :

« Voilà l’histoire : un capitaine
Qui commandait notre escouade,
Vilainement blessé, malade,
Vivait là son ultime peine.
Quel capitaine, messeigneurs !
Que ce capitaine d’une heure !
« 

Vil Faquin.

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4 commentaires

  1. C’est un livre qu’on m’a tellement bien vendu que j’ai lu les trois tomes qui forment heu un genre de trilogie ? Mais en vrai je me suis pas mal ennuyée et je n’en retire pas un bon souvenir – trop d’Espagne à n’en savoir que faire ! Je ne connais pas bien du tout ce pays ni son histoire, et en plus je dois dire que ça ne m’intéresse pas assez (encore maintenant) pour me lancer dans un livre aussi dense à ce propos ; ça m’a beaucoup pesé car l’auteur part j’ai l’impression du principe que le lecteur a des connaissances sur ce sujet, et ce n’était pas mon cas. Du coup j’ai eu la franche impression de passer à côté de 70% du bouquin, personnage principal classe ou cas (et c’est vrai qu’il l’est, ça je m’en souviens !). Peut-être que le film passerait mieux ? (Et puis si y’a Viggo…)

    1. Le film est effectivement largement plus accessible.
      En fait, j’ai de bonnes notions sur le pays à cette époque, certes, mais je pense que l’auteur part du principe que son personnage est dans une réalité historique et que cette même réalité est contingente au récit, c’est-à-dire que les deux s’entremêlent. De mon point de vue, il ne part pas dans tous les sens et j’imagine que, même si cela a pu te sembler pesant, il faut prendre pour argent comptant ce qu’on nous donne comme info, mémoriser quelques noms et prendre tout le reste comme du développement de background. Utile et qui aide à l’immersion.

      1. Voui voui j’imagine bien, je ne dis pas que j’ai trouvé ça indigeste tout court mais juste que ce n’est pas bien passé chez moi ; ingurgiter des litres d’Histoire d’un coup n’a jamais été mon fort, j’apprends mieux par petits bouts, c’est entre autres pour ça que j’ai lu quantité de romans historiques jeunesse. 🙂 Je retesterai l’auteur sur un de ses thrillers historiques je pense.

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