Star Wars – Une saga, un mythe

Star Wars – Une saga, un mythe

Laurent Aknin

Vous savez tous que dans un tout petit peu plus d’une semaine débarquera sur nos écrans de cinéma la plus attendue des suites de la plus merveilleuse des sagas cinématographiques jamais conçues ni réalisées. Vous avez bien sûr tous réalisé qu’il s’agissait là du septième épisode de la mirobolante licence Star Wars.

Cependant, si la saga crée par George Lucas – qui n’a jamais réalisé que le premier épisode, soit dit en passant – provoque partout dans le monde un tel émoi, ce n’est pas pour rien. C’est parce qu’elle renferme en son sein l’essence entière des mythes anciens et des problématiques atemporelles qui se posent à l’Homme.

C’est justement ce pan du mythe Star Wars que Laurent Aknin nous invite à explorer dans cet ouvrage qui représente, disons-le dès maintenant, un point de passage obligé à tout essai d’analyse de l’univers et des ressors de cette galaxie très, très lointaine…

Le profil juvénile de la merveilleusement belle Natalie Portman (gnagnagna !) pour donner visage au mythe de la saga la plus célèbre du cinéma !

Le profil juvénile de la merveilleusement belle Natalie Portman (gnagnagna !) pour donner visage au mythe de la saga la plus célèbre du cinéma !

Vent en poupe

Je vous ai déjà parlé à deux reprises des éditions Vendémiaire*, que je tiens en haute estime, pour leur travail éditorial et la recherche d’un propos sensé et intelligent. C’était à l’occasion de deux formats poche (collection Echos) de leur collection Cinéma : Kaamelott, la quête du savoir de Nicolas Truffinet et Mythe et idéologie du cinéma américain du même Laurent Aknin.

A chaque fois, les ouvrages au format poche nous invitaient à des réflexions en profondeur sur des questions épineuses et cruciales dans la compréhension des systèmes de production d’une série devenue mythique ou bien des blockbusters et autres séries B du pays de l’oncle Sam. Le but, chaque fois, est de porter sur des éléments culturels qui on complètement assaillis nos modes de pensée une réflexion salutaire, a posteriori, qui permet de démêler ce qui est volontaire de ce qui relève des réflexes communs ; le tout entrant fortement en résonance avec le slogan de Vendémiaire* : « Hommes de l’avenir, souvenez-vous de moi.« 

Du format poche de Vendémiaire*, le grand format conserve le toucher – vous aurez fini par comprendre que cette sensation en particulier m’était très importante – et l’odeur, de même que la souplesse et la classe des couvertures. Ces dernières, composées dans les trois ouvrages cités par Henri-François Serres Cousiné, dégagent chaque fois une atmosphère forte et immédiatement reconnaissable, notamment par le choix des images et des couleurs. A l’intérieur, le papier rend une impression au poil et les huit feuillets glacés imprimés en couleur, glissés au centre de l’ouvrage, permettent un rendu excellent des illustrations voulues par l’auteur pour soutenir son propos. Si l’on rajoute à cela la souplesse de la couverture et sa bonne résistance, ainsi que celle de la reliure – je peux vous le certifier, vu ce que je lui ai fait manger en sacs, chutes et taches, au bouquin -, on obtient un grand format peu encombrant et facilement transportable et consultable, léger, résistant, pour un prix qui semblerait a priori un poil élevé (19€) mais se justifie pleinement (faible tirage, couleur…).

Une fois encore, Vendémiaire* nous fait le coup du charme, surtout en ressortant pour la peine Sa Sainteté Laurent Aknin. Le monsieur, historien, sociologue et critique de cinéma, a pour faits d’arme d’avoir notamment décortiqué en long, en large et en travers le cinéma américain classique et moderne sous deux de ses plus forts aspects, selon les périodes : le péplum et le mythe. Il explique ses théories dans Le Péplum publié chez Armand Colin, mais également, et je ne vais cesser de vous le répéter tant cet ouvrage est un indispensable, un incontournable pour tout cinéphile, Mythe et idéologie du cinéma américain, dans lequel il présente sa grande thèse sur la brisure idéologique qu’ont représenté les attentats du World Trade Center du 11 septembre 2001. Je vous laisse vous reporter à l’article en question pour vous faire une idée plus large de la chose.

L’auteur présente son ouvrage en trois parties : la première est une présentation de son travail et une explication du référentiel choisi pour réaliser celui-ci (à savoir la trilogie, la prélogie, les 3 romans de Timothy Zahn et la première bande-annonce de l’épisode VII), précédée par trois citations (nous y reviendrons), la seconde est un index de 50 entrées présentant les points essentiels à traiter pour comprendre, selon l’auteur, le monstre qu’est Star Wars, et la troisième est constituée des résumés des six opus cinématographiques de la saga.

Dans la première partie, qui sert d’introduction, Laurent Aknin nous expose sa thèse ainsi que, comme dans tout bon prologue, les moyens qu’il va employer pour servir son propos. On y apprend donc que Star Wars relève d’un génie scénaristique et symbolique qui emprunte à beaucoup de traditions et touche par son universalisme. Ce dernier point étant mis en avant par les citations de début d’ouvrage, notamment celle de The Rocky Horror Picture Show – « A long time ago, in a galaxy far, far away, God said: ‘Let there be lips!’ And they were, and they were good. » – ou encore ces paroles du groupe de rap IAM, dans leur géniale chanson L’Empire du Côté Obscur :

« N’aies pas peur, ouvre-moi ton cœur, viens vers l’Empereur
Sentir la chaleur de l’obscurité pour toi il est l’heure
De rejoindre l’armée des guerriers de l’ombre
Ne vois-tu pas ton côté clair qui succombe
C’est ta destiné, pourquoi vouloir lui résister
Sans peine je ferais sauter les verrous de ta volonté
Sois l’hôte dans la noirceur la plus pure de l’Empereur
Et arbore les couleurs du côté obscur »

Ca vous parle ? Bien, moi aussi. Parce que c’est là le point final du propos d’Aknin : Star Wars parle à tous et, s’il y a pléthore de raisons à cela, il n’en reste pas moins que chacun à l’heure actuelle sait se retrouver dans les pérégrinations de ses héros et les rebondissements son scénario. Sinon, nous n’aurions pas tous eu des frissons dans notre dos dans l’épisode trois, lorsque la première respiration rauque du sinistre et sombre Seigneur vêtu de noir, pour reprendre les paroles d’IAM ou encore quand Harrison FordHan Solo nous lance, près de 40 ans après, à plus de 73 ans un : « Chewie, we’re home!« 

Une collection qu'elle a de la gueule. Si on rajoute le dictionnaire de Spielberg, que je ne possède pas encore, ça fait de bons débuts.

Une collection qu’elle a de la gueule. Si on rajoute le dictionnaire de Spielberg, que je ne possède pas encore, ça fait de bons débuts.

Un travail qui porte

Et bordel, si vous saviez comme j’ai hâte !, d’être à la maison. Parce que s’il y a bien un élément de la saga que le livre de Laurent Aknin n’omet pas d’analyser, c’est bien ce retour aux sources que promet la nouvelle trilogie de J.J. Abrams. En effet, ce retour à des thématiques, autant visuelles que dans les propos, proches de la première trilogie est l’affaire autant d’un glissement de mentalités que d’une volonté rédemptrice vis-à-vis de la prélogie qui, si elle a apporté son lot d’innovations géniales, traîne également depuis une bonne lignée de casseroles derrière elle. Cet analyse, décomplexée des velléités de fan – bien qu’il ne fasse aucun doute à ce propos que l’auteur soit un grand admirateur de la série -, permet par exemple de comprendre en quoi un personnage comme Jar Jar Binks a été aussi universellement mal-aimé par le public, jusqu’à voir sa réputation déteindre dans les pages d’autres univers fictionnels majeurs, comme par exemple cette célèbre planche de Deadpool.

Les 50 entrées du grand index proposé par Laurent Aknin se concentrent autour de plusieurs thématiques dont il est possible d’établir un schéma : les personnages centraux (Anakin Skywalker, Yoda, Han Solo…), secondaires (Jar Jar Binks, R2-D2, Padmé Amidala), des concepts politiques (Empire/Dictature, République/Démocratie, pouvoir…), philosophiques (agnition, rédemption, pacte…) ou bien mystique (force, immortalité, élu, initiation…), des points culturels (orientalisme, mutilation, May the 4th…) ou encore techniques (effets spéciaux, musique, son…) et scénaristiques (duo, trinité, gémellité…).

Le propos, qui peut parfois, quand on s’envoie le bouquin à la suite comme cela a été mon cas, se répéter d’une notice à l’autre est en fait relativement bien construit et amené en cela qu’il est conçu non pas comme un tout mais comme des parties, que l’on peut consulter à volonté, ou au besoin, c’est selon. Ici, la répétition a pour but de recentrer le propos en résumant en quelques phrases une autre notice, afin d’éviter moult renvois qui rendraient la lecture fastidieuse, le but n’étant pas – et cela est dit en introduction – de constituer une encyclopédie mais bien une approche d’analyse d’un univers si vaste qu’il paraît inabordable à bien des égards.

Par son approche thématique et son choix de se limiter à une cinquantaine d’entrées triées sur le volet, Laurent Aknin ne nous livre pas l’analyse ultime du produit culturel qu’est Star Wars mais nous donne les moyens de comprendre ce produit quand nous nous y trouvons confrontés. Il nous offre des pistes de réflexion, des volontés de clarification et d’explication quant aux principaux moteurs de la série.

C’est ainsi qu’on retrouve, par exemple, un propos sur les effets-spéciaux qui n’est pas sans rappeler celui du Lemming Affranchi dans son Théma en deux parties Trucage et effets-spéciaux partie 1 et 2 ou encore, dans l’entrée sur la musique, on ne peut s’empêcher de penser à l’Edito Jérémie Clog sur les bandes originales, ce qui nous fait dire qu’on ne doit pas être toujours totalement à l’arrache dans notre ligne éditoriale, sur La Faquinade. Bien entendu, étant donné qu’il s’agit d’un des points responsables du succès de la première trilogie, et de la perduration dudit succès jusqu’à nos jours, l’auteur n’omet pas de mentionner l’aspect merchandising dès le départ voulu par Lucas et que nous avions abordé dans Star Wars, un monde en expansion, chez Actu SF et La Maison d’Ailleurs. Il n’est pas non plus fou au point d’oublier ce Nouvel Hollywood que le Lemming a présenté ici dans sa tétralogie sur Spielberg (également souvent mentionné dans l’ouvrage).

Enfin, tout au long de l’ouvrage – et ceci est confirmé dans les indications bibliographiques que l’auteur nous offre à la fin – et conformément à son habitude, une large part du propos est centrée sur la place des mythes et des grands courants idéologiques – je vous ai déjà parlé de Mythe et idéologie du cinéma américain ? Ha okay… Désolé – qui sous-tendent la saga : que ce soit la place du héros – qu’on avait abordée ici Le Mythe – ou celle des religions – qui n’est pas sans rappeler Mythe et Super-Héros ou encore Les Dieux de Kirby d’Alex Nikolavitch -, les renvois aux grandes sagas d’antan ou la portée fantasy de l’oeuvre – voir De H.P. Lovecraft à J.R.R. Tolkien – … le tout renvoyant à une portée universaliste d’une oeuvre pensée avec un génie jusque là inconnu. 

Il nous propose des analyses et se livre à des recoupements culturels, philosophiques, à de fines analyses linguistiques – notamment dans l’importance des noms des personnages, de l’épiphanie que beaucoup d’entre eux provoquent inconsciemment en nous, des dichotomies qui en résultent (par exemple Han Solo, toujours en duo avec Chewbacca) – ou enfin à des analyses dans les influences (de Kurosawa à Frankenstein). Cette érudition, loin d’être inutile, est brillamment mise en avant – et, de ce fait, rendue plus directement utile pour le spectateur – dans les 8 feuillets centraux dans 55 illustrations choisies, tirées en partie de la saga cinématographique, et en partie de documents historiques ou d’archive. On y parcourt rapidement un petit pan de l’univers de Star Wars et on y découvre des secrets, comme l’origine de la tenue des chevaliers Jedis ou encore de celles de Padmé Amidala, mais on y suit aussi quelques explications quant à la place de la guerre ou de l’éclairage (celui-ci étant impacté, dans l’épisode III, par le traumatisme du 11 septembre), la représentation des classes dirigeantes ou de l’intelligence artificielle, les races, les planètes, les civilisations…

C’est cette richesse incroyable dans les modes d’approche du sujet – par la thématique, par la sensibilité, par l’analyse sociologique, par le visuel ou le sonore – qui rend cet ouvrage absolument passionnant et indispensable et qui fait que son propos, s’il peut être parfois ardu ou répétitif, ne perd jamais le lecteur.

Ha Natalie... Je l'ai sous la main, j'en profite, voilà des photographies de princesses mongoles du XIXème siècle et les coiffures de la reine de Naboo. Coïncidence ? Je n'pense pas.

Ha Natalie… Je l’ai sous la main, j’en profite, voilà des photographies de princesses mongoles du XIXème siècle et les coiffures de la reine de Naboo. Coïncidence ? Je n’pense pas.

Pertinence et classe

Comme à son habitude, Laurent Aknin nous livre un ouvrage d’un sérieux rare et d’une érudition qu’on ne lui conteste plus. Bien loin de la grande majorité des ouvrages parus ces derniers temps en vue de la sortie au cinéma le 16 décembre prochain du Réveil de la ForceStar Wars: un mythe, une saga est un essai riche et constructif, profond et utile.

Cela n’est pas, soit dit en passant, étonnant de trouver ce genre d’ouvrage au catalogue d’une maison d’édition aussi pertinente que Vendémiaire*. Maintenant, il serait intéressant au plus haut point, à la lecture de ce livre, que l’auteur se livre au même genre de travail sur les Terres du Milieu, tant la déclinaison en trilogies et l’impact culturel depuis plus de 15 ans semble être le seul autre exemple dans le cinéma mondial à se rapprocher, ne serait-ce qu’un peu, de la mythologie gargantuesque de Star Wars.

Enfin, je finirai sur un petit bémol dans une adresse directe à l’auteur, pour créer un palier de tension dramatique dans cet article qui en manquait cruellement : « Monsieur Aknin, par pitié, ne parlez plus de sabre, d’épée de glaives, de combat et de duel dans les termes que vous avez employés pour cet ouvrage. Les erreurs historiques et techniques, les seules que j’aie relevées dans l’ouvrage, font perdre en pertinence aux passages qui les contiennent ! N’hésitez pas à me contacter, j’ai de quoi vous fournir quelques lectures, ce n’est pas comme si c’était mon métier, à la base. Sinon, j’attends avec impatience votre prochain livre. Bisou.« 

Vil Faquin

Sur le même thème : Star Wars, un monde en expansionPré-lol-gie ou véritable prélogie ? (épisode 1)Episode 2.
Du même auteur : Mythe et idéologie du cinéma américaininterview partie 1 et partie 2.
Dans la même collection : Kaamelott ou la quête du savoir.
Sur le mythe : Le MytheMythe et Super-Héros, Les Dieux de Kirby
& Conférence Les Mythes dans le cinéma moderne.

 

Publicités

15 commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s