Y F’rait beau voir – Les Chroniques des Ravens

Les Chroniques de Raven (Chronicles of the Ravens)

James Barclay

Il y a des auteurs anglo-saxons qui tiennent toujours le haut de l’affiche et dont on parle régulièrement entre non-initiés quand on aborde le sujet de la fantasy. Vous savez, cette littérature pour ados attardés et mal dans leur peau. Parmi ces auteurs, donc, on notera dans les premiers rangs les David, Gemmell ou Eddings, dont on avait dit (respectivement) ici et là ce qu’on en pense. Et puis il y a les autres, qui squattent les devants de l’affiche, les Martin, les Lindholm-Hobb et les (mauvais) Goodkind, se mêlant aux classiques absolus du genre, Tolkien, Lewis et Pullman.

Et puis, gentiment cachés derrière, il y a les autres dont on parle moins mais qui proposent tout autant sinon plus (plus que Goodkind, vous me direz, ça ne peut pas être compliqué), les prolifiques Feist et les Jordan, et les Moorcock.

Et seulement après ceux-là se distinguent d’autres, les éternels seconds couteaux d’une littérature trop souvent réduite – périphrasée, même – à ceux qu’on a cité précédemment. Et pourtant dans ceux-là, on a des perles et des auteurs au style puissant, direct, parfois inattendu.

James Barclay est de ceux-là. Et, il y a 10 ans, il m’a mis une énorme claque.

Admirez la classe décharnée d'Aubemort et la survie de cet excellent tome à travers une décennie de la vie d'un Faquin.

Admirez la classe décharnée d’Aubemort et la survie de cet excellent tome à travers une décennie de la vie d’un Faquin.

Les Chroniques des Ravens, Chronicles of the Raven dans leur langue maternelle, est une trilogie de romans parus entre 1999 et 2001 outre Manche et de 2001 à 2003 en France : AubeMort (DawnThief), NoirZénith (Noonshade) et OmbreMage (Nightchild). Ils ont été traduits chez Bragelonne par l’excellente Isabelle Troin puis réédités en poche chez Pocket avant d’être repris récemment par le label poche de Bragelonne, Milady (exemple). Ils ont été suivis de 2004 à 2006 (écrits de 2002 à 2004) d’une autre trilogie du même James Barclay, Les Légendes des Ravens (Legends of the Raven) agrémentée d’un ultime tome en 2008 : ÂmeRaven (Ravensoul).

Voici 5 raisons de vous ruer dans la librairie la plus proche de chez vous, habiles lecteurs, et d’en faire l’acquisition :

  1. Commençons par le point visuel. Si les couvertures originales des grands-format de chez Bragelonne ne cassaient pas trois pattes à un canard boiteux, on ne va pas se mentir, celles de la version de chez Pocket envoient du lourd par B-52. Prenons le cas du premier tome de la trilogie, AubeMort. Sur toutes ses éditions (voir), à savoir sept – trois grands formats, trois poches chez Pocket et un poche chez Milady -, on compte pas moins de cinq illustrateurs avec chacun un univers particulier : Vincent Dutrait, Etienne Le Roux, Noëmie Chevalier, Raymond Swanland et, enfin, Guillaume Sorel, chacun dans un style particulier et reconnaissable. Notons toute fois que Raymond Swanland illustre l’intégralité des cycles Raven reparus chez Milady et que son style colle très bien à l’identité visuelle du label. Cependant, c’est pour moi Guillaume Sorel (site internet), quatre fois primé dont un Grand Prix de l’Imaginaire en 2006, qui capte le mieux l’âme du récit de Barclay, dans toute sa dimension d’heroic fantasy (puisque c’est ce dont il s’agit) avec des graphismes délivrant une puissance à laquelle on a trop rarement recours depuis Frazetta. Et ça, c’est vraiment quelque chose qui ne me laisse pas indifférent.
  2. Le deuxième point important à soulever… et bien nous l’avons vu à l’instant ci-dessus ! Il s’agit du caractère d’héroïsme et de fantasy mêlés que sont Les Chroniques des Ravens. De cette heroic fantasy, wikipedia nous dit qu’elle diffère de la high fantasy en cela qu’elle s’appuie sur un plus petit nombre de héros. De plus, cette dernière oppose effectivement un groupe et son antagoniste, souvent un sombre seigneur vêtu de noir comme aurait dit IAM. Mais pourtant, c’est bien la compagnie des Ravens qu’on suit, et les personnages meurent par paquet de treize mais la compagnie, elle demeure. C’est cette compagnie l’héroïne du roman, celle qui est appelée à réaliser des actions épiques, héroïques et à changer la face du monde. En cela, Les Chroniques des Ravens est une série profondément ancrée dans un imaginaire d’heroic fantasy, ce que l’utilisation assez vieille école de la magie ne fait, selon moi, que renforcer.
  3. On l’a vu ci-dessus – décidément, les transitions, c’est mon dada aujourd’hui ! – les Ravens sont une troupe de héros. Au-delà de simples héros, ils sont des spécialistes de la guerre et pratiquent la chose martiale comme personne. On dit même qu’ils n’auraient jamais perdu. C’est cette merveilleuse invulnérabilité leur vaut d’être embauchés dans la quête qui nous est racontée dans la trilogie. Ca ne vous rappelle rien ? Et oui, le fameux cycle de La Compagnie Noire de Glen Cook. Ce fameux cycle de dark fantasy publié entre 1984 et 2000 (1998 2004 en français) est probablement emblématique de tout un courant nouveau dans l’écriture de la fantasy à partir des années 1990. Et il semble que James Barclay n’y fasse pas exception. Si je cale là cette similarité dans le fond du set up de base de la trame narrative, c’est qu’elle représente, plus qu’un resucée, une formidable opportunité : Les Chroniques des Ravens proposent une façon alternative de développer un récit profond et de haute volée à partir d’une thématique semblable. Car si par bien des aspects les héros du cycle Ravens sont accablés de fatigue et pensent à prendre la retraite en ouvrant une auberge – true story – et ressemblent par là à ceux d’un bon cycle de dark fantasy, l’ambiance héroïque reste présente…
  4. … Et accompagnée d’un double effet kiss-kool. En dehors du fait que je deviens peu à peu maitre es transitions, la première trilogie des Ravens présente également un élément que j’ai souvent vu tenté ici ou là, mais jamais réussi avec la même justesse. Ce double effet, c’est celui produit, au milieu de tous les héros continentalement reconnus de la troupe, par un homme qui n’est connu que sous le nom du Guerrier Inconnu. Outre le fait que ça pète la classe, l’absence d’identité de l’homme est contrecarrée par sa notoriété en tant que mercenaire et membre des Ravens, créant ainsi une dichotomie dans le traitement du personnage et amplifiant le rayonnement quasi mythique l’entourant. Son évolution dans la saga en un autre type de non-identité – à base d’esprits mêlés – distille encore la subtilité de son cas au travers de romans dont la plus grande force n’est pas, en général, la psychologie. C’est un plaisir non feint que de pouvoir aborder ce cas dans une vie de lecteur, d’autant qu’il apparait de façon non signalée dans une saga que rien ne destinait à cela.
  5. Parce que là – oui, j’enchaîne directement sur la phrase suivante parce que je suis on fire aujourd’hui, comme dirait Jim Morrison – est la principale raison qui fera de votre lecture un bon moment : l’écriture est nerveuse, punchy, le rythme est géré à merveille (le travail de la traductrice n’y est probablement pas étranger) et j’irai même jusqu’à dire que je n’exagère pas. Mais ce serait exagéré. Du coup je me contenterai de ça : j’ai conseillé une bonne demi-douzaine de fois en librairie le premier tome à des lecteurs peu convaincus… avant de les voir revenir tous les deux jours – true story – racheter la suite, et même embrayer sur la seconde trilogie ! Alors foncez, avides amateurs de compagnies fracassantes !
Du Guillaume Sorel qui illustre du Barclay sur du Frank Frazetta qui illustre du Molly Hatchett. Voilà.

Du Guillaume Sorel qui illustre du Barclay sur du Frank Frazetta qui illustre du Molly Hatchet. Voilà.

James Barclay n’est probablement plus aussi inconnu aujourd’hui que lorsque j’ai découvert ses trois premiers romans il y a dix ans, c’est pour cela qu’il n’a eu droit qu’à ce petit Y F’rait beau voir.

Mais cela ne signifie pas pour autant qu’il doit être pris par-dessus la jambe. Les Chroniques des Ravens se présentent sous la forme d’une véritable saga à l’anglo-saxonne, épique et incroyable, avec des personnages charismatiques et emblématiques. Si le cycle n’a pas la profondeur réflexive d’un Port d’Âmes de Davoust par exemple – héhé, oui il arrive -, il a d’autres atouts et révèle un véritable talent pour écrire des histoires haletantes !

Et c’est pas ça qu’on veut, à la base ?

Vil Faquin.

A lire aussi : Interview de James Barclay.

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18 commentaires

  1. + 1 dans les-livres-classiques-qu-il-faut-trop-que-je-lise-un-jour.
    Sachant que j’en lis tout de même de temps à autre (Hypérion cette année), rien n’est perdu. ^^
    J’en avais déjà entendu parler mais je ne savais pas quel type de Fantasy c’était.

  2. Une série qui m’a véritablement donné goût à la lecture de la fantasy, et un article qui à su rendre l’âme de ce récit à merveille. Lisez cette trilogie (heptalogie) !!!!!

  3. 2 trilogies généralissimes ! Elles m’ont relancé dans la fantasy et c’est rien que du bonheur ! par contre je suis en train de finir le 7 et je suis pas convaincu…

    1. Pour sûr ! Je n’ai lu pour l’instant, comme je le dis dans l’article, que la première des deux trilogies. Effectivement, souvent, au bout de 7 tomes, il y a des risques d’essoufflement, mais les Ravens restent très corrects !

      1. les 6 autres sont géniaux ! surtout la première trilogie ! mais c’est vrai que sur le dernier ca fait poussif… enfin c’est toujours un plaisir de retrouver cette team

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