Interview de Marc Atallah / 17.7.15

Interview de Marc Atallah.

Billets à lire : Collection de la Maison d’Ailleurs.

Présentation

Bonjour, t’es qui ? Un mec qui cherche du sens à sa Vie, comme toutes les personnes qui respirent sur cette Terre ! Rires ! Mais c’est pas ce que tu attends, alors venons-en au conventionnel : « je m’appelle Marc Atallah, j’ai 37 ans, je n’ai pas de problèmes musculaires particuliers, et, outre le fait que je porte toujours une casquette noire qui protège ma sensibilité, je travaille dans deux lieux apparemment très différents : je dirige la Maison d’Ailleurs – musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires en Suisse – et j’enseigne la littérature française et les fictions contemporaines à l’Université de Lausanne ».

Ca va ? J’veux dire tout se passe comme prévu, les médias, tout ça ? Pour un mec qui me demande de répondre à une interview, tu n’es pas dépourvu d’ironie [ndlf : il faut savoir être performant, dans ce métier] ! Bon… Ça se passe pas mal, merci ! On vient d’ouvrir une nouvelle exposition à la Maison d’Ailleurs (« Portrait-Robot ») : je suis donc un peu crevé, surtout qu’on a eu une très forte couverture presse ! Une grosse couverture presse, concrètement, ça veut dire passer des heures avec les journalistes et trouver ce qui pourrait intéresser leurs lecteurs (spectateurs, auditeurs, etc.) en lien avec l’expo : ça prend du temps, mais c’est super intéressant car ça ouvre des pistes de réflexions sur la question des robots !

Et sinon, tu as un vrai métier ? Rires ! Et vu que tu me poses cette question, c’est que tu n’attends pas une réponse sérieuse ! Mon vrai « métier », celui qui me prend aux tripes, celui qui m’engage sur une Vie entière, celui qui est plus difficile que monter une expo, donner un cours, écrire un livre ou répondre à une interview écrite, celui qui est sous-estimé car il paraît stéréotypé, celui qui semble ridicule alors que c’est le seul qui est essentiel à mes yeux, c’est que je suis papa d’un petit garçon – et ça, c’est hardcore ! Rires !

Pour l'instant, c'est 5 titres à découvrir ici. Et c'est du bon.

Pour l’instant, c’est 5 titres à découvrir ici. Et c’est du bon.

Parcours

Tu peux nous présenter ton parcours ? En gros, et en deux mots, j’ai fait deux Masters : un en physique théorique à l’EPFL et un en lettres à l’Université de Lausanne. Puis j’ai fait ma thèse en littérature française sur les récits de science-fiction (tu veux le titre ? [ndlf : oui !] Sérieux ? [ndlf : oui² !] Ça tient en quatorze lignes et c’est truffé de mots compliqués ! En substance, j’ai réfléchi à la science-fiction comme technique narrative et j’ai cherché à comprendre comment on pouvait réunir un ensemble de textes hétérogènes dans une catégorie opératoire ! Tu en veux plus ? [ndlf : oui !!!] L’idée était de construire une poétique en s’appuyant sur une herméneutique afin d’inspecter la pragmatique d’un genre littéraire… Tu vois le truc quoi ! [ndlf : oui !] ). Une fois ma thèse de doctorat en poche – et un séjour à Montréal qui a révolutionné mon esprit –, j’ai enseigné à l’Université de Lausanne, puis je me suis présenté au poste de Directeur de la Maison d’Ailleurs ; je l’ai obtenu et j’ai pu, vu que c’était un temps partiel, continuer à enseigner… Un long fleuve… Euh non, en fait !

Raconte-moi comment un projet tel que La Maison d’Ailleurs a pu voir le jour ? Et pourquoi Yverdon-les-Bains ? En fait la Maison d’Ailleurs existe depuis 1976 (eh oui !). Pourquoi Yverdon-les-Bains ? Eh bien… parce que le fondateur du musée, Pierre Versins, après sa déportation à Auschwitz, est venu s’établir en Suisse, près d’Yverdon-les-Bains, et a commencé à collectionner tout ce qui touchait au futur et aux sociétés alternatives (pour fuir les traumas du passé ? Sans doute). Puis, quand la collection devenait impossible à stocker, Versins contacte plusieurs lieux pour héberger ses raretés et ouvrir un musée. Paris refuse, Yverdon-les-Bains accepte. La Maison d’Ailleurs est née ! Ils sont fous ces Parisiens !

Une exposition entre autre qui t’a marqué (organisation, invités, passion…) ? Impossible à dire ! Je crois que toutes les expositions m’ont marqué (oui je sais, c’est bateau, mais c’est la vérité) ! La première, « Halomancie » (2011) et la rencontre avec Stéphane Halleux ; « Playtime » (2012) et ma première grosse colère dans un montage cauchemardesque (pendant) et miraculeux (après) ; « Souvenirs du Futur » (2013) et un dispositif muséographique qui nous a valu maintes félicitations ; « Stalker » (2013) et les échanges avec Rashit Safiouline ; « Superman, Batman & Co… mics ! » (2014) et l’exposition-événement qui a été le plus gros succès de tous les temps ; « Alphabrick » (2014) et les 1’500 mails échangés avec Disney, la Warner et le groupe LEGO® ; « Portrait-Robot » (2015) et une couverture de presse de malade ! Tu en veux encore ?!

Une exposition qui a mobilisé beaucoup de monde et avec des événements des plus intéressants ! A voir absolument !

Une exposition qui a mobilisé beaucoup de monde et avec des événements des plus intéressants ! A voir absolument !

Edition et muséologie

J’ai lu les 5 fascicules des Collections de la Maison d’Ailleurs. D’où vient l’idée de publier de tels petits essais ? Pourquoi ces fascicules de vulgarisation en lieu et place des catalogues habituels ? Je connais bien la production théorique autour de la science-fiction et je la trouve en général problématique : soit ce sont des essais pour spécialistes qui cherchent à légitimer la SF auprès des académiques (lis les préfaces : « Ce genre longtemps mal considéré est en passe de… »), soit ce sont des panoramas pour les rares érudits que ça intéresse (je caricature un peu). J’avais donc envie de lancer une collection pour, à la fois, montrer la richesse iconographique des collections du musée (130’000 objets quand même) et donner à divers spécialistes l’opportunité de s’exprimer sur la thématique traitée à ce moment-là par la Maison d’Ailleurs. Par contre, tu as tort : il y a effectivement un livret qui sort par exposition, mais aussi un catalogue chaque deux expositions ! Autrement dit : un catalogue d’art, plus cher, qui présente le travail des artistes (cf. Superman, Batman & Co… mics ! chez Urban Comics) et un livret, moins cher, qui présente la thématique de l’exposition (cf. Les Super-héros chez ActuSF). Les deux productions sont complémentaires et ne se remplacent pas mutuellement [ndlf : dieux que j’aime avoir tort].

Comment s’est passé le contact avec ActuSf et Jérôme Vincent ? D’autres publications en vue (autres que dans cette collection) ? Super bien ! Jérôme est un mec adorable qui a tout de suite été séduit par le projet et qui, même s’il a quelques critiques sur les objets (couvertures peu « vendeuses ») me fait confiance et accepte l’idée qu’il y a derrière cette collection de livrets. Pour l’instant, trois livres par années (deux expositions, donc deux livrets et, une fois sur deux, un catalogue) c’est assez : on n’a pas les ressources pour faire plus (et le mieux est souvent l’ennemi du bien).

Quelles sont tes relations avec le milieu universitaire et les pouvoirs locaux ? Le fait d’être situé en Suisse facilite-t-il certaines relations (je pense à l’académisme universitaire français qui pourrait parfois voir avec condescendance ton travail) ? Je travaille dans le milieu universitaire, mes relations sont donc bonnes et je peux facilement proposer des projets aux chercheurs qui travaillent autour de la science-fiction ; quant aux pouvoirs locaux, et au vu du succès de la Maison d’Ailleurs, je pense ne pas me tromper en disant que mes relations y sont bonnes ! Je bosse pour le succès du musée et, incidemment, ce succès génère une image positive d’Yverdon-les-Bains à l’extérieur : les politiques sont donc reconnaissants et apprécient le travail du musée (il suffit de voir que la Maison d’Ailleurs est souvent citée dans les discours politiques).
La Suisse ? Après un paradis fiscal, un paradis intellectuel ? Oui je pense ! C’est moins vendeur, mais quand même plus sympa que les fonds en déshérence ! Le milieu universitaire suisse travaille depuis longtemps sur les cultures « non canoniques » et ne juge pas ceux qui souhaitent se pencher sur la science-fiction, la bande dessinée, le blockbuster ou le jeu vidéo. Honnêtement, j’accorde très peu d’importance à ceux qui verraient « 
avec condescendance mon travail » (pour reprendre tes mots) : il y aura toujours des fâcheux, des critiques faciles – en un mot comme en cent : des médiocres. La bien-pensance est souvent un signe de lâcheté (on se protège derrière ce qui est déjà reconnu) ou de facilité (on préfère se cantonner au connu plutôt que de se découvrir dans l’inconnu) : moi, j’aime plonger dans ce qui est peu fréquenté, j’aime regarder ce qui est peu vu et j’aime découvrir des trésors là où on pensait n’en trouver aucun !

Marc Atallah ? Un mec multi-tâches. La preuve en image.

Marc Atallah ? Un mec multi-tâches. La preuve en image.

Meta

  • Ton livre préféré ? Il y en a trop ! J’aime autant les romans réalistes que fantastiques, la science-fiction que les livres dont vous êtes le héros, la bande dessinée que le manga ! Mon livre préféré, c’est celui qui me permet d’éprouver des émotions : il y en a donc… beaucoup !
  • Ton morceau préféré ? Argh !! Tu en as encore beaucoup des questions qui cherchent à réduire la diversité esthétique à un nom ?! Là aussi, et sûrement parce que je suis fils d’un père libanais et d’une mère suisse, ou parce que je suis gémeaux, je flash autant sur le classique que le rock alternatif, le blues que l’électro. Une fois de plus, je ne peux me réduire. 
  • Ton film préféré ? Idem. Franchement, pourquoi tous les journalistes du monde veulent savoir le XXX préféré ? [ndlf : pour les autres je sais pas, mais pour moi, déjà pour le troll, et ensuite parce que ça ne signifie absolument rien, et que les gens y réfléchissent tous avec des approches différentes. C’est assez intéressant à lire, dans les différentes interviews] Pour des contraintes de signes ? Pour cerner l’insondable ? Pour réduire une complexité insaisissable ? Je suis un bouffeur de fictions : j’aime les fictions, j’en dévore tout le temps – et je ne veux pas donner une médaille à une production particulière, car je ne suis pas en train de faire une compétition sportive !
  • Ton auteur préféré ? Certes, certes… Voilà comment ça fonctionne dans mon cerveau : mon auteur préféré ? Dans quel registre ? SF ? Dans quel mouvement ? Dystopie ? A quelle période ? Début du XXe siècle ? Avant 1930 ? De quel pays ? Ah ok, Eugène Zamiatine ! Rires !
  • Ton illustrateur préféré ? Tous les illustrateurs qui me donnent à ressentir une émotion.
  • Ce que tu n’arriveras jamais à lire/voir/écouter, même en te forçant ? Barbara Cartland ! Rires ! Bien que… !
  • Un truc inutile dont tu n’arrives pas à te passer ? Mon cerveau.
  • Information secrète. Je suis un mec loquace en société, silencieux dans l’intimité.
  • Complète : « Est-ce que…? » … les humains vont préférer les beautés déstabilisantes de la curiosité aux laideurs rassurantes de la sécurité ?
  • Qu’as-tu à dire pour ta défense ? Euh… j’étais attaqué ?!

Vil Faquin

A lire : Star Wars, un monde en expansionDe H.P. Lovecraft à J.R.R. Tolkien,
Les Super-HérosLe Post ApocalyptiqueLes Robots.

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