Y F’rait Beau Voir – Bienvenue à l’I.E.A.

Une Rencontre, Albandon, L’affaire Bellocq, Correspondance T1 & T2, Bienvenue à l’I.E.A.

Christian Hibon & Philippe Gindre

 Il y a un an, nous vous parlions déjà, à deux reprise, de La Clef d’Argent, cette maison d’édition associative spécialisée dans le fantastique et l’horreur à la Lovecraft, au travers des petits ouvrages du Club Diogène et Saturne, deux formidables exemples que le fantastique à la française a de belles années devant lui, si tant est qu’on lui donne l’occasion de s’exprimer.

C’est justement sur cela que je tiens à attirer ton attention, habile lecteur, dans cette merveilleuse introduction : les éditions de La Clef d’Argent se sont données pour but la réédition de textes oubliés ou tombés dans un état proche de l’oubli, notamment des auteurs francophones. Parmi les grands noms publiés chez eux, on peut relever Arthur C. Clarke, Neil Gaiman, André-François Ruaud, Clark Ashton Smith, ou encore Jean-Pierre Andrevon. La démarche ressemble à celle de la collection Dyschroniques du Passager Clandestin, mais on doit rendre à La Clef d’Argent ce qui lui appartient : l’éditeur a été fondé en 1987. Dur de faire mieux, n’est-il pas ?

Et nous voici donc, à faire une présentation sur un groupe d’anciens écrits de chez eux. Mais croyez-moi bien que la découverte est à la hauteur de la singularité que sont les petits ouvrages de la Clef.

L'I.E.A. de Dole (Jura) présente : les aventures de ses investigateurs métapsychiques Coolter et Quincampoix.

L’I.E.A. de Dole (Jura) présente : les aventures de ses investigateurs métapsychiques Coolter et Quincampoix.

Or donc, après la découverte de la collection NoKhThys avec le Saturne de Christophe Lartas, nous voilà avec la collection Ténèbres & Cie et autour des 6 premiers tomes de celle-ci, écrits à partir de 1995 par les auteurs et publiés entre 1999 et 2003 par La Clef d’Argent. Voici 5 tout à fait incontournables raisons de vous les procurer :

  1. Tout d’abord, commençons par ce que l’on remarque en premier en se saisissant des ouvrages de la collection : ils sont petits. Ils sont terriblement petits. De 24 à 48 pages. Mais, en y repensant, si on se fend d’une simple addition, on arrive à 262 pages, ce qui est, malgré tout, une taille correcte pour un recueil. Mais l’originalité ici c’est d’avoir des tomes autonomes pour le prix d’un tour à la boulange : 2€ pour chacun des 5 premiers ouvrages agrafés, 6€ pour le sixième, pas plus épais mais relié de façon classique. Les formats choisis par La Clef d’Argent me semblent très souvent pertinents et intéressants pour le public, offrant des textes peu communs à moindre prix. Un peu comme on se laisserait tenter par une nouvelle friandise chez le pâtissier du coin, ces ouvrages sont des portes ouvertes sur de nouveaux horizons.
  2. L’idée de base même permet cette caractéristique intéressante de la série. La collection Ténèbre & Cie se conçoit comme une anthologie des aventures de deux personnages charismatiques et immédiatement identifiables : Isidore Quincampoix et John Coolter, les deux investigateurs métapsychiques de l’I.E.A. (voir dernier point). Quincampoix et Coolter, dans chacun des petits tomes, sont amenés à vivre des aventures indépendantes que l’on peut lire comme n’importe quel tome de romans d’enquête. La toile de fond reste la même. L’ambiance particulière dictée par les deux premiers auteurs (voir point suivant) est ce qui aide le plus à l’uniformité de la collection. Nous voici, comme avec les ouvrages du Club Diogène, avec deux érudits au langage et à l’attitude très XIXème siècle qui s’engagent à répondre à toutes les questions métapsychiques qu’ils rencontreront avec un humour et un flegme admirables !
  3. « Nous sommes légion. » Voilà ce que pourraient dire les auteurs des aventures de Coolter et Quincampoix. Christian Hibon et Philippe Gindre pour les 5 premiers tomes, rejoints ensuite par Philippe Dougnier (cofondateur de La Clef d’Argent), Philippe Gontier et Jonas Lenn pour le tome 6. Ce qui fait, convenons-en, beaucoup de Philippe. Grâce à l’ambiance insufflée par Hibon et Gindre, les aventures des investigateurs de l’I.E.A. restent cohérentes dans le sens même quand reprises par d’autres auteurs dans le dernier tome (mais nous y reviendront dans le point suivant). De plus, il faut également noter quelque chose d’important : Quincampoix et Coolter sont deux Dolois (habitants de Dole), visitent des coins improbables (Saint-Rémy en Côte d’Or, La Vigotte dans la Nièvre ou Saint-Roman dans le Gard, près d’Arles, et j’en passe). Cela ajoute un côté pastoral à leurs aventures mais pas seulement : après les moults aventures américanisées d’un Hellblazer ou des frères Winchester de Supernatural, c’est bon de retrouver du paranormal près de chez nous. Et ce ne sont pas que mes racines bourguignonnes qui parlent. C’eût même pu être à Toulouse que j’aurais trouvé cela important. C’est dire !
  4. Ensuite, on en a parlé juste au-dessus, c’est la forme choisie pour les récits qui explique et à la fois détermine le format de publication. Ou plutôt les formes (vous pouvez relire cet article). Car en sus des nouvelles de taille classique (L’affaire BellocqAlbandon, chacune rédigée par l’un des deux auteurs, seul), la Collection Ténèbres & Cie propose d’autres formes de récits comme des micro-nouvelles (Une Rencontre, dans le premier tome ou Promenade automatiqueUne malencontreuse homochromieMastodonmachie ou Happy Birthday dans le tome 6) et des nouvelles entre deux (Le Chromatomane, tome 1, ou encore L’imprésent et Toc Toc dans le tome 6). Mais, au-delà, ce sont les tomes 4 et 5 qui nous intéressent : ils présentent une correspondance épistolaire entre les deux investigateurs. Ce type de narration, très en vogue au XIXème siècle, plus très usité de nos jours, apporte une touche considérable au charme de la collection : les deux hommes, s’exprimant par écrit, peuvent laisser libre court à leur verve érudite et la lecture en devient délicieuse tant on sent les âmes des deux hommes digresser, esquisser des croquis pour illustrer leur propos auprès de leur camarade… On a réellement l’impression de suivre les conversations de personnages que l’on connait (grâce aux trois premiers tomes qui posent un excellent setting) et cela n’a pas de prix.
  5. L’I.E.A., enfin. Qu’est-ce donc ? me direz-vous. Et bien il s’agit de l’Institut d’Ethnocosmologie Appliquée de Dole, dont le site internet est disponible ici. Une description figure au début de chaque tome : « Créé au début du siècle par le Professeur Armand Charpillot, l’I.E.A. de Dole (Jura) a tout d’abord eu pour vocation l’investigation rationnelle des phénomènes paranormaux liés aux diverses représentations cosmologiques humaines […] Certaines affaires popularisées en leur temps par la presse […] ont été élucidées par les équipes de l’Institut. // Depuis quelques années, l’I.E.A. a entrepris de diversifier son champs d’étude : quarante-sept missions archéologiques ont été menées à ce jour sous son patronage, au Mexique, au Tibet ou dans le Jura français. » Impressionnant non ? Surtout quand tout cela n’est créé que dans une unique finalité : étoffer le background de deux personnages chers à leurs auteurs. Sur le site internet, vous pouvez ainsi retrouver les Enquêtes de l’Institut ou en fouiller les Archives (textes publiés dans d’autres supports que la collection Ténèbres & Cie). Un formidable effort de créer un vrai-faux contexte, que je tiens à saluer tout particulièrement et qui n’est pas sans rappeler la vidéo d’avril d’E-penser et Axolot (et son bonus).
Les petits tomes de la Clef d'Argent : que ce soit ceux du Club Diogène ou la collection Nokhtis avec Saturne, des formats particuliers pour des lectures particulières !

Les petits tomes de la Clef d’Argent : que ce soit ceux du Club Diogène ou la collection NoKhThys avec Saturne, des formats particuliers pour des lectures particulières !

En clair, bien que la collection et ses tomes soient anciens, n’hésitez pas à vous les procurer en contactant directement la Clef d’Argent ou, si vous le souhaitez et pour un coût moindre, à consulter le merveilleux site web de l’Institut d’Ethnocosmologie Aplliquée ou vous pouvez déjà vous faire une idée. Dans tous les cas, c’est une salutaire lecture que vous ferez là, qui vous proposera autre chose que le fantastique habituel. Et pour ne rien gâcher, L’affaire Bellocq a même des petits relents d’un Spring Heeled Jack à la française.

Philippe Gindre, le papa big boss de la Clef d’Argent, a accepté de nous faire parvenir les trois tomes suivants de la collection, tous signés Jonas Lenn, donc vous êtes appelés à recroiser les aventures de Quincampoix et Coolter en ces lieux ! Et j’espère que vous ne vous en plaindrez pas. D’ailleurs le monsieur n’a pas caché sa volonté de faire plus avec ces personnages… C’est tout le mal qu’on lui souhaite !

Vil Faquin.

Chez le même éditeur : Vilaines Romances et Saturne.

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