Y F’rait Beau VOir – L’Or

L’Or

Blaise Cendrars

L’or est un élément chimique de symbole Au (du latin aurum) et de numéro atomique 79. Il s’agit d’un métal précieux très recherché et apprécié sous forme de parures ou de pièces de monnaie depuis l’aube des temps historiques. Ce métal au naturel se présente sous forme de pépites, qui peuvent avoir été réduites en poudre ou en paillettes, par érosion mécanique. Les diverses formes de sa répartition à l’état natif sont le filon, l’inclusion dans les roches ultrabasiques, les dépôts alluvionnaires résultant de l’érosion fluviale des roches mères.

Voilà, merci bonsoir, emballé c’est pesé, ite soupa est. Vous n’aimez pas la soupe ? Bon, alors vous pouvez rester un peu qu’on discute de ce qui nous rassemble aujourd’hui.

Pour finir ce court mois de juillet – court en termes de publications sur La Faquinade, on se comprend -, je déterre la section Y F’rait Beau Voir, lancée en janvier et qui vous présente chaque mois, de façon succincte, un ouvrage à lire ou relire. Et dans celui du mois, on va en profiter pour lancer une thématique qui va nous suivre un petit bout de temps, de même que préfigurer un nouveau format d’articles qui arrivera dès le mois prochain.

On est donc parti sur un chouette roman, un poil ancien, mais toujours aussi bon. Et puis, grâce à Wikipedia, vous aurez appris quelques caractéristiques de ce précieux métal.

Un ouvrage qui a vécu, a probablement voyagé et essuyé de beaux aléas. A l'image de son héros, et de son auteur. Mais ça, je le dis plu bas.

Un ouvrage qui a vécu, a probablement voyagé et essuyé de beaux aléas. A l’image de son héros, et de son auteur. Mais ça, je le dis plus bas.

L’Or, de Cendars. Parce que, vous l’aurez deviné, c’est de ce bouquin dont il est question. Ici dans sa version poche Folio chez Denoël, de 1960, L’Or a été initialement publié en 1925 par Cendrars chez Grasset. Voici 5 très excellentes raisons de vous jeter sur ce tout petit ouvrage qui réjouira vos papilles de lecteurs avertis en quête du frisson de l’éternel :

  1. Blaise Cendrars. Ce nom ne vous dit pas forcément quelque chose. A moins que vous n’ayez fréquenté un collège ou lycée baptisé du nom de l’écrivain d’origine Suisse, Frédéric Louis Sauser, qui prend le pseudonyme de Cendrars en allusion au phénix renaissant de ses cendres. Engagé volontaire en 1914 dans la Légion Etrangère, avec pour compagnon le premier pilote noir des forces alliées, Eugène Jacques Bullard, Cendrars se verra amputé du bras droit et continuera d’écrire, de la main gauche, du coup (La Main Coupée, 1915). D’abord poète, puis écrivain du réel d’abord en France puis mondialement reconnu (grâce, justement, à L’Or), Cendrars deviendra grand reporter et correspondant de guerre dans l’armée anglaise pendant la WWII. Un parcours pareil suffit à faire entrer le Monsieur parmi les grands noms des littératures d’aventure, au même titre qu’un certain Ernest Hemingway, si d’aucuns se souviennent.
  2. Comme l’ami Hemingway, on l’a vu, Cendrars a vécu les affres de la WWI et le front européen, et comme le sulfureux américain en a tiré un premier roman d’une force et d’une justesse incomparable (voir : L’adieu aux armes), La Main Coupée, quand d’autres comme Henri Barbusse publient, un an plus tard, en 1916, Le FeuCes trois écrivains sont unis dans un même souffle, celui d’une réalité qui dépasse largement la fiction et dont les événements méritent d’autant plus d’être contés. Hemingway, Barbusse et Cendrars vont donc faire le parti d’une écriture du réel et de l’aventure humaine dans l’histoire de leur vie sur Terre. Sortant d’un même enfer, comme s’intitule le premier ouvrage de Barbusse, un même ton se propage dans leurs œuvres.
  3. De ses années de poète, Blaise Cendrars, le phénix renaissant, garde cependant le goût de la formule et du dépaysement, de la beauté transcendantale de la vie et de la nature sur les destins des hommes. Dans ses envolées, l’imaginaire et la fiction s’entremêlent parfois au réel comme c’est notamment le cas dans L’Or. Cet ouvrage est, en fin de compte, un long poème épique dans lequel il reprend les thématiques propres de l’héroïsme et de la magnificence. L’Or regroupe absolument toutes les caractéristiques des sagas héroïques, des récits fondateurs et des mythologies d’Europe et d’ailleurs.
  4. Le point précédent est confirmé par le sous-titre qui complète ce court titre : L’Or – La Merveilleuse Histoire du Général Johann August Suter. L’histoire nous emporte donc dans les pas de Johann August Suter, Suisse quittant sa patrie pour les Amériques, comme Cendrars en 1911, pour fuir sa vie et sa réputation et faire fortune dans le Nouveau Monde. Enchaînant petits boulots et rapines, il finit par migrer à l’Ouest où il négocie à la fois avec les Yankees et les Mexicains – en plein pendant les événements de Texas Rising, série télé racontant les premiers jours du Texas américain et la lutte contre le général-dictateur Santa Anna – pour s’octroyer des Terres en Californie. Il devient Colonel et plus grand propriétaire terrien des lieux. Et on découvre de l’or sur ses terres, qui sont alors envahies de colons. Ruiné il se battra jusqu’à la fin de ses jours pour récupérer tout ou partie de sa fortune et de ses biens. Une dimension Odysséenne, Illiadesque (voir : Le Mythe) même, se dégage de L’Or, dont la sobriété de titre est magnifiée par un style froid, sec et toujours juste.
  5. Enfin – vous ne comptiez pas réellement y échapper, dite-moi ? – historiquement, l’ouvrage nous amène à un point crucial de la construction de l’histoire des U.S. of A. La ruée vers l’Ouest, puis la première ruée vers l’or, celle de 1848, auxquelles Suter a participé toutes deux sont en effet deux fondamentales du mythe américain : de cette Amérique où tout était possible, que le groom devienne maire ou que le voyou suisse devienne millionnaire en dollars et en terres. Cendrars a, pendant longtemps, été le premier et le seul biographe de Suter. A tel point que l’ouvrage s’est vendu à l’international comme jamais encore.
Une douille sur L'or. Ca pourrait être le titre des derniers instants du Général Suter.

Une douille sur L’Or. Ca pourrait être le titre des derniers instants du Général Suter.

Roman, poème épique, biographie, écorce d’histoire arrachée au tronc des Amériques, odyssée sauvage contre une nature indocile, construction édifiante d’un mythe national, idylle d’un homme de rien, histoire d’un aventurier que rien d’autre que le monde moderne ne saura arrêter…

Les qualificatifs au génial roman de Cendrars sont bien trop bien trop nombreux pour qu’on puisse tous les relever. Mais par L’Or, l’auteur pointe du doigt à la fois la magnifique puissance jusqu’alors inénarrable et inénarrée de la civilisation moderne et l’envers même de cette puissance, la destruction des rêves, des idéaux et des havres. Quand l’homme que rien n’avait encore entravé, le voyou du Vieux Continent qui dépouillait ses compagnons de voyage d’un jour pour payer sa traversée jusqu’à la Nouvelle York, quand cet homme même qui a arraché, seul, un Etat au puissant Mexique d’alors et aux jeunes U.S. of A., quand celui-là s’effondre seul, perdu, détruit, dépassé et rendu fou, dans la solitude de ses appartements de Washington, L’Or remet à sa place le lecteur dans la folie d’un siècle qui a défini le Monde Moderne, notamment au travers du triste métal éponyme.

Chant du cygne d’un monde de rêveurs, L’Or a rendu à l’épique ses lettres de noblesses, arrachées des mains des maîtres grecs des temps oubliés.

Vil Faquin

Du même auteur : Le Panama ou l’aventure de mes sept oncles.
Sur l’écriture du réel : Une drôle de traversée et autres nouvellesL’adieu aux Armes.
Carnets de Lecture : L’OrFils du loup.
Triangulation en rapport : Les Cow-Boys.

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