Interview d’Adrien Zeppieri / 27.6.15

Interview d’Adrien Zeppieri.

Billets à lire : Trucages et Effets-spéciaux – Histoire d’une pratique (partie 1)
et (partie 2).

Présentation

Bonjour, t’es qui ? Ca va ? J’veux dire la vie, la famille ? Bonjour. Je suis Adrien Zeppieri Lyonnais de presque 33 ans vivant a Londres depuis près de 2 ans maintenant. Vous me direz pourquoi Londres ? Pas pour le filles c’est certain ! Je ne m’étalerai pas sur le manque de classe des anglo-saxonnes par comparaison aux plantureuses latines… mais voilà je suis au pays de Shakespeare car je suis CG Artist comme ils disent là-bas, quesaco vous me direz ?

Et sinon, à la base tu as un vrai métier ? CG Artist c’est pour Computer Graphic Artist. Voilà je suis un artiste sur ordinateur tout bonnement. Plus précisément Digital Matte Painter. Donc pour faire court, mais on y reviendra, je suis un soldat de l’industrie des VFX, ça doit déjà vous parlez un peu plus.

Monsieur Zeppieri, c'est un mec de l'équipe qui a crée ce genre d'image. Celle-ci d'ailleurs. Là. Quoiqu'on pense du film, la flotte, elle envoie.

Monsieur Zeppieri, c’est un mec de l’équipe qui a crée ce genre d’image. Celle-ci d’ailleurs. Là. Quoiqu’on pense du film, la flotte, elle envoie.

Travail

Présentation du parcours. Donc voila je suis un Digital Mattepainter depuis maintenant 7 ans et, en y repensant, c’est passé vite tout ça. Je passerai le pedigree familial et le parcours pré-Baccalauréat même si je préciserai toutefois avoir fait un BAC STI Arts Appliqués qui m’orientait déjà dans un métier de la création. Mon Bac en poche j’ai donc continué dans cette voie avec comme idée de rentrer dans l’industrie du dessin animé qui était très populaire a l’époque. J’ai appris depuis que lorsque les médias mainstream vous vantent la réussite des talents français à l’étranger c’est que le milieu est déjà à l’agonie et qu’il n y a déjà plus de place pour personne… mais c’est une autre affaire.
Je finis donc dans une école d’art à Lyon, l’Ecole Emile Cohl, pour être plus précis, très bon institut qui ne souffre que des défauts d’être privé et très compétitif. Me voici donc embarqué pour 5 ans a bouffer du modèle vivant, de l’étude documentaire et tout un tas de travaux artistiques qui ont établi mon savoir faire plastique, un artiste quoi. J’en garde un très bon souvenir même si c’était dur et pas toujours gratifiant sur l’instant. Le constat est que je ne serais probablement pas à Londres si je n’avais pas fait cette école. Elle a établi une certaine ambition et surtout un réseau car c’est grâce à un ami d’école que j’ai eu accès à mon premier job dans l’industrie.
L’industrie, parlons en. J’ai commencé dans une petite boîte parisienne du nom d’Escape Studio, paix a son âme, fermée en 2009 pendant la crise. J’ai donc pendant 5 ans et demi travaillé pour une douzaine de studios parisiens de moyenne et petite taille. Pendant cette période j’ai travaillé essentiellement en pub, commercial comme disent les anglo-saxons, mon poste n’étant pas indispensable dans ces structures, j’avais une position assez comparable à celle d’un freelance, allant de contrat en contrat… Chasser le mammouth en somme… car ce milieu est très volatile, les projets arrivent et partent très vite du jour au lendemain.

Raconte-nous tes relations avec ton patron, ta boîte. En 2013, le mammouth est venu à moi j’ai eu la chance d’être contacté par l’un des plus gros studios de films sur la scène internationale. Movie Picture Compagny (MPC) pour travailler comme matte painter pour le film Gardians of the Galaxy, c’était une occasion rêvée pour moi je pouvais enfin jouer dans la cours de grands.

Quelle est l’ambiance dans ce genre de métier ? La pression ? La disponibilité des postes ? Et me voici pratiquement 2 ans après à batailler dans le studio pour sortir les images à temps, composer avec les différents problèmes inhérents aux grosses structures mais je suis content car j’ai la chance d’être entouré d’artistes comme moi, des maniaques obsédés par l’ambition de fabriquer les meilleures images possibles. L’autre aspect vraiment positif est l’organisation du département Environement (car mon job, dans le fond, ça reste de faire du décor et des environnements). Marco Genovesi le directeur du département est quelqu’un de très humain et un vrai libertaire, ce qui donne un ton très collaboratif en interne. Toutefois ceci n’est pas la norme et chaque structure possède sa propre culture, de la plus agressive à la plus soft.

Histoire de faire un peu de promo voici la demo-reel de la société pour laquelle je travaille.

Technique

Tu nous racontes, en simplifiant, quelles sont toutes les étapes de ton action sur un plan ? Maintenant il est temps que je vous parle un plus en détail de ma spécialité et de mon travail de matte painter. Le matte est une technique ancienne dans le domaine des effets visuels. En-effet, dès les premiers film truqués on a fait appel à des peintres pour recréer des décors et des environnements dans les films ; la technique était simple : on faisait une peinture sur une plaque de verre que l’on filmait et, par un procédé de photomontage, on assemblait ou composait les deux séquences d’images pour en faire une nouvelle qui rassemblait le tournage et le trucage.
Pour faire simple je fais des peintures numériques de décors. Bien entendu, le processus est devenu plus technique grâce aux outils informatiques. Des logiciels comme
Photoshop, Nuke ou Maya sont massivement utilisés et permettent d’aller au-delà de la simple (mais néanmoins très exigeante) peinture sur plaque de verre. Je suis donc un peintre qui crée ses œuvres sur des modèles 3d utilisant par exemple un process appelé 2,5d qui consiste a projeter une image à travers une camera 3d.
Le protocole habituel s’articule généralement de la manière suivante. Un plan est tourné dans le film sur fond vert ou fond bleu, il est traité par divers procédés qui permettent de le préparer pour notre département. En gros, d’autres équipes créent par exemple une caméra virtuelle sur Maya en suivant le mouvement de la caméra du film, on ajuste aussi une géométrie ou modèle correspondant parfaitement (en théorie…) à l’agencement du lieu de tournage, qu’on appellera le match move. C’est grossièrement a ce stade que nous intervenons. Nous commencons par mettre en place un matte très rough, très brouillon de l’image qui va être créée et qui définira l’allure du plan.
Puis nous faisons la partie création de l’environnement en fonction des besoins il peut s’agir d’un environnement complètement en 2 dimensions, qui sera fait pour l’essentiel sous Photoshop, généralement c’est un mix entre des rendus 3d faits sous Maya avec dans notre cas Render Man le moteur de rendu de Pixar. Puis nous assemblons la projection dans Maya ou Nuke pour que le matte puisse être vu a travers la camera virtuelle du plan. Elle sera à la fin composé numériquement dans un logiciel de compositing appelé Nuke. Le comp est l’étape finale, on rassemble là tous les éléments.
Mais je pense qu’un dessin vaut mieux qu’un long discourt et donc voici le breakdown d’un projet sur lequel j’ai travaillé. Exodus de R. Scott.

Quel est ton plan préféré (sur lequel tu as travaillé) et pourquoi ? On me demande souvent mon plan préféré et, pour un matte painter, le choix est facile. Il s’agit des mastershots, des plans larges qui imposent le décor, donc il m’est difficile de définir un favori car, dans le fond, chacun a sa propre histoire. Ceci dit j’ai beaucoup aimé travailler sur les ciels dans Gardians of the Galaxy car les nuages sont probablement les éléments les plus difficiles à utiliser. Ils sont très sensibles et il faut beaucoup de finesse pour les étalonner, les assembler ensemble sans détruire leur couleur et leur harmonie.
Voici ma
demo-reel, c’est avec ça que l’on démarche les studios et tout CG Artist en possède une. Là, vous verrez un florilège des plans sur lesquels j’ai travaillé, ils sont mes favoris ou ceux que j’ai le droit de montrer. Notez toutefois que les plans de Gardians sont mes préférés [
cliquez ici].

Maintenant que tu bosses là-dedans, est-ce que tu arrives à prendre plaisir à regarder un film avec masse de SFX ? Est-ce que tu arrives encore à te laisser prendre par les « mensonges » des autres ? Une question revient souvent aussi. On se demande souvent si les artistes ne perdent pas le plaisir de regarder des films à effets, et en toute sincérité… Non… pour la simple et bonne raison que lorsque je vais au cinéma je n’y vais pas pour bosser mais pour me détendre. Ce serai mentir de croire que je n’analyse pas l’image mais avec le temps on apprend à faire la part des choses. Et surtout on comprend, on sait, on finit par faire preuve d’empathie pour les équipes qui ont travaillé et on est conscient qu’il est difficile d’attendre l’excellence, d’autant plus dans les conditions actuelles. En-effet, le milieu des VFX comme le reste de la société est touché par des difficultés et les clients restent avant tout des investisseurs et la dimension industrielle reprend vite ses droits.
On fini donc par avoir un regard bienveillant sur les copains qui ont trimé pour faire le mieux possible. Mais des fois, aussi, on est bluffé souvent par les mêmes d’ailleurs parce, que mine de rien, il y a des bons, des très bons, de ceux qui vous font dire qu’il faut se bouger le fion pour faire des images qui claquent, des images qui vont donner un peu rêve au chaland.
On va pas se mentir on vous fabrique de l’illusion et on aime ca 😉

Je vous montre aussi ceux qui pour moi sont les meilleurs. Je ne présenterai pas car vous allez très vite reconnaître les films et ce sont, pour certains d’entre eux, des références.

Meta

Ton livre préféré ? Over To You de Roald Dahl.
Ton morceau préféré ? Paint it black des Stones.
Ton film préféré ? The thin red line de Terrence Malick.
Ton réalisateur préféré ? Ridley Scott.
Ce que tu n’arriveras jamais à regarder, même en te forçant ? Un film d’horreur ou gore … je me fais chier comme un rat mort.
Un truc inutile dont tu n’arrives pas à te passer ? L’horoscope.
Information secrète. Pourquoi t’es espion ?
Complète : « Est-ce que… j’arriverai a voler ? »
Qu’as-tu à dire pour ta défense ? Rien ! je vous emmerde 😉

Vil Faquin

Sur les coulisses du cinéma : Trucages et Effets-spéciaux – Histoire d’une pratique (partie 1)
(partie 2) et  De l’importance des B.O. au cinéma.
A participé aux SFX de : Seul sur Mars, voir le breakdown.

Advertisements

5 commentaires

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s