Robin des Bois

Robin des Bois (Robin Hood)

Ridley Scott

Qui est l’auteur d’un film ? Ses scénaristes, son réalisateur, son chef opérateur, son monteur, ses producteurs (qui ne sont pas tous des méchants gros capitalistes avec des gros cigares, non c’est un poste plus qu’essentiel) ? Et bien tout le monde en fait, à des niveaux différents selon les projets.  Si en France, nous avons la culture de l’auteur-réalisateur (et un soutien de notre Etat pour les productions cinématographiques), il en va tout autrement aux Etats Unis, pour prendre l’exemple le plus opposé possible. Le cinéma y est une industrie dans laquelle un échec commercial est bien pire qu’un échec critique. Le seul propriétaire et décideur ultime est celui qui amène l’argent et, ce qui est compréhensible, veut un retour sur investissement. Le « il/producteur », ici, est souvent une ou plusieurs grandes maisons de productions.

Le réalisateur n’y est qu’un technicien embauché pour ses idées, son style ou son expérience, mais n’a pas son mot à dire. Chaque décision passe entre cinq conseils d’administration, des études de marché et le bon vouloir des décideurs. La résultante de tout cela, c’est que la production d’un film américain est souvent une machine absolument immense, où des centaines, voire plus, de personnes travaillent et doivent être dirigés, où chaque minute d’hésitation sur le tournage coûte des sommes folles et où la machine peut s’emballer et devenir un puits de dépenses sans fond (un bon exemple, Le Treizième Guerrier). Plus le film est gros, plus le problème est important.

Notre réalisateur du jour est le grand maître de ce genre de production. Il s’agit de Ridley Scott, qui arrive a tourner a une vitesse assez incroyable des grandes fresques – on l’évoquait déjà ici et -, à garder son style et ses idées (quand il en a le droit) et à ne pas trop dépenser (relativisons néanmoins), le tout avec souvent un résultat très réussi, qui se tient complètement. Du bon ouvrage, donc, bien que ses grands films se comptent sur les doigts d’une main. Il s’agit d’un de mes réalisateurs favoris et référence et, n’en déplaise au Vil Faquin [ndlf : j’aime bien ce qu’il a fait hein, mais depuis Robin des Bois, justement, il tourne à l’eau de boudin, tonton Ridou], nous toucherons deux mots des moments plus compliqués de sa carrières, notamment ses trois derniers films pour le moins décevants [ndlf : 4 si on compte la deuxième partie de Robin des bois]. Nous allons prétexter parler de son Robin des bois, de 2010, afin de parler de Ridley, puisque les grandes composantes de son cinéma y sont présentes et de manière presque caricaturale [ndlf : et c’est même pas moi qui le dit].

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Ridley Scott, c’est quand même un sacré paquet de bons films. Ou en tout cas de films cultes.

Ridley Scott, sa vie son œuvre

Résumons d’abord la carrière de Ridley pour remettre les pendules à l’heure [ndlf : présentement 14h26]. Il vient de la publicité, et en a tourné quelques 3000 selon ses dires. La publicité, étant la meilleure école du cinéma, surtout pour un réalisateur, explique sans doute son efficacité et sa vitesse assez redoutable. En 1977 il va tourner son premier film qui est un chef d’œuvre, Les Duellistes. Grâce à un prix au festival de Cannes, il va enchaîner sur son premier vrai succès, le désormais incontournable Alien, le huitième passager (1979). Après un tournage chaotique, sort son premier échec dans une version tronquée Blade Runner. Le montage de Ridley Scott, la director’s cut, sortira quelques années plus tard et se révélera être un des plus grands films de SF/cyberpunk de l’Histoire et du Cosmos (on parle de cyberpunk ici). L’échec commercial du film le pousse à réaliser une série de film de commande avec des budgets bien moindres. On peut citer le culte Legend de 1985 (avec Tom Cruise minot dans un film de fantasy qui sera la source d’inspiration de l’univers des Zelda), ou le très bon thriller à la gloire de sa vedette Michael Douglas, également producteur,  Black Rain, en 1989 – des motos, Michael Douglas qui se la pète, des yakuzas, Hans Zimmer, des yakuzas sur des motos qui poursuivent Micahel Douglas sur une moto qui se la pète les cheveux au vent, mais que demande le peuple ? -, à ne pas confondre à la superbe chanson anti-guerre-en-Irak d’Osbourne. Ridley retrouve succès et gloire avec Thelma et Louise, en 1991, un road movie désormais brandi en étendard par certains mouvements féministes de ce petit monde. Et comment ne pas citer le film qui a hanté mes cours de français et d’histoire (puisque l’éducation nationale et ses sbires ont jugés bon de me le montrer pas moins de trois fois) 1492 Christoph Colomb, en 1992, avec une magnifique BO signée Vangelis Papadopoulos et notre Gérard Depardieu national (enfin en garde partagée avec la Belgique et la Russie, et c’est peut-être pas plus mal).

Après l’échec de celui-ci notre ami fonde avec son frère Tony Scott (réalisateur de Top Gun, True Romance et Man on fire) la société Scott Free Productions qui, comme son nom l’indique, leur permet de coproduire leurs films, et donc de garder plus de contrôle sur ceux-ci.  Après deux films que je n’ai pas vus (Lame de fond avec Jeff The Dude Bridges et A Armes Egales avec Demi Moore et Viggo Mortensen), Ridley signe l’œuvre qui donnera une gloire nouvelle et définitive à son cinéma, Gladiator [ndlf : le précurseur du post-peplum]. Ridley passe du statut de « réalisateur d’Alien et de Thelma et Louise » (qui lui collait à la peau) à celui du « réalisateur de Gladiator ». Il va ensuite sortir des films à un rythme digne de Woody Allen, avec des budgets conséquents. On y trouve du passable (Hannibal, Les Associés, Une grande année), du bon (La chute du faucon noir) et du très bon (Kingdom of Heaven, mon favori American Gangster, Gladiator bien sûr, Mensonge d’Etat…). Ridley aura cependant des soucis durant cette période, suite à l’échec critique de quelques films (Hannibal et Une grande année notamment) et la production houleuse et chère pour un résultat commercialement très mitigé du pourtant très bon [ndlf : si l’on excepte les considérations historiques] Kingdom Of Heaven.

En 2010 sort en grande pompe la nouvelle fresque épique du réalisateur de Gladiator avec son fidèle collaborateur Russel Crowe (GladiatorRobin des BoisUne grande annéeAmerican GangsterMensonge d’Etat, également producteur du film), Robin des bois. Le budget est indécent, le casting l’est tout autant (qui ne voudrait pas être dans un film de Ridley Scott ?). Le film narre les origines du mythe de Robin des bois [ndlf : repompe du système des origins chers aux comicbooks, comme l’a fait Nolan avec Batman: Begins, mais Robin Hood: Begins ça devait pas sonner], explique comment ce dernier est devenu le prince des voleurs, qui vole aux riches pour donner aux pauvres. Ridley, comme on pouvait s’en douter, donne une version se voulant réaliste du mythe, ne cachant pas son mépris pour les précédentes versions durant la promotion du film. Le film remporte un joli succès, mais la réception est très mitigée, le résultat sentant le réchauffé de Gladiator. Les fans de Ridley Scott commencent à avoir peur pour la suite, bref le film ne fait pas l’unanimité [ndlf : en même temps Robin de Locksley ne tire JAMAIS à l’arc, sauf dans la scène du film. Le titre est un joli coup de pub mais je persiste à dire qu’il aurait du s’appeler Robin Hood: Begins]. Pour ma part, j’ai beaucoup aimé, ce n’est pas un chef d’œuvre mais j’ai pris un grand plaisir à le revoir pour ce papier. Et puis voir des chevaliers, des châteaux forts, des grandes batailles, de toute façon j’allais adorer un film comme ça.

Bon, pour ne pas me faire excommunier par le Vil faquin [ndlf : ha mais c’est qu’il en est conscient en plus ?], nous allons dire deux mots des trois derniers films du bonhomme. Prometheus est le film qui m’a fait maudire Ridley Scott, et douter de son grand talent. Certes la musique et les décors sont jolis, le montage est fluide (enfin à peu près), mais les incohérences du scénario (on pensera au cartographe qui se perd par exemple), et de la direction artistique (les extra-terrestres ont les mêmes hologrammes que les humains ?) sont tellement nombreuses et surtout énormissimes que ça en devient une insulte à l’intelligence du spectateur et rend le film inregardable sans éclater de rire ou perdre tous ses moyens devant un tel ratage. Les grandes questions posées par le film sont surtout des grands trous dans le scénario et le film ne fonctionne uniquement que par ce que les personnages (des scientifiques en majorités) sont complètement idiots. En plus le film est d’une prétention inouïe (avant d’essayer de faire un nouveau 2001 l’odyssée de l’espace, essaie de faire un film à peu près potable, et puis Nolan t’as niqué avec Interstellar en fait).  J’espère me tromper, bien entendu, et me rendre compte un jour que c’est un grand film, mais j’en doute.

S’ensuit Cartel, au budget bien plus réduit, qui passa à raison inaperçu. Le film ne souffrant pas d’un manque de bonnes idées, mais bien d’intérêt. Et le petit dernier, Exodus: Gods and Kings, sur lequel est basé ce papier, que Ridley a récupéré au dernier moment suite au désistement de Steven Spielberg. Le film marche bien, le montage est fluide, rien à redire. Mais il est tellement désincarné (qui s’est senti concerné par les personnages ?) et montre tellement moins bien l’Egypte antique qu’Asterix:  Mission Cléopâtre, que je ne suis pas sûr, au final, de son intérêt. Espérons que Ridley remonte la pente. Bon c’était un peu long mais il a une carrière trop longue et passionnante pour trop la résumer. [ndlf : non sans dec’ coller Batman enMoïse ? C’est comme coller Conan en Mr Freeze : ridicule et suicidaire]

Choix d'acteur, direction, science des plans, Ridley Scott a un truc. Mais faudrait pas qu'il le perde.

Choix d’acteur, direction, science des plans, Ridley Scott a un truc. Mais faudrait pas qu’il le perde.

Ridley Scoot, un conteur inégalé

Nous allons tout d’abord passer sur un point fondamental. Visuellement Robin des Bois est un film magnifique. Que ce soient les scènes présentant des intérieurs intimistes ou les grandes batailles dans de grandes étendues, chaque plan est splendide. C’est assez « normal » chez Ridley Scott, une normalité qui est quand même remarquable. Chacun de ses film est visuellement magnifique (même Prometheus). Qui ne se souvient pas des époustouflants plans de ville dans Black Rain, du duel final des Duellistes ou de l’introduction sublime de Blade Runner [ndlf : gâchée des années après par une interview dans laquelle Ridley Scott nous donne LA réponse quand il s’agit de savoir si Harrison Ford est, ou non, un Replicant. Salaud de Ridley, pourquoi t’as fait ça ? Hein ? Pourquoi ? Fumier] ? Mais si ce n’était que du joli, ce ne serait pas si intéressant que ça.

Comme on l’a vu plus haut Ridley vient de la publicité, ou l’efficacité du message est reine. Le spectateur doit comprendre le message de la réclame même s’il la voit sans le son, d’un œil distrait et de loin, et ce dans un temps très limité. Ridley applique cela au cinéma. Chaque scène dit ce qu’elle doit dire, de façon efficace. Les plans et le montage les rendent toutes séparément compréhensibles dans leur ensemble, même sans le son. Prenez n’importe quelle scène du film et regardez-la sans le son, vous saisirez très bien ce qu’elle veut faire passer. D’ailleurs tous les films de Ridley Scott peuvent être vu ainsi et restent parfaitement compréhensibles. Cette maitrise extrême de la narration visuelle est ce qui a fait la gloire du bonhomme. Citons un exemple flagrant. Le final de Thelma et Louise (pour ceux qui ne l’ont pas vu fuyez au paragraphe suivant), Riley nous coupe le son et nous fait comprendre que les personnages passent de la panique, à la peur puis à la détermination. Tandis qu’on voit le policier que comprend ce qu’elles font puis tente d’empêcher l’absurde horreur de se produire. Bien sur c’est aussi dû à la direction d’acteur souvent excellente chez notre bon ami.

Parlons d’Exodus pour citer un autre exemple. Ridley doit faire comprendre les émotions de Moïse, interprété on l’a vu par l’acteur le plus stoïque de la création, Christian Bale. Afin de pallier un jeu digne de Steven Seagal de notre ami Batman, Ridley n’a de choix que d’utiliser le montage,  les cadrages pour exprimer les idées voulues. Dans la scène où Moïse se voit expliquer ses origines véritables, le cadrage de la scène se resserre progressivement sur le visage du héros et de Ben Kingsley (le vieux sage barbu par qui la vérité sort). Au fur et à mesure, on perd le décors et les autres personnages. Ils deviennent flous puis disparaissent. Ridley nous fait comprendre, rien qu’avec ce procédé, que l’on rentre dans l’intime du personnage, dans son histoire, bien loin de son titre de général (ou de conseiller ou je ne sais plus quoi, au pire osef). Il nous fait réaliser que cela touche à son identité en tant qu’Egyptien avec un plan sur son épée qui symbolise clairement son appartenance à la famille du pharaon.

Ce talent, qui fait toujours plaisir au spectateur abreuvé de films fait sans passions, est source de scènes d’anthologies, comme les batailles de Gladiator encore inégalées sur le plan de la clarté et du dynamisme. Même dans les films moyens, comme Exodus que je citerais en permanence parce que c’est le dernier en date, les séquences des 10 plaies d’Egypte restent mémorables et plus que parfaitement maîtrisées, et c’est bien sur ce seul point que le film enterre ses ancêtres (Les Dix Commandements, version muette et sonore, et l’excellent Prince d’Egypte…). Robin des Bois est étrangement pauvre en scènes marquantes, bien qu’elles soient toutes parfaitement réalisées. On peut cependant citer la scène ou Frère Tuck prend son poste à l’église de Nottingham. Son prédécesseur, dans son discours, fait comprendre qu’il pense que le peuple a une dette envers l’Eglise et que les impôts énormes n’ont rien de choquant. Ridley nous l’explique en un seul plan, puisqu’on le voit faire un signe de croix et ranger très précieusement des objets en or dans sa malle.

Nonon, mais ça a de la gueule hein. On dira jamais le contraire !

Nonon, mais ça a de la gueule hein. On dira jamais le contraire !

Ridley Scott, qui se laisse emporter

Quand on lit, ou écoute, les interviews de Ridley Scott, ce qui l’intéresse le plus n’est pas tant l’histoire qu’il raconte que les environnements dans lesquelles elle prend place. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il a accepté de tourner Exodus ou Robin des bois, pour décrire des univers et les rendre cohérents, ce qui est la raison d’être du post-peplum. Dans Robin des bois, il décrit une Angleterre du treizième siècle en pleine crise économique et politique. Si la vision du Moyen-Age présentée se veut réaliste, ou du moins authentique,  elle se veut surtout cohérente. Je ne m’aventurerai pas à clamer si c’est réaliste historiquement  ou non [ndlf : disons que l’effort est largement appréciable, mais y’a des incohérences notoires, comme le french kiss], déjà parce que je n’en sais rien mais surtout parce que ce n’est pas forcément le but recherché.  Ridley Scott veut faire sentir que chaque figurant, chaque décors vit en dehors de son histoire, que tout un monde grouille autour de ses personnages, un peu à l’instar des univers des romans de Philip K. Dick auquel il s’est frotté avec Blade Runner.

Comment s’y prend-il ? Le film s’ouvre sur le siège d’un château fort Français par l’armée de Richard Cœur de Lion, où notre ami Robin officie en tant qu’archer (c’est Robin des Bois quand même). Les costumes des figurants sont tous sales et abîmés (comme s’ils revenaient d’une grande guerre comme une croisade, ce qui est historiquement le cas), sont rompus au combat (comme une routine) : tout cela figure à l’écran grâce à l’organisation assez incroyable du siège. Le roi Cœur de Lion, décrit dans tout le film comme un vaillant guerrier, n’est qu’un vieux grincheux pas sympathique, qui veut juste brûler un dernier château et rentrer roupiller chez lui, un traitement qui se veut beaucoup plus crédible qu’à l’habitude. Même quand on aperçoit les soldats Français résister au siège, ils semblent aussi avoir une vie, et c’est un droit souvent refusé aux personnages de troisième zone.

Mais c’est bien dans les détails que ce besoin de faire vrai explose. Le bruit que font les flèches dans l’air a été travaillé afin de se rapprocher au mieux des vrais bruits de vraies flèches, et surtout pour être agressif au possible. Ainsi, comme les victimes, on entend bien plus les flèches voler vers nous que l’impact sur les corps, ce qui donne un effet plus terrifiant. Tout le film est construit et pensé dans cette optique. Même si certains éléments ont choqué certains spectateurs, comme les barges de débarquements de la seconde guerre mondiale ici utilisées par les français qui sont anachroniques au possible selon les sources avisées, ou le fait que Robin utilise un arc mouillé pour sniper un vilain à 200 mètres, au milieu d’une bataille des plus confuses… Mais bon, personne n’est parfait, et c’est encore plus vrai pour les films. Parfois l’aspect cinématographique doit être préservé au dépit du réalisme.

On retrouve cette volonté de façonner des mondes entiers et vivants dans tous les films de Ridley Scott. C’est pourquoi il a réalisé énormément de fresques historiques et de science fiction. C’est cette volonté qui l’a conduit dans Alien à créer deux départements artistiques, l’un pour les technologies et designs du monde des humains (le vaisseau, les costumes…) et l’autre pour tout ce qui touche aux aliens (le space Jockey, les aliens…). Dans Black Rain, film à l’univers contemporain à sa sortie, Ridley Scott veut nous montrer le Japon des années 80, en plein essor économique, où la société traditionnelle est mise à mal par le capitalisme exacerbé. On voit cela grâce au nombre de publicités présentes dans les décors, ou encore aux choix de ne montrer aucun aspect folklorique du Japon (aux yeux du public occidental bien sûr). Les Japonais « capitalistes » sont filmés comme les héros Américains, avec des lumières très froides, ou très marquées tandis que les Japonais « traditionnels » sont filmés de façon beaucoup plus naturelle. Je schématise bien sur, mais l’idée est là.

Pour citer quelques autres exemples, dans Exodus lorsque les armées de Ramsès attaquent les Hittites, on voit très rapidement un soldat graisser les roue de son char. Ce plan qui ne semble avoir rien d’exceptionnel nous montre que ceux-ci viennent de traverser un désert et se préparent à un autre mouvement. De plus on nous fait sentir que cette armée hittite n’est pas que là pour être un élément de l’intrigue. Bien sûr, Ridley Scott prend plus de libertés quand il s’agit d’un passé lointain (et, dans le cas d’Exodus, mythique) que quand il s’agit d’un film contemporain ou se déroulant dans le siècle dernier. Cette passion pour créer des environnements et des univers peut parfois prendre l’ascendant sur l’histoire que raconte le film. Pour Robin des bois, j’ai toujours eu l’impression que Scott voulait réaliser un (bon) film sur le Moyen-Age, et qu’il a pris la légende de Robin des bois et l’a intégré à grand coup de marteau au contexte historique qui l’intéressait. D’ailleurs, à la base, il voulait faire une suite à Kingdom of Heaven mais le manque de financement du projet l’a conduit à accepter celui de Robin des bois afin de se replonger dans son Moyen-Age.

Réadaptation de Robin des bois par le Lemming, un soir d'hiver.

Réadaptation de Robin des bois par le Lemming, un soir d’hiver.

Ridley Scott, ou le Moderne Prométhée

Ridley Scott veut que ses films soient bien et mémorables, ce qui est extrêmement compréhensible et louable, convenons-en. Mais il va souvent commettre les même erreurs, à savoir vouloir trop en mettre, au point parfois de marginaliser le propos central du film et surtout son histoire. Robin des Bois en est un exemple plus que parfait (du subjonctif, lol). On nous raconte l’histoire de Robin, simple archer qui deviendra par un concours de circonstances une figure héroïque du Moyen-Age anglais et devra se faire passer pour un noble et devenir un chef de guerre. C’est déjà beaucoup pour un seul film, même s’il dure 2h20. Mais en plus de cela, Ridley Scott nous raconte le passé de notre archer, qui est le fils d’une sorte de Jean-Luc Mélenchon du Moyen-Age, un mec qui pense au peuple avant sa gueule. Le père de Robin était un noble qui se battait pour qu’une charte soit signée afin de rendre l’Angleterre plus juste et moins sujette aux caprices de l’Eglise et du roi. Mais il se fait arrêter alors que le jeune prince des voleurs est tout jeune, et cela lui revient progressivement en mémoire. Bien entendu, Robin va parfaitement accepter de reprendre le flambeau.

Ce simple archer s’avère être un bonhomme au cœur noble, ainsi qu’un meneur de troupes efficace, mais aussi quelqu’un de compréhensif, qui pense à l’intérêt du plus grand nombre avant le sien.  Si le film avait duré une demi heure de plus, je suis sûr que Robin aurait mis en place une démocratie américaine, réduit le chômage et la pauvreté, rétabli l’équilibre dans la force, libéré l’humanité de la matrice et détruit l’anneau de pouvoir et les horcruxes. En plus du traitement surchargé de son héros, on nous raconte les mécanismes du pouvoir en Angleterre, ainsi qu’un complot  du royaume de France. Le film est sauvé de la lourdeur que pouvait laisser supposer ce trop plein d’éléments par la fluidité incroyable du scenario et la maitrise de tonton Ridley.

Cela dit, cette volonté de trop en mettre est assez symptomatique chez Ridley Scott. Le meilleur exemple est bien entendu Prometheus. En réalité, Ridley a fait le choix (avec l’équipe du film) de mixer deux scénarios, car il les trouvait trop vide indépendamment. Peut être étaient-ils plus vides, mais ils avaient sans aucun doute un sens plus clair, et le mélange des deux a donné ce films qui veut aller partout et ne va nulle part. Pour citer quelques autres exemples, on peut penser au sacro-saint des saints, Gladiator. A mon sens, l’aspect politique (la volonté des « gentils » d’instaurer une république à Rome) affaiblit la force du film, qui n’est autre que la vengeance du personnage de Russel Crowe. Un dernier exemple pour la route [ndlf : attention, il y a un jeu de mot en hyperlien, haha !], dans 1492, lorsque Christophe Colomb rencontre la reine d’Espagne, celle-ci insinue fortement qu’elle ne fait pas ce qu’elle veut pour diriger son royaume, et que l’Eglise et ses conseillers sont aussi, voire plus, influents qu’elle. Je veux bien, c’est une dimension intéressante, mais elle est ajoutée maladroitement. Jamais une reine ne va dire ça à un simple marin qui ne découvre même pas encore des continents par accidents. Ce trop plein récurrent chez Ridley est sans doute à l’origine de sa manie des versions longues. Beaucoup de ces films disposent d’une version longue éditée en vidéo souvent sympa mais qui ne rajoute pas grand-chose [ndlf : sauf pour Blade Runner].

Vous aurez compris, je suis un grand fan du monsieur, et même si ses derniers films sont ratés, ou ne valent pas le coup, il reste quand même l’un des grands cinéastes de notre temps. Il sait s’entourer des meilleurs (que ce soit les scénaristes, les techniciens et les comédiens) et son talent nous a offert des films majeurs du cinéma contemporain. J’espère qu’il retrouvera son niveau habituel sur ses prochains films. Sont annoncés une suite à Prometheus (qui ne peut pas être pire que le précédent mais partant sur de si mauvaise base, je ne vois pas ce que ça peut donner), une version de Robinson Crusoé sur Mars, ainsi que la production de la série The Man in The High Castle – Faquin vous parlait déjà du roman éponyme – et une autre faisant suite à 2001 L’odyssée de l’espace et 2010 L’année du premier contact (aux livres de Arthur C. Clark plus qu’aux films apparemment, Faquin vous avait parlé de A fall of Moondust et de Imperial Earth, de ce génie). Et comment ne pas noter qu’il est fortement impliqué dans la production de la suite de Blade Runner réalisée par le talentueux Dennis Villeneuve (Incendies, Prisoners) et d’Alien 5 réalisé par Neil Blonkamp (District 9, Elysium & Chappie). L’avenir nous dira s’il part définitivement en cacahuète ou s’il a encore quelques bonnes choses à nous offrir.

Sur ce je vous laisse sur la meilleure version de Robin des Bois EVER [ndlf : ne poussons quand même pas notre mémé commune dans les orties, Lemming].

Lemming Affranchi.

Du même réalisateur : Seul sur MarsExodus: Gods & Kings et  Blade Runner.
A voir : Conférence sur Blade Runner avec Raphaël Colson.

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