Gremlins

Gremlins & Gremlins: La nouvelle génération (the new batch)

Joe Dante

Aujourd’hui nous  allons parler de torture, de souffrance, d’émissions de cuisine, de violence gratuite, de harcèlement sexuel, d’expériences génétiques, de La Planète interdite, des années 1980 en bref nous allons parler de la saga Gremlins, un diptyque culte et surprenant pondu par l’école Spielberg. Je porte beaucoup d’affection à ces deux films, bien que je ne les ai vus que tardivement. Ils ont su me toucher, moi qui ait passé une majeure partie de ma vie dans ce monde incroyablement cynique qu’est le XXIème siècle. Pourquoi ? Parce que.

Bouyaaaah ! Le Lemming se lâche et vous fouette à coup d’kalach ! [ndlf : ceci était une intervention impromptue du Vil Faquin qui ne sait pas trop pourquoi, en fait.] Tchac Tchac tavu ! [ndlf : ça aussi]

Nous, à la Faquinade, on fait dans le style et la classe. Et on rajoute des figouzes SW en plastique devant. Pourquoi ? Parce que.

Nous, à la Faquinade, on fait dans le style et la classe. Et on rajoute des figouzes SW en plastique devant. Pourquoi ? Parce que.

Histoire du jouet

Le début des années 1980 est le début de l’ère des blockbusters, des séries de films à succès visant un public jeune et plus généralement familial, et surtout de l’explosion des produits dérivés.  Steven Spielberg, que l’on ne présente plus, ainsi que son comparse George Lucas – qu’on présente, lui – sont à l’origine de tout cela, avec entre autre les succès colossaux des dents de la mer, de la Guerre des étoiles – oui en français, j’avais oublié à quel point ça faisait aimablement kitch -, de E.T. ou Indiana Jones. Ils marquent l’entrée dans l’ère du merchandising, ou comment gagner plus d’argent avec un film en vendant des produits dérivés plutôt qu’avec les tickets de cinéma. Les figurines Kenner adaptées à l’effigie de Luke Skywalker, Dark Vador et autre Princesse Leïa sont restées dans la légende. Après avoir vendu quelques millions de peluches E.T. à travers le monde,  Spielberg se dira qu’il est temps de produire un film SUR des peluches qui en serait une publicité sur grand écran. Il produit donc Gremlins, par le biais de sa boite Amblin et avec la Warner. Le scénario est signé Chris Colombus (qui se fera connaitre pour avoir réalisé les deux premières aventures d’Harry Potter au cinéma) et un budget d’environs 10 millions est alloué au projet. Ce qui n’est pas rien pour l’époque, même aux Etats Unis. Est engagé le tonitruant réalisateur Joe Dante. Celui-ci a commencé chez Roger Corman (voir La course à la mort de l’an 2000), mais s’est fait remarqué avec le très rigolo Piranhas (une très gentille caricature des dents de la mer avec des piranhas mutants) et le très efficace Hurlements (un film de loup garou re-dynamisant le genre dans le fond et surtout la forme). Joe Dante, s’il n’est pas habitué aux films pour enfants, est en terrain conquis quand il s’agit d’utiliser des marionnettes, ou des techniques d’animation image par image.  Ceci dit le film s’ouvre sur un « Steven Spielberg  présente » qui montre bien qui est le papa (et pour vendre un nom célèbre au grand public).  On retrouve au casting pas mal d’inconnus, mais dans des seconds rôles rigolos Dick Miller et Jackie Joseph, bien connus des fans de Roger Corman et notamment de La Petite Boutique des Horreurs. Notons que Dick Miller a joué dans presque tous les films de Joe Dante.

Mais que nous raconte Gremlins premier du nom ?  Dans une petite ville tranquille, pendant la période de noël, un jeune homme du nom de Billy se retrouve en possession d’une petite bestiole aux longues oreilles et recouverte de poil. Il s’agit d’une petite créature originaire de Chine appelée Mogwai. Mais, même si elle est toute gentille toute mignonne sous cette forme, elle peut donner naissance à de véritables petits démons farceurs et sadiques lorsqu’on la mouille ou qu’on la nourrit après minuit… Ce qui évidemment arrive. Gizmo (c’est la petite bête d’origine) donne naissance à une cohorte de ces semblables, mais en versions démoniaques (les gremlins) qui sèment le chaos et la dévastation dans la ville. Ils torturent physiquement et psychologiquement les gens, les animaux et Gizmo, boivent, fument, jouent aux cartes, détruisent tout ce qu’ils trouvent et tout cela juste pour s’amuser. Billy et sa petite amie, Kate, tentent d’enrayer le carnage.

Le film sera un véritable succès, à sa sortie en 1984, et comme prévu les peluches Gizmo se vendront en masses. Ceci-dit les critiques, notamment des parents, sur la prétendue stupidité et la beaufrerie du film, sur la violence et l’immoralité, ainsi que certains passages jugés malsains, seront nombreuses. C’est imputables à son réalisateur, plus qu’a son producteur. Nous y reviendrons plus tard comme dirait le Vil Faquin [ndlf : ouais des fois j’dis ça moi. True Story tavu]. Ceci dit la réussite technique flamboyante du film (l’animation des gremlins et l’utilisation de nombreuses techniques d’animation, allant des marionnettes, à l’image par image) mettront Gremlins sur devant de la scène. Ce succès encouragera Spielberg à produire Retour vers le futur [ndlf : rien que pour ça, Gremlins vaut le coup, en fait] quelques années plus tard et surtout la Gremlins 2.

Cinq ans plus tard, la suite sort. Intitulée Gremlins 2, la nouvelle génération, elle, coûtera 50 millions. Toute la fine équipe du premier revient pour ce spectaculaire épisode 2. Des seconds rôles de choix viennent faire leur entrée, comme John Glover (que j’ai toujours trouvé très drôle et connu pour ses petits rôles dans Robocop 2, L’Antre de la folie de John Carpenter ou Batman et Robin et la série SmallVille), ou encore Robert Prosky (Last action Hero ou Christine de John Carpenter…). Bien sûr, comment ne pas citer Christopher Lee (qu’on a pu voir récemment faire du kung-fu dans la dernière aventure du Hobbit). Il joue ici un rôle à sa mesure, un savant relativement sadique faisant de la recherche génétique sur des animaux (de préférences innocents et mignons), qui collectionne les maladies, tout en restant d’un professionnalisme exemplaire. J’aimerais noter qu’il trouve ici l’un des ses rôles les plus sympathiques (pourtant il ne l’est pas), et qu’à un moment donné, il jure de ne plus faire de mal à qui que ce soit, ce qui est assez improbable venant du type qui a déjà essayé de tuer James Bond, de vampiriser le monde, et qui plus récemment a tenté de détruire la Terre du Milieu et la République Galactiquehaters gonna hate. En vrai c’est un grand acteur connu pour son professionnalisme exemplaire. Vous l’aurez compris sa présence illumine le film.

Revenons à nos petits bonhommes aux longues oreilles. Cette fois encore les Gremlins envahissent et se multiplient, et Billy et Kate doivent empêcher que tout parte en vrille. L’action se passe dans un immeuble high-tech à New York. Cet immense building contient toute sorte d’entreprises, des chaines de TV aux laboratoires de génétiques. Les gremlins auront droit a des évolutions, certains auront des ailes, d’autres un corps d’araignée, et l’un d’eux auras même une intelligence développée et le don de la parole. J’aimerais signaler que ce Gremlin intelligent est doublé par Richard Darbois en français, qui a doublé Batman dans la série culte de 1992 (ouais…), mais aussi le génie dans Aladin et Harrison Ford dans pas mal de film. Je ne suis pas un partisan de la VF mais encore moins un extrémiste de la VO [ndlf : hé Lemming, être partisan ou extrémiste, c’est dans la vibe, faut vivre avec son temps !], et là je ne pouvais pas ne pas le signaler.

Allant plus loin en tout que le premier, Gremlins 2 sera un échec commercial, critique et public.

Malgré l’échec du second opus, Gremlins rentrera dans la culture populaire et y est toujours férocement installé.  Les peluches de Gizmos (ainsi que la version a ventouser sur les pare brise) ont toujours leur place dans les magasins de jouets,  et surtout continuent de se vendre (c’est Steven qui doit être content). Il existe même un modèle de soubrette « Gizmo’s style », ne me demandez pas comment je sais ça demandez à l’internet mondial [ndlf : non au contraire, moi ça m’intéresse de savoir comment !]. Bref l’existence de produits dérivés, et surtout ceux pas destinés aux enfants, montre bien que ces deux films sont restés dans les mémoires.

« Bonjour à toi. Je suis mignon. JE TE DIS QUE JE SUIS MIGNON ! »

Des Hommages et des Gremlins

Une des particularités des deux épisodes des Gremlins est l’accumulation d’hommages, de caméos, et de clins d’œil qu’ils contiennent. Les participations de Christopher Lee, Dick Miller et Jackie Joseph sont en soit des hommages au cinéma d’horreur des années 1960 et aux séries Z. Parmi les apparitions célèbres, on retrouve Spielberg himself, Hulk Hogan – ouais, ouais, LE H² ! -, Joe Dante  ou encore Jerry Goldsmith (le compositeur).  Les hommages au cinéma de science fiction, d’horreur et fantastique pullulent. On peut citer une apparition de Robby le robot (le robot trop cool de La Planète Interdite), ou par exemple la présence en arrière plan de la machine à explorer le temps du film du même nom de 1960 (adapté du roman éponyme de Wells) et qui d’ailleurs disparaît entre deux plans dans un nuage de fumée, ce qui est relativement hilarant. Mais on peut citer aussi E.T, Dracula, l’Invasion des Profanateurs de Sépultures, A des millions de kilomètres de la Terre,  Indiana Jones, Batman, King Kong, Hurlements, Le Magicien d’Oz, Le Fantôme de l’Opéra, bien sur Blanche-Neige… Bref il y en a un paquet, et si beaucoup sont évidents, la plupart son habilement cachés. Mais il n’y a pas que ça… Nous avons des clins d’œil à tout le cinéma en général. On trouve ainsi des extraits de Rambo II, La Mission, La vie est belle (classique de Franck Capra), ou des allusions à  Casablanca, Marathon Man, une ouverture hommage au film noir – Le film noir est un genre cinématographique principalement américain qui a connu un âge d’or dans les années 1940 et qui met en scène des détectives torturés intérieurement dans un milieu urbain nocturne et sombre – et plus spécifiquement Chinatown de Polanski (« Tout commença à Chinatown »). Nous avons même, dans Gremlins 2, un petit extrait d’un Beach Movie, ou Naturist Movie. Qu’est ce que c’est donc que cela ? Dans une époque lointaine, ou les films pornographiques étaient interdits, un marché énorme tournait autour des films de naturistes (ou parfois appelés sobrement films de plages) qui étaient souvent sans intérêt hormis que les gens étaient tout nus et que c’était légal (puisqu’à part être tout nus, les personnages ne faisaient rien de bien méchant). Ce genre s’est éteint avec la légalisation et la diffusion du cinéma X (allez savoir pourquoi). On peut également mentionner l’hommage aux tableaux d’Arcimboldo (un gremlin prend l’apparence du personnage du tableau Vertumme). Bref c’est une véritable salade composée d’hommage et clins d’oeil que nous propose Dante. Mais cela ne s’arrête pas là. Les deux films sont avant tout des grosses productions de Warner Bros, propriétaire des Looney Toons (Daffy Duck, Bugs Bunny et mon favori Sam le Pirate – c’est drôle ça, encore un pirate !). Si nous pouvons voir de sympathiques peluches de Daffy Duck et de Bugs Bunny dans le premier opus c’est dans le second opus que tout s’éclaire. En effet le film s’ouvre sur le logo de Warner Bros et Daffy Duck apparait, remonté comme jamais, et il exige de prendre la place de Bugs Bunny. Il en fera de même a la fin du film, virant le brave Porky Pig – qui n’est pas Porqué Pic, son homologue mexicain.

Cette folie des hommages s’explique en plusieurs points. Tout d’abord Joe Dante est un grand cinéphile, comme Spielberg. C’est un amoureux du cinéma d’horreur et fantastique. La plupart de ses films regorgent d’hommages. Ensuite Joe Dante fait parti des premières générations de cinéastes qui ont baignés dedans depuis tout petit. Les années 1980, et 1970 avant elles, sont les débuts de l’explosion des hommages et clins d’œil aux films antérieurs. C’est d’ailleurs à ce moment là que des films comme Y a-t-il un pilote dans l’avion voient le jour. On peut aussi rapprocher cela de l’approche de Roman Polanski avec le Bal des Vampires et Pirates.

Quand on voit que les clins d’œil sont devenus une caractéristiques de la plupart des blockbusters familiaux maintenant (Les Gardiens de la Galaxie, Lego Movie, etc…) on ne peut qu’y voir  qu’un prolongement de ce qu’avait entreprit Gremlins. C’est manière de rendre complice le spectateur est donc de lui faire apprécier le film davantage – spectateurs, spectatrices on vous ment ! Comme dirait Arlette.

Mais si Gremlins et sa suite n’étaient que des orgies d’hommages et clins d’œil, ils ne provoqueraient que quelques rigolades et pas mal d’ennui. Or les deux films Gremlins ont un propos. Et c’est beau.

Ouais voici Dracula. Ou le Comte Doku. Ou Sarouman. Ou Sherlock Holmes. Ou un chanteur de métal. Bref, Herr Lee.

Ouais voici Dracula. Ou le Comte Doku. Ou Sarouman. Ou Sherlock Holmes. Ou un chanteur de métal. Bref, Herr Lee.

La Divine Comédie de Joe

Les Gremlins sont deux films comico-horrifiques pour enfants, du moins ils ont été conçus comme cela. Loin de moi l’idée de débattre sur ce qui est bien pour les enfants et ce qui ne l’est pas, je me contenterai donc de parler des films en eux même.  J’aimerais rappeler que ces film ont étés jugés « débilitants », « amoraux », « malsains » par une partie du public – Christine Boutin, on te voit ! -, certainement pas les enfants j’imagine. Les deux films ont un propos assez différents bien qu’un ton commun (quoique le second soit plus déjanté et foufou que le premier).

Le premier opus a été imaginé comme une caricature saugrenue des films de monstres, d’invasion ou d’horreur, tout en ayant un regard amusé et amusant sur notre monde et ses habitants. Mais l’embauche du turbulent Joe Dante en tant que réalisateur a sans doute donné naissance à ce coté cynique et osé qui  fait désormais la gloire du film.

Commençons par la caricature de films d’horreur, et notamment d’invasion, dans le genre de l’invasion des profanateurs de sépultures dont je parle beaucoup trop à mon goût. D’ailleurs les vilains gremlins naissent dans des cocons, comme les extra terrestres dans l’invasion des profanateurs de sépultures (gné !). Nous retrouvons des éléments classiques de ce genre de film. Par exemple la scène ou Billy tente de prévenir la police mais où les hommes de lois se moquent de lui, c’est une scène classique ou le héros tentent de convaincre les forces de l’ordre que les extra terrestre envahissent le monde, mais celles-ci restent incrédules et les héros doivent sauver le monde tous seuls. Caricaturant un cliché éculé, la scène ou Kate fait un long monologue sur ses traumatismes du passé dont le seul but est d’approfondir artificiellement le personnage et qui sort de nulle part est une caricature de ce genre de séquences qui pullulent dans les films pas très bien écrit. Un exemple récent est la mélancolie du mercenaire de Mickey Rourke dans Expendables premier du nom, qui faisait tache dans ce gros film d’action. Bref il s’agit du moment émotion sortant de nulle part qui hante beaucoup beaucoup trop de film. Revenons à nos gremlins. Si dans la plupart des films d’invasions, les envahisseurs en question ont un but (dominer le monde, détruire le monde, enfin un vrai objectif dans la vie), là les gremlins n’en n’ont aucun. Ils veulent juste s’amuser, et ca veut dire semer le chaos, la désolation, boire des litres de bières et fumer et regarder Blanche Neige en avalant des tonnes de popcorn… Le film accepte l’absurdité de la situation et nous propose des monstres assez humains, finalement.

Le second opus va plus loin dans la caricature. En effet non content de continuer dans la veine du premier (Christopher Lee est un Docteur Moreau des temps modernes pour ceux qui ont lu H.G. Wells), il s’attaque au premier volet et à lui-même, en tant que produit culturel et cinématographique. Pour ce qui est de la parodie du premier, les exemples évidents sont peut-être qu’on assiste à une émission de télé où des journalistes de cinéma critiquent le premier épisode méchamment (ce sont des reprises de critiques existantes) mais l’émission se fait envahir et saccager, par les gremlins justement. On peut aussi citer la scène ou Kate recommence a repartir dans un monologue (le moment émotion artificiel du premier) mais est coupé par les autres personnages qui lui disent que ce n’est vraiment  pas le moment (et qui s’en foutent). Les personnages du deuxième film deviennent donc le public devant le premier épisode… du grand art.

On a reproché (et je reproche) au premier l’inutilité de Gizmo, qui est juste là pour être mignon. Et bien dans le second, il devient littéralement Rambo et va exploser du Gremlins à l’arc et aux flèches explosives (ça fait pas de bruit comme dirait l’autre, ho wait!).  Mais c’est quand il se moque de lui-même que Gremlins 2 atteint un niveau de mise en abîme qui explose toute cohérence (en plus de faire rigoler tout le monde). Dans un premier temps, il faut parler de la scène où le film s’arrête au milieu d’un dialogue, et  où on nous donne l’impression que la bobine du film fond dans le projecteur (évidemment ça ne marche plus avec un DVD). On se rend compte que les gremlins ont envahis le cinéma qui projetait Gremlins 2 et empêchent la suite d’être diffusée.  Mais cette auto-caricature (preuve d’un grand cynisme chez Joe Dante) se retrouve aussi diluée dans tout le film. Par exemple, certains personnages imaginent déjà vendre des peluches en voyant Gizmo… qui, rappelons-le, est d’abord un modèle de peluche avant d’être un personnage. Le film prend conscience de ce qu’il est et le prend avec tellement de recul (et de cynisme) qu’il en perd son sens. Gremlins 2 est tellement détaché qu’il empêche toute immersion dans l’histoire, et nous rappelle sans cesse que c’est un film pour vendre des peluches. Alors, certes, c’est rigolo mais cela crée une distance qui peut gêner et qui décrédibilise tous le propos du film. Et pourtant propos il y a.

Dans Gremlins premier du nom, je pourrais dire que les policiers sont des trouillards haut de gamme, que le professeur de biologie est sans aucun doute un serial killer refoulé, mais je ne vais pas le faire parce que ce qui m’intéresse, c’est le traitement des gremlins, et de Gizmo, le gentil. Comme on l’a dit et redit, Gremlins a été fait pour vendre à tous les enfants des peluches et des jouets. Or, le héros (et son père qui trouve la bébête) ne traite pas Gizmo comme un animal, et encore moins comme l’être intelligent qu’il est. Ils le traitent comme un jouet. Le père veut l’offrir à son fils parce qu’il chante et est mignon et il se contrefiche de ce que son ancien maître peut en dire. Le fils, lui, s’il le traite avec beaucoup d’affection, n’hésite pas à donner les autres gremlins qui viennent avec Gizmo à des profs de biologie avec un petit penchant psychopathe, et à un autre gamin… comme ça. L’autre gamin, parlons-en, qui ne voit en ces petites bêtes qu’un passe temps et s’en lasse vite, allant lire sa BD en 3D juste quelques minutes après. Tout le propos du film est là, l’Homme considère la nature comme son jouet, sa propriété. Le personnage de Mme Deagle ne veut-elle pas tuer le chien de Billy parce qu’il l’embête ? La morale finale du film n’est elle pas que l’Homme n’est pas digne de la nature ? Ben si, justement. J’aimerais ajouter que des nombreuses inventions dysfonctionnantes du père de Billy que nous présente le film, certaines des idées farfelues et rigolotes existent maintenant et sont vendus dans le commerce.

Dans Gremlins 2, la nouvelle génération, c’est au monde de l’entreprise, et aux médias de masse (la télévision en tête) que s‘attaque le film. Le film nous montre un immeuble High Tech où tout est réglé comme une horloge et où les employés doivent s’adapter aux machines. La morale du film est qu’à force de déshumanisation, le monde n’appartient plus aux humains mais aux choses, aux objets (Boris Vian aurait il participé au scénario ?). Le meilleur exemple est la scène dans laquelle on explique à Billy que les décorations personnalisées sont interdites car l’entreprise a achetés des œuvres certifiées pour décorer les locaux.  La vision des entreprises hyper puissantes et gigantesques est là aussi. On y voit un patron qui n’a absolument rien à faire de ses journées (à part faire des notes de services) et n’a absolument aucune idée de ce que font ses employés. Cette même entreprise a pour logo la planète prise en étau au milieu du C de son nom (l’entreprise Clamp, agrafe en anglais). Le film regorge de détails caricaturant cyniquement les entreprises plus grandes que des Etats, phénomène encore plus important aujourd’hui – tu parles de qui ? Total qui fuit l’impôt ? Mosanto qui fuit la loi ? Ou de la World compagnie ? Comme je l’ai dit plus haut, Gremlins 2 est aussi une satire des médias de masse. Dans l’immeuble où se situe l’action, plusieurs émissions sont enregistrées en même temps pour les nombreuses chaînes. On y troue des émissions de cuisine, de cinéma d’horreur… Le film nous montre des techniciens blasés et peu intéressés (Joe Dante jouant lui-même un réalisateur d’émissions qui s’en fiche de son travail… mais où s’arrête son cynisme…) devant des présentateurs et des comédiens désabusés (on voit un robin des bois sortir énervé d’un plateau, la présentatrice de l’émission cuisine est complètement alcoolique). Il est intéressant de noter que toutes ces émissions et surtout leur pullulation, regardées avec dérision à l’époque, sont présentes sur nos petits écrans à l’heure actuelle.

Mais que font les gremlins, petites créatures stupides, là dedans ? Et bien ils sont le contrecoup. Que ce soit une sorte de punition de la nature, ou la réponse à la déshumanisation, les gremlins sont incontrôlables et c’est ce qui, je pense, a fait la force de ces deux films. Ils n’ont aucune morale, et ingurgitent alcool, tabac, n’obéissent qu’à leur pulsion (on voit un gremlin exhibitionniste, une gremlin femelle harceler sexuellement un chef de sécurité jusqu’à ce qu’il tombe sous ses charmes, plusieurs Gremlins s’assassinent entre eux…) et c’est ce qui a choqué beaucoup de parents. Montrer à des enfants des petits monstres (des jouets potentiels) se pinter dans la joie et la bonne humeur… Mais bon c’est rigolo et puis Dumbo aussi ne dit pas non a la boisson… C’est là le charme principal des deux films, voir ces petites bestioles faire n’importe quoi et tout saccager, au-delà des propos des films. Je ne peux d’ailleurs que faire le lien avec le très bon bouquin Martien Go Home de Frederic Brown publié en 1964 dans lequel les martiens envahissent le monde juste pour s’amuser et traumatiser les terriens. Che!

Mais le gros défaut des films vient aussi de là. C’est qu’a part les gremlins (et quelques seconds rôles rigolos), le reste, bah on s’en fout. Mieux : on s’en tamponne l’aisselle avec le coton-tige de l’indifférence. Parfaitement Madame. Qui se souvient vraiment de Billy et Kate ? Ils pourraient disparaître au milieu du film, ça ne choquerait personne. Les deux épisodes laissent un sentiment de ce que j’appelle en grand théoricien que je suis le tout ça pour ça ? Bordel à culs ! Certes, c’était rigolo, mais. Mais rien n’a été accompli finalement… Il est cependant intéressant de noter que le personnage de Billy ressemble beaucoup à celui de Marty McFly dans Retour vers le futur et surtout à celui de Sam dans les films Transformers, autre films pour vendre des jouets produit par Spielberg, tiens tiens, comme de par hasard ! Ce sont tous trois des ados génériques de leurs temps pour qu’un public le plus large possible s’y identifie.

« Yay bitches, what’s up? » – Père Gremlin et sa pipe à crack.

L’enfer de Joe

Bref. Les Gremlins ont des films sympathiques, cultes, cools, fun et rigolos. Ils ont poussé l’art des animatroniques, marionnettes et animations images par images a leur paroxysme, quelques années avant l’arrivée massive des effets numériques avec Jurassic Park du même Spielberg. Ces deux films, s’ils s’adressent autant aux enfants qu’aux adultes, n’ont cependant pas, et c’est regrettable, les qualités d’écriture d’un Retour vers le futur ou d’un SOS Fantômes, autres blockbusters de la même époque.

Nous n’avons pas beaucoup parlé de Joe Dante et j’aimerais rajouter quelques lignes à son sujet pour conclure. Bien qu’il ait commencé à travailler dans le cinéma mainstream grâce à Spielberg, il a résolument un ton plus cynique que son mentor et que les autres poulains du papa de E.T. Si le talentueux Robert Zemeckis (Retour vers le futur, Forrest Gump, …) a un ton véritablement sage, Dante lui est plus turbulent. Après Gremlins, il ne connaîtra presque plus que des échecs. Des films comme L’aventures intérieure, Gremlins 2 ou Explorer ne rapporteront pas d’argent, voire en feront perdre. Il retrouvera son amour de la série Z avec Panic sur Florida bitch Beach, une excellente comédie qui sortira dans l’indifférence totale. En 1998 il aura pour mission de vendre des jouets avec le film Small Soldiers (produit par Spielberg et une chaîne de fast food, alors elle est passée où votre admiration pour le guy ?) mais ce sera encore un échec critique et commercial flamboyant. Puis il fera un  film de cartoon avec les looney toons, passant à l’action, et un film d’horreur pour ado avec The Hole – non ce n’est pas un porno -, qui sera aussi un des premier essais de 3D stéréoscopique avec les techniques modernes.

Mais si peu de films de Dante ont marchés, la plupart sont devenus cultes. Son ton si particulier et le fait qu’il ait fait des films pour le jeune public ont réduit son écho, mais ainsi il s’est finalement adressé et s’est construit un public de niche. Ce public se reforme avec le temps et apprend à aimer ses films, souvent difficiles à aborder. Par exemple derrière ses aspects de contrefaçon ratée de Toy Story et ses intentions purement pécuniaires, Small Soldiers (qui rappelle une nouvelle de Stephen King, au passage) est un film qui a tout du film culte. Il est peut être encore trop récent mais est en train de le devenir, faisez-moi grave confiance. La scène absolument traumatisante des barbies par exemple est… ouais dantesque de génialitude étrange. Au moins. C’est ce qui est arrivé avec les Gremlins, bien que le premier ait fait un carton dès sa sortie, et surtout le second.

 Comme dirait J. C., tout est accompli.

Lemming Affranchi.

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6 commentaires

  1. Excellent article ! J’ai appris pas mal de choses sur les Gremlins (les films, pas les bestioles), notamment le fourmillement de références, et tiens, oui, je n’avais jamais vraiment réfléchi au propos qu’ils contenaient ! (pour le premier opus, en tout cas, je connais mieux le second) En plus le ton se marie bien avec le sujet, j’avais l’impression d’entendre en bruit de fond le ricanement d’un Gremlin 🙂 (d’ailleurs ils ont peut-être envahi les locaux de la Faquinade ? ce qui expliquerait cela)
    Je plussoie pour la scène des Barbies de Small Soldiers – comme quoi elles sont vraiment trop taille mannequin pour être honnêtes…
    En revanche, je m’insurge ! Chris Colombus ne s’est fait connaître qu’avec les deux premiers Harry Potter ? Il a quand même scénarisé Les Goonies et Le secret de la pyramide, réalisé Maman j’ai raté l’avion et Mrs Doubtfire ! On ne peut pas dire que ce soit rien. Je gage qu’il était déjà connu avant grâce à au moins l’un de ces films.
    Sur ce, je vais aller rattraper un peu mes lacunes en matière de films signés Joe Dante.
    Encore merci pour cet article passionnant ! 🙂

    1. S’ils nous avaient envahis, nous ne serions pas là en train de déverser nos billevesées mais nous serions sur le pont, la baïonnette au canon à les découper, ces monstres fourrés ! (ou du moins, c’est ce qu’on veut bien faire croire).
      Pour les barbies, je t’enjoins à regarder ce lien : http://www.madmoizelle.com/barbie-mensurations-normes-176556 C’est ‘achement bien.
      Je pense que le Lemming s’est un peu laissé emporté sur la fin, mais c’est le propre des Lemmings, sitôt qu’ils voient une lumière, ils courent vite !
      En tout cas, merci beaucoup pour ton retour, c’est pour ça que nous tenons ce blog ! 🙂

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