Pirates

Pirates (Pirates)

Roman Polanski

Suite à la lecture au combien intéressante de la première triangulation du Vil Faquin, je n’ai eu plus qu’un but, voir un film de pirates. [ndlf : ouais, ça fait souvent ce genre d’effets, méfiez-vous] Or, un des grands réalisateurs de ce petit monde a accouché en 1986 d’une œuvre intitulée Pirates, qui comme son nom l’indique est un film de pirates. Il s’agit bien sûr de Roman Polanski. Je me suis donc jeté sur mon Microsoft Word 2007 afin d’en parler. [ndlf : nous ne gagnons rien sur les placements de produits, mais on en met, au cas où ça change un jour].

Pirates est un des films oubliés de Roman Polanski, réalisateur émérite à la carrière plus que passionnante et brillante. Si les ennuis judiciaires du monsieur sont plus médiatisés que ses dernières œuvres, notamment le brillant  Vénus à la fourrure, la carrière artistique atypique de Mr. Polanski n’en reste pas moins admirée et admirable.

Vous les avez repéré les gros pirates là ? Ouais, ça c'est du cliché typé, mais en même temps ça marche !

Vous les avez repérés les gros pirates là ? Ouais, ça c’est du cliché typé, mais en même temps ça marche !

Revoir Polanski

Roman Polanski, a connu enfant les joies du ghetto de Cracovie, a vu partir pour des camps de concentration une bonne partie de sa famille et vécu caché à la campagne le temps que la guerre finisse – il y en a qui commencent bien dans la vie, maintenant venez vous plaindre, j’vous attends. Ado, il  entre dans la prestigieuse école de cinéma de Łódź (en Pologne donc). Mais Roman est un badboy et réalise notamment un court métrage où, pendant une soirée de ses camarades de classes, il infiltre leur petite sauterie de voyous traînant dans la rue jusqu’à point d’heure alors qu’une bagarre éclate, et il filme ça, tranquilou, monte le tout et le présente à ses professeurs, l’air de rien. Sympa comme idée de court, non ? Bref, Roman n’est pas un gendre idéal. Cependant il va réaliser son seul film en Polonais, en 1962, Le Couteau dans l’eau qui lui ouvre les portes du cinéma international. Il déménage à Paris, puis à Londres et réalise d’étranges ovnis comme le thriller psychologique d’horreur Répulsion en 1965 – avec Catherine Deneuve ça ne s’invente pas -, ou encore Cul de Sac en 1966 – que je vous conseille franchement mais qui n’est pas, comme son titre pourrait le laisser croire, un film sur les Hobbits. Il monte dans le milieu, allant faire des films a Hollywood, comme les chefs-d’œuvre Rosemary’s Baby en 1968 ou Chinatown en 1974 (un des meilleurs rôles de Jack Nicholson) deux classiques s’il en est. En 1976 il tourne même un film à Paris et en Français, Le Locataire, dans lequel on peut le voir lui-même dans le rôle principal ainsi que des apparitions de l’ancienne fine équipe du Splendid.

Sa carrière connaîtra des hauts et des bas jusqu’à nos jours. Il a récemment enchaîné – sans référence aucune à la vie du monsieur, hein – trois excellents films, à savoir The Ghost Writter en 2010, avec Ewan McGregorCarnage en 2011 et La précédemment citée Vénus à la Fourrure en 2013. Ses thèmes les plus évidents sont l’enfermement – dans un huis clos, une zone géographique ou une société rigide. Ses personnages sont sans cesse aliénés, transformés ou formatés par cet enfermement. On pensera à l’immeuble du Locataire, à la société de riches Sataniques de Rosemary’s Baby ou encore au passé et aux souvenirs dans Chinatown qui sont les plus féroces ennemis du héros.

En grand cinéphile, Polanski a souvent déclaré avoir fait du cinéma afin d’un jour réaliser un vrai film de vampires avec des châteaux gothiques, des accents Européens de l’est, de l’ail, des capes noires et tout le tintouin. C’est pourquoi en 1967 il tourne la gentille caricature qu’est Le Bal des Vampires, vibrant hommage aux films de vampires d’Universal ou de la Hammer. Ce film reprend les codes et règles du genre et les parodies avec beaucoup de respect. Nous suivons les aventures d’une sorte de professeur Van Helsing sorti d’un asile qui chasse les vampires avec son jeune et naïf assistant (interprété par Polanski himself). Ils se retrouvent dans un château des Carpates plein à ras-bord de, j’vous l’donne dans l’mille Emile, vampires. Le titre du film vient de la scène finale complètement baroque du, j’vous l’donne dans l’mille Emile, bal des vampires. Polanski pousse l’hommage et la caricature avec un « bonus vidéo » projeté avant les séances et disponibles sur les éditions vidéos, où le professeur et son assistant nous font un véritable épisode de C’est pas sorcier sur les différentes sortes de vampires et les manières d’en venir a bout.

Par contre vous vous demanderez certainement pourquoi je vous parle de vampires dans un article sur des pirates ? Et bien déjà parce que Le Bal des Vampires est une pépite tout à fait somptueuse et que c’est mon article alors je fais ce que je veux. Et puis aussi parce que, en fait, j’avais envie de revoir du Polanski, alors j’ai décidé que vous aussi. Voilà. Mais surtout car Pirates est rigoureusement dans la même mouvance que Le Bal des Vampires.

Polanski, adorant les films de pirates, a bien entendu voulu en réaliser un. Ceci-dit Pirates est plus un pastiche qu’une comédie. C’est un projet qu’il tentera de faire aboutir des années, mais qui ne verra le jour qu’en 1986. En effet la science fiction, l’action ou l’horreur sont des genres qui font vendre dans les années 1970 et 1980, mais pas les films de pirates. Après plusieurs annulations, le projet est repris par la cultissime boite de production Cannon (à l’origine de somptueux nanars, mais aussi de plusieurs films avec JCVD ou Chuck Norris), ainsi que par de nombreux fonds Européens. L’ampleur du projet et l’ambition de Polanski font de Pirates le film le plus cher jamais financé en Europe. Le scénario est coécrit par le fidèle collaborateur de Polanski, Gérard Brach (aussi scénariste attitré de Jean Jacques Annaud, y’en a qui savent s’entourer). Un énorme galion est construit, avalant une bonne partie du budget pourtant conséquent. Mais, à sa sortie, le film est boudé par la critique, le public, tout le monde. Pourquoi ? Le film est-il raté, inintéressant, ou est-ce un concours de circonstance malheureuse ? Vous venez de prendre une leçon de cliffhanger là, l’air de rien.

Photo de famille. Mais souriez pas hein, on est pas de ces gens là !

Photo de famille. Mais souriez pas hein, on est pas de ces gens là !

Et vieillir

La première question est de savoir de quoi parle le film. Nous suivons les aventures du capitaine Red et de son jeune mousse (La Grenouille). Le capitaine Red (un des seuls vrais pirates du film)  correspond en tout point avec l’image classique qu’a décrite le Vil Faquin dans sa triangulation, celle fantasmée, iconique. Notre héros est un rustre malodorant avec un tricorne, une jambe de bois, qui boit comme un trou, qui jure mais peut aussi se lancer dans des tirades aux inspirations aussi diverses qu’imaginatives, qui tue, viole, triche, trahit comme il change de chemise. En même temps, c’est un pirate hein. La Grenouille, matelot français, est jeune, naïf et à un grand cœur. En même temps, c’est un Français hein. Pirates s’ouvre sur une épave de radeau au plein milieu de l’océan. Pendant que Grenouille pêche, Le capitaine Red hallucine à cause de la faim, la chaleur et de la soif. Celles ci le pousse à manger le poisson que lui tend son mousse, avec l’hameçon puis à tenter de manger le mousse lui-même en lui expliquant que c’est raisonnable et que c’est la loi de la nature. Le malheureux jeune homme est sauvé avec l’arrivé d’un galion espagnol, le Neptune. Les deux compères grimpent à bord avant de découvrir que tout l’équipage assiste à une séance de flagellation. Ils sont bien évidemment mis a fond de cale et feront la connaissance du terrible capitaine Don Alfonso Felipe Salamanca de la Torré, qui méprise les hommes de peu et autres gentilshommes de fortune, en gros, les pirates, les Français et les Anglais, et qui donc ne veut que du mal a nos deux héros qui sont tout ça à la fois. Le bateau accueille aussi la belle Dolorès, fille de noble plus ou moins promise a Don Alfonso, mais celle-ci ne rêve que d’amour pur, de paix et de belles fleurs. Nous suivrons les aventures de ces personnages. Bien sûr le jeune Grenouille tombera éperdument amoureux de Dolorès, il y aura des mutineries, des contres mutineries, des prises d’otages, des canons hurlant le feu…

Si le film est à ce point tombé dans l’oubli, c’est qu’il est plutôt fade, je dirais – j’essaie de reste poli, là, alors admirez – et saluez – le geste… Commençons par les points positifs. La première heure du film regorge de scènes des plus croquignoles, comme celle d’introduction, une scène de dégustation de rat ou encore la célèbre scène dans laquelle un vieux conquistador au seuil de la mort parle de géopolitique avec la crème de la crème de la noblesse présente sur le bateau pendant qu’il se fait faire un lavement intestinal au vinaigre chaud [ndlf : on vous a dit qu’ici, à la Faquinade, on accordait beaucoup d’importance au bon gout ? Non ? Bah voilà]. On peut encore citer une scène qui voit un curé parler à un mourant en lui listant un planning de confessions à faire avant le dernier soupir dans un style très « liste de course ». Toutes ces scènes détournant les codes du film de pirates (ou de cape et d’épée en général) sont renforcées par un petit florilège de dialogues des plus rigolos et folkloriques (je pense au capitaine Red déclamant aux marins espagnols « Jésus a dit : il est plus facile pour un chameau de  passer dans un trou d’aiguille que pour un officier d’entrer au royaume du ciel », dans le seul but de déclencher une mutinerie). Mais passé l’heure, les ennuis commencent vraiment.

Les scènes cocasses et truculentes dont nous parlions plus haut disparaissent presque totalement dans la  seconde moitié du film. Il ne reste que… le reste, justement, mais ce n’est pas glorieux. Le scénario est confus au possible, résumant l’histoire d’amour entre Dolorès et la Grenouille (qui comme chaque batracien à un cœur de prince) à quelques scènes insipides, lâchant aléatoirement des embryons avortés d’intrigue (la malédiction du trône d’or est évoquée et selon les scènes c’est important ou pas), bref ce n’est pas topitop pour des grands noms comme Polanski et Gérard Brach. Le film se voulant un gentil pastiche des films de pirates reprend naturellement toutes les scènes et décors emblématiques du genre, mais le fait moins bien que beaucoup d’autres œuvres avant elle. Un seul bateau ayant été construit pour le film, un bon tiers de celui-ci se déroule sur la terre ferme ce qui est passablement dommageable, voire fatal, au film, qui se saborde – hoho. Restent les personnages pour sauver le film du – hoho – naufrage. Et on s’aperçoit vite qu’il ne faut pas placer trop d’espoir en eux, le seul ayant une personnalité ou du charisme est le capitaine Red (interprété avec cabotinage par le vétéran Walter Matthau) et son humour s’essouffle très vite. Les autres personnages sont transparents. Certes pour ce film il fallait des archétypes (le vieux bougre, le noble méchant, le jeune premier), mais là ils ne sont que ça, ils ne servent qu’à être là, et la figuration c’est loin d’être suffisant à faire vivre un équipage de boucaniers.

La comparaison de Pirates avec le Bal des Vampires (film cousin [ndlf : comme VF et LA] par le ton et les intentions) serait intéressante. Chaque personnage est un archétype, voire un cliché issu des films de vampires (le professeur un peu fou, le jeune homme naïf qui tombe amoureux, le grand méchant vampire…), mais n’en est pas pour autant inintéressant. Chacun a sa personnalité, chacun a droit à un traitement, bref ils existent tous autrement que par leur fonction, contrairement à ceux de Pirates qui sont là parce qu’ils doivent être là et c’est tout. Et même pour des pirates, c’est passablement nul. Notons tout de même la présence de Daniel Emilfork dans un second rôle, un comédien que tous les fans de Jean-Pierre Jeunet connaissent comme étant le voleur de rêve dans La Cité des Enfants Perdus.

Capitaine et associé. Le Capitaine est soit un hongrois perdu soit un mec qu'a pas compris que quand il fait chaud, faut poser sa chapka.

Capitaine et associé. Le Capitaine est soit un hongrois perdu soit un mec qu’a pas compris que quand il fait chaud, faut poser sa chapka.

Polanski, c’est fini !

Si les scènes plus intimistes tiennent indépendamment à peu prés la route (Polanski n’est pas un tâcheron tout de même), les scènes de bataille, d’action, de foule ou avec un décor plus complexe que la moyenne (tourner des scènes en haute mer est un joyeux bordel, comme vos esprits simples et limités sont malgré tout capable de l’imaginer) sont souvent insipides, et parfois mauvaises. Polanski  n’est pas un réalisateur pour les films de grande ampleur comme Ridley Scott – [ndlf : Vil Faquin vient de s’étouffer dans son bol de potage et précise que ce n’est pas bon pour son petit coeur de dire ce genre de conneries, qu’on a de la tenue ici, et qu’on veut bien publier des caricatures de dieux et de prophètes nus et souillés, mais dire ça, c’est quand même aller trop loin] par exemple. On se souvient de la fadeur du Pianiste – ce qui n’enlève rien à la réussite du film – ou de son Oliver Twist. Devant trop de contraintes techniques et logistiques, il semble perdre le contrôle. Pirates en est un exemple, mais un exemple parmi tant d’autres.

Pourtant Pirates n’est pas mauvais, il peut être agréable pour tous les fans du genre, parfois ennuyeux pour les autres mais globalement il se regarde et dégage même de la sympathie, par moments. C’est malgré tout un échec dans la carrière de Polanski, qui a toujours connu les hauts et les bas, et cela même si c’est un projet couvé et chéri. Ceci dit, Polanski reste l’un des très grands réalisateurs encore en activité et les quelques échecs de sa carrière ne sauraient faire oublier ses plus nombreuses immenses réussites. Ça va j’ai bon ? On va pas trop me brûler pour hérésie ? Bonjour Monsieur, qui êtes-vous ? Pourquoi vous allumez des torches et vous portez une blouse blanche ? Monsieur ? Dites répondez s’il vo

Lemming Affranchii

Sur le voyage en mer : La Fin du VoyageLa Surprise.
Plus largement, sur la flibuste : Les Pirates, PiratesLes Pilleurs d’âme,
Long John SilverLa Dernière aventure de Long John Silver.

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