Alternative Rock

Alternative Rock (Alternative Rock)

Collectif

2015 commence, et avec mon challenge perso et ma volonté de re-lire tout Tolkien. Mais bon on va commencer avec un livre que j’ai lu l’an passé – haha – à savoir le recueil de nouvelles Alternative Rock. Le moins que je puisse dire c’est que, malgré les thèmes excitants et de très nombreux atouts, je n’ai absolument pas accroché. Chose exceptionnelle, je me suis tellement ennuyé de l’incohérence d’ensemble qu’à plus d’un moment j’ai voulu laisser tomber. J’ai lu pas mal de BD entre chaque nouvelle pour faire passer la pilule.

Alors comme chacun des ouvrages dont je vous parle ici, tout cela reste subjectif et caution à l’humeur du temps. Mais toujours est-il que ça l’a pas fait. Toutefois j’ai conscience que ce recueil a des atouts non négligeables sur bien des aspects et c’est pour ça que je m’efforce tout de même de vous le présenter.

Et puis une anthologie Baxter, Dozois, Dann, Swanwick, Jon Williams, Moorcock et MacLeod, c’est difficilement dégageable d’un soufflet.

La jolie couverture qui ment. En tout cas à moi, elle m'a menti. Et je la hais pour ça.

La jolie couverture qui ment. En tout cas à moi, elle m’a menti. Et je la hais pour ça.

Petit et costaud

J’en parlais je sais plus quand à propos de je sais plus quel livre, mais les petits formats Folio SF et leur couleur grise, c’est sacrément accrocheur. Je ne sais même pas combien de fois, quand j’étais gamin, ignorant du jeu de l’édition, j’ai préféré acheter un ouvrage avec ce gris métallisé à un autre blanc. La couleur alu, ça donne dans la sf direct. C’était, dans mon esprit simple de gosse simple(t), un gage de qualité, je suppose.

Dans tous les cas, c’est avec le même plaisir que j’ouvre ces petits formats poche qui restent pour moi l’archétype, avec les Pocket et les J’ai Lu (et Points ou Le Livre de Poche), du livre de poche de qualité. Alors on a plus ou moins vu avec Milady que quelque chose était tenté, tant au niveau des prix que de l’édition, mais ne se concrétisait pas forcément. Depuis peu on peut même assister à la naissance d’une nouvelle collection poche chez Les Indépendants de L’imaginaire (les Moutons Electriques, Mnémos et Actu SF), Helios, qui pond des ouvrages d’une qualité supérieure quelques dizaines de centimes plus chers que J’ai Lu ou Pocket certes, mais souvent moins chers que Milady. Les bouquins sont chouettes, y’a pas à dire, mais je ne sais pas, je n’arrive pas à les considérer comme de véritables poches que l’on peut trimbaler partout, plier dans tous les sens, lire dans les transports… C’est toujours particulier. Oui, c’est mon article grumpy, probablement la fin des vacances.

Bref, le premier atout d’Alternative Rock, c’est sa couverture tape-à-l’oeil. Au mien en tout cas. Signée Sam Van Olffen, elle représente un Elvis triomphant en reprenant la sculpturalité théâtrale et imposante de feu le bloc soviétique, sur fond de drapeaux rouges et de ciel de rouille. Y’a pas à dire, ça a de la gueule, surtout si l’on rajoute la graphie du « Presley » inscrit sur le socle qui fait Soviet Suprem. On s’attendrait presque à voir Silvester Staline et John Lénine débarquer pour kicker des culsOuh yeah.

La traduction depuis l’anglais est quant-à-elle effectuée par Jean-Pierre Pugi, que je tiens à signaler car c’est un grand nom de la traduction française (Arthur C. Clarke, George R. R. Martin, Jack Vance, Stephen Baxter…) et elle est d’une qualité remarquable. J’en profite pour vous conseiller cette interview de l’homme donnée à Actu SF.

Dernier point remarquable sur l’édition, cette dernière propose systématiquement après chaque nouvelle une section intitulée « Quelques mots sur… » où l’auteur – ou un des auteurs dans le cas de l’une d’entre elles – reviennent sur le processus d’écriture, de création et de retouche des nouvelles présentées ici. On voit un peu plus précisément les problèmes qui peuvent se poser, les motivations que peuvent avoir des auteurs d’écrire des histoires sur certaines de leurs idoles mais aussi certains impondérables inhérents à l’écriture à plusieurs mains. Chaque fichier, si je puis dire, est intéressant en tant que tel mais perd un peu de sa force dans l’éther car il n’est pas relié aux autres. Alternative Rock manque cruellement d’une quinzaine – vingt n’auraient même pas été de trop, le volume est plutôt mince – de pages reprenant ces informations, en livrant une petite analyse, d’autant que la compilation, qui a pour thème central des Dyschronies – pour reprendre le terme du Passager Clandestin – tournant autour du rock et de certains grands rockers, n’a pas été construite ex nihilo mais en re-compilant des textes parfois précédemment publiés ailleurs (deux nouvelles avaient déjà vu le jour aux éditions Denoël).

Bref on a un chouette ouvrage qui se vide un peu de son sens, de sa portée potentielle. Ce n’était peut-être pas le rôle de cet ouvrage que d’apporter une analyse, mais le meta-texte existe et en tant que tel, il est sous-exploité. J’ai un temps pensé à pallier ce défaut ici-même en tentant quelque chose, mais j’ai abandonné l’idée pour plusieurs raisons, notamment mon manque de compétences en la matière.

Du J'ai lu, du Pocket, du Points, du Milady, du Folio (sf), du Livre de Poche et, enfin, du Helios.

Du J’ai lu, du Pocket, du Points, du Milady, du Folio (sf), du Livre de Poche et, enfin, du Helios.

C’est qui les mecs ?

Si la couverture a pesé dans la balance quant à mon choix sur cet ouvrage – j’hésitais avec Ferrailleur des Mers de Bacigalupi, que j’ai finalement acheté – un autre point qui a apporté sa contribution pour faire pencher mon pauvre esprit en faveur d’Alternative Rock est le premier nom à figurer sur le quatrième de couverture : Stephen Baxter. Ca fait quelques temps que je parcours la vie et l’oeuvre d’Arthur C. Clarke et, dans les deux ouvrages que j’ai commenté de lui sur ce blog (Les Gouffres de la Lune & Terre : Planète Impériale) chez Milady, j’avais droit à ce petit paragraphe en opening :

« Sir Arthur C. Clarke (1917-2008) est l’auteur de science-fiction le plus lu et le plus reconnu avec Isaac Asimov. Ses romans sont devenus des classiques du genre et comptent bon nombre de chefs-d’oeuvre dont le célèbre 2001 – Odyssée de l’Espace, ou Rendez-vous avec Rama. Son oeuvre visionnaire et humaniste a influencé d’autres grands auteurs comme Stephen Baxter…« 

J’avais donc un peu d’impatience, moi qui adore la sf mais ai du mal à m’y lancer, à découvrir ce grand nom au milieu d’autres qui m’étaient tous, ou presque, inconnus. Je dis ou presque parce qu’on a quand même Michael Moorcock hein, mais je n’arriverai jamais à le considérer comme un auteur de sf, lui qui a été à l’origine du Cycle d’Elric, mais il a effectivement écrit un peu de sf. Mais quand même.

Et comme je suis un gros faignant, je vais faire une liste. Parce que j’aime les listes.

  • Stephen Baxter : écrivain britannique qui a écrit bien trop de trucs et prend bien trop de place à la librairie dans les rayons. Il a fait moult cycles et trilogies comme Les Enfants de la DestinéeLe Cycle de l’Odyssée du Temps ou encore La Longue Terre, co-écrite avec Terry Pratchett.
  • Gardner Dozois : ex-rédacteur en chef pendant 20 ans du magazine Asimov’s Science Fiction. Il est connu notamment pour Morning Child et Le Chasseur et son ombre co-écrit avec George R. R. Martin et Daniel Abraham.
  • Jack Dann : est un américain qui a écrit peu de choses traduites en français à l’exception que quelques nouvelles, souvent co-écrites d’ailleurs.
  • Michael Swanwick : est un américain qui a écrit Station des Profondeurs et quelques romans ainsi qu’énormément de nouvelles, souvent co-écrites d’ailleurs.
  • Walter Jon Williams : n’est pas un compositeur mais un américain qui a écrit énormément de science-fiction notamment la série de romans Câblés ou encore des romans dans l’univers de Star Wars. C’est également un nouvelliste reconnu.
  • Ian R. MacLeod : est un britannique qui a écrit notamment Les îles du Soleil et Song of time.

Je ne vous présenterai pas Michael Moorcock, ce serait inutile tant sa renommée le précède. J’ai acheté Alternative Rock en partie pour découvrir des auteurs de sf à travers des travaux de nouvelles et… Le moins que je puisse dire c’est que le résultat est mitigé. Si certains, les nouvellistes, on ne s’en étonnera pas, s’en sortent plutôt très bien dans l’écriture (ou la co-écriture), d’autres semblent s’essouffler en deux pages et ne happent jamais vraiment l’esprit. Mais bon, ça c’est notre troisième partie.

Ce qu'Elvis le Rouge aurait pu être. Et ce qu'il n'a pas été.

Ce qu’Elvis le Rouge aurait pu être. Et ce qu’il n’a pas été. Pourtant, le trait comics en moins, l’imagerie est la même.

Donc, la troisième partie

Bon alors au final, dans le texte, qu’est-ce qu’on a ? On a 7 auteurs et 5 nouvelles, 5 a propos et 200 pages. Et on refait une liste.

  • Le Douzième Album – Stephen Baxter, 1998 : on y lit un petit bout d’histoire de deux copains qui commémorent à leur façon un ami disparu qui avait déniché le douzième album des Beatles, qui n’en ont fait que onze. Ouvrir le recueil par cette nouvelle n’était pas la meilleure idée du monde car on est complètement perdu et décroché dès le départ, aucune sensation à la lecture de ce texte fade et à la limite du fanboy-isme, assumé certes, mais quand même. Pas vraiment la meilleure façon de découvrir un auteur.
  • En tournée – Gardner Dozois, Jack Dann & Michael Swanwick, 1981 : On y suit Buddy Holy qui se retrouve perdu en tournée dans un bled paumé, pourri, à chier (si, si, genre banlieue de Vesoul). Il y croisera Elvis et Janis, perdus eux aussi. Là pour le coup, j’ai été perdu mais parce que la première m’avait complètement dévissé la tête et que je l’ai lue juste à la suite (ensuite j’ai espacé, mais genre carrément). Par contre, il faut bien avouer que si le début ne prend pas, pas sur moi en tout cas, j’ai trouvé les dernières pages et le show absolument renversantes et j’ai même eu quelques frissons.
  • Elvis le Rouge – Walter Jon Williams, 1994 : Elvis fait la gueule et devient socialiste. Je pense que mon résumé de la chose résume bien mon amertume. Avec la couverture, le titre qui envoie et les potentialités d’une telle dyschronie gâchées de la sorte : quid du monde si l’icône de la culture américaine par excellence avait tourné à l’ennemi ? Alors qu’on aurait pu avoir un chef-d’oeuvre à la Superman: Red Son, on se retrouve avec un écrit flonflon fade, insipide, sans saveur. Bref, après avoir lu « ça », j’ai eu du mal à me motiver pour la suite. Et même l’à propos est chiant.
  • Un chanteur mort – Michael Moorcock, 1974 : Jimi Hendrix est mort mais taille la route avec un roady junkie. Et là on reconnait Moorcock, son talent et son cynisme, sa connaissance du réel et des pires travers de nos concitoyens, de notre société, à la fois des espoirs, des craintes et des faiblesses de chacun. Cette nouvelle est un rayon de soleil, du début à la fin, mais malheureusement trop courte, dans l’espoir fou d’arriver vite à la fin du recueil. Au regard du reste, elle m’est apparue comme d’un pertinence transcendantale. L’épiphanie à la Moorcock quoi. Et puis l’à propos lui aussi est tintant de réalisme (cf  à la fin).
  • Snodgrass – Ian R. MacLeod, 1992 : John Lennon a quitté les Beatles avant leur succès, est un hippy aigri et odieux. J’ai lu cette nouvelle deux fois de suite. La première fois j’ai rien compris. La deuxième fois, c’était pire, j’ai été scotché par le nombre de clichés à la minute que MacLeod essaie de faire passer dans son texte, peut-être sans le vouloir. Tous les clichés des hippies fainéants, irrespectueux, assistés, voleurs, sales… Tout y est. MacLeod agit comme s’il voulait détruire Lennon et, au vu des sourires cyniques que je me sentais arborer, il est possible qu’il y soit en partie arrivé. Il voulait voir ce que ça faisait d’imaginer un raté qui réussit. Ou plutôt l’inverse.

N’empêche il est rigolo de noter qu’en Baxter et MacLeod, les deux seuls britanniques de la bande, on a à chaque fois droit aux Beatles. Pas traités de la même façon, certes, mais c’est à croire que les Stones n’ont ps existés. ‘Fin bon, c’était l’anecdote inutile.

Parce que les livres de poche, c'est cool, surtout quand on est monomaniaque.

Parce que les livres de poche, c’est cool, surtout quand on est monomaniaque.

Un goût d’inachevé

Au final, après avoir écrit ce papier, vachement plus court et laconique qu’à l’ordinaire vous l’aurez remarqué, bah… je m’aperçois que j’attendais beaucoup de cet Elvis le Rouge qui se vautre en glissant dans une banalité morne et fade. Mais ça je l’ai déjà dit.

Je m’aperçois aussi qu’une grande attente déçue, même pour moi qui me croyais blasé de ce genre de réaction, bah ça peut vous pourrir une expérience de lecture.  Et surtout, je m’aperçois que je voulais de la grande implication globale et des changements radicaux à la Red Son dans l’équilibre du monde mais qu’au final, ce sont les implications purement humaines et intimes qui m’ont marqué dans cet ouvrage, à travers Hendrix ou Lennon. Comme quoi, on ne cesse jamais d’être surpris.

Enfin je m’aperçois qu’une compilation n’est pas une anthologie. Surtout si elle ne trouve pas de justification propre, s’il n’y a pas d’étude, si elle est livrée à elle-même. Maintenant, je suis acerbe car déçu, mais je sais reconnaître les qualités de ce livre et si je vous le présente ici, c’est bien qu’il mérite le détour malgré tout, ne serait-ce que pour la parole donnée aux auteurs.

Sur ce je vous laisse avec les mots de Moorcock qui, pour moi symbolisent tout ce qui manquent au reste de l’ouvrage : de la simplicité et un poil de détachement.

« J’ai moi aussi connu la folie du rock n’ roll. Dans les années soixante nous avons assimilé de nombreuses leçons à nos dépends. J’ai vu pour la première fois Jimi Hendrix […], je crois, en 1963. Je l’ai trouvé super, sans pour autant connaître ce qu’il faisait. Quand je l’ai vu la fois suivante […] j’en étais sidéré. C’était la meilleure musique noire que j’entendais depuis Leadelly… authentique, pleine de colère et d’esprit. [note de la Faquinade : un peu comme sa nouvelle, au final]
Je l’ai rencontré en coup de vent par la suite, lorsqu’il vivait à Ladbroke Grove, non loin de chez moi. Je le voyais souvent dans les parages. Un type très gentil. Un peu dépassé par les événements. Epuisé.« 

Vil Faquin.

De M. Moorcock : London Bone.
A propos de place du rock : Serpentine (not. la nouvelle Matilda), Notre-Dame-aux-EcaillesUn rêve mandarine.

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9 commentaires

  1. Je me souviens que Folio SF(que j’aime beaucoup dans l’ensemble) avait à l’époque sorti un genre d’événement autour du thème de la musique : Rock et SF, ou quelque chose d’approchant. J’ai lu Armageddon Rag, du sieur Martin, qui est très mal passé (même si je ne peux décemment pas descendre tout le livre ; mais je me suis beaucoup ennuyée dessus), tu as lu celui-ci et tu n’en dis pas beaucoup plus de bien ; j’ai encore un Jean-Marc Ligny de la même « lignée » (oh le jeu de mots toupouri)… j’espère que ça passera mieux. 🙂

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