Interview d’Estelle Faye / 6.12.14

Interview d’Estelle Faye.

Billets à lire : Edito,
Porcelaine &
Un éclat de Givre.

Présentation

Bonjour, t’es qui ? Avant tout je suis une grosse lectrice. Mais j’ai fait beaucoup de choses dans ma vie et mon parcours est plutôt non-linéaire, comme beaucoup dans le métier (rires). Je suis une ancienne comédienne, dramaturge [note de la Faquinade : une pièce chez l’Harmatan] et chef de troupe (à mon petit niveau). Comédienne dans l’âme, j’aime les costumes. J’ai grandi et passé toute ma vie en banlieue parisienne. J’ai plusieurs fois essayé de la quitter, de quitter Paris, mais il existe entre elle et moi une sorte de relation amour/haine que je ne m’explique pas et je n’arriver jamais à la quitter pour très longtemps. J’adore l’océan. Et les romans de marine. J’ai également baigné dans le court métrage ; et par nos réalisations nous faisons une véritable déclaration d’intention : « oui, le cinéma fantastique en France, c’est possible ! »

Des dédicaces, partout. Parce que les dédicaces c'est bien. Et qu'en plus elles sont personnalisées et accompagnées d'un petit tampon !

Des dédicaces, partout. Parce que les dédicaces c’est bien. Et qu’en plus elles sont personnalisées et accompagnées d’un petit tampon !

Ca va avec ton entourageOui. Je fais mes activités autant par obligation que par choix, par goût et mon entourage est très compréhensif à ce propos. C’est lui qui fait les concessions, de ne pas me voir pendant que je termine un manuscrit et que je m’enferme dans mon bureau, ou quand je suis en salons avec mon éditeur les week-ends. Ma plus belle récompense c’est de pouvoir écrire. Quand je vois tous les efforts de mon entourage sur son emploi du temps, son soutien naturel et parfois même financier, je me dis que j’ai de la chance. Parce que ce soutien est très important et qu’à aucun moment on ne me le fait sentir comme un poids.

Et sinon, tu as un vrai métier ? Encore une fois j’écris et je fais d’autres choses, par choix et par nécessité. J’ai un temps réalisé des scénarios télé (pour être payé, c’est souvent vers la télé qu’il faut se tourner) mais également du script doctoring, analyse et conseils en scénarios (« non je vus assure, si vous voulez faire un drame social, il faut enlever les araignées mutantes ! »). Je donne également des cours de soutien, bénévolement ou non selon les besoins et les moyens de la famille et je fais un peu de captation vidéo. Je n’ai pas encore une bibliographie suffisante pour avoir des revenus stables, alors cela me permet de compléter… et de sortir un peu la tête de l’écriture !

Œuvre

Présente nous ton parcours !  Le parcours commence avec mon petit frère. A l’époque on voyageait beaucoup par train et pendant les trajets je lui racontait des histoires. D’abord je lui racontait des histoires que je connaissais puis très vite j’ai du inventer mes propres histoires et si je m’arrêtais je prenais des coups de pieds ! Je pouvais réagir en temps réel, s’il aimait un personnage je le mettais en avant et souvent il y avait plusieurs histoires en même temps. Ensuite j’ai fait beaucoup de jeu de rôle en tant que Maître de Jeu (L’Oeil Noir, notamment) et puis j’ai monté mes premières troupes de théâtre où j’étais comédienne. Mais l’écriture m’a rattrapée, quand j’étais en école de théâtre à San Francisco, j’ai écrit une pièce typique-française pour un projet d’études et ça a été un déclic. J’ai ensuite suivi une école de scénario dans laquelle je suis entrée par hasard en accompagnant au concours un ami de mon frère. J’ai participé à l’anthologie Dragons chez Calman Levy (j’ai écrit ma nouvelle en trois jours entourée des albums de la BD Long John Silver et en écoutant le Rocky Horror Picture Show). Xavier Mauméjean m’a alors convaincu de la reprendre et d’en faire Porcelaine.

Raconte-moi tes relations avec ton éditeur, Les Moutons électriques. Porcelaine  a été écrit, à la base, pour Mango. mais la collection dans laquelle il devait être publié a été fermée. Avec l’aide du même Xavier Mauméjean j’ai pu me retrouver chez les Moutons Electriques. Le jour où nous avons appris la fermeture de la collection chez Mango, vers 11 heures, Xavier a appelé les Moutons pour un premier contact. A 14 heures je leur envoyais le manuscrit et à 18 heures, après avoir lu le premier chapitre, André-François Ruaud [ndlf : directeur des Moutons] me rappelait en me disant qu’il voulait le livre à la Bibliothèque Voltaïque. Un parcours fait d’opportunités et de rencontres. Pour Givre, je suis arrivé devant André-François avec le projet en le présentant tel que je le voulais. J’ai eu le feu vert. Il n’y a pas beaucoup de retouches sur l’ouvrage avec l’éditeur en raison, notamment, de mes béta-lecteurs et du gros travail que j’ai fait en amont avec Xavier. En fait, la relation entre mon éditeur et moi est une relation de confiance : on parle ensemble, et on parle de livres ensemble.

Quel est ton ouvrage préféré/celui qui a la plus grande portée (dans ce que tu as produit) ? J’ai mis mes tripes dans chacun de mes livres mais comme tu peux le sentir, Givre est mon roman le plus personnel. Maintenant je les aime tous et ils sont tous importants pour moi pour diverses raisons… Alors de là à dire que j’en préfère un !

Critique

Alors j’ai lu, et j’ai envie de parler de Un éclat de Givre. Tu nous racontes d’où il sort ? Givre sort d’un univers qui me traînait depuis longtemps dans la tête, depuis bien avant que je sois auteure. A la base, c’était même un univers que j’avais créé à l’époque du lycée pour y faire se tenir un JDR de mon cru. C’est après un festival sur Montpellier, au retour duquel on s’était pris une saucée dans un parc (grêle et froid !), au sortir de la lecture d’une série de sf noire et pessimiste bien qu’excellente que j’ai décidé d’en entreprendre la rédaction. C’était pour moi comme un coup de gueule, un « STOP ! : on peut faire de la sf positive avec un héros vivant et qui aime la vie. Givre a été un exutoire à ces mauvaises pensées, une déclaration à la chape de plomb du pessimiste. J’avais envie de retrouver les lectures de ma jeunesse où on envoyait des hommes dans l’espace, sur d’autres planètes [ndlf : voir à ce propos l’édito rédigé pour La Faquinade par Estelle Faye].

"Avant même de l'écrire, j'ai pensé à mon roman Un Eclat de Givre comme à un post-apo positif, ou du moins un "post-apo pas glauque"."

« Avant même de l’écrire, j’ai pensé à mon roman Un Eclat de Givre comme à un post-apo positif, ou du moins un « post-apo pas glauque ». »

J’ai relevé quelques points que je peine à m’expliquer. Tous ces lieux de transition, ces espaces magnifiques sous-exploités, ces disparitions de personnages (Galaad, c’est quoi son vrai nom et en fait ils l’ont laissé crever non ?), les objets/personnages qui tombent à pic… Tu m’aides à y voir plus clair ? Wow, vaste question ! Déjà je pense que tout cela peut s’expliquer par le fait que mon but était de faire vivre Chet et de voir le monde par ses yeux. Comme je te l’ai dit je l’ai voulu vivant et qui aime la vie donc la vie sera toujours, à ses yeux, supérieure à la mort, l’espoir prendra toujours le pied sur l’abattement. Pour les lieux de transition, ça fait un peu tarte à la crème de dire ça mais ce roman a un côté un peu autobiographique, Chet vit la ville comme je l’ai vécue. Pour les personnages j’ai souhaité également retranscrire un parcours de vie et pas une histoire plus construite, comme j’avais appris. J’ai voulu raconter Paris dans la masse mouvante des gens. Les événements se déroulant au moment opportuns viennent de ce mouvement et de cet espoir : c’est une sorte de bonne étoile que tu provoques. Chet continue à y croire et sa chance se manifeste à des endroits improbables. Et pour Galaad, tu as éludé ? Pour Galaad, patience, vous saurez plus tard ! Donc on saura ! Oui mais pas tout de suite !

Une question me taraude, y aura-t-il une suite ? Même sous la menace ? Oui, il y aura. On fait pression sur moi, on me menace ! [rires] Par contre je dois réapprendre la ville, me construire une autre expérience et un autre regard avant de réécrire. Je ne ré-écrirai pas Chet, je dois donc réapprendre.

J’aimerais revenir à la sexualité du héros. Chet (d’ailleurs, Xiao Chen, Chet ?) est bisexuel et tout ça est décrit avec tellement de sensualité qu’on en vient à frémir de désir même si les scènes ne correspondent pas à notre sexualité. Tu nous explique l’importance du travestissement dans tes histoires ? Je vais dire quelque chose de très simple mais le travestissement est très simple : il vient du théâtre. Sous certains aspects, la sincérité sous un masque est plus facile. [ndlf :  le Faquin est content d’avoir relevé ce point à la fin de son billet sur Porcelaine, tiens]. Et puis, Chet est un peu mon côté garçon manqué : j’ai, dans mon parcours, beaucoup été ramené à mon apparence ou celle que je devais avoir, je me suis heurté au mur de « mon rôle de fille ». Alors Chet est un peu tout ça aussi.

Un point d’éclaircissement, c’est quoi les GM ? Les Gènes Mutant ? Comme dans X-Men de Marvel ? Génétiquement Modifiés. On est dans le futur, ils ont abandonné le « organismes ».

Ton style haché, s’il trouve un écho parfait dans Un éclat de givre, gêne la lecture à mon sens sur Porcelaine où il est trop usité. D’où vient-il ? Dans Porcelaine, j’avais en tête, et le travail de Xavier m’a encouragé dan ce sens, de rendre un aspect estampe chinoise, de rendre dans la forme le fond éthéré, ce chaos fragile. Il était important que le lecteur sente le côté fragile de ces « petits objets de porcelaine » dans la structure du héros. Et puis ça me permettait de raconter une série d’instants dans Givre, d’arracher un Chet paumé à son rythme. Dans Thya [ndlf : le tome 1 de La Voie de l’Oracle], je veux changer cela et varier mon style pour ne pas être un jour prisonnière de ça. Pour Thya je gagne en fluidité, j’agrandis ma palette, je veux que tout le monde puisse ressentir le voyage dans le roman. J’essaie d’écrire une trilogie (oui, ce sera une trilogie) pour me renouveler et, qui sait, ensuite je reprendrai peut-être mon Paris post-apo…

C'est pas moi qui le dis, c'est elle !

C’est pas moi qui le dis, c’est elle !

 Meta

  • Ton livre préféré ? L’île au Trésor de Robert Louis Stevenson ❤
  • Ton morceau préféré ? Ca dépend de ce que j’écris ou de ce que je lis, mais en ce moment, comme je bosse sur Thya, j’écoute Poem to the Gael de Darkest Era. En boucle. Et pas mal de pagan. Pour Givre, j’écoutais surtout du jazz et du grunge.
  • Ton film préféré ? Excalibur de John Boorman ❤
  • Ton auteur préféré ? Francis Berthelot ! C’était un de mes fantasmes d’auteure que d’être publiée dans une anthologie à laquelle il participait et c’est chose faite !
  • Ce que tu n’arriveras jamais à lire, même en te forçant ? Pendant très longtemps j’ai cru que ça pouvait être la romance. Mais j’en ai lu récemment, alors du coup je ne vois vraiment plus !
  • Un truc inutile dont tu n’arrives pas à te passer ? Un mug à motif. C’est essentiel et indispensable.
  • Information secrète. Euh… j’ai un chat de 10 kg, ça compte ?
  • Le mot du Faquin : « au bout d’un moment… c’est par période ! »
  • Complète : « Est-ce qu‘il fait beau ? » Bah oui, l’espoir, toujours.
  • Qu’as-tu à dire pour ta défense ? J’ai pas fait exprès.

Sur ce je vous laisse avec un énième remerciement à Estelle Faye pour son temps et sa patience devant mes questions parfois étranges mais jamais méchantes – pas faute d’avoir essayé – et je vous dis à tous à bientôt.

Vil Faquin.

De la même auteure : Porcelaine / Un éclat de Givre / Edito.

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