Invasion – Los Angeles (They Live)

Invasion Los Angeles (They Live)

John master Carpenter

Invasion Los Angeles sort en 1988. Le titre d’origine, They Live, est bien plus évocateur.  Il arrive donc a la fin de la Guerre Froide. John Carpenter l’a réalisé dans une période calme de sa carrière, avec un budget riquiqui (2 millions).  Pourquoi ce film ? Parce que. Parce qu’il est hyper drôle dans son aspect nanardesque total, les acteurs élargissant considérablement ce qu’on peut appeler leu « jeu » par leur manque évident de talent, mais pas d’investissement. Mais aussi car il représente parfaitement le cinéma de ce maître qu’est John Carpenter. C’est en effet un film horrifique et fantastique comme presque tous ses films, avec un aspect de l’horreur à la fois minimaliste et baroque. Ensuite c’est un film de cowboys, très westernian, où le Jean Levi-S, les Harley Davidson et l’esprit de l’aigle sont omniprésent. Et enfin c’est un film complètement engagé avec un message politique résolument à gauche.

Voyons donc ces trois aspect, comment ils sont présents dans le film et comparer avec les autres films de Carpenter – et pourquoi pas vous donner envie de les voir tous ? Hein ? Pourquoi pas ! Mais avant une petite bio de John. Et puis, comme nous, ici à la Faquinade, on aime beaucoup de travail d’un certain Fossoyeur, nous vous conseillons les visionnages de ses vidéos sur La Peur au Cinéma, Halloween 3 et New York 1997.

Affiches du Film à sa sortie en cinéma et à sa sortie en DVD.

Affiches du Film à sa sortie en cinéma et à sa sortie en DVD.

  John Carpenter, le cow boy anarchiste

John Carpenter a fait ses études à l’USC, la fac de cinéma ou a été George Lucas et bien d’autre. Il a eu l’oscar du meilleur court métrage en 1970. Ensuite, comme c’est un grand fou, il fait un long métrage en guise de film de fin d’étude. Il s’agit de Dark Star (1974), que je vous conseille vivement. Il s’agit d’une caricature de 2001 l’odyssée de l’espace, où des astronautes recueillent sans le vouloir un vilain alien qui les décime 1 par 1. Ecrit par Dan O’Bannon, le film sera un flop, si bien que notre scénariste le réécrira sous forme de film d’horreur ce qui donnera Alien, le chef d’œuvre de Ridley Scott (car oui Alien était une comédie à la base).  Ensuite il réalisera Assaut, une sorte de western urbain avec un noir pour héros (ce qui est rare a l’époque), et rien que pour cela le film montre un engagement certain. Aussi il s’agit d’un très bon film, efficace comme pas possible. Ensuite ce sera le succès international de Halloween : La nuit des masques, premiers épisodes de la saga encore aujourd’hui vivante… Il s’agit d’un des films qui a créé le genre du slasher. John aura en gros quarante ans de carrière dans les domaines du fantastique avec des hauts et des bas commerciaux, ainsi qu’artistiques. Parmi ces films les plus réussis, on trouve Assaut donc (minimaliste et réussi), Halloween (qui est un classique), The Thing (le plus spectaculaire et remake d’un vieux film), The Fog (un de mes favoris), Prince of Darkness (l’exorciste en plus baroque), New York 1997 (et sa suite anarchiste et mal-aimée Los Angeles 2013), Christine (une voiture tueuse, et oui), … Notons qu’il a aussi réalisé un drame fantastique (lins d’un film d’horreur) avec Starman (Jeff Bridges), et un biopic sur Elvis (diffusé à la TV). Après tout ces films sont intéressants, et toujours distrayants. Dans ses inspirations, les plus évidentes sont les westerns classiques (style John Ford), Alfred Hitchcock (comme tout le monde) et on peut faire des liens avec les œuvres de George Romero (La nuit des morts vivants, Zombie…) ainsi que Dario Argento (Suspira).

John Carpenter a la particularité d’avoir souvent composé ses musiques, quand il n’ordonnait pas a ses compositeurs d’en faire dans un style très similaire. Notons qu’il a expliqué à Ennio Morricone comment faire son boulot, ce qui est couillu. Parmi les thèmes ultra connus et cools, on peut citer ceux d’Assaut, de New York 1997 (et sa suite Los Angeles 2013),  ou encore Halloween.

Finissons par une citation de ce cher John. « Aux Etat Unis, je suis un ringard, en Allemagne un réalisateur de genre et en France un auteur. » Comme quoi, le kitch, c’est comme le goût. On l’a ou on ne l’a pas. Being cool before it was cool en somme. John Carpenter, le Hipster incompris.

Starman n’est pas un western mais CE plan est complètement un plan de western.

Starman n’est pas un western mais CE plan est complètement un plan de western.

 De l’horreur ou du fantastique ?

Notre héros du jour est un spécialiste du cinéma fantastique lorgnant vraiment sur l’horreur.  Il a une vision du suspense horrifique – autrement dit l’art d’inquiéter et faire peur dans un film – assez particulière.  Ceci dit cela m’embête d’en parler puisque Invasion Los Angeles est un film qui fait tout sauf peur. Mais on va quand même voir ça rapidement. Carpenter utilise souvent les lieux clos afin de créer non pas un sentiment de claustrophobie – trop facile -, mais un sentiment d’enfermement. Le problème ce n’est pas la taille du lieu mais qu’on ne peut pas en sortir. On peut citer The Thing et sa base dans l’antarctique ou l’église abritant le mal dans Le Prince des ténèbres, ou encore la petite ville encerclée par le brouillard tueur dans The Fog. Evidemment Invasion L.A. n’utilise pas trop ce procédé – ce qui explique pourquoi j’en parle là. Pour finir sur l’horreur de John Carpenter, aucun ne terrifie jamais vraiment sur le coup (comme un Exorciste, REC ou Insidious peuvent le faire…), mais beaucoup ont créent un sentiment de malaise constant qui continue après le film. Un sentiment qui te fait aller aux commodités exprès pour faire une pause et respirer. Prince des ténèbres, pour ne pas le citer, en est un brillant exemple. Par contre, les jumpscares, et autres techniques pour faire bondir le spectateur souvent considéré comme des effets faciles – facile de faire sursauter quelqu’un mais pas facile de le faire en le terrifiant – ne sont pas très présents chez Carpenter, ou alors pas de façon convaincante. C’est pour ça que même si j’adore Carpenter, je ne le considère pas comme un bon réalisateur d’horreur, en fait je ne pense pas qu’il soit vraiment un réalisateur d’horreur, ses films sont entre ce genre, et la S.F. ou le fantastique plus classiques, et n’ont pas forcement la vocation de faire peur – uniquement peur – mais aussi de raconter une histoire. Après tout un film comme Le Cinquième Elément utilise la comédie pour raconter son histoire, mais on ne le considère pas comme une comédie. A mes yeux, Carpenter c’est pareil, mais avec l’horreur. Il utilise l’horreur, mais seulement pour raconter les histoires et pas expressément pour faire de l’horreur. Astier utilise aussi la comédie dans Kaamelott… pour son histoire, après tout.

Cependant, il est intéressant de voir comment Carpenter glisse des éléments dits horrifiques dans ses films. En effet, il montre (petit à petit) l’horreur dans un pur esprit baroque, tout en utilisant le moins possible d’effets. La plupart des effets horrifiques sont simples, peu réalistes cependant, mais efficaces. Je pourrais citer l’exemple de Prince des ténèbres, mais restons focalisé sur Invasion LA.  Le fait que le héros ait des lunettes de soleil – en plastique ! Qui a dit ringard ? ‘Tention hein ! – pour voir les extra terrestres et leurs messages subliminaux est con. Mais ça marche et c’est cool. Voila, maintenant qu’on a fait le tour du périphérique Carpenter, rentrons dans le vif. Et si vous voyez d’autres films de John, vous pourrez toujours y réfléchir. Et j’aurais pas trop perdu ma journée !

PAR LE POUVOIR DES LUNETTES EN PLASTIQUE ! J'EN APPELLE AUX MESSAGES CACHES !

PAR LE POUVOIR DES LUNETTES EN PLASTIQUE ! J’EN APPELLE AUX MESSAGES CACHES !

Cowboy junkie ?

Invasion Los Angeles est complètement un film de cowboy. D’une part la musique, et même l’ambiance générale du truc, les personnages, tout dans ce film est 100% COWBOY. Et on retrouve cela dans toute la filmographie de John. Celui-ci a été profondément inspiré par les vieux westerns, et beaucoup de ses films s’en trouvent profondément concernés.  Snake Plissken, héros de New York 1997 et Los Angeles 2013 est un cowboy du futur, Assaut est un western moderne et le meilleur exemple est Vampire qui est, sans contrefaçon, non pas un garçon mais, vous l’avez compris, un western.  Mais esprit de cowboy ne veux pas juste dire western. Le cinéma de Carpenter est féru de liberté individuelle et de cynisme. Le final de Los Angeles 2013 peut difficilement être battu en exemple explicite (« Soit ils gagnent et vous perdez, soit ils perdent et vous gagnez, mais rien ne change » dit le héros en fumant une cigarette « American Spirit »).

Notons qu’il met en avant dans tous ses films une morale très proche du cinéma américain classique. Face a des problèmes, le héros qui sommeille dans les personnages se réveille. Il va donc complètement à l’inverse du Nouvel Hollywood, là où les héros de Délivrance – Le Faquin se permet d’intervenir pour vour proposer de découvrir cette scène magnifique – devenaient des sauvages, les héros de Carpenter deviennent des héros à la moralité très proches des cowboys, héroïques eux aussi, des films de John Wayne.

Le cinéma de John Carpenter est complètement politisé. Assaut est probablement son film le plus à droite, digne d’un film avec Charles Bronson. On y voit un brave agent des forces de l’ordre, avec de braves citoyens normaux affronter une bande de sales jeunes violents jusqu’au bout des cheveux – qu’ils ont longs d’ailleurs. Mais ils doivent s’unir avec des bandits de la pire espèce afin de survivre… autrefois condamnés par la société, ces bandits seront aussi des héros… cette dernière phrase me fait douter du coté « à droite » de ce film… Merde, je perds le fil.

Parlons d’Invasion Los Angeles.

L’aspect politique de ce film est intéressant car il utilise le concept de l’invasion extra terrestre cachée et totale – ils sont partout et personne ne le sait, n’importe qui peut en être un… COMPLOT ! – qui est un concept vieux comme la S.F. Mais le film inverse son propos habituel. Des films comme L’invasion des profanateur de sépulturesoù des méchants ET prenaient le corps d’innocents américains afin de prendre le contrôle des USA,  ont un propos de droite (politiquement parlant). La métaphore consciente du « danger du communisme » y était très présente, les personnes étant prises pour cible par les ET deviennent des zombies a leur service, en gros. Ce film parlait complètement d’une invasion idéologique par le communisme. Nous étions en plein cœur de la Guerre Froide, dans les années 50. Carpenter, lui arrive en 88 avec son film où il reprend le concept, dans les grandes lignes, et inverse le propos puisque le mal (les extra terrestres) prive de liberté les Hommes en envoyant des messages pour le consumérisme (CONSOMMER… FAIS DES ENFANTS ET CONSOMME… OBEIS) à outrance, le capitalisme. Le propos est résolument anti-capitaliste … et Carpenter nous montre des USA privés de liberté à cause de ce système économique trop lâche (comprendre laxiste). L’utilisation des journaux, de la télévision comme moyen de contrôle montre subtilement que c’est justement un moyen de contrôler la pensé des gens… S’il n’y avait pas tout ça pour nous expliquer ô combien il est bien de consommer, d’être riche, est-ce-que toute la planète le penserait comme elle le pense maintenant ? Un message politique donc.

Comment , partant de là, ne pas parler de la scène totalement anarchiste et caricaturale – mais efficace ! – où le héros mitraille une banque, pour libérer le monde de ses méfaits ? C’est donc un film très engagé politiquement, surtout pour les années 80, où ce genre de propos était rare dans les films américains.

Sans titre 1

Chemise à carreaux, jean Levi-Strauss, Winchester en main, coupe mulet, banque, drapeau américain. Peut-on résolument faire plus dans la cliché ? Non. Peut-on réellement faire plus efficace ? Non. Carpenter en deux questions.

C politique

Cette politisation de film de genre (notamment l’horreur, qui n’est pas souvent politisée) est omniprésente chez Carpenter. Le meilleur exemple est le film Los Angeles 2013 (je ne fais que le citer, mais c’est considéré, à tort ou à raison, comme l’un de ses plus mauvais). Le propos n’est même pas de gauche, il est anarchiste. En effet le héros se retrouve a affronter des Etats Unis complètement dictatoriaux (on ne fume pas, les valeurs chrétiennes sont les plus importantes, la différence est le mal… it sounds ceepily realistic, doesn’t it?), ainsi qu’une sort d’état clandestin voulant renverser les gouvernements mondiaux… Aucun des deux partis n’est défini comme meilleur, et le héros finit par remettre les pendules a zéro, comme pour se débarrasser de tous ces choses qui annihilent l’Homme et redonner une seconde chance à l’humanité. Si c’est abstrait, VOYEZ LE FILM ! – mais, hum, je m’emporte. Notons aussi que Starman est surtout une sorte d’état des lieux des USA selon Carpenter, les présentant comme un pays racistes, aux inégalités omniprésentes, qui est capable du meilleur et du pire.

Au delà de simplement présenter un chef-d’oeuvre, j’espère que cette petite revue du tableau de chasse de Master J.C. vous aura donné envie de dévorer sa filmographie. Pour moi Invasion Los Angeles reste un vrai plaisir à voir avec ses scènes hallucinantes (quand le héros se bat avec son pote pour lui faire mettre des lunettes et que ça dure – mais alors ça dure ! – sans que personne ne sache pourquoi), la VF si poétique, le manque de subtilité absolue (John y va au bazooka pour exprimer ses idées), les éléments de scénario absurdes (les lunettes, pourquoi des lunettes de soleil en plastiques ? Pourquoi le monde des ET en noir et blanc ? Quand la copine du héros le balance par la fenêtre alors qu’il doit peser 100kg, les décisions du héros incompréhensibles… mais, d’un point de vue totalement impartial, c’est génial). L’acteur principal essaie tellement d’être une sorte d’Arnold Schwarzenegger discount, il y met tant de conviction mais à si peu de talent que c’en est, ma foi, émouvant.

Le Lemming Affranchi.

Voila une filmographie sélective

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11 commentaires

  1. Alors, je plussoie à tout, et je me permets d’ajouter deux trucs :

    un des plus westenesques de Carpenter n’est pas cité dans le corps de l’article, et c’est dommage : Ghosts of Mars, ultra carpenterien dans la forme (western à décors en carton avec personnages badass, le voyou efficace qui assure) et le fond.

    pour moi, They Live je le range juste à côté de Robocop, film tout aussi politique, probablement moins nihiliste, mais qui ne se gêne pas pour tomber à bras raccourcis sur l’idéologie des yuppies reaganiens, et qui emploie pour ça des moyens peut-être un poil moins nanardesques, mais quand même un peu.

    1. Merci de ton retour. A l’époque il me semble que l’on n’avait pas pu revoir Ghost of Mars et que, du coup, on n’en parle très peu pour cette raison.
      En tout cas, voilà un beau terrain d’investigation !

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