Saturne

Saturne

Christophe Lartas

« Août – Nouvelles Coûte que Coûte ! » continue plus que jamais en cet article du samedi ! Avant de laisser la place au billet à proprement parler, je me permets de vous rappeler le concours de chronique de nouvelles où il vous suffit de vous inscrire en postant en commentaire votre chronique pour peut-être gagner, à la fin du mois, le recueil de nouvelles de fantasy-municipale « Brûlons tous ces punks pour l’amour des elfes ! » de Julien Campredon ! Hop hop hop !

Après ce petit moment d’auto-publicité, de quoi va-t-on parler ? Hein ? Hé bien on retourne chez les gentils amis de La Clef d’Argent – je dis gentils parce qu’ils m’ont envoyé gracieusement ce petit ouvrage comme je l’ai déjà expliqué – avec un autre gentil texte. Non j’déconne il est loin d’être gentil, ce texte. Il s’agit de Saturne de Christophe Lartas. Vous ne le connaissez pas ? Ne vous affolez pas, ça semble normal.

Un petit air de Saturnales !

Un petit air de Saturnales !

Saturn-iquet

Alors on a affaire à nouveau à ces étranges sires de la Clef d’Argent et à leurs aspirations littéraires « bizarre » (prononcez à l’américaine pour plus de mystère). A l’instar des deux petits ouvrages sur le Club de Diogène, on sent clairement l’identité de la maison d’édition flotter au travers ces lignes. Et puis Latras, sur la page éditeur, on voit qu’il est bien dans l’esprit . Ses quelques ouvrages sont des recueils de nouvelles toutes en relation avec les univers lovecraftiens. Bref, ça te pose le bonhomme. Et puis ça te pose la collection aussi ! NoKhThys ! [à lire avec une voix de black métalleux du zgeg]

Collection NoKhThys

Poètes à l’âme obombrée par la Ténèbre, philosophes noirs, chroniqueurs de la Nocturne et hagiographes du Néant : telle est la sombre cohorte des Enfants de NoKhThys !

Alors oui, comme vous dites ma bonne dame, ça m’a pas l’air très joyeux tout ça ! Et bien vous avez raison. Et la photo de couverture vous permet de retrouver Fernando Goncalvès-Félix pour vous mettre dans l’ambiance.  Un petit Saturne ventru, avec une tête démesurée et un profil de rapace, comme un énorme nourrisson dégueulasse qui a pour mission auto-attribuée de détruire l’humanité en la massacrant – et en la boulottant – copieusement sans s’embarrasser des mondanités communes du genre « et les petits Ethiopiens qui meurent de faim ! Tu y as pensé Saturne dis ? » Bien sûr que non, il s’en fout et il les boulotte par paquet de 12, ce qui me le rend ma foi plutôt attachant. Oui j’ai bien dit dégueulasse – temps de réaction estimé à 7.43 secondes, soit 7 de trop pour pouvoir suivre ce blog. Et l’ensemble de la nouvelle est sur le même temps.  Ou ton.

Le style est particulier, l’ambiance est particulière, l’ensemble est très cohérent et ne manque pas d’intérêt. Mais. Comme disait un illustre homme dont j’ai oublié l’identité – comment puis-je être sûr qu’il fut illustre sans même savoir qui il est me demanderez-vous ? Hé bien pour sortir ce genre de chose, on doit nécessairement être illustre – tout ce qui, dans une phrase, vient avant le ‘mais’ n’a pas d’importance. Mais, disais-je – et pas médisant – disais-je, donc – on y arrive -, ce n’est pas ma tasse de thé. Cela ne m’empêche pas d’apprécier la qualité du style et de la plume, la volonté en si peu de pages de mettre en place un véritable climat dramatique, mais non, je ne sais pas, les univers lovecraftiens ne m’envoient pas de rêve, ni de pâté, ni de saucisson de foie…

« Saturne est tellement petit qu’il peut se glisser dans les fentes les plus étroites. » Et oui, cette phrase est typiquement de celles qu’on peut trouver dans la nouvelle. Vous me croyez si je vous dit que ce n’est pas lourd ?

Saturne vachement pas rond, quand même

… par contre qu’est-ce que ça envoie comme tripaille !

Des entassements de corps mutilés; des rivières d’humeurs et de sang ; nez aplatis, oreilles distendues, bras et jambes solitaires… des mares de restes cérébraux ; des bouillies d’os broyés, de moelles et d’excréments ; tronçons de fesses, de bustes et de dos ; amas de mains et de pieds…

Ô architectures repoussantes !

Tu l’a dit Bouffi ! Et vous avez là un bel exposé du style ! Des m’énumérations en pagaille – je dis c’que j’veux d’abord -, des successions de tableaux tous plus adorables – non j’déconne² – les uns que les autres. Je pourrais dire tout ce que je veux du style, qu’il est probablement prenant et angoissant, la chose qui restera de ce livre à mon point de vue, c’est que je ne me suis absolument pas senti accroché par l’ouvrage. Alors, oui on part pas gagnant avec Saturne quand on est comme moi aussi réfractaire aux univers sombres et peuplés d’outrages à agent ambulants.

Pourtant je remarque certains traits prenant dans le style. Le chapitrage est astucieux, le paragraphage aussi. Si ! Je vous dis que ça se dit ! Non mais sans rire, vous êtes qui pour me triquiter ? Hein ? Non mais… Et puis il y a les formules répétées. Le même genre que dans Un jour la Guerre s’arrêta de Bordage – oui je sais que vous ne l’avez pas lu et qu’il ne sort qu’en septembre, Ô Joie d’être libraire ! – vous savez avec l’espèce de gugusse tenant le rôle phare qui « entoure de tout son amour » systématiquement chaque PNJ rencontré. Autant chez Bordage j’avais trouvé cela chiant et répétitif, un peu comme l’auteur lui-même en fait – je l’ai dit ? Désolé ça m’a échappé, vraiment… – autant là on peut dégoter de quoi se repérer.

Le texte entier est écrit sans autres repaires que les seuls chapitres, ces itérations sont donc des points d’ancrage facilitant la lecture, soit clôturant un passage, soit ouvrant une nouvelle phase du récit. A leur image se construit tout le récit : plein d’ingéniosité, de malice, de clins d’yeu – je mets pas le x, parce qu’on cligne jamais des deux yeux en même temps, sinon on dit fermer les yeux et du coup c’est pas l’image à laquelle je souhaite que vos esprits souffrant fassent référence à l’instant, voilà voilà – et de cynisme. On sent bien un arrière goût moralisateur mais cela tient plus probablement au ton – attention tenez-vous bien – eschatologique – non ça ne parle pas de caca – du texte qu’à une volonté prononcée de l’auteur qui se garde bien de s’engouffrer dans cette faille facile – heureusement qu’il y a le ‘a’ dans ce mot, on aurait aisément pu me taxer de sexisme – comme le même Bordage l’a fait (s’engouffrer hein, pas me taxer de sexisme, il ne me connait pas, grand bien lui en fasse, je ne suis pas à proprement parler fréquentable. D’ailleurs, maintenant qu’on n’en parle, je ne suis pas non plus à proprement parler propre. Mais je le vis étonnamment bien) – Ouh ! Ça balance (pas mal à Paris).

Quand on voit les autres ouvrages du Monsieur, on se pose des questiounettes.

Quand on voit les autres ouvrages du Monsieur, on se pose des questiounettes (des petites questions) [google image]

Allez, une conclusion sans – raté ! – aparté

Avouez que vous aussi, vous auriez tenté.

Bon, soyons cohérents, pour une fois, ça nous changera. Saturne, de Christophe Lartas, est une très bonne histoire courte qui mérite le détour pour peu que vous accrochiez à la thématique. Notons également que le personnage a une grosse tendance misanthrope, qui tend carrément sur la démence profonde les trois-quart du temps, du genre de maniaquerie à vous déboulonner le crâne pour goûter ce qu’il y a dedans. C’est ingénieux, c’est clair et léger dans l’organisation et…

… aussi très essoufflant. Un peu comme la maman de l’Infâme Jé chaque VSD en huit (comme les montages caucasiennes). Avant d’expliquer pourquoi, je vais d’abord expliquer mon calembour tarabiscoté sur lequel, je pense, personne n’a envie de s’attarder, tant pis pour vous bande de geignards (comme Mimi). VSD (vendredi-samedi-dimanche) c’est un grand weekend, donc un VSD en 8 c’est un grand weekend en huit, ce qui nous fait un grand huit et des montagnes russes, d’où l’analogie cocasse (tiens, y’aurait pas un truc à exploiter avec ‘caucasiennes’ là ? diantre je m’épate) qui ne sautait pas aux yeux – là je mets le ‘x’ parce que ça sauterait, dans l’éventualité où ça saute j’entends, bel et bien aux deux yeux – de prime abord. Maintenant que vous êtes Second à Bord, comme maître Gibbs dans Master and Commander de Peter Weir ou dans la Surprise de Patrick O’Brian – un des romans historiques du cycle Aubreyades (du nom du cap’tain Jack Aubrey) et duquel est tiré le film sus-mentionné – c’est dégueulasse² -, vous pouvez en apprécier toute la légèreté.

Essoufflant, donc, disais-je, parce qu’être très souvent dans l’énumération, la saccade, la phrase nominale, même si c’est fort justifié au vu du mode de narration adopté, ne me sied pas. Je suis du genre chiant, à trouver que Tolkien était le meilleur au monde dans la description dynamique et que les tirades de Shakespeare manquent de virgules et d’apartés sauvages. Alors du coup, en bon nazillon de genre que je suis – je parle souvent du nez – j’ai eu du mal avec Saturne malgré ses qualités intrinsèques.

Du coup, selon vos goûts, il pourra vous divertir ou vous happer dans une surenchère morbide qui, en dehors de ça, est des plus finement appréciable. Et puis bon, je dis que j’ai pas hyper accroché, mais il m’a quand même fermenté le crâne pour plusieurs jours, tant et si bien qu’en plus de ce billet, j’ai pondu un truc, là. Paraîtrait même que c’est lisible.

Vil Faquin.

Chez le même éditeur : Vilaines Romances, Bienvenue à l’I.E.A.

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9 commentaires

  1. ça sent effectivement le fermenté, mais c’est tout à fait lisible ! Pas lisible comme « je me relirai bien du Faquin histoire de me détendre avant d’aller au dodo / boulot », encore que si ledit boulot est chiant cela peut sans doute donner du grain à moudre à l’esprit, quitte à ne pas du tout en faire profiter les collègues ni l’entreprise (je généralise, je ne doute pas que certains d’entre nous puissent trouver des camarades de folie douce ou même moins légère), mais c’est je trouve distrayant (le matin, mon cerveau est toujours à la recherche ou du moins prêt à ingurgiter joyeusement de choses disons profondes ou complexes, j’imagine à cause de la présence latente de la conscience qui s’occupe des rêves et tout ça, celle du dessous. Si tu aimes les sonorités de « eschatologique » il faut que je te retrouve le texte que je devais jouer en Terminale en option théâtre. Il s’agissait de questions philosophico-nébuleuses, et avec mon binôme on a appris plein de nouveaux mots rigolos comme celui-ci. 🙂 (C’était extrait de La Mastication des morts, de Patrick Kerman (orthographe de tête mais je crois avoir tout bon !)) Bonne journée !

    1. Avec un tel commentaire, la journée n’en commence que très bien !
      Pour l’eschatologie, j’ai donné en Médiévale à la fac !
      Par contre je ne comprends pas, tu as lu Saturne du coup ? ou pas ?
      Et sinon : « je me relirai bien du Faquin histoire de me détendre avant d’aller au dodo / boulot » ! Sérieux ? 😮 Merci 😀 !

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