Un logique nommé Joe

Un Logique Nommé Joe

Murray Leinster

Nous avons inauguré mardi dernier le mois d’août et l’événement Août – Nouvelles coûte que coûte ! avec Vilaines Romances de la Clef d’Argent et écrit par les dérangés Mouret et Sorre. Lançons dès à présent une autre série au sein de cet événement : les nouvelles de science fiction des éditions Le Passager Clandestin, collection Dyschroniques.

Contrairement à l’habitude prise dans les billets de ce blog, nous allons peu parler de l’ouvrage choisi mais, au contraire, pour ce premier billet concernant une publication de cette collection, bien plus de l’éditeur, de sa démarche et de la collection ainsi que les buts recherchés. J’ai donc choisi le plus court texte de la collection, qui a aussi l’avantage d’avoir été le premier publié (1946) : il s’agit d’Un logique nommé Joe de Murray Leinster.

Mais avant ça, causons politique éditoriale et engagement.

Trilogie Gazaouite : chez Indigènes, Points et au Passager Clandestin, l'engagement touche aux mêmes valeurs. Avec des cailloux pour meubler.

Trilogie Gazaouite : chez Indigènes, Points et au Passager Clandestin, l’engagement touche aux mêmes valeurs. Avec des cailloux pour meubler.

Le Passager Clandestin

Plutôt récente et encore peu connue, la maison d’édition du Passager Clandestin a été fondée en 2007 à Lyon et a cela d’intéressant qu’elle publie des ouvrages attachés à l’argumentation autour de thèmes forts, qui me tiennent particulièrement à cœur. Ayant beaucoup traîné mes sabots du côté des éditions Indigènes (voir site), rendues célèbres par leur collection Ceux qui marchent contre le Vent, dans laquelle le grand – hélas! mille fois regretté – Stéphane Hessel avait publié son petit essai Indignez-vous ! ou de la collection Les Grands discours de l’histoire illustrés par des personnages d’exception chez Points, vous imaginez quel ne fut pas mon plaisir en débaroulant, au détour d’une étagère d’une librairie lyonnaise sur un petit ouvrage renfermant une simple nouvelle de Marions Zimmer-Bradley (La Vague Montante), auteur connue pour son engagement politique et féministe. Cette nouvelle trônait là, fièrement, aux milieu des autres œuvres de l’auteur.

Je me suis donc penché sur la collection, Dyschroniques, et la maison d’édition. Sur le site de l’éditeur, j’ai su en arrivant que le catalogue me retiendrait. En vrac on tombe sur leurs collections : Essais, Désobéir, Dyschroniques, Les Précurseurs de la décroissance, Existences Résistantes, Les Transparants… Rien que ça. Il y a du Proudhon, du Camus et pas mal d’humanisme chez ces gens-là, et un farouche esprit citoyen.

Cela faisait longtemps que j’avais pas découvert d’éditeurs se mouillant aussi ouvertement en faveur du féminisme, des initiatives citoyennes… Au delà du message porté, que l’on adhère ou pas, je salue avant tout l’engagement, la prise de position assumée et revendiquée comme raison d’être des textes publiés. N’était-ce pas là, à l’origine, le rôle de ces premiers éditeurs libraires des XV et XVI èmes siècles, à publier les écrits pour leur message, leur portée, plutôt que pour le style.

Et puis, les bougres ne manquent pas d’idées ! Je leur offre une mention spéciale du jury de moi-même pour leurs paniers thématiques, abordant des thèmes pour une offre entre 33 et 50 euros (décroissance, écologie, sf, féminisme, désobéissance, internet, anticolonialisme…). Bref, y jeter un œil n’est point de trop !

Dyschroniques : une collection qu'elle en a de la nique !

Dyschroniques : une collection qu’elle en a de la nique !

Le panier SF

Oui, puisqu’on en parle que c’est de lui qu’il s’agit ici, que regorge-t-il ? – en relisant mon article je me suis dit que cette question était grammaticalement et sémantiquement nulle, mais comme c’est rigolo je la laisse ainsi – Il s’agit de la partie du catalogue éditeur appartenant à la collection Dyschroniques :

« Des nouvelles de science-fiction ou d’anticipation, empruntées aux grands noms comme aux petits maîtres du genre, tous unis par une même attention à leur propre temps, un même génie visionnaire et un imaginaire sans limites. À travers ces textes essentiels, se révèle le regard d’auteurs d’horizons et d’époques différents, interrogeant la marche du monde, l’état des sociétés et l’avenir de l’homme. Lorsque les futurs d’hier rencontrent notre présent… »

Capitche? Bien, on va pouvoir avancer.

Pour ce qui est des ouvrages en tant que tels, ces petits formats reliés solidement aux couvertures rigides en papier cartonné sont très pratiques car, enfin, je découvre le plaisir que d’avoir sa nouvelle dans la poche, d’en lire 15 lignes entre deux stations de métro ou de se l’envoyer cache en trente-cinq minutes trois-quart sur un ban à l’ombre d’un peuplier – il vaut mieux s’abriter sous un arbre qui peut plier en cas de coup dur, histoire de Confucius et du roseau, toussa. Le prix varie selon la taille de la nouvelle entre 4 et 9 euros – comme quoi, c’est bien la taille qui compte. Au total, la douzaine d’ouvrages publiés est de qualité, notamment au vu des auteurs choisis pour figurer dans la collection et du boulot de l’éditeur.

Ce qui m’a fait complètement craqué pour cette collection et m’a happé à tous les dévorer les uns après les autres est le soin apporté à la remise en contexte des textes présentés. S’ils sont sensiblement appréciables pour un de nos contemporains car faisant écho à notre réalité matérielle et sociale, chaque ouvrage possède sa petite postface qui remet chaque texte dans le contexte où il a été rédigé et publié. Historien de formation, un peu psychorigide sur la méthode à employer – ce n’est pas AcrO qui me contredira 😉 – le contexte revêt pour moi une importance toute particulière. Cet article même, ressorti dans deux ans de derrières les fagots n’aura pas la même portée que celle que je souhaite lui insuffler ce soir (je ne dis pas qu’elle sera plus grande, plus faible, juste différente). On appréciera également les quatrièmes de couvertures sobres, indiquant seulement, une année, le nom de l’auteur et la thématique proposée…

Logiqueception : un logique nommé Defender VS un logique nommé Joe.

Logiqueception : un logique nommé Defender VS un logique nommé Joe.

Comme chez les Dalton…

Effectivement, comme chez les quatre frères desperados chers à Morris et Gosciny, Joe est le plus petit et le plus turbulent. Ou plutôt Un logique nommé Joe de Murray Leinster. De quoi ça s’agit ?

En 1946, Murray Leinster imagine les dérives d’un réseau informatique mondial.

J’ai parfois craché sur les quatrièmes de couverture que je trouve trop fades, ou trop alambiqués alors que la simplicité est souvent mère de vertu. En voilà un probant exemple. Les 35 pages de la nouvelles s’y trouvent résumées, à peu de choses près. Le narrateur, un cadre moyen vérifiant le bon fonctionnement des logiques (nom archaïque de ce que nous appelons grossièrement ordinateurs) vendus pour améliorer le quotidien des familles tombe sur une pièce « défectueuse » qui surpasse ses capacités de machine et prend des initiatives. La société, très simplement s’en trouve bouleversée. L’homme, un peu blasé de sa petite vie de patachon, voit là-dessus resurgir une vieille histoire sentimentale qui menace de troubler son petit équilibre…

Je n’en dis pas beaucoup, mais il n’y a pas besoin. 35 pages petit format, ça s’avale, pour 4 euros. Et puis, c’est écrit en 1946 avec tellement de candeur et de simplicité que la lecture est quasi similaire à celle d’un conte.

Bref, vous l’aurez compris, je vais vous reparler plusieurs fois ce mois-ci de cette collection et des textes qui y figurent car, en plus de redonner ses lettres de noblesse à la science-fiction – genre de la prise de position sociale par excellence – elle est d’une pertinence trop rare de nos jours.

Vil Faquin.

Dans la même collection : Philippe CurvalMarion Zimmer-BradleyPoul Anderson
James BlishWard MooreJean-Pierre AndrevonRobert Sheckley et Mack Reynolds.
Hors série : Fred Guichen.
Sur la collection Dyschroniques : Interview de Dominique Bellec.

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31 commentaires

  1. Je n’ai lu que la Main tendue de leur maison mais tes informations me laissent penser que je vais moi aussi y retourner… En plus c’est bête à dire mais le livre se tenait bien en main, était solide tout en étant souple, avec une typographie très agréable à l’œil même par temps couvert, ce qui n’est jamais négligeable, et encore moins pour un ouvrage qu’on peut effectivement trimballer partout.

    1. Et oui l’objet joue son pesant de cacahuète également ! C’est très bon en tout cas de découvrir de petites maisons d’édition de qualité !

      Hop hop hop, motivé, y’a de la lecture !

  2. Bonsoir! Comme je l’avais dit, j’ai parcouru le blog une fois chez moi, survolant certains articles et en dévorant d’autres. J’ai beaucoup ri et j’ai bien apprécié la profondeur des critiques. I will be back!

    1. Hey ! Merci beaucoup en tout cas !: J’essaie justement de faire quelque chose de sérieux et recherché ! Content que ça te plaise (j’en déduis que tu es Miss C2 ? ^^)
      Et oui, c’est ce que disait Mozart.

  3. J’espère qu’un jour tu posteras une critique de bouquin que je connais, comme ça je pourrais mettre un commentaire plus pertinent que « ouais trop bien ton blog » =)

    1. Rien que pour t’embêter, je le ferai pas euh ! Nah !

      Non sans rire, ce sera pur hasard, je mets avant tout des critiques de ce que je lis au jour le jour, donc hasard, mon bel hasard. Ou beau. ‘Fin toussa.

      Rien ne t’empêche, par contre, de critiquer mes critiques. C’est même le but du jeu en vrai !

      1. Mais c’est beaucoup plus duuuuur. Si je n’ai pas lu le livre je ne peux pas critiquer le fond de… la critique, et ça n’est pas toujours pertinent de chipoter sur la forme (surtout quand on a rien à dire du contenu!)

      2. Eh bien ça te fait une bonne raison pour lire les livres que je présente (au final, c’est le but, de donner envie !).
        C’est pas toi qui me disait hier que tu avais fini ton bouquin et que t’avais plus rien à lire donc que tu révisais du coréen ? 😛

  4. J’avais plus rien à lire pour finir ma journée, nuance! Maintenant j’ai commencé Royaume-Désuni, de James Lovegrove. Et je suis loin d’être à cours de bouquins dans ma PàL.

    1. Hum. Voilà quelqu’un de prémuni. Bon, j’ai rien à dire, vu mon stock de « book-to-read » sur l’étagère du même nom… Triste époque où faire une pec-à-post est plus vital que finir un roman !

      1. Il faut bien manger x) Mais c’est vrai qu’on peut trouver plus enrichissant (intellectuellement parlant) qu’une pec à post. Et que tout le reste, en fait.

  5. Je te contredis ! (rien que pour le plaisir… mais en fait, il fallait que je te contredise sur quoi, déjà ? 😉 ). Avant de faire son choix, c’est vrai que la 4e de couverture revêt toute son importance. Mais surtout, il ne faut pas la (re)lire avant d’entamer un bouquin. Enfin, pas moi.
    J’ai des a priori sur les nouvelles. Je suis difficile du format. Et donc de la plume du nouvelliste.

    1. Ca peut se comprendre, pour ma part j’ai toujours préféré la simplicité. Deux phrases justes m’attireront toujours plus qu’un paragraphe qui cherche maladroitement à faire monter le suspens ^^

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