Vilaines Romances (Le Club Diogène)

Vilaines Romances (Le Club Diogène)

Stéphane Mouret & Jérôme Sorre

Nous inaugurons aujourd’hui le mois d’Août avec cet événement dans lequel le petit monde de la Faquinade se lance : « Août, c’est nouvelle coûte que coûte ! » et j’en parle , avec une proposition en toute fin d’article notamment.

C’est pourquoi, pour ma première chronique novelliste, j’ai décidé d’aller à la fois dans un milieu littéraire que je ne connais pas suffisamment et dans une forme d’écriture que je ne maîtrise pas vraiment : le fantastique dans la nouvelle. Bien entendu issue d’auteurs contemporains, des bougres qui me semblent par ailleurs fort sympathiques vous verrez, la série de nouvelles du Club Diogène a une histoire presque aussi intéressante que le parcours des personnages qui s’animent dans ses lignes !

Les auteurs, sur lesquels vous pouvez en apprendre plus sur le site de l’éditeur, sont a priori de doux dingues bien en phase l’un avec l’autre pour nous livrer ces histoires mêlant fantastique et horreur, surnaturel et une part d’ambiance lovecraftienne dans de très courts écrits (même pour des nouvelles) prenant place dans le Paris de la fin du XIXème siècle, aux alentours de 1880-1890.

Elle est pas si vilaine, la crousti-ghost. Et c'est pas Dean Winchester qui dirait le contraire.

Elle est pas si vilaine, la crousti-ghost. Et c’est pas Dean Winchester qui dirait le contraire.

 Mais je lis quoi et où ?

Avant de parler du contenu parlons de l’éditeur et de l’édition. Enfin des éditeurs. Et des éditions. Parce que oui, c’est un peu compliqué. A l’origine, on a deux petits recueils de nouvelles (deux à chaque fois), chez la Clef d’Argent, un éditeur associatif indépendant (depuis 1987 excusez du peu !), avant que chaque nouvelle aventure du Club soit éditée sous la forme d’un magazine aux allures de vieux papier de l’antépénultième siècle intitulé l’Echo du Tonneau. Et quand je dis vieux papier, je veux dire vieux journal. Voyez plutôt en cliquant sur le lien ci-avant. Ensuite, les deux compères ont filé aux éditions Malpertuis pour sortir un gros volume. On peut apprécier les relations éditoriales entre les deux maisons avec notamment cette phrase sur le site de la Clef d’Argent :

« Ce sont désormais nos amis des éditionsMalpertuis qui accueillent à leurs risques et périls la turbulente société du Club Diogène au sein de gros volumes passablement foliotés qui permettent à Vayec, Franklin, d’Orville, Lison, Fédor, Camille, et le Maréchal de s’épanouir tout à leur aise, avec le sans-gêne qu’on leur connaît et qu’on leur pardonne volontiers ! »

Pour ma part, j’ai dégoté le deuxième volume de la première édition de la Clef au détour d’une étagère d’une librairie lyonnaise à trois étoiles (voir le répertoire éditeur) et c’est celui-là que je vais vous présenter. Paradoxe cependant, tous les ouvrages du Club Diogène au catalogue de la Clef d’Argent sont en arrêt de commercialisation. Pourquoi vous en parler alors que vous ne pourrez pas les acheter ? Et bien… Parce que c’est bien ? Ça vous va ça ? Bon et puis si vous cherchez le deuxième tome, je connais bien un lieu où vous pouvez en avoir et où le catalogue de l’association éditrice est très présent ! Pour ma part, j’attends impatiemment l’arrivée du premier volume que les éditions ont eu la gentillesse de m’adresser.

Diogène ? C’est un truc génétique ?

Nous y suivons un groupe de gentlemen – et gentlewomen soit dit en passant – qui n’ont rien de très gentle pour le coup mais qui collent tout à fait à l’image qu’on se fait de ces dandys de la bourgeoisie lascive de ce crépuscule centenaire républicain, jonglant entre un romantisme et un réalisme surjoués. Le groupe qui les rassemble s’appelle le Club Diogène, non sans rappeler celui imaginé par Arthur Conan Doyle, le papa de Sherlock Holmes, lui-aussi dans des nouvelles. Fait rare dans mes critiques, je vais laisser pour quelques lignes la parole à l’éditeur à travers deux paragraphes du quatrième de couverture afin de décrire au mieux l’ambiance des textes de Mouret et Sorre :

« Ce qui motive les membres de ce club dans leurs investigations nocturnes, menées en tout bénévolat, c’est avant tout l’ennui, le cynisme et la jobardise. C’est cet improbable mélange de mal vivre de fin-de-siècle et de burlesque qui donne son ton particulier au Club Diogène. »

Rien d’étonnant alors à rencontrer des thématiques proches de celles qui entourent l’univers d’H. P. Lovecraft – l’admiration du modèle nazi en moins, ce qui n’est pas plus mal – ou, on l’a cité plus haut, d’un Conan Doyle. Les histoires sont courtes, trop peut-être vu le plaisir qu’on prend à les parcourir, mais on n’a aucun mal à s’immiscer dans l’intimité des personnages, à se les imaginer et à déambuler dans les noire rues de ce Paris d’antan. Les auteurs jouent habilement sur les vieilles nostalgies de IIIème République, d’empire tombé, de vie libertine et de club si caractéristiques de cette société qu’on aurait trop facilement tendance à qualifier de victorienne, à l’image de la société anglaise de la même époque. En passant, l’album Fin-de-siècle de Nine Barns colle parfaitement à la lecture de Vilaines Romances ; enfin j’dis ça, j’dis rien.

On relève en outre que le côté burlesque noté par l’éditeur sur le quatrième de couverture est renforcé par ces illustrations en filigrane réalisées par Fernando Goncalvès-Félix et qui permettent d’illustrer le propos sans imposer de représentation. Ses personnages dégingandés ou rondouillards collent parfaitement à ceux que l’on découvre dans les lignes du texte et voir derrière les lignes d’icelui les ombres de ces mêmes personnages agir, se cacher, surgir et penser est un régal. On note également les couvertures, signées par le même Fernando qui sont tout aussi réussies. Une petite mention spéciale au visage de la fameuse prostituée fantôme de la première nouvelle deVilaines Romances, qui a un visage qui détonne avec nos canons de beauté actuels : les joues rondes, les yeux trop écartés et un nez que l’on devine crochu (ou au moins bossu). Elle est superbe !

Fallait faire un truc choucard pour coller avec l'ambiance.

Fallait faire un truc choucard pour coller avec l’ambiance du bouquin. Du coup j’ai fait un truc avec des taches.

C’est bon mais c’est court

(c’est c’qu’elles disent toutes)

Reste que pour 12€, les 130 pages écrites assez gros, on sent un ratio singulièrement élevé. Mais ce petit éditeur associatif qui s’acharne depuis plus de 20 ans à publier des textes de qualité mérite le coup de main et, rien que pour la première nouvelle qui est vraiment terrible, on ne saurait regretter !

La première nouvelle, comme je l’ai dit, m’a tout particulièrement fait vibrer. L’ambiance du siècle est rendue à la perfection, ou du moins l’image que nous-mêmes, dans notre société contemporaine, fantasmons de ce temps quasi-merveilleux, particulièrement à la mode depuis la résurgence du mouvement steampunk notamment. A la lecture du Club Diogène, on a du romantisme en intraveineuse (pour vous, très chers lecteurs en manque, cliquez ici), de l’enquête sordide, de l’alcool, du sexe et des personnages rocambolesques. Comme si Stéphane Mouret et Jérôme Sorre avaient pressé les œuvres complètes Jane Austen et Arthur Conan Doyle pour en tirer l’essence exacte.

Si je devais comparer ces Vilaines Romances à un alcool, je dirais qu’elles seraient aux romans victoriens (appelons les ainsi par commodité) ce que l’eau de vie est au cidre. Ca vous brûle le gosier quand vous l’avalez, vous n’en prenez qu’un petit peu, mais c’est avec plaisir que vous en agrémenterez très régulièrement vos repas d’une lampée !

Vil Faquin.

Chez le même éditeur : Saturne et Bienvenue à l’I.E.A.

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