La Confrérie des Chasseurs de Livres

La Confrérie des Chasseurs de Livres

Raphaël Jérusalmy

Autant le dire tout de suite, je ne saurais parler de cet ouvrage sans en spoiler le contenu et l’intrigue. Même si ce n’est pas au final ce pourquoi ce livre restera dans vos mémoires – son intérêt tient en effet majoritairement dans d’autres éléments de sa géniale conception – vous êtes pour le moins prévenus.

« Diplômé de l’École normale supérieure et de la Sorbonne, Raphaël Jerusalmy a fait carrière au sein des services de renseignements militaires israéliens avant de mener des actions à caractère humanitaire et éducatif. Il est aujourd’hui marchand de livres anciens à Tel-Aviv. En 2012, Actes Sud a publié son premier roman, Sauver Mozart (prix de l’ENS Cachan), déjà en cours de traduction en anglais (Royaume-Uni, États-Unis, Australie et Nouvelle-Zélande), en italien et en hébreu. Récemment : La Confrérie des chasseurs de livres (2013). » Voilà ce qu’on peut lire sur le site des éditions Actes Sud concernant l’auteur de l’ouvrage dont nous allons discuter aujourd’hui.

On a donc un écrivain avec un nom biblique, qu’on imagine avoir travaillé avec le Mossad et vivant Tel-Aviv. Si l’on rajoute à ça un contexte historique de contestation religieuse et de radicalisations en tout genre, comme ce fut le cas dans ce second XVème siècle, la récupération teintée d’idéologie d’un personnage historique sublime et controversé ainsi que l’omniprésence de la question juive, en bons fanboys de l’OSS – notamment du 117 cela va sans dire – vous avez des tonnes de répliques qui vous viennent aussitôt en tête. Pour ma part je citerai Woody Allen – du moins sa marionnette aux Guignols de l’info : « Le complot juif international, c’est nous ! » Et vous voulez savoir le pire dans notre histoire ? C’est que c’est vrai et que ça marche.

Alors avec une introduction comme ça, je vois déjà venir une armée coalisée du MRAP et de SOS Racisme menés par un Harlem Désir exalté et au visage dur – cmb – donnant l’assaut de mon modeste perchoir. Remarquez, rien que pour ça, j’hésite à m’expliquer ; ça aurait une sacrée gueule en une de Libé demain matin. Bref. Bref, bref… Ne vous inquiétez pas, je vais expliquer pourquoi, me justifier et expier mes dires sur les trois livres saints. Mais tout ça, ce sera quand j’aurai fini ma bière.

Gninhin... Je suis sournois... Tout plein.

Gninhin… Je suis sournois… Tout plein.

Il est beau mon bouquin

Alors oui, comme à l’habitude, on va gentiment commencer par une présentation succincte de l’objet. Comme vous pouvez le voir, on a à faire, comme toujours avec Actes Sud, à un ouvrage remarquablement chouette. Ce grand format est un peu particulier avec ses 21,5 cm de hauteur sur 11,5 cm de largeur mais ces dimensions contribuent à jouer un rôle dans le caractère du livre. Parce que oui, ce livre a un caractère, un peu comme un vieux fromage de montagne qu’on aurait laissé s’affiner à l’abri du Soleil plus de temps qu’il n’en eut fallu.

L’impression est soignée, élégante et la mise en page irréprochable, sobre et sérieuse. Sans être austère. On note en passant la superbe illustration choisie pour la couverture. Je dis superbe non pas qu’elle m’ait laissé béat d’admiration au point d’en oublier le contenu, mais parce qu’elle colle à l’ouvrage comme rarement. Regardez cet homme qui vous lorgne d’un œil… monalisesque. Comme le sourire de la matrone italienne, on ne sait pas trop où il nous emmène mais, à l’instar desdites douces lèvres, on ne peut en extirper notre attention. Ceci lié à la sobriété globale de l’illustration, qui dégage une classe toute digne de l’Automne du Moyen-Age – pour emprunter son expression à Huizinga : un pourpoint légèrement ouvert pour laisser deviner une fine chemise de lin, un arrière plan mat. Mais surtout il faut saluer le travail de Dino Valls – au moins un Valls qui fait du bon travail – et de son De Profundis (1989), dont cette couverture est extraite, pour la qualité du travail. Le visage fin de l’homme masque mal des traits durs derrière ce regard insondable et la chevelure qui l’encadre possède une dynamique sauvage et rebelle qui m’a sauté aux yeux (et est devenu l’avatar du Faquin sur la blogosphère !). Je tire mon chapeau également aux ateliers graphiques d’Actes Sud qui ont brillamment arrêté leur choix.

Si je vous dis tout ça, ce n’est pas seulement parce que j’aime – graphiquement – ce livre. C’est surtout parce que, connaissant le personnage central, duquel on va reparler en détail ensuite, et après lecture, on se rend compte à quel point cette couverture est un standing-spoiler. Quand on voit le personnage, sa moue et ce couteau qui donne l’impression de trancher la toile pour en sortir, et cette vague notion de conscience qui s’en dégage on ne peut que repenser à ce qu’on a lu – et voir notre héros prendre conscience d’être lui-même le personnage, et non plus l’artiste, et de vouloir s’émanciper de cette condition, comme l’aurait fait un Deadpool sain d’esprit. Ho wait!

Seuls bémols : le prix assez élevé pour un ouvrage relativement court, mais que je ne regrette absolument pas vu le plaisir que j’en ai retiré – that’s what she said –  et la couverture en papier. J’ai malheureusement pris l’habitude des couvertures glacées et de leur capacité à être nettoyées de toute sorte de tache même si au final, je trouve ce genre de couverture un peu moins glamour. Et puis ça n’aurait pas collé au caractère du livre.

A tout bon coquillard, son héraldique bourguignonne en pied de nez rétro-rotatif.

A tout bon coquillard, son héraldique bourguignonne en pied de nez rétro-rotatif.

Frères humains qui après nous vivez…

Car c’est bien de François Villon dont il s’agit, de ce mythique « premier poète » moderne, de ce Brassens du quinzième. Ce fieffé coquillard qui a maintes fois risqué la corde, tant pour ses écrits controversés que pour ses actes de brigandage et ses fréquentations qui n’étaient pas au goût des pouvoirs monarchiques et ecclésiastiques en place. Et ce n’est pas peu dire. C’est ce choix de personnage qui m’a poussé à lire La confrérie des chasseurs de livres, parce qu’il est de ceux qui m’ont toujours fascinés – eh ouais, y’a pas que les adolescentes qui aiment les bad boys. On relève par ailleurs la note en début d’ouvrage, juste avant que ne débute le corps du texte et qui procède à un bref rappel de la vie du bonhomme, notamment sur la fin de sa vie connue : en  1462 il est condamné à la pendaison et gracié en 1463, date à laquelle il disparait.

Et c’est là que Jerusalmy décide de commencer son récit, quand l’histoire s’arrête. On peut le qualifier sans mal de récit historique puisque c’est ce qu’il est à première vue. Mais, comme tout ouvrage qui entend percuter les esprits de son temps, il est incroyablement ancré dans une réalité toute moderne comme ont pu l’être les ballades du sieur Villon à leur époque – dont la plus célèbre est en partie mise en abyme dans le récit avec un mélodrame délicieux et tout shakspearien.

Toutefois, avant de parler du contenu du texte, il y a beaucoup à dire, peut-être devrions-nous parler de la forme. J’entends par là le style. Parce qu’une chose est sûre, ce bouquin regorge de style. Il suinte un peu à chaque page vous laissant l’esprit dans une sorte de soupe douçâtre et bienvenue. Le trait qui marque le plus lorsque l’on se lance dans la lecture de ce récit, c’est la très nette tendance à avoir recours à un chapitrage court. On ne s’arrête pas sur les détails futiles, on trace la route vers ce qui importe. La plupart des chapitres comptent moins de dix pages et se dévorent à une vitesse inouïe. Cela tient notamment à l’une des grandes forces de la plume de Raphaël Jérusalmy : son art de la description. Je suis habituellement un grand amateur des longues pages descriptives à la Tolkien, où rien ne se passe dans un tableau fixe qui nous est dépeint jusqu’à nous donner le tournis ; descriptions qui font figure de modèles du genre, certes, mais qui sont issues d’un style volontairement ancien et daté (on sait tous l’amour de J.R.R. pour les vieilles lettres). Celles-ci ont contribué à promouvoir, bien malgré elles, m’est avis, chez les plus frileux un certain rejet des passages descriptifs. Qui n’a jamais dit ou entendu un ami dire à propos d’un ouvrage leur faisant la part belle comme La Communauté de L’Anneau : « Ha non mais j’ai essayé de le lire ! Mais entre les chansons et les descriptions de trois plombes, y’a rien qui se passe, ça m’ennuie. » Je crois bien avoir trouvé là de quoi en réconcilier certains avec cet art si cher à mon cœur. J’en profite pour vous laisser juger en vous livrant le premier paragraphe du deuxième chapitre.

« La porte de la taverne s’ouvre brutalement, défoncée par la bourrasque. Embruns et grêlons s’abattent sur les dalles, aspergeant la sciure et la paille. Les chiens grognent, les buveurs beuglent, les chats se jettent sous les tables. Les flammes vacillent dans la lueur rouge de l’âtre soudain attisé. On profère des menaces, des jurons. Encadré du chambranle dégouttant de pluie, un homme se profile, ses contours grossièrement découpés par la blancheur du grésil. Il se tient un moment immobile, ignorant le tumulte. Une cape de velours noir flotte autour de ses épaules, comme si elle battait des ailes. Deux traits pâles lacèrent ce spectre inopportun : un sourire blafard et, plus bas, le reflet lacté d’une lame de poignard. »

Voyez : des phrases courtes, du sensoriel, de l’efficacité. Là où l’immense professeur anglais nous aurait dépeint le rade jusque dans ses moindres traces de gras sur les assises des tabourets, en passant par les motifs délavés qui ornaient autrefois gaiement les rideaux et sans oublier les pommettes saillantes, rouges et rosies du tenancier, Jerusalmy nous offre un condensé de sensation : on voit, on ressent, on entend, on frissonne. L’arrivée du coquillard tiendrait presque de l’irruption d’un Batman médiéval, cape au vent. Nanananananananana !

Et puis, avec ma formation d’historien, j’ai toujours un peu d’appréhension quand un auteur s’attaque à une période que je connais bien pour l’avoir moultement étudiée, d’autant quand il adopte un point de vue réaliste. Quand David Gemmel nous sauce son Lion de Macédoine de fantastique dans tous les sens, on admet certaines dérives historiques pour renforcer l’immersion dans cet imaginaire que l’auteur nous propose. Néanmoins, dans ce cas précis, l’auteur nous propose un imaginaire historique non fantasmé – on aura le temps pour tout ça plus tard – et dûment réaliste. Ce terrain est glissant car le moindre faux pas peut conduire à un bon gros gadin des familles : un pas de travers – une claymore dans la Bourgogne du XVème siècle par exemple – et on risque de perdre le lecteur. Autant parfois, on réalise que les auteurs ont fait un relatif travail de recherche pour rendre crédible leur récit – je pense notamment au Roi d’Août de Michel Pagel qui nous explique comment des êtres féériques ont guidé Philippe le Bel vers sa destinée – autant sur le coup on sent que l’auteur connait son sujet, mais pas sur le bout des doigts. Il n’en a au final pas besoin dans les étroites 300 pages que compte son livre et il se met intelligemment dans des situations qui lui évitent le porte à faux. Lorsqu’il nous arrive de le sentir approximatif ou hésitant sur une réalité historique, il dévie habilement le flot des mots vers un terrain qui le sert d’avantage.

S’il y a bien quelque chose que je ne pardonne pas aux récits en général – tant au cinéma qu’en littérature – ce n’est pas tant l’incohérence que de briser l’immersion, de se saborder eux-mêmes. C’est ce que je craignais pour La confrérie des chasseurs de livres. Je me suis inquiété pour rien.

"Sur ses larges bras étendus, la forêt où s'éveille Flore, a des chapelets de pendus que le matin caresse et dore."

« Sur ses larges bras étendus, la forêt où s’éveille Flore, a des chapelets de pendus que le matin caresse et dore. »

Et dire que ça aurait pu me gêner

Après cet intermède emprunté au Verger du Roi Louis de Théodore de Banville et adapté à la punk par Brassens, reprenons.

Trois aspects du récit auraient pu me gêner, non pas à la lecture, mais à l’appréciation du récit. Vous savez, ce que vous ressentez après avoir lu un livre qui vous a dérangé, ce petit goût de bile amère qui baigne vos amygdales. En effet, Raphaël Jérusalmy s’est adonné à trois choses que j’ai tendance à réprouver de manière intransigeante : récupérer un personnage historique emblématique d’une période/d’une mouvance quelconque et l’utiliser au profit d’une idéologie, relancer l’éternel débat du complot international et global – qu’il s’agisse des juifs, des francs maçons ou des illuminatis, ça a toujours eu le don de m’énerver – et enfin un fétichisme presque malsain des vieux livres.

Sur ce dernier point, c’est probablement une vision qui m’est propre et c’est pour cela que je préfère le clore directement. La façon qu’a l’auteur de s’attarder toujours sur les livres, leurs couvertures, leur aspect sensuel pour peu qu’on éprouve quelque intérêt intellectuel à leur contact est une des choses qui m’ont ravi dans cet ouvrage, dès le premier chapitre. Mais je ne sais pas, à un moment donné de ma lecture, j’ai fini par ressentir une certaine gêne. Ce n’est pas que ce soit redondant ou perturbant outre mesure, en tout cas ce n’est jamais présenté comme tel, même à demi-mot, et cela tient sans doute au fait que l’auteur vend actuellement des livres anciens sur Tel-Aviv – sans parler de l’ouvrage lui-même dont le titre est La confrérie des chasseurs de livres, excusez du peu – mais j’ai parfois ressenti une impression que je n’avais connu qu’une fois dans ma vie. Ce sentiment de malaise qui vous étreint lorsque, seul le soir dans votre chambre, vous regardez un porno de grand-maman (granny style inside) : il n’y a rien d’illégal et presque rien de malsain. Mais quand même.

Remontons le triptyque à rebrousse poil et discutons du complot global et de la société secrète, puisque l’on retrouve bien les deux. Combien de fois nous a-t-on rabattu les oreilles de l’existence d’une menace fantôme – non je ne ferai pas cette blague – d’une société secrète qui était prête à lancer un plan diabolique pour conquérir le monde – Minus et Cortex ? Et ce fantasme plane comme une épée de Damoclès au-dessus de tellement de discussions que ça m’en rend aigri. Aigri qu’on préfère discuter de l’appartenance à la franc-maçonnerie d’un candidat à la Présidence de la République plutôt que de s’attacher aux idées, aigri que dans l’entre-deux guerres le peuple allemand ait choisi d’empêcher leurs concitoyens juifs de contrôler toutes les ressources du pays, j’en passe et des meilleures. Alors je ne comprenais tout simplement pas, au fur et à mesure que j’avançais dans le récit, je n’arrivais pas à démêler le pourquoi du comment. Pourquoi cet homme, habitant d’Israël, remettait-il ça sur le tapis ? Justification ? Fantasme ? Au final je n’ai toujours pas réussi à trancher et j’en suis arrivé à une autre conclusion : il n’y a pas besoin de trancher. Le manichéisme évident du début de l’ouvrage laisse peu à peu place à plusieurs couches de nuances de gris, en demi-teinte, qui sont arrivées, en fin de compte, avec leur air penaud à me faire réaliser que ce discours, que je redoutais pour sa dangerosité, n’était pas si rébarbatif que cela et qu’il pouvait servir le récit.

Enfin, la récupération de Villon et son orchestration dans le cadre du récit. Déjà, rassuré que je suis de n’avoir constaté aucune des dérives craintes, je ne peux qu’être rassurant à ce niveau également. Quand Guy Moquet (mais il moque toujours) avait été récupéré – de manière pas si habile que ça d’ailleurs, au vu du tôlé engendré – par la majorité qui occupait le pouvoir il y a quelques années en France, beaucoup avaient crié au scandale : « SCANDALE ! » Je craignais malheureusement de retrouver la même chose ici en lisant le premier tiers du roman et en comprenant ce dans quoi l’auteur embarquait le poète. Ou plutôt, ce pour quoi il l’embarquait. Sauf que la différence c’est que Moquet était bien mort il y a 70 ans de cela et que, dans le récit comme sur la couverture, François Villon s’extirpe des plans qu’on a dressé pour lui. Lui le rebelle, l’insoumis, comprend, agit, réagit. Et l’auteur le laisse faire à son aise – à moins que ce ne soit l’inverse – pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Spoil extrême de la fin du bouquin

Spoil extrême de la fin du bouquin

En fin de compte

Puisqu’il s’agit désormais de faire les comptes, faisons-les. J’ai rarement autant appréhendé de terminer un bouquin que sur ce coup là. En effet dévorer page après page sans pouvoir s’arrêter et subitement réaliser que ce qu’on lit et qu’on apprécie pourrait tout bonnement virer de bord vers quelque chose qu’on abhorre, c’est désagréable, angoissant même.

Et c’est là que Raphaël Jérusalmy entre en scène. Nous menant de fausses pistes en certitudes et de ces mêmes certitudes dans un désert de sens. Car c’est bien cela qui se produit : le livre est plein de sens pour l’interprétation comme pour l’intrigue et si la narration a priori omnipotente pourrait, in fine, nous révéler la nature profonde de ceux-ci, elle n’en fait rien. Ce choix appartient au lecteur et, ipso facto, au personnage de Villon qui est lecteur de sa propre existence dont il écrit lui-même l’exégèse – j’arrête là avec les latinismes.

C’est toute l’intelligence d’un auteur qui se révèle qu’il faut pour rendre ce livre aussi percutant, juste et fort, pour transformer le premier gourgandin venu en personnage déchiré, attachant, pour faire revivre celui qui était capable de composer La ballade des dames du temps jadis et L’ode aux Coquillards dans la même soirée, tantôt érudit et tantôt garçon de mauvaise vie, le Sieur François, « l’écolier […] franc du collier » comme il l’écrivit lui-même en 1456.

Les photographies de pages avec des images et le texte de Villon ne sont pas issus du roman mais d’un recueil de l’oeuvre du poète.

Vil Faquin

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